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lundi 1 juillet 2024

Le Messerschmitt 262 : Indispensable ? Sûrement pas ! (révisé le 05 / 02 / 2025 * ***)

Il est possible que des âmes sensibles soient choquées par cet écrit, toutes mes excuses ! 

La plus grande partie des nombreux textes que je lis sur l'Aviation de la Seconde Guerre Mondiale insistent sur le rôle majeur qu'aurait pu avoir le Me 262 au profit du IIIème Reich.

Pourtant, cet avion n'a jamais eu la capacité d'impact qui avait été attendue, loin de là.


Tout le monde peut légitimement admirer le Messerschmitt 262 parce que cet avion a ouvert un immense domaine nouveau dans la conquête de la vitesse.

Cet avion a ouvert de nouveaux champs de recherche, donc de découvertes. 

Ainsi, l'Allemagne a démontré, face à tous les autres pays, sa remarquable avance technologique dans le domaine de l'aviation à réaction. 

Comme elle a fini par perdre quand même la guerre, elle a été envahie et l'essentiel de ses percées technologiques ont été acquises par les ingénieurs alliés. 

Tous ont pu éviter la douloureuse marche qu'avaient dû subir les hommes de Messerschmitt.

Ainsi, lorsque vous montez dans un Airbus ou un Boeing de transport, vous témoignez votre confiance à un ensemble de personnels Allemands qui vont de l'ingénieur Messerschmitt  à ses très brillants collaborateurs et à tous les concepteurs des réacteurs crachotants de1944-1945. 



Me 262  désarmé, non peint, avec (apparemment) un état de surface pour le moins perfectible


Cependant, employer ce nouveau système de motorisation impliquait, en 1942, de repenser non seulement la structure des avions, mais, également, la totalité de la guerre aérienne du Reich !

Cela devait commencer par une révision de tout le système de fabrication de l'avion et toute la logistique des bases aériennes, mais aussi des méthodes de combats. 

Seule la couverture radar du Reich, à ma connaissance, ne nécessitait aucune remise à niveau.

Voyons cela :

  • Point 1, les réacteurs n'ont pas la moindre capacité de s'accrocher physiquement à l'air comme le font les hélices, d'une part parce que le rapport poussée / poids est seulement de 0.280 (Dassault Mystère IV = 0.403 ; Mirage III : 0.63), mais aussi parce que la traînée du Me 262 est près de 3 fois supérieure à celle d'un Dassault Ouragan (3 "fuselages" contre 1 seul). En plus :
    • Ces avions doivent disposer de systèmes bien plus efficaces pour se freiner, non seulement en l'air, mais aussi à l'atterrissage (=> aérofreins, jusque là employés uniquement sur les bombardiers en piqué).

    • Point 2, la forme élégante du chasseur Messerschmitt 262 conserve, en gros, la conception du Bf 110 de 1937. 
      • Mais le fuselage prend trop de place, pèse trop et son inertie se traduit par une certaine paresse dans les manoeuvre rapides. 
      • La sur-largeur inférieure du plancher, illustrée ci-dessous, avait pour but d'amélirer l'interaction aile-fuselage (évitant ainsi un raccord Karmann).
      • Par ailleurs, le volume de ce fuselage, à lui seul, en fait une cible bien repérable de loin.


    La largeur du fuselage est "confortable", un peu trop !


    • Point 3, les réacteurs n'ont encore aucune fiabilité. Ils travaillent à des températures très élevées (pour la technologie du moment), entraînant l'obligation d'employer de métaux très spéciaux, donc très rares. 
      • Malheureusement, ces métaux ne sont pas encore produits en Allemagne. On doit s'en passer, et la durée de vie d'un moteur va de 10 heures à 25 heures, suivant l'expérience des pilotes, comme au début de 1916.



    Réacteur JUMO 004 - Image NACA permettant de voir les 8 étages coaxiaux de ce moteur.



    • Point 4, Les réacteurs rejettent des gaz extrêmement chauds. L'équipe Messerschmitt ne s'en est pas préoccupé d'emblée (tout comme, également, les ingénieurs Britanniques qui construisirent le Supermarine Attacker, premier chasseur embarqué à réaction).
      • Elle a eu tort, parce qu'elle a été obligée d'en venir au train d'atterrissage tricycle après un an d'expériences désagréables (en particulier, des déclenchements d'incendies, qui étaient hautement prévisibles !). Il a donc fallu repenser la structure du Me 262, ce qui rajoute près d'un an de retard. 
      • A noter que ce fut de nouveau le cas, 55 années plus tard, avec le Lockheed F35 B.

