mardi 3 septembre 2024

Les hydravions de patrouille Français de moyen tonnage des années 30 (Révisé le 02 01 2025 *)



{Sources : En., De. et It. Wikipedia ; L'Aviation Française en 1939 du Cdt Pierre Barjot ; Docavia # 34, Les avions Latécoère de Jean Cuny}




L'Aéronavale Française, après avoir eu du mal à exister en tant que force maritime à part entière, s'est retrouvée, ensuite, à la merci de marins purs pour qui, probablement à cause des expériences de Doolittle, tout avion, même Français, était l'ennemi ! 

Le livre du comandant Vuilliez sur l'Aéronavale décrit les incroyables erreurs de certains officiers de marine qui, devant sauver un hydravion lourd, provoquèrent sa perte par leur  incompétence et provoquèrent ainsi la démission de l'officier Hurel qui devint le très brillant ingénieur que l'on sait (créateur des Avions CAMS puis, après la guerre, des avions Hurel-Dubois aux ailes "en coupe-papier").

Le choix des avions marins était forcément très compliqué, puisque les concepts aériens n'avaient alors aucune valeur aux yeux des décideurs marins.

Notre Marine Nationale tablait sur les navires les plus rapides possibles. Par contre, elle refusa de favoriser les avions les plus rapides (comprenne qui pourra). 

Le changement finit par arriver, mais très tard. 


Dans son livre sur L'Aviation Française en 1939, le commandant (et futur amiral) Pierre Barjot, nous décrivait, merveilleusement bien, il faut le dire, la vie à bord des grands hydravions de la Royale.

Je ne vais traiter que les avions de moyen tonnage (moins de 20 tonnes) ayant volé entre 1934 et 1940.


Le Loire 70 trimoteur, monoplan entièrement métallique, fut choisi pour assurer ce travail de patrouille.

Il était long de 19.50 m et l'envergure de ses ailes atteignait 30 m.

C'était un monoplan parasol de 6 500 kg à vide et de 11 500 kg au décollage.

La surface alaire comptait 136 m².



Loire 70 - Une mâture impressionnante. Peut-être un peu trop ?
Le triple ressaut des postes d'observation, de tir et de pilotage s'imposait-il vraiment ? (que de tourbillons !)



Ses moteurs 3 Gnome et Rhône 9 K de 740 Cv lui accordaient une vitesse de 235 km/h à la puissance maximale (et à 0 m).

La vitesse de croisière ne dépassait pas 165 km/h.

Le plafond était à 4000 m. 

La montée à 3 000 m prenait  26 minutes.

L'autonomie variait, suivant les sources, de 2 000 à 3 000 km.

Il portait 6 mitrailleuses de 7.5 mm et 600 kg de bombes (4 x 150 kg).

Il était servi par 8 hommes.


En 1940, les 4 derniers des 8 exemplaires construits se trouvaient à Bizerte-Karouba (Tunisie), constituant alors l'escadrille E 7.

Le 12 Juin, 3 d'entre eux furent détruits ou rendus irréparables par un brillant bombardement Italien.

Cet avion n'a certainement pas laissé un souvenir impérissable dans les mémoires de la Royale !




L'avion préféré des marins fut le Bréguet Bizerte.

En 1924, Bréguet avait acheté un bateau-volant Britannique, le Short Calcutta.

Prenant connaissance du programme de 1932, Louis Bréguet dériva de cet avion un bateau-volant trimoteur considérablement amélioré qui fut baptisé Bréguet 521 Bizerte, du nom de la base de la Marine Française en Tunisie, alors protectorat Français.

C'était un biplan nettement plus imposant que le Loire 70.

Long de 20.5 m, il avait une masse de 9 470 kg à vide qui passait à 15 000 kg au décollage normal (16 600 kg maximale).

L'envergure maximale (aile supérieure) atteignait 35.15 m, l'autre aile se contentant de 18.90 m. La surface alaire totale valait 162.50 m².

Les 3 moteurs Gnome & Rhône 14 Kirs développent chacun 900 Cv.

La vitesse de pointe atteignait 245 km/h à 1 000 m (on trouve aussi 255 km/h).




Bréguet 521 Bizerte
sur le site : http://jnpassieux.fr/www/html/Breguet521.php



L'autonomie de cet appareil variait de 2 100 km (à la vitesse de croisière de 200 km/h) à 3 000 km (à la vitesse de croisière de 165 km/h).

Le plafond était de 6 000 m.

La montée à 5 000 m prenait 45 minutes, mais la montée à 2 000 m prenait un peu moins de 9 minutes.

On voit donc que cet avion était supérieur aux Loire 70 en performances, qui étaient pourtant plus légers et n'étaient pas encombrés d'une seconde voilure !

Curieusement, son armement de 5 mitrailleuses de 7.5 mm  et ses 300 kg de bombes (et 0 torpille) ne semblent pas très impressionnant.

Cet avion, commandé par petites lots, se retrouva en 37 exemplaires dans l'inventaire de la Royale.




Point de vue opérationnel


Je n'ai pas de renseignement sur le comportement des Loire 70 (ce qui n'est pas bon signe).

Par contre les Bréguet 521 Bizerte firent très bien leur travail de patrouille et jouèrent un grand rôle pour récupérer, en mer, des pilotes en perdition.

Dans son livre sur L'Aviation Française en 1939, le commandant (et futur amiral) Pierre Barjot, nous décrivait (merveilleusement bien) la vie à bord des grands hydravions de la Royale (chacun d'entre eux ayant hérité d'un nom comme n'importe quel navire de guerre).

Les marins aviateurs y menaient une vie ressemblant tout à fait à celle menée dans les navires "de surface".

L'équipage de chaque avion était évidemment dirigé par un officier de Marine. 

Evidemment, l'escadrille était elle-même commandée par un officier de marine d'expérience supérieure.

Chaque matin avant de partir, l'équipage hissait le drapeau tricolore.

Le radio apportait au commandant de bord les ordres de l'amirauté et les renseignements indispensables à l'accomplissement de la mission du jour. 

Cela me rappelle le cérémonial mis en scène dans les films de Startreck !



Après l'armistice de Juin 1940, les Allemands achetèrent des Bréguet Bizerte pour sauver leurs pilotes abattus en mer !

Après le débarquement au Maroc et en Algérie (8 Novembre 1942), les Allemands se saisirent des exemplaires restés en zone libre pour s'en servir dans le même but. 

Après la Libération, l'un d'entre eux retrouva les marquages Français et servit encore un peu !
Ce fut donc un excellent appareil.





Cependant, je regrette profondément qu'à la place du Loire 70, les marins n'aient pas choisi le Latécoère 582.

Dans le livre du (futur) amiral Barjot, cité plus haut, cet avion est cité comme un grand espoir.

{L'essentiel de mes informations proviennent du livre de Jean Cuny : Latécoère, les avions et Hydravions, Docavia #34, 1992 } 

Le Latécoère 582 avait donc été conçu par l'ingénieur Moine.