    • Point 5, le carburant n'a rien à voir avec l'essence plus ou moins mâtinée de tetra-éthyle-plomb que, alors, tout le monde maîtrisait dans les armées aériennes du monde ! Il s'agit maintenant une huile très calorifique, probablement issue, au mieux, du charbon, voire du lignite. Dans ce dernier cas, je ne suis pas persuadé qu'il ait été produit avec toute la pureté nécessaire à la bonne sûreté des réacteurs.
      • D'après ce que l'on peut lire de nos jours, même à la fin de la guerre, en Avril 1945, la "simple" gestion de la manette des gaz était tellement compliquée que la vie du moteur pouvait se terminer instantanément en incendie à cause d'une manipulation un peu trop vive ! 
      • Il paraît surprenant que ce problème n'ait pas été résolu en 2 années d'essais en vol, alors même que l'avion était destiné à la chasse, discipline où la vivacité de réaction du pilote est strictement obligatoire.

    • Point 6, introduire une arme révolutionnaire dans une quelconque armée peut se comprendre au tout début d'une guerre. Après une longue période de guerre, les soldats très expérimentés deviennent minoritaires (à cause de la sélection naturelle) et ils ont engrangé une énorme quantités de méthodes, mais la plupart sont  inadaptées à cette nouveauté.


    Le projet et ses étapes


    Les premiers travaux datent de l'Automne 1938. Le 1er vol (avec les réacteurs) du prototype fut réalisé le 18 Juillet 1942, 4  années plus tard. 

    Le premier vol d'un Me 262 de production eut lieu en Mars 1944.

    De la conception à l'entrée en fonction, près de six ans s'étaient écoulés. Cela signifie déjà que les solution aérodynamiques choisies n'étaient vraiment plus les meilleures.

    Bien sûr, le Me 262 est un avion fin mais, également, volumineux. 

    Il a une envergure de 12.60 m. Sa surface alaire est de 21.70 m².

    { Parenthèse : Tout le monde a trouvé bon de s'extasier sur son aile en flèche de 18.5°. 

    Curieusement, William Green n'en parle pas. Mais tout le monde sait que l'ingénieur Alexander Lippisch travaillait depuis plusieurs années sur des avions ou des planeurs disposant d'ailes en flèche à environ 20° et qu'il travaillait depuis 1939 à Augsbourg chez Messerschmitt (tout comme son pilote d'essai Heini Dittmar). 

    Leur but était de construire le chasseur fusée Me 163, qui présentait une flèche de 23.5°.

    D'après l'article de En. Wikipedia (de la fin Mai 2024), les ailes devaient être droites. 

    Mais la masse anormalement forte des réacteurs réels aurait amené à introduire la flèche de 18.5°.  

    Honnêtement, je crois d'avantage à l'influence de la compétence de l'ingénieur Lippisch qui avait réussi à faire voler son avion fusée à 1 003 km/h  à 4 000 m (Mach 0.84) le 2 octobre 1941. }

    La longueur du Me 262 est de 10.60 m et sa masse à vide est de 3 800 kg (donc faible). 

    Sa masse au décollage est de 6 475 kg (elle pouvait aller un peu au-delà de 7.150 kg).

    La charge alaire atteignait donc 298 kg. 

    L'avion décollait "normalement" en presque 1 300 m. 

    Il fallut donc allonger toutes les pistes du Reich pour pouvoir décoller sans danger, cela signifiant de 1500 à 2000 m de piste (les autoroutes le permettaient très bien).

    Le plafond pratique était de 11 450 m, très faible en 1944.

    La montée à 9 000 m demandait un peu plus de 13 minutes, ce qui à quelque secondes près, est le temps du Nieuport 161-03 de 1938  (13'.48"), avec ses 860 Cv !!!, 

    Ce temps de montée souligne une fois de plus la faiblesse de son rapport poussée/poids.

    Donc, face à ses adversaires, il n'était pas toujours le meilleur, loin de là.

    Voyez : 

    Le Spitfire XIV Britannique volait à une Vmax 720 km/h à presque 8 000m.

    Sa masse à vide n'atteignait pas 3 000 kg puis passait à 3 600 kg au décollage, donnant une charge alaire de 160 kg/m² (la masse maximale absolue était 3 854 Kg). 

    Il décollait en 542 m à pleine charge. 

    Il montait à 9 000 m en environ 8 minutes.

    Sa course d'atterrissage était de 700 m.


    Le Bf 109 K, qui résultait d'une purification aérodynamique remarquable; pesait 200 kg de moins que le chasseur Britannique et était aussi rapide.

    Il s'envolait aussi bien

    Il montait à 10 000 m en 6' 42".


    Le chasseur Focke-Wulf TA-152 H, dernier chasseur à hélice du Reich, avait une surface alaire de 23.4 m².