C'était un hydravion 
trimoteur de moyen tonnage, à coque et aux ailes montée en parasol et qui répondait à un programme "d'hydravions de croisières" devant disposer d'une grande autonomie, d'une bonne vitesse, de bonnes qualités marines et de moteurs moteurs visitables en vol.


Laté 582 - La fragilité de la tourelle à l'extrême avant aurait dû être évidente.
Par contre, l'amélioration de la finesse par rapport à) ses concurrent est énorme



Les Ailes lui ont consacré une pleine page de présentation dans sa livraison du 2 Janvier 1936. 

Le premier vol avait eu lieu le 25 Juillet 1935. 

La position haute des trois moteurs entrainait une tendance à enfoncer le nez dans l'eau au décollage qui fut corrigée par un allongement du nez de 0.80 m. 

Ses essais avaient été marqués par une évolution considérable de la cellule et par de nombreux problèmes de propulsion affectant tant les moteurs que les hélices.

L'avion était long de 21.11 m et sa masse de 6 910 kg à vide passait à 11 300 kg au décollage (12 tonnes max).

La voilure avait une envergure de 28 m et totalisait 112 m² de surface, ce qui lui conférait une
 charge alaire encore très raisonnable de 102 kg/m².



Les 3 moteurs étaient des Gnome et Rhône 14 K de 880 Cv chacun
.

Ils conféraient à cet hydravion une vitesse de pointe très élevée pour la période :
  • 270 km/h à 1 500 m,
  • 280 km/h à 2 200 m,
  • 275 km/h à 4 000 m.
Contrairement à ce qu'avaient pensé les "experts", cet hydravion avait réussi à décoller par 1.40 m de creux et Pierre Barjot rapportait qu'il décollait en 6 secondes sur une mer formée avec des creux d'un mètre

Les qualités de vol de l'avion furent jugées ainsi : 
  • Hypersustentation remarquable, 
  • Bonnes qualités de vol même avec les 2 tourelles sorties,
  • Vitesse élevée,
  • Bonnes qualités de vol, même avec le braquage des ailerons comme volets, 
  • Bonnes stabilités,
  • Couple de lacet inverse nul.

Comme d'habitude, nos si brillants décideurs marins, répétant partout que les navires, 
eux, "naviguaient à 0 m d'altitude", n'avaient pas voulu bénéficier à plein de la suralimentation en augmentant l'altitude critique - ici de l'ordre de 1 500 m - pour la passer à 3 300 m.                                                                                                                                     

Une telle évolution aurait pourtant permis de consommer moins d'essence, de voler plus vite et plus haut (environ 300 km/h vers 4 000 m).

La vitesse minimale était de 98 km/h.

L'autonomie était d'au moins 1 800 km, et elle aurait pu être nettement augmentée.

Sous réserve d'augmenter la masse maximale admissible, le Laté 582 pouvait, en plus, emporter 2 torpilles aériennes, ce qu'aucun de ses concurrents Français cités plus haut ne pouvait réaliser.


Ainsi, dans certaines conditions de visibilité, cet hydravion aurait pu couler des navires de guerre, voire des navires de ligne, comme le Blackburn T4 Cubaroo de la RAF en 1924 aurait pu le faire.

Le plafond pratique atteignait 5 600 m mais la perte d'un moteur n'empêchait pas l'avion de plafonner à 4 500 m. Il avait donc une capacité de surveillance considérable.

Du fait de compresseurs ne rétablissant qu'à basse altitude, les hydravions volaient de 30 à 50 km/h moins vite qu'ils auraient pu le faire, ils volaient souvent plus bas, donc étaient plus visibles et plus bruyants (en un mot, plus détectables), et ils perdaient alors beaucoup de leurs capacités d'attaque par surprise.


La seule erreur réellement commise par Latécoère fut d'avoir installé une tourelle de mitrailleuse en plexiglas (donc très fragile) à l'extrémité avant de l'avion. 

De ce fait, les entrées de paquets d'eau furent fréquentes, ce qui induisit de la corrosion.

Le Laté 582 fut donc abandonné. 




Grand regret : Le manque d'ambition tactique du patron de la Royale. 

Avec des moteurs plus puissants, cet hydravion pouvait explorer à 600 km du point de départ et, le cas échéant, attaquer, y compris des navires de ligne ou des croiseurs. 

Un hydravion rapide n'avait pas à se soucier de barrer le T d'une éventuelle ligne de file ennemie


Il aurait pu jouer un rôle analogue à celui des célèbres Consolidated PBY Catalina qui sont arrivés une année plus tard, qui étaient un peu plus rapides (314 km/h) mais qui bénéficiaient surtout de moteurs bien plus puissants (P&W 1840 de 1 200 Cv) et parfaitement au point.


Plus tard, après remotorisation avec des moteurs de 2 000 Cv, il aurait peut-être pu initier le chemin vers la notion de bombardier d'eau.





lundi 1 juillet 2024

Le Messerschmitt 262 : Indispensable ? Sûrement pas ! (révisé le 05 / 02 / 2025 * ***)

Il est possible que des âmes sensibles soient choquées par cet écrit, toutes mes excuses ! 

La plus grande partie des nombreux textes que je lis sur l'Aviation de la Seconde Guerre Mondiale insistent sur le rôle majeur qu'aurait pu avoir le Me 262 au profit du IIIème Reich.

Pourtant, cet avion n'a jamais eu la capacité d'impact qui avait été attendue, loin de là.


Tout le monde peut légitimement admirer le Messerschmitt 262 parce que cet avion a ouvert un immense domaine nouveau dans la conquête de la vitesse.

Cet avion a ouvert de nouveaux champs de recherche, donc de découvertes. 

Ainsi, l'Allemagne a démontré, face à tous les autres pays, sa remarquable avance technologique dans le domaine de l'aviation à réaction. 

Comme elle a fini par perdre quand même la guerre, elle a été envahie et l'essentiel de ses percées technologiques ont été acquises par les ingénieurs alliés. 

Tous ont pu éviter la douloureuse marche qu'avaient dû subir les hommes de Messerschmitt.

Ainsi, lorsque vous montez dans un Airbus ou un Boeing de transport, vous témoignez votre confiance à un ensemble de personnels Allemands qui vont de l'ingénieur Messerschmitt  à ses très brillants collaborateurs et à tous les concepteurs des réacteurs crachotants de1944-1945. 



Me 262  désarmé, non peint, avec (apparemment) un état de surface pour le moins perfectible


Cependant, employer ce nouveau système de motorisation impliquait, en 1942, de repenser non seulement la structure des avions, mais, également, la totalité de la guerre aérienne du Reich !

Cela devait commencer par une révision de tout le système de fabrication de l'avion et toute la logistique des bases aériennes, mais aussi des méthodes de combats. 

Seule la couverture radar du Reich, à ma connaissance, ne nécessitait aucune remise à niveau.