    Il décollait en un peu plus de 400 m au poids de 4 600 kg, montait à 10 000 m en 13' 18" et son plafond était de 14 700 m

    Il démontrait une vitesse de 760 km/h à 12 000 m et un plafond d'environ 14 600 m. .. 

    C'était bien un chasseur de haute altitude mais pas véritablement un intercepteur.

    Le Messerschmitt 262 trahit son âge dès qu'il vole : Le premier de tous ses défaut  est l'énorme durée de son développement (à l'exact inverse du P 51 !). 


    Au combat

    Par contre, son armement, déjà très puissant, va devenir encore plus puissant : Il est l'arme la plus efficace du moment pour détruire les bombardiers quadrimoteurs B 17  et B 24.

    Le canon MK 108 tirait avec une V0 trop faible (540 m/s) qui interdisait de tirer de loin. 

    Le MK 103, trois fois plus lourd, avait une V0 de 860 m/s qui lui aurait permis de tirer de plus loin.

    Le premier missile air-air fut le R4M non guidé, qui parcourait de 800 à 1500 m à 525 m/s.

    L'engin de 0.8 m de long et 55 mm de diamètre pesait un peu moins de 4 kg dont 0.52 kg de Torpex dans son ogive.


    Missile R4M



    Cette arme volait droit, personne ne pouvant alors guider un si petit missile.

    Le 18 Mars 1945 fut un grand jour pour la Jagdwaffe : 37 Me 262 attaquèrent un fleuve d'environ 1 200 forteresses volantes protégées par plus de 600 P 51. 

    Grâce aux 24 missiles air-air (R4M) porté par chaque avion (soit 888 missiles au total), les Messerschmitt détruisirent 12 bombardiers au prix de 3 des leurs.

     Vu le nombre des chasseurs US, les 3 Messerschmitt abattus semblent de peu de poids !

    Cette action est retenue universellement comme la plus représentative des capacités hors du commun de ce chasseur.


    Galland, dans son livre (les premiers et les derniers, traduit et édité par Yves Michelet), rapporte avoir attaqué avec 6  Me 262 une formation de 6 Martin Marauder qui furent tous descendus. (au prix de son propre avion, pendant l'atterrissage).


    Ce qui est particulièrement étonnant, c'est que de nombreux Me 262 ont été abattus à la suite de combats dont les récits se ressemblent tous et qui amènent le lecteur à penser que le chasseur Allemand manquait gravement de maniabilité, comme celui qui suit :



    J'ai copié cette photo sur l'excellent site, hélas non sécurisé,
    http://www.spitfireperformance.com/mustang/combat-reports/78-anderson-21march45.jpg

    Pourquoi ce manque de maniabilité ? j'ai trouvé plusieurs raisons évidentes :

    • Les commandes assistées n'équipent alors que le P 38, dans ses toutes dernières versions (elles multiplieront d'un facteur 4 ou 5 la rapidité de roulis de ce gros avion).
      • A 800 km/h, ces commandes auraient dû s'imposer !
    • L'empennage horizontal est de type classique (plan fixe + profondeur). Aux grandes vitesses, il eut été bien plus efficace d'avoir un système monobloc.

    Les grands pilotes d'Hitler se faisaient plus rares et ceux qui avaient survécu à de nombreux crashs n'avaient peut-être plus une capacité physique suffisante.

    Par contre, les pilotes Anglo-Saxons commençaient à bénéficier d'authentiques combinaison anti-G.

     

    Conclusion

    Employé en masse un an plus tôt, le Me 262 eut changé la donne contre la 8ème Air Force, avant que le général Doolittle les fasse escorter par des nuées de P 51 B puis D..

    La mise au point de ce Messerschmitt avait été trop difficile. 

    Toutes les gigantesques ressources consacrées à ce chasseur et à d'énormes canons de Flak auraient permis la sortie de milliers de TA 152 A puis C et finalement H, qui auraient pu casser tout aussi brillamment les gros bombardiers Alliés tout en ayant une bien meilleure capacité de combat contre les chasseurs US.

    C'est justement le faible nombre de chasseurs classiques qui à dévoré la Luftwaffe, Dieu soit loué !







    vendredi 13 mai 2022

    Le Lockheed F 104, très avancé, survendu, totalement inefficace et... suicidaire (révisé le 16 / 10 / 2024 * ***)

    Sources : En. Wikipédia et sa version sur le XF 104


    Le Lockheed F 104 fut, indéniablement, un avion d'aspect impressionnant, voire futuriste. Donc, un très bel engin.

    A ce que l'on lit dans la littérature, l'ingénieur Kelly Johnson qui allait concevoir cet avion, aurait commencé par interroger des pilotes de chasse US qui avaient survécu à la première année de la guerre de Corée. 

    Il aurait alors décidé de faire un avion aussi rapide que possible et qui soit doté de la plus forte capacité de vitesse ascensionnelle du moment. 



    Prototype XF 104 : Les souris sont encore absentes des entrées d'air du J 79.
    Cet avion est plus court et plus léger que le F 104 C de série


    L'architecture choisie pour les ailes était très différente de celle choisie par North American pour ses Sabre (F 86) et Super Sabre (F 100). 

    Tous les deux employaient des ailes à profil laminaire déployant une flèche de 35° pour le premier (subsonique) et de 45° pour le second (1 400 km/h).

    Ils employaient aussi une entrée d'air réacteur Pitot qui simplifiait le travail aérodynamique des concepteurs.

    La voilure du F 100 avait une envergure de 11.81 m et une surface de 37.16 m². 

    La masse au décollage allant de 13 085 kg à 15 800 kg, cela faisait évoluer la charge alaire de 352 kg/m² (mission chasse) à 425 kg/m² (Close Air Support).



    Entrées d'air gauche d'un XF 104 : Pas (encore) de cône interne !


    Le but poursuivi par Lockheed était bien plus ambitieux : Passer Mach 2 !

    Le prototype du XF 104 fit son 1er vol le 4 Mars 1954. 

    Long de 15 m, il avait une masse de 5 200 kg à vide qui passait à 7 120 kg au décollage.

    La voilure, de profil biconvexe, avait une envergure de 6.66 m et un dessin de type trapézoïdal isocèle qui devint classique chez Lockheed.

    Elle était de faible surface (18.2 m²) et fondée sur un profil très mince (3.36 %). Son envergure représentait 40 % de la longueur totale du fuselage. 

    Au lieu de fentes de bord d'attaque, cette aile portait un dispositif modificateur de cambrure qui augmentait la portance à basse et moyenne vitesse. 


    Le bord d'attaque, hyper mince (0.41 mm !), imposa d'être recouvert de protections en plastique pour éviter que les personnels au sol ne se blessent en y touchant par inadvertance.

    La charge alaire était, alors, de 391 kg/m², ce qui excédait la charge supportée par les chasseurs des autres sociétés US.

    Le fuselage était remarquablement fin et, pourtant, les deux entrées d'air alimentant le réacteur ne disposaient alors d'aucun dispositif capable de rejeter l'onde de choc sonique en amont des parois (photo ci-dessus). 

    Le moteur choisi devait être le tout nouveau réacteur General Electric J-79. 

    Ce moteur étant indisponible, il fut remplacé par un Wright J 65-B3 (version du Sapphire construite aux USA sous licence d'Armstrong-Siddley). 

    La première version de ce moteur interdisait de passer Mach 1, mais le J65-W-7 (avec post-combustion) permit d'atteindre M 1.49 à 12 000 m, M 1.6 en piqué. 

    L'avion démontra un plafond de 17 000 m.

    Le canon Vulcan choisi (de système Gatling) se révéla puissant mais exigea de repenser entièrement son alimentation pour en revenir au système de chargeur (qui ajouta 140 kg à la masse de la cellule !).

    Ces deux prototypes furent perdus moins de 2 ans après leur entrée en service...


     
    Vers la vie opérationnelle

    Le premier des 17 exemplaires de la version pré-opérationnelle YF 104 vola pour la première fois à la mi-Février 1956.

    Cet avion était plus long avec 16.68 m. 

    Il disposait enfin du réacteur GE J 79 capable de donner 4 400 kg de poussée à sec et 6 900 kg de poussée avec post-combustion.

    Ce moteur démontra un certain nombre de problèmes associés, en général, à son système de post-combustion.

    L'aile restait la même. 

    Néanmoins, l'appareil montait vite et haut, ce qui en faisait un intercepteur efficace, en particulier s'il employait des missiles AIM-9 Sidewinder (les premiers missiles de ce genre à démontrer de l'efficacité).



    Profil d'aile d'un Starfighter - Les plaques rouges à chaque extrémité protègent le personnel -
    On voit le volet de courbure à gauche et le modificateur de cambrure à droite. 
    La structure semble multi-longerons.


    Le premier F 104 A de série entra en service le 28 Janvier 1958. La masse à vide avait augmenté de 1 150 kg.

    La vitesse maximale atteignait M 2 (= 2 120 km/h à 12 000 m), le plafond opérationnel  était de 15 000 m.

    La voilure gardait la même géométrie, mais la charge alaire était maintenant passée à 510 kg /m².

    Inutile de dire que la combinaison entre cette énorme charge alaire et le profil d'aile choisi se combinèrent pour rendre l'avion particulièrement peu manœuvrier. 

    Certes, un système sophistiqué de soufflage de la voilure tentait de pallier ces difficultés, mais ce système n'était ni fiable ni facile à employer, puisqu'il était inopérant lorsque le réacteur tournait à moins de 85% de son régime  maximal.