Voyons cela :

  • Point 1, les réacteurs n'ont pas la moindre capacité de s'accrocher physiquement à l'air comme le font les hélices, d'une part parce que le rapport poussée / poids est seulement de 0.280 (Dassault Mystère IV = 0.403 ; Mirage III : 0.63), mais aussi parce que la traînée du Me 262 est près de 3 fois supérieure à celle d'un Dassault Ouragan (3 "fuselages" contre 1 seul). En plus :
    • Ces avions doivent disposer de systèmes bien plus efficaces pour se freiner, non seulement en l'air, mais aussi à l'atterrissage (=> aérofreins, jusque là employés uniquement sur les bombardiers en piqué).

    • Point 2, la forme élégante du chasseur Messerschmitt 262 conserve, en gros, la conception du Bf 110 de 1937. 
      • Mais le fuselage prend trop de place, pèse trop et son inertie se traduit par une certaine paresse dans les manoeuvre rapides. 
      • La sur-largeur inférieure du plancher, illustrée ci-dessous, avait pour but d'amélirer l'interaction aile-fuselage (évitant ainsi un raccord Karmann).
      • Par ailleurs, le volume de ce fuselage, à lui seul, en fait une cible bien repérable de loin.


    La largeur du fuselage est "confortable", un peu trop !


    • Point 3, les réacteurs n'ont encore aucune fiabilité. Ils travaillent à des températures très élevées (pour la technologie du moment), entraînant l'obligation d'employer de métaux très spéciaux, donc très rares. 
      • Malheureusement, ces métaux ne sont pas encore produits en Allemagne. On doit s'en passer, et la durée de vie d'un moteur va de 10 heures à 25 heures, suivant l'expérience des pilotes, comme au début de 1916.



    Réacteur JUMO 004 - Image NACA permettant de voir les 8 étages coaxiaux de ce moteur.



    • Point 4, Les réacteurs rejettent des gaz extrêmement chauds. L'équipe Messerschmitt ne s'en est pas préoccupé d'emblée (tout comme, également, les ingénieurs Britanniques qui construisirent le Supermarine Attacker, premier chasseur embarqué à réaction).
      • Elle a eu tort, parce qu'elle a été obligée d'en venir au train d'atterrissage tricycle après un an d'expériences désagréables (en particulier, des déclenchements d'incendies, qui étaient hautement prévisibles !). Il a donc fallu repenser la structure du Me 262, ce qui rajoute près d'un an de retard. 
      • A noter que ce fut de nouveau le cas, 55 années plus tard, avec le Lockheed F35 B.

    • Point 5, le carburant n'a rien à voir avec l'essence plus ou moins mâtinée de tetra-éthyle-plomb que, alors, tout le monde maîtrisait dans les armées aériennes du monde ! Il s'agit maintenant une huile très calorifique, probablement issue, au mieux, du charbon, voire du lignite. Dans ce dernier cas, je ne suis pas persuadé qu'il ait été produit avec toute la pureté nécessaire à la bonne sûreté des réacteurs.
      • D'après ce que l'on peut lire de nos jours, même à la fin de la guerre, en Avril 1945, la "simple" gestion de la manette des gaz était tellement compliquée que la vie du moteur pouvait se terminer instantanément en incendie à cause d'une manipulation un peu trop vive ! 
      • Il paraît surprenant que ce problème n'ait pas été résolu en 2 années d'essais en vol, alors même que l'avion était destiné à la chasse, discipline où la vivacité de réaction du pilote est strictement obligatoire.

    • Point 6, introduire une arme révolutionnaire dans une quelconque armée peut se comprendre au tout début d'une guerre. Après une longue période de guerre, les soldats très expérimentés deviennent minoritaires (à cause de la sélection naturelle) et ils ont engrangé une énorme quantités de méthodes, mais la plupart sont  inadaptées à cette nouveauté.


    Le projet et ses étapes


    Les premiers travaux datent de l'Automne 1938. Le 1er vol (avec les réacteurs) du prototype fut réalisé le 18 Juillet 1942, 4  années plus tard. 

    Le premier vol d'un Me 262 de production eut lieu en Mars 1944.

    De la conception à l'entrée en fonction, près de six ans s'étaient écoulés. Cela signifie déjà que les solution aérodynamiques choisies n'étaient vraiment plus les meilleures.

    Bien sûr, le Me 262 est un avion fin mais, également, volumineux. 

    Il a une envergure de 12.60 m. Sa surface alaire est de 21.70 m².

    { Parenthèse : Tout le monde a trouvé bon de s'extasier sur son aile en flèche de 18.5°. 

    Curieusement, William Green n'en parle pas. Mais tout le monde sait que l'ingénieur Alexander Lippisch travaillait depuis plusieurs années sur des avions ou des planeurs disposant d'ailes en flèche à environ 20° et qu'il travaillait depuis 1939 à Augsbourg chez Messerschmitt (tout comme son pilote d'essai Heini Dittmar). 

    Leur but était de construire le chasseur fusée Me 163, qui présentait une flèche de 23.5°.

    D'après l'article de En. Wikipedia (de la fin Mai 2024), les ailes devaient être droites. 

    Mais la masse anormalement forte des réacteurs réels aurait amené à introduire la flèche de 18.5°.  

    Honnêtement, je crois d'avantage à l'influence de la compétence de l'ingénieur Lippisch qui avait réussi à faire voler son avion fusée à 1 003 km/h  à 4 000 m (Mach 0.84) le 2 octobre 1941. }

    La longueur du Me 262 est de 10.60 m et sa masse à vide est de 3 800 kg (donc faible). 

    Sa masse au décollage est de 6 475 kg (elle pouvait aller un peu au-delà de 7.150 kg).

    La charge alaire atteignait donc 298 kg. 

    L'avion décollait "normalement" en presque 1 300 m. 

    Il fallut donc allonger toutes les pistes du Reich pour pouvoir décoller sans danger, cela signifiant de 1500 à 2000 m de piste (les autoroutes le permettaient très bien).

    Le plafond pratique était de 11 450 m, très faible en 1944.

    La montée à 9 000 m demandait un peu plus de 13 minutes, ce qui à quelque secondes près, est le temps du Nieuport 161-03 de 1938  (13'.48"), avec ses 860 Cv !!!, 

    Ce temps de montée souligne une fois de plus la faiblesse de son rapport poussée/poids.

    Donc, face à ses adversaires, il n'était pas toujours le meilleur, loin de là.

    Voyez : 

    Le Spitfire XIV Britannique volait à une Vmax 720 km/h à presque 8 000m.

    Sa masse à vide n'atteignait pas 3 000 kg puis passait à 3 600 kg au décollage, donnant une charge alaire de 160 kg/m² (la masse maximale absolue était 3 854 Kg). 

    Il décollait en 542 m à pleine charge. 

    Il montait à 9 000 m en environ 8 minutes.

    Sa course d'atterrissage était de 700 m.


    Le Bf 109 K, qui résultait d'une purification aérodynamique remarquable; pesait 200 kg de moins que le chasseur Britannique et était aussi rapide.

    Il s'envolait aussi bien

    Il montait à 10 000 m en 6' 42".


    Le chasseur Focke-Wulf TA-152 H, dernier chasseur à hélice du Reich, avait une surface alaire de 23.4 m².

    Il décollait en un peu plus de 400 m au poids de 4 600 kg, montait à 10 000 m en 13' 18" et son plafond était de 14 700 m

    Il démontrait une vitesse de 760 km/h à 12 000 m et un plafond d'environ 14 600 m. .. 

    C'était bien un chasseur de haute altitude mais pas véritablement un intercepteur.

    Le Messerschmitt 262 trahit son âge dès qu'il vole : Le premier de tous ses défaut  est l'énorme durée de son développement (à l'exact inverse du P 51 !). 


    Au combat

    Par contre, son armement, déjà très puissant, va devenir encore plus puissant : Il est l'arme la plus efficace du moment pour détruire les bombardiers quadrimoteurs B 17  et B 24.

    Le canon MK 108 tirait avec une V0 trop faible (540 m/s) qui interdisait de tirer de loin. 

    Le MK 103, trois fois plus lourd, avait une V0 de 860 m/s qui lui aurait permis de tirer de plus loin.

    Le premier missile air-air fut le R4M non guidé, qui parcourait de 800 à 1500 m à 525 m/s.

    L'engin de 0.8 m de long et 55 mm de diamètre pesait un peu moins de 4 kg dont 0.52 kg de Torpex dans son ogive.


    Missile R4M



    Cette arme volait droit, personne ne pouvant alors guider un si petit missile.

    Le 18 Mars 1945 fut un grand jour pour la Jagdwaffe : 37 Me 262 attaquèrent un fleuve d'environ 1 200 forteresses volantes protégées par plus de 600 P 51. 

    Grâce aux 24 missiles air-air (R4M) porté par chaque avion (soit 888 missiles au total), les Messerschmitt détruisirent 12 bombardiers au prix de 3 des leurs.

     Vu le nombre des chasseurs US, les 3 Messerschmitt abattus semblent de peu de poids !

    Cette action est retenue universellement comme la plus représentative des capacités hors du commun de ce chasseur.


    Galland, dans son livre (les premiers et les derniers, traduit et édité par Yves Michelet), rapporte avoir attaqué avec 6  Me 262 une formation de 6 Martin Marauder qui furent tous descendus. (au prix de son propre avion, pendant l'atterrissage).


    Ce qui est particulièrement étonnant, c'est que de nombreux Me 262 ont été abattus à la suite de combats dont les récits se ressemblent tous et qui amènent le lecteur à penser que le chasseur Allemand manquait gravement de maniabilité, comme celui qui suit :



    J'ai copié cette photo sur l'excellent site, hélas non sécurisé,
    http://www.spitfireperformance.com/mustang/combat-reports/78-anderson-21march45.jpg

    Pourquoi ce manque de maniabilité ? j'ai trouvé plusieurs raisons évidentes :

    • Les commandes assistées n'équipent alors que le P 38, dans ses toutes dernières versions (elles multiplieront d'un facteur 4 ou 5 la rapidité de roulis de ce gros avion).
      • A 800 km/h, ces commandes auraient dû s'imposer !
    • L'empennage horizontal est de type classique (plan fixe + profondeur). Aux grandes vitesses, il eut été bien plus efficace d'avoir un système monobloc.

    Les grands pilotes d'Hitler se faisaient plus rares et ceux qui avaient survécu à de nombreux crashs n'avaient peut-être plus une capacité physique suffisante.

    Par contre, les pilotes Anglo-Saxons commençaient à bénéficier d'authentiques combinaison anti-G.

     

    Conclusion

    Employé en masse un an plus tôt, le Me 262 eut changé la donne contre la 8ème Air Force, avant que le général Doolittle les fasse escorter par des nuées de P 51 B puis D..

    La mise au point de ce Messerschmitt avait été trop difficile. 

    Toutes les gigantesques ressources consacrées à ce chasseur et à d'énormes canons de Flak auraient permis la sortie de milliers de TA 152 A puis C et finalement H, qui auraient pu casser tout aussi brillamment les gros bombardiers Alliés tout en ayant une bien meilleure capacité de combat contre les chasseurs US.

    C'est justement le faible nombre de chasseurs classiques qui à dévoré la Luftwaffe, Dieu soit loué !







    jeudi 4 avril 2024

    Le SE 2010 Armagnac aurait pu être le Globmaster Français (augmenté le 02 - 09 - 2025 *** ***)

     

    L'Armagnac fut un avion étonnant : Grand et puissant, il était évidemment lourd.  

    Il pouvait cependant emmener 160 passagers.


    SE 2010 Armagnac des TAI (futur UTA) : un avion plutôt fin

    Long de 39.63 m, il avait une masse à vide de 30.4 à 46.5 tonnes (suivant la source). 

    Sa masse maximale au décollage était de 77.5 tonnes.

    La voilure avait une envergure de 48.95 m et une surface de 236 m².

    La charge alaire atteignait 280 kg / m², ce qui restait faible pour l'époque (le C- 124 contemporain accusait, lui, 360 kg / m²) .

    Son fuselage avait un diamètre de 4.70 m.

    Voila qui était considérablement plus vaste que celui des "grands avions à réaction" qui allaient lui succéder.

    Le Boeing 707 se "contentait" de 3.76 m (0.94 m de moins) pour pouvoir installer 6 sièges passagers par rangée. 

    Le sommet de la dérive culminait à 13 m au dessus du tarmac, ce qui devait poser problème pour entrer dans la plupart des hangers.

    La motorisation était assurée par 4 moteurs Pratt & Whitney R-4360-B13 Wasp Major de 28-cylindres qui donnaient chacun 3 500 Cv.

    La vitesse de pointe varie entre 580 à plus de 7 500 m pour le Wikipedia en Anglais, et 525 km/h pour la même encyclopédie mais en langue Allemande.

    La vitesse de croisière varie beaucoup suivant les sources, allant de 460 km/h (De. Wikipedia et Nl. Wikipedia), à 410 km/h (It.Wikipedia).

    La vitesse ascensionnelle était de 4.80 m/s, du même ordre que celle d'un bombardier Boeing B 29..



    Un (pas assez) long courrier ?

    Pendant les essais, il apparut que l'Armagnac n'aurait pas l'autonomie nécessaire pour franchir d'un seul coup d'ailes le trajet Paris-New York. 

    Toutes les sources convergent pour lui attribuer une autonomie de 5 150 km et non les 6 500 km nécessaires pour .éviter tout risque.

    Etait-ce une catastrophe ?



    Changer les moteurs ?


    Une solution existait potentiellement : Monter des moteurs plus puissants. 

    Après 1945, les moteurs à pistons étaient à bout de souffle. Leur rendement n'augmentait plus, l'évacuation des calories excédentaires devenait très difficile, les métaux employés atteignaient leur limite de résistance. 

    Nous savons, depuis 30 ans, que les moteurs à pistons du XXIème siècle sont bien plus brillants. 

    On doit cela à la généralisation de l'injection (directe ou indirecte) associée à la gestion électronique (puis informatique) de la combustion.