    Le Starfighter fut cependant un avion très bien vendu, à près de 2 600 exemplaires.

    L'USAF en commanda initialement plus de 700 pour l'Air Defense Command. Elle confiait ces chasseurs uniquement à des pilotes qui justifiaient au moins de 1 500 h de vol. 

    Par contre, la série fut coupée au 296ème avion, parce que "cet avion n'avait qu'une faible autonomie". Telle était la raison officielle.

    Il fallait donc que Lockheed réussisse quand même à vendre les avions en cours de construction à des clients non-Américains.

    Ce fut à ce moment-là que l'on commença à comprendre que ce n'était pas pour leurs qualités militaires que ces avions étaient achetés, loin de là, mais pour les pots de vin que les politiciens recevaient. 


    En Allemagne, Franz Joseph Strauss en fut un très important bénéficiaire, ce qui peut expliquer les facilités de réélection qu'il connut ensuite. 

    Du coup, il commanda 916 F 104.

    Il semble avoir déclaré - dans ses mémoires - qu'il avait fait ce choix uniquement pour punir le gouvernement du Général de Gaulle. 

    Je ne crois rien de ses déclarations, comme toujours lorsqu'il s'agit d'un politicien. 

    En réalité, l'appât du gain fut sa seule motivation, as usual. 

    Evidemment, ce type de vente se fit évidemment au détriment des chasseurs concurrents, en particulier du Mirage III. 

    Vous lirez de nombreuses justifications données après coup, bien sûr ! 

    Une revue Française qui avait connu de longues années d'un travail très sérieux, à commis  un article ad hoc pour conclure que cet engin n'avait pas de mauvais résultats en termes de sécurité ! 


    Vie opérationnelle 

    Le F 104 entrait dans sa" vie d'avion de chasse" avec nombre d'atouts remarquables :

    • Son réacteur était très puissant ;
    • Son fuselage était particulièrement fin, ce qui allié au point précédent, lui assurait une vitesse considérable ;
    • il disposait d'un excellent radar ;
    • Son armement était puissant et diversifié.
    Fabriqué en grand nombre (2 578 exemplaires), il s'est mesuré au combat à nombre d'adversaires mais son palmarès peut vraiment être qualifié de strictement minable. 

    Pourtant, lors de ses premiers déploiement, à Taiwan en 1958, puis à Berlin en 1961, la perception de ses exceptionnelles performances en vitesse opérationnelle et en vitesse de pointe impressionna clairement ses adversaires. 

    Pour autant, aucun combat n'avait été livré. 

    La seule vue d'un spot de F 104 sur les radars soviétiques avait suffit à dissuader d'éventuels attaquants.





    La guerre du Viet Nam allait changer la perception que le Monde avait de ce chasseur. 

    Deux escadrilles de 24 Starfighter F 104 C, furent déployées sur la très importante base de Da Nang à partir de 1965.

    Ces avions jouaient un rôle de protection des F 105 Thunderchief (dont, cependant, la moitié furent perdus) mais aussi des EC 121 (sorte d'AWACS utilisant un L-1049 Super-Constellation comme vecteur physique, voir ci-dessous). 

    Les EC 121 purent ainsi amener la destruction de 25 Mig. 

    Mais aucun de ces avions ennemis n'avait été abattu par les F 104, bien que ceux-ci aient livré 5 200 combats !




    Pire, pendant ces opérations, 14 Starfighter furent détruits. 

    Les données de l'USAF ne mentionnent qu'une seule victoire de l'aviation Nord Vietnamienne (par un Mig 19). 

    Dix autres destructions furent attribuées à la DCA ennemie, dont 2 par missiles anti-aériens Russes (les seules que je retienne comme telles).

    Enfin 3 seraient liées à des pannes moteurs.

    Moi, je veux bien, mais les Allemands déformaient déjà ainsi la vérité, puis les Britanniques en firent autant. 

    Un avion qui combat réellement risque toujours de recevoir des coups !

    Alors, comme le disait un pilote de chasse Français de 1940, "un avion déjà abattu par la Chasse passe ensuite obligatoirement à portée de la DCA !".

    Je rajoute que le moteur, dans ce cas, est rarement intact !


    En Septembre 1965, à l'occasion de la guerre entre l'Inde et le Pakistan, parfois appelée Seconde Guerre du Cachemire, un pilote Pakistanais de Starfighter revendiqua une victoire sur un Mystère IV Indien. 

    Ce fut nié par l'Inde. 

    En Janvier 1967, quatre F 104 Taïwanais abattirent un Mig 19 Chinois, mais, ensuite, un Starfighter manquait à l'appel.

    En 1971, durant une nouvelle guerre opposant l'Inde et le Pakistan, les pilotes Indiens aux commandes de Mig 21 abattirent au moins 2 Starfighter Pakistanais..