    Mais je ne suis pas sûr que de tels moteurs de 5 000 Cv soient actuellement réalisables.

    On aurait alors pu monter :

    • Des réacteurs (ce qui nous était alors impossible financièrement), 
    • Ou des turbopropulseurs de grande puissance. Mais ceux-ci n'avaient encore que peu de fiabilité.

    Donc ces solutions ne pouvaient pas être employées. Il fallait trouver une toute autre méthode.



    Traverser l'Atlantique en plusieurs étapes


    Pourtant, dans les faits réels, cela n'aurait entrainé aucune traduction ennuyeuse pour les passagers, parce que, dans les années 1950, le Lockheed Constellation, principal avion transatlantique (quelle qu'en soit la version), ne faisait quasiment jamais la traversée en un unique vol. 

    Par exemple, à l'été 1956, allant au Mexique pour assister à un congrès scientifique international, mes parents firent la traversée de l'Atlantique Nord en s'arrêtant successivement à Shannon (Eire), Reykjavik (Island), Gander (Canada), avant de se poser à New York (soit 4 étapes). 

    Ce trajet comportait donc 4  étapes, dont la longueur moyenne ne dépassait pas 1625 km !

    La vitesse moyenne d'un Constellation L-749  entre les vols Europe-USA poussés par le vent et ceux effectués contre le vent était de 420 km/h.

    La durée des vols transatlantiques contre le vent était de l'ordre de 18 heures (voire plus). 

    Les arrêts de ravitaillement étaient donc plutôt bienvenus pour détendre les muscle des passagers.


    Par ailleurs, un certain nombre d'incidents et d'accidents de Constellation se sont produits à l'atterrissage ou au décollage de ces étapes intermédiaires. 
    Ils confirment que la traversé en un seul vol n'était pas la règle.

    Ainsi, la mort de la violoniste virtuose Ginette Neveu et du célèbre boxeur Marcel Cerdan, ainsi que d'autres célébrités, disparurent dans l'accident du Constellation F-BAZN d'Air France aux Açores, à la suite d'une très grave erreur de navigation de l'équipage.


    Jouer sur le grand nombre de places disponibles ?

    Sachant cela, ma naïveté coutumière me pousse à penser que l'Armagnac aurait aussi pu sauver sa rentabilité en baissant nettement le prix du voyage et limitant le nombre d'étapes à seulement 2. 

    Il aurait alors fallu inventer la notion de vol charter, inexistant à l'époque.



    Jouer du volume transportable

    Par ailleurs, on voit bien qu'alors, personne n'a cherché à voir ce qu'aurait apporté ce large fuselage pour le transport rapide d'objets lourds et volumineux (dans ce dernier cas, en conservant le large fuselage de 4.70 m de diamètre). 

    Si le Blocus de Berlin était presque terminé quand l'Armagnac a commencé sa trop courte carrière, nous, Français, nous étions confrontés à des "événements de décolonisation" qui auraient dû nous poser la question de nos moyens d'évacuation comme celle de nos transferts militaires.

    Les USA avaient employé leur Douglas C 74 Globemaster pendant cette difficile période (qui vit un de ces avions, en 6 vols, transporter 113 tonnes de charbon ( = ~19 tonnes par voyage !usage, ce qui était pour le moins inattendu dans le transport aérien !). 

    Cet avion avait, lui aussi, une autonomie insuffisante et sa vitesse de croisière était très inférieures. 

    Ils le transformèrent en très gros avion de transport (masse max : 88 tonnes) à tout faire dans la version C124 Globemaster II (dont le fuselage avait une largeur de l'ordre de 4.20 m

    L'introduction d'un pont supplémentaire lui permettait d'emmener 200 passagers, la vitesse et l'autonomie augmentait. 

    Cela ne donna aucune idée à nos gouvernants…



    Regagner de la finesse

    Toujours dans un autre esprit, on pouvait réduire le diamètre du fuselage d'un seul mètre. 

    Le gain de surface aurait été de l'ordre de 60% de la surface initiale. 

    On en serait arrivé à peu près au format d'un fuselage de Boeing 707, avion que j'ai jugé personnellement très confortable.

    Dans ce cas, la traînée diminuait sans que l'habitabilité de l'avion devienne pénible. 

    Cela aurait permis une augmentation de vitesse ou une amélioration sensible de l'autonomie, suivant la solution choisie. 



    Attentat à la bombe 

    L'Armagnac était doté d'une structure particulièrement bien pensée par Pierre Satre. 

    Dans la courte carrière des seuls 9 exemplaires sortis, 3 ont connu des ennuis. Les deux premiers firent en tout 5 décès. 

    Le dernier problème arriva le 19 Décembre 1957 l'Armagnac F-BAVH, qui emmenait 96 légionnaires Français et 10 membres d'équipage, à Paris, avait été le théâtre d'un attentat à l'explosif.

    {Pour se venger du stupide kidnapping des 5 dirigeants de la révolution Algérienne (par nos militaires passant outre l'autorisation de l'autorité politique) le 22 Octobre 1956, une équipe du FLN Algérien introduisit au-dessous des toilettes de cet avion une bombe parfaitement réalisée.}


    Le F-BAVH survécut à l'explosion d'une bombe du FLN le 19 Décembre 1957


    Habituellement, ce genre d'action terroriste entraine la désintégration de l'avion et la mort de tous ses occupants, mais là, il n'y eut aucune victime. 

    Sur le site (http://aviateurs.e-monsite.com/pages/1946-et-annees-suivantes/attentat-a-la-bombe.html), Pierre MATHIEU, alors passager de cet avion, raconte :

    "Les moteurs de l'Armagnac ronronnent gentiment quand, tout à coup, une puissante déflagration retentit."

    "(...) les stewards et hôtesses de l'air courant dans l'allée centrale vers la queue de l'appareil avec des extincteurs à la main font disparaitre nos sourires pour faire place à une certaine inquiétude. À nos questions, aucun ne répond.

    "Pourtant l'avion continue son vol sans changement d'attitude ce qui me rassure, sauf qu'il fait maintenant un froid de canard dans la cabine..."

    "(...) Je réalise qu'il y a bien eu une décompression explosive mais sans connaître la raison. J'apprendrai par la suite que nous n'étions qu'à 10.000 pieds ce qui explique que nous n'ayons pas eu de problème respiratoire."

    "L'avion continue son vol comme si de rien n'était, puis au bout d'un certain temps, 1⁄2 heure ? 3⁄4 d'heure ? Il se pose en douceur. [NDR : Il semble, d'après d'autres sources, que l'atterrissage soit intervenu 90 minutes après l'explosion. On peut imaginer que ce délai ait été nécessaire pour être sûr que cette phase du vol ne risquait pas de se terminer en accident.]

    Sur le parking, on nous fait descendre de l'avion mais je ne reconnais pas Orly. 

    En marchant vers l'aérogare, j'aperçois une grande bâche qui recouvre le flanc droit du fuselage un peu en avant de l'empennage. Pourquoi ? Toujours pas de réponse"

    "Enfin, une fois au chaud dans l'aérogare, on nous annonce que nous sommes à Lyon-Bron et qu'une bombe a explosé dans le compartiment toilettes. La brèche est énorme, je l'évalue à 2 m x 2 m. Heureusement, aucun élément de commande de profondeur ou de direction n'a été touché ce qui permit à l'avion de continuer à voler à peu près normalement."

    "(...).La vraie miraculée est l'une des hôtesses de l'air dont le siège était fixé sur la cloison des toilettes. Un passager l'a appelée au moyen de son bouton d'appel, elle s'est levée, a fait quelques pas, l'explosion s'est produite et son siège, ses affaires personnelles et le compartiment toilettes sont partis dans le vide. La baraka !

    L'Armagnac était vraiment un excellent avion, robuste et capable d'endurer les pires avatars... Il aurait mérité une meilleure carrière."                         

    J'ai repris l'essentiel de ce récit parce qu'il me parait illustrer la remarquable solidité de cet avion de même que sa grande stabilité. 



    Visite marquante


    J'ai eu la chance de visiter un de ces géants que notre pays allait sortir du service aérien. 

    C'était à Orly avec plusieurs camarades de classe en 1957, dont l'un, Jean-Pierre Cot, était le fils de Pierre-Donatien Cot, alors directeur d'Orly, lequel nous avait invité.

    J'avais déjà pris l'avion une douzaine de fois, en commençant par un "bombardier" dont je n'ai aucun souvenir autre que le récit que ma mère me fit. 

    J'ai ensuite connu le DC 3, puis le Bloch SE 161 Languedoc, le  DC 4,  le Bréguet  763 Provence.

    Mais, une fois dans l'Armagnac, j'avais troqué mon expérience des autobus volants contre celle d'un paquebot volant !

    Nous entrâmes après avoir grimpé un escalier situé en face de la porte avant.

    Dans mes souvenirs, il y avait deux zones non accessibles, chacune longue de 6 à 8 mètres et traversées par le couloir central dont je dirais qu'il devait avoir pas loin d'un mètre de large.

    La première zone commençait à la suite du poste de pilotage, la seconde après une première "salle" destinée au passagers.

    En sortant de la seconde zone fermée, le couloir central se poursuivait dans la seconde salle de passagers jusqu'au rétrécissement final de la cabine.

    La seul chose qui m'étonna fut que le plancher ne me semblait pas plat.

    Bien évidemment, je n'ai même pas pensé alors à poser la question. Peut-être l'avion devait-il partir à la casse ?


    Un autre emploi ?

    Si on réfléchit un peu plus, nous aurions pu utiliser ce gros avion pour tester des radars à longue portée, comme les Constellation EC 121 qui ont volé jusqu'en 1978, en particulier pendant la guerre du Vietnam

    Il y avait de la place à foison, l'avion était solide, ainsi que l'ai pu vous le démontrer. 

    Nos radars commençaient à sortir et cela nous aurait au minimum permis de comprendre la problématique.

    Je ne suis pas sûr que nos protecteurs US nous l'auraient permis, mais qui ne tente, rien n'a rien !



    Conclusion

    De nombreux facteurs ont provoqué l'échec de ce merveilleux avion. 

    Le commun des mortels vous laissera entendre que cet avion était périmé avant même d'avoir volé. 

    Mais ce point de vue ne résiste pas à une analyse sérieuse.

    D'abord, à cette époque, les vols transatlantiques étaient la chasse gardée des avionneurs US. 

    En plus, nos hauts fonctionnaires ne semblaient jamais vouloir de matériel national. 


    Air France s'alignait. Peut-être n'avait-elle pas le choix.

    Pierre Satre, peu après, eut l'intelligence de sortir le SE 210 Caravelle, un moyen courrier pour les lignes intérieures Européennes. 

    Il réussit à en vendre 279, mais surtout, la disposition très originale de ses moteurs fut copiée universellement.

    Je peux témoigner que, en 1960, les pilotes de cette autre vraie merveille n'hésitaient pas à nous montrer la maniabilité de cet avion qui leur servait de jouet. 

    Moi, j'étais aux anges.




    mercredi 14 février 2024

    Le chasseur Fiat G 50 Freccia : Le Morane 406 Italien ? (Revu le 20 X 2025 *** *** ***)








    L'ingénieur Giuseppe Gabrielli, appartenant au trust Italien Fiat, commença à travailler dès Avril 1935 à un chasseur monoplan à aile basse et train rétractable, au moment même où les agiles biplans Fiat CR 32 de la Regia Aeronautica apparaissaient universellement comme les meilleurs chasseurs du monde.

    Le prototype de ce chasseur - le Fiat G 50 Freccia - vola pour la première fois en Février 1937. 

    C'était un avion de structure moderne qui tranchait avec les biplans en service dans la Chasse Italienne.




    Fiat G 50 - Noter, outre la bosse de chameau, le bon état de surface, le capot moteur bien lisse, la mitrailleuse droite, et  l'absence de Karman.





    Comme tous ses concurrents, il était équipé du moteur Fiat A 74 RC 38 de 840 Cv.

    Dans sa version de série, c'était un appareil au fuselage relativement court (7.80 m) et affligé d'une importante bosse de chameau soi-disant pour améliorer la visibilité du pilote.

    Le fuselage du Fiat G 50 comportait malheureusement un peu trop d'angles vifs, même si le carénage du capot moteur était mieux pensé que celui du Macchi MC 200. 

    La voilure, de près de 11 m d'envergure, et de 18.15 m² de surface alaire totale lui assurait une charge alaire de 132 kg /m², quasi-identique à celle de son concurrent MC 200.

    Son hypersustentation faisait appel à des volets de courbure, une disposition plus évoluée que celle de son meilleur concurrent (car permettant de s'en servir comme de volets de combat).

    La masse était de 2 015 kg à vide et de l'ordre de 2 530 kg au décollage en mission de Chasse.




    Performances 

    Le Freccia se montra nettement plus rapide que son camarade de l'écurie Fiat, le biplan CR 42 limité à un peu plus de 435 km/h.

    Par contre, à cause de son étude aérodynamique un peu bâclée, il perdait 35 km/h sur le Macchi 200 concurrent,
     de masse comparable et équipé du même moteur.

    Les vitesses étaient :
    • 400 km/h au niveau de la mer,
    •  470 km/h entre 4 500 m et 5 000 m (suivant les sources).
    De telles vitesses étaient dans l'air du temps : Elles étaient analogues à celles du Nakajima Ki 27, du prototype Bristol 146 ou du Bloch 151 à large ouverture du capot moteur.

    Le Fiat G 50 montait très bien :
    • 5 000 m en un peu plus de 6 minutes, 
    • 6 000 m en 8 minutes. 
    C'étaient de très bonnes performances pour l'époque et la puissance disponible.

    Son plafond pratique était un peu inférieur à 10 000 m.