    Si on compte sérieusement, le nombre total de victoires de cet avion se comptent sur les doigts d'une seule main !

    Par comparaison, les seuls Mirage III Israéliens abattirent 48 avions appartenant à des pays Arabes dans la guerre des six jours de 1967 plus 106 avions dans celle du Yom Kippour de 1973 (et je n'ai pourtant pas intégré les 140 victoires des Nesher, même si ce sont des avions identiques). 

    On voit bien que le Starfighter n'était pas un chasseur digne de ce nom.


    Un bien mauvais bilan de sécurité 


    Plus ennuyeux, la sécurité des vols du F 104 se révéla désastreuse. Cela se traduisit par de nombreux accidents qui entraînèrent 548 pertes humaines. 

    Le pays qui vécut le plus mal ce mauvais bilan fut la République Fédérale d'Allemagne (DBR).

    Erich Hartmann, pilote de chasse doué du plus grand tableau de chasse de toute l'Histoire (352 victoires), puis chef d'escadre d'avions à réaction de son pays, jugeait, avant même que le Starfighter soit commandé, que cet engin était dangereux et qu'il n'avait pas les qualités de vol indispensables pour combattre. 

    Cela déplut fortement à ses chefs qui bloquèrent son avancement plutôt que de suivre son avis.


    La RFA perdit 300 machines par accident, dont 269 dans des crashs. A leur bord, 116 pilotes trouvèrent la mort (108 Allemands et, même, 8 instructeurs US). Cela conféra à cet avion le sobriquet de "faiseur de veuves".


    Les Belges perdirent 41 de leurs 100 avions (41% !), les Italiens en perdirent 138 sur 368. 


    Le taux le plus élevé fut celui des Canadiens avec 110 sur 238 mais cela s'expliquait aussi par un nombres d'heures de vol 3 fois plus important que celui des pilotes Allemands.

    Si on regarde le nombre d'avions perdus par tranche de 100 000 heures de vol, on trouve 25 dans l'US Air Force, à comparer aux 12 Mirage III perdus par la Royal Australian Air Force dans le même espace de 100 000 heures de vol.


    Ce problème de sécurité semble résulter de la conjonction de multiples facteurs :
    (Sources :  Mes 800 heures sur F 104, texte écrit par le pilote d'essai Français Georges Varin et dont je vous recommande la lecture) :

    • Le choix initial par Lockheed d'un siège éjectable ventral, qui interdisait toute éjection à basse altitude.
      • lorsque un siège éjectable Martin-Backer fut enfin installé, il fallut mettre au point un système en plus pour permettre la survie du pilote !
    • Le choix d'une voilure à la fois peu portante et de très faible surface réduisait fortement la capacité de survie du pilote dès lors que l'avion était attaqué car les manœuvres d'esquive n'avaient aucune chance de donner un bon résultat : La seule esquive réellement possible était une fuite éperdue.
    • La mise au point du réacteur General Electric J 79 ne fut pas très rapide et sa post combustion pouvait être capricieuse.
    • Le système de soufflage de la voilure aboutissait à se poser pratiquement plein gaz, ce qui est assez contre-intuitif, sauf pour les pilotes de l'Aéronavale.
    • La qualité de formation des pilotes s'est fait sentir. Malgré tout, si on se souvient qu'un pilote de Harrier devait justifier de 2 000 heures de vol, les 1500 heures exigées par l'USAF démontraient la très grande méfiance de ses responsables.
    • Enormément de vols étaient réalisés à très basse altitude et très grande vitesse, ce qui ne pardonnait pas la moindre distraction.
    • On peut cependant dire que même si son palmarès n'a pas évolué avec le temps, l'avion a été, peu à peu, amélioré par son constructeur et son pilotage a engendré moins de risques pour ses pilotes. Ceci est un point positif pour les forces aériennes impliquées, pas pour les concepteurs de l'avion.
    • Curieusement, ces pilotes gardèrent un souvenir ému de cet avion, comme cela est visible avec Georges Varin. Il est probable que d'avoir passé beaucoup de temps aussi près de la mort sans la subir a été pour eux un très grand évènement.
    Je n'ai donc aucune raison d'admirer ses concepteurs, car concevoir un avion de Chasse ne se limite pas à faire un joli travail de soufflerie : On doit penser à la vie du pilote, à limiter sa fatigue, etc.


    Conclusion

    Marcel  Dassault disait, à ce que l'on rapporte, qu'un bel avion vole toujours bien. 

    Pourtant, si le F 104 fut vraiment un très bel avion, il volait mal dès qu'il s'éloignait de la ligne droite !

    Sa création a popularisé les cônes d'entrée d'air, les ailes multi-longerons et le soufflage des volets. Ceci est très positif.


    Sa beauté et ses performances en ligne droite avaient suffit à dissuader les avions soviétiques comme les avions Chinois de l'attaquer pendant un certain temps. 

    J'ignore pourquoi des aviateurs Nord-Vietnamiens ont transgressé ce tabou, mais, lorsqu'ils y sont parvenus, la vraie nature du Starfighter  s'est révélée à tous : Ce super avion n'était pas un chasseur du tout. 


    En réalité, il était juste le premier étage du missile qu'il allait lancer sur l'ennemi qu'il suivait.

    Il a leurré nombre de politiciens de bas étage, si facilement corruptibles, en particulier en Europe de l'Ouest. 

    On pourrait s'amuser à faire la comparaison avec le Morane-Saulnier 406, sauf que le palmarès de ce dernier est considérablement plus élevé que celui du F 104 (et c'est moi qui écrit cela !) et, que, normalement piloté, il ne présentait aucun danger.





    vendredi 5 juin 2020

    14 Mai 1940 : Face à l'hécatombe des Morane 406, l'Etat-Major les fait escorter ! (Révisé le 05 Octobre 2024 ** ***)



    {If you prefer to read this post in English, click here}


    {Rappel : Obtenir la maîtrise du ciel

    Du Verdun, en 1916, à maintenant, en ce premier quart du XXIème, l'Aviation de Chasse est une clé fondamentale du champ de bataille  :
    • D'abord, elle établit SA propre maîtrise du ciel situé au-dessus de ses propres troupes (surtout lorsque celles-ci sont à l'offensive) ;
    • Ensuite, elle va réaliser la même chose au-dessus du champ de bataille (ce qui est, par définition, plus difficile) ; 
    • Une fois ces deux étapes réalisées, elle peut établir sa domination au-delà des lignes ennemies pour que le territoire de l'adversaire soit à la merci des coups des bombardiers amis.
    Ces trois étapes imposent de respecter plusieurs conditions :
    1. Disposer de pilotes aptes à faire face à toutes les situations (ce qui n'a rien de simple).                                                                                                                            
    2. Bien sûr, les avions de Chasse équipant ces pilotes doivent satisfaire à un certain nombre d'exigences pour détruire rapidement le plus possible d'avions ennemis :   
      • Dans ce but, leur conception doit leur permettre de rattraper les avions ennemis. 
      • Ils doivent grimper rapidement à quelque altitude que ce soit, même les plus hautes, pour interdire les reconnaissances de l'ennemi, voire limiter au maximum l'importance d'un bombardement sur un dispositif militaire ami.    
      • Dans le cas où un combat serait mal engagé (ou en cas de panne sèche de munitions), ces avions doivent permettre à un pilote normalement entraîné de s'échapper et de rentrer à la maison.              
    3. Enfin, un système d'alerte efficace doit permettre à nos avions de décoller au plus vite et, en même temps, de se trouver dans la meilleure situation tactique possible (i.e. nettement plus haut que l'adversaire pour l'attaquer avec une vitesse très supérieure à la sienne et dans le soleil, pour qu'il soit surpris).}


    "Etat des lieux" de la Chasse Française le 10 Mai 1940 à 04:00


    En Mai 1940, l'Etat-Major de l'Armée de l'Air, réellement conscient des principes édictés ci-dessus, avait perdu toutes les illusions qu'il aurait pu éventuellement garder sur le "chasseur" Morane Saulnier 406, malgré l'avalanche des rodomontades de Pierre Cot et des têtes pensantes du CEMA qui l'influençaient. 

    Les expériences opérationnelles de Novembre 1938, au cours desquelles le MS 406 avait été dominé par les meilleurs chasseurs de la génération de 1932, n'avaient abouti qu'à l'exil du GC I/7 en Syrie (où rien ni personne ne menaçait nos armes). 

    Personne n'avait osé remettre en cause la fabrication de ce chasseur.

    Les difficultés tactiques de ce chasseur furent confirmées à l'occasion de combats simulés entre lui et le Curtiss H 75, avion qui, de ce fait, enthousiasma le capitaine Rozanoff au point de se faire mobiliser dessus en 1940, plutôt que sur MS 406 (2 victoires).

    Pendant la Drôle de Guerre, les combats réels du Morane 406 avec le Messerschmitt Bf 109, confirmèrent la situation préoccupante de notre Armée de l'Air : Le "meilleur chasseur du Monde" des politiciens Français de 1936 / 1937 était archi-dominé par le Messerschmitt Bf 109 E.

    Malgré les plaintes des pilotes de chasse volant sur Morane, la drôle de guerre ne semble pas avoir fourni à nos décideurs d'informations suffisantes sur la valeur opérationnelle du Morane-Saulnier 406 pour qu'il soit transféré à sa vraie place, plus de 200 km en retrait du front.  


    Au mois de Janvier 1940, la mise au point du Bloch 152 venait à peine d'être terminée. 
       
    Les exemplaires qui sortaient d'usine ne bénéficiaient pourtant pas encore du capot moteur à prise d'air de 0.85 m de diamètre ni des échappements propulsifs. 

    L'essentiel des MB 152 équipant les GC avaient encore le capot à prise d'air d'un mètre de diamètre (donc, V max = 482 km/h au lieu de 515 km/h). Donc, les Bloch 152 de la campagne de France avaient sensiblement les performances officiellement attribuées (très malhonnêtement) au Morane 406 (mais une puissance de feu double).




    De même, le Dewoitine 520, bien au point en Février 1939 avec le moteur 12 Y 29, n'avait pas été construit tel quel. 

    On avait changé le moteur pour disposer du compresseur Szydlowski-Planiol (effectivement très supérieur), on l'avait alourdi de 150 kg et on avait supprimé sa béquille arrière sans mettre au point sa roulette de queue (!). 

    L'ancien avion - refusé - atteignait pourtant déjà 525 km/h et serait sorti en grande série dès la fin du Printemps 1939... 

    La nouvelle version, la seule réellement construite en série, était un peu plus rapide (de 10 à 15 km/h), surtout en montée à haute altitude. 
      
    Mais elle avait un très gros défaut : Il avait fallu reprendre les études de centrage et lui apporter énormément de modifications "de détail" qui ont retardée de 9 à 10 mois son entrée en service.



    Leçon de Vérité en 4 actes

    {Les données viennent essentiellement de l'excellent livre de M. Comas et al., Le Morane-Saulnier 406, Lela Presse}

    Heureusement, les pertes n'avaient pas été vraiment dramatiques pendant la Drôle de Guerre. 

    La raison pouvait venir aussi bien d'une formation insuffisante des pilotes Germaniques que de la volonté Allemande de nous endormir.

    Du point de vue de notre Chasse, la Campagne de France peut grossièrement se découper en 4 Actes, tous imposés par l'ennemi.

    I - Du 10 au 13 Mai, le gros de la Jagdwaffe (= Chasse Allemande) était presque exclusivement positionnée au-dessus des Pays Bas, pour persuader les généraux Alliés que la suite des opérations allait ressembler au plan de campagne de Août-Septembre 1914. 
    Cette désinformation allait très bien marcher.


    II - Du 14 au 22 Mai, la Luftwaffe protégeait l'offensive de Guderian et Rommel (le fameux coup de faux). 
    Cela s'accompagna du bombardement systématique des aérodromes Français.


    III - Du 23 Mai au 2 Juin, l'action de la Luftwaffe se concentra sur divers éléments de la poche Dunkerque-Lille car il s'agissait de détruire d'un seul coup les armées Belges, Britanniques et Françaises et 70 % de leur équipement. 

    Une grande part de cet effort fut consacrée à la destruction de navires de transports ou de DCA (par des Ju 87 Stuka).
    L'autre part servit à détruire les défenses de la poche, impeccablement tenues par les soldats Français. 


    IV - Du 3 au 24 Juin, l'aviation ennemie se concentra sur le soutien des offensives en cours. La déclaration de Paris comme ville ouverte (11 Juin 1940) et, à partir du 16 Mai, le transfert de l'essentiel des groupes de chasse Français de l'autre côté de la Méditerranée avait grandement facilité la tâche de la Wehrmacht et de la Luftwaffe.




    Premier acte : 

    L'état-major de l'Armée de l'Air avait placé ses divers groupes sur diverses bases sans qu'il me soit possible d'en tirer une doctrine particulière, sauf, peut-être, que le Curtiss H 75 était considéré comme la meilleure carte de sa "main", puisque placé plutôt en protection de Paris. 

    La Chasse Allemande n'avait pas assez d'avions disponibles pour escorter tous les bombardiers Allemands survolant la France : Alors concentrée essentiellement sur la Belgique et sur les Pays-Bas, elle renforçait la crédibilité de l'hypothèse d'une reprise d'un plan Schlieffen généralisé.

    Rappel : Au premier jour de la campagne, la majorité des bombardiers Allemands n'étaient pas escortés. Pendant leur vol au-dessus de notre territoire, par contre, ils étaient parfaitement guidés par des moyens radio-électriques.

    Sept groupes équipés de Morane faisaient partie du comité de réception :
    1. Le III/1, à Norrent-Fontes (dans le 62), fut le meilleur de tous les groupes de Morane-Saulnier, abattant 8 bombardiers au prix d'un seul appareil détruit en combat (pilote blessé).                                                                                                                                                                     
    2. Le I/2, à Toul