    La distance franchissable, enfin, ne dépassait pas les 445 km, le réservoir de carburant ne recevant que 311 litres d'essence. 

    Ce chasseur était donc nettement supérieur à notre MS 406.

    Voilà qui laissait cependant bien peu de souplesse tactique, puisque, théoriquement, le G 50 ne pouvait pas s'éloigner de plus de 150 km de son point de départ s'il voulait pouvoir combattre un petit quart d'heure. 

    On doit tempérer cette considération en signalant que la vitesse de croisière probablement employée pour définir cette distance franchissable était de 415 km/h (69 % de la puissance maximale), donc relativement élevée. 

    Enfin, en Septembre 1940, un réservoir supplémentaire fut monté, aboutissant à la version G 50 bis (voir plus loin).

    L'hypothèse du calcul de l'autonomie à partir d'une croisière rapide expliquerait bien que l'on puisse lire (Wikipedia en langue Anglaise, 1er § de la section Variant I) que la version G 50 bis voyait son autonomie atteindre 1 000 km au lieu de 645 km pour la version originelle.


    Qualités de vol


    Au niveau des qualités de vol, l'image est plus compliquée. 

    Au moment du concours de la Regia Aeronautica, le Freccia fut défini par les juges comme nettement plus maniable que le Macchi MC 200. 

    Cependant, deux accidents mortels montrèrent qu'il n'était pas le genre d'avion que l'on pouvait mettre entre toutes les mains : Deux pilotes étaient morts pour avoir provoqué une vrille irrécupérable à basse altitude en pilotant trop brutalement.

    J'ai déjà dit que les chasseurs de cette génération, quelque soit leur pays, avaient subi un nombre d'accidents nettement au-dessus de la normale. 

    Comment aurait-t-il pu en être autrement ? 

    Les gains de finesse apportés par les progrès en matière de profilage des fuselages, par le passage des biplans aux monoplans à aile basse, par les trains escamotables, associés au gain de vitesse en altitude induit par l'usage des compresseurs, avaient fait progresser les avions de chasse de 100 à 150 km/h en moins de deux années.

    Pourtant, la qualité des commandes (en particulier leur progressivité) n'avait pas vraiment progressé et les pilotes d'essais eux-mêmes avaient du mal à gérer le choc sensoriel que représentait cette progression violente (de 25 à 30%) de la vitesse et donc à la fois du facteur de charge associé à la moindre modification de trajectoire et du temps nécessaire pour effectuer les corrections indispensables.

    Toujours est-il que les pilotes n'avaient pas une affection débordante pour ce chasseur, ce qui est bien perceptible dans l'interview de Luigi Gorani au Corriere della Sera, bien après la guerre.


    Vie opérationnelle

    Pourtant, les Fiat G 50 furent très rapidement envoyés au combat, d'abord en Espagne où leurs meilleures performances et leur maniabilité furent bien appréciées.

    En Juin 1940, pendant les 15 jours de confrontation avec la France, il n'y a pas de trace de leurs activités. On trouve, dans la littérature, un survol de la Corse qui n'empêcha apparemment pas, cependant, le passage des escadrilles de Chasse et de Bombardement de l'Aéronavale Française vers la région de Bône (actuelle Annaba). 

    Par contre, ces chasseurs furent envoyés en Belgique en Septembre 1940 pour participer à la Bataille d'Angleterre pour y escorter des bombardiers Fiat BR 20. 

    Cela entraîna une désillusion complète, les pertes atteignant rapidement des niveaux élevées.

    Leur base Belge semble avoir été Maldegem, à l'Est de Bruges. 

    Une telle localisation signifiait que les chasseurs Italiens ne devaient pas dépasser de beaucoup les côtes Britanniques s'ils voulaient pouvoir combattre (la zone accessible la plus proche 
    était située entre Douvres et Ramsgate, à 120 km à l'Ouest).

    Peu après, l
    'ajout d'un réservoir supplémentaire de 100 litres donna un peu plus de 600 km d'autonomie totale, mais c'était déjà un peu tard.

    Inexplicablement, les G 50 bis ne furent pas envoyés en Belgique, comme si les responsables Italiens refusaient que leurs pilotes soient en condition de combat optimum.


    Cette campagne d'Angleterre Italienne était, avant tout, un geste de solidarité de Mussolini vis à vis d'Hitler.

    Si Allemands et Britanniques disposaient chacun d'un efficace système de contrôle aérien par voie hertzienne, les Italiens, très rarement équipés de radio, ne pouvaient presque p
    as en bénéficier. 

    Par ailleurs, le climat de l'Automne et de l'Hiver Flamand ne s'accordait pas vraiment avec les habitacles ouverts que les pilotes Transalpins avaient exigés sans se douter que moins d'un an plus tard, ils allaient voler ainsi, à l'air libre, par -30° en 1942 en plein hiver Russe ! 



    Ceci étant dit, certaines affirmations méprisantes Britanniques sont plutôt surprenantes.

    La première réside dans la capacité revendiquée
     à échapper aux Freccia qu'auraient eu les bombardiers Britanniques Bristol Blenheim IV de Septembre 1940. 

    Ceci est totalement invraisemblable, car la vitesse maximale de cette version du bombardier Britannique était d'environ 425 km/h alors que la  vitesse de pointe du chasseur Italien, 470 km/h, soit une différence de 45 km/h en même temps que sa vitesse ascensionnelle était même meilleure que celle du Messerschmitt 109 E. 

    En outre, créé pour le Sud Européen, cet avion n'avait évidemment aucun problème de surchauffe dans un pays nordique au seuil de l'automne !

    Enfin, si la durée de vie du moteur pouvait diminuer au Sahara pour cause de vent de sable, les conditions environnementales dans les Flandres le garantissaient - et pour longtemps - contre un tel risque !

    Comme je l'ai expliqué à propos du Morane 406, le temps de poursuite nécessaire avant de pouvoir descendre un bombardier dépend de la différence des vitesses de pointe entre bombardiers et chasseurs. 

    Pour le cas d'une poursuite d'un 
    Blenheim par un Fiat G 50 , ces 45 km/h signifiaient que le chasseur Italien gagnait 750 m par minute sur sa proie, donc il lui fallait 10 minutes pour combler un écart de 7.5 km et 13.3 minutes si cet écart passait à 10 km.

    Ces temps étaient tout à fait acceptables, du moins tant que l'alerte était correctement transmise aux chasseurs Transalpins par les officiers Allemands.

    Si donc une telle interception n'avait pas lieu, peut-être faudrait-il y chercher une autre cause. 

    La plus simple, donc la plus probable, réside dans les conditions de faible visibilité très fréquentes dans les régions côtières de la Manche mais très rarement rencontrées en Italie ou en Afrique du Nord.

    Mais on peut prendre l'information à l'envers : 
    1. Soit la rencontre à bien eu lieu près des côtes Anglaises (les autres royaumes Britanniques étant hors de portée), à la fin d'une patrouille lancée une heure avant le coucher de soleil : Les Italiens commencent la bagarre, les Blenheim s'enfuient en piqué accentué et, dans les conditions de médiocre visibilité, les Fiat G 50 abandonnent le combat.                                                                                                                                        
    2. Soit les Britanniques détectent une patrouille Italienne qui se rapproche d'une petite formation de Blenheim et envoient leurs chasseurs lourds dans un front nuageux.                                                                                    
    3. Soit, enfin, il s'agit d'un pur mensonge de propagande, ce qui est habituel chez nos amis d'outre Manche.
    Dans tous les cas, en condition banale de combat, les Blenheim Mk IV n'avaient aucune chance face à n'importe quel chasseur.



    La seconde des critiques Britanniques a porté sur l'armement. 

    Philosophiquement, c'est amusant, car l'armement d'un chasseur de 1939-1940 ne peut en aucun cas être comparé à celui des chasseurs de 1942 et, encore moins, à celui employé par les chasseurs de 1944-1945.

    Les premiers combats de la Seconde Guerre Mondiale opposèrent les PZL 11 à deux mitrailleuses de 7.92 mm à des Messerschmitt 109 disposant, au mieux, de 4 mitrailleuses de même calibre !

    Nos amis d'Outre-Manche annoncèrent Urbi et Orbi (et le font encore) que leur propre armement à 8 mitrailleuses légères (7.7 mm) écrasait l'armement Italien à 2 mitrailleuses lourdes (12.7 mm).

    Si on se référait seulement à la vitesse initiale en sortie de canon, cette critique serait valable. 

    Mais l'impact d'une balle de mitrailleuse intervient à plusieurs centaines de mètres de son éjection et les balles de petit calibre, ayant une très faible masse (environ 10 grammes), sont nettement plus ralenties par le frottement de l'air que les balles à forte inertie (34 grammes dans le cas présent). 

    Tirées à 400 m de distance dans les 6 heures du chasseur poursuivi, il est probable que les 8 balles Britanniques de 10 grammes soient arrivées sur leur cible à la même vitesse que l'auraient fait les 2 balles Italiennes de 34 grammes, ce qui aurait abouti à une énergie cinétique presque identique au point de convergence. 

    Sauf que l'impact groupé au point de convergence exact était rarissime du côté Britannique, ne serait-ce que parce que les mitrailleuses interagissaient les unes avec les autres, induisant probablement une dispersion des légères balles de 7.7 mm sur environ un mètre carré. 
    Nos solides Bloch 151 ou 152  résistèrent très bien aux balles Germaniques mais détestèrent les 12.7 Italiennes.


    Toujours est-il que les Freccia furent employés au combat d'abord 
    en Finlande contre Staline (où ils donnèrent des résultats plutôt honorables), puis en Libye, dans les Balkans (Grèce et Yougoslavie), sur le Front de l'Est avant de fonctionner en Italie même.

    Le Fiat G 50 n'y a jamais laissé une image particulièrement brillante, même s'il a démontré sa supériorité en maniabilité sur les Hawker Hurricane I malgré une charge alaire significativement supérieure.

    Néanmoins, les rencontres du début de la guerre ne peuvent pas être comparées avec celles qui suivirent une année plus tard.

    Lorsque les Italiens (quelle que soit leur monture) furent confrontés aux chasseurs Français ou Britanniques, ils payèrent lourdement leur entraînement que je ne peux que qualifier de médiocre.

    Les pilotes Français qu'ils rencontraient venaient de survivre à la Luftwaffe, le pire adversaire qui se puisse trouver jusqu'en 1945 par la supériorité de ses tactiques et de son contrôle aérien.

    Moins d'une année plus tard, les pilotes Italiens avaient atteint le niveau des meilleurs.


    Une succession très brillante


    Toujours est-il que l'ingénieur Gabrielli sut tirer partie de cet expérience pour en tirer une version très affinée, le Fiat G 55 Centauro, avec un moteur en ligne issu du Daimler-Benz DB 605 A de 1475 Cv. 

    L'avion était plus effilé, donc plus allongé (longueur passant de 7.80 m à 9.37 m)


    Fiat G 55 -  Une ligne très "Arsenal VG 33 / 39"


    L'aile était agrandie à 21.1 m² de surface pour compenser une élévation de masse au décollage de 3720 kg, donc supérieure à 1 200 kg.

    La charge alaire passait donc à 176 kg/m².

    La vitesse passait très largement les 625 km/h à 7 000 m (sans injection d'eau), le plafond frôlait les 13 000 m et la montée à 6 000 m prenait moins de 6 minutes. 

    La capacité de manœuvre de ce chasseur était excellente, en particulier à haute altitude.

    Les pilotes Allemands qui l'avaient piloté demandèrent que le G 55 devienne leur chasseur standard.
    Evidemment, les équivalents-énarques de la Luftwaffe refusèrent brutalement cette démarche incongrue.



    Commentaires récupérés :
    1. The Fiat gave good results in Finish hands.
      The tests didn't say it was more maneuverable than C.200. It was slightly superior to C.200 at higher altitude.
      It had heavier commands than C.200 and pilots didn't liked it even if it had good results in combat. Luigi Gorrini considered it a "strange plane".

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      Réponses
      1. Merci, cher ami passionné des avions Italiens. Merci pour les informations que vous m'apportez et le lien que vous me fournissez.

        De mon expérience, il semble que le sentiment d'un pilote sur la manœuvrabilité d'un avion dépend souvent des habitudes qu'il a prises au moment où il commence à piloter.

        J'ai l'impression que, pour une raison difficile à élucider de nos jours, les combats en Libye se sont passés essentiellement à basse et moyenne altitude. Dans ce cas, le MC 200 restait sans rival.

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    2. Flight Behavior of G-50 in Italian

      http://www.alieuomini.it/pagine/dettaglio/uomini,5/il_comportamento_di_volo_del_fiat_g,153.html

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    3. Thanks. I agree, C.200 seems was great at low level.
      An account by Squadron Leader D.H. Clarke, D.F.C, A.F.C in his book "What were they like to fly", about a captured Macchi C.200 "Saetta" he flew in North Africa can be read here:

      http://forums.ubi.com/showthread.php/302491-Macchi-C-200-Saetta-(and-some-C-202)-flown-by-a-British-pilot-Comparative-test-Forums

      A good link with source for Italian plans and historical books, not only Italian is http://www.avia-it.com/act/avianew_index.asp

      There for aircraft manuals, Italian and others: Profili d'aerei >>Libretti velivolo & Note per i piloti
      For historical and old magazine e-books : Biblioteca >>

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    4. Merci pour ces nouveaux liens, cher ami.

      J'ai bien apprécié l'analyse de DH Clarke, qui permet de comprendre bien des choses.

      J'ai aussi constaté que, si les Britanniques soulignent que le Spitfire grimpait plus vite que le MC 200, ils oublient soigneusement de dire que c'est uniquement la version Spitfire V de 1942, dont la puissance est bien plus grande !

      Je me demande ce qu'aurait donné la confrontation MC 200 / Spitfire Mk I....

      Bonne journée, et bonne année 2015.

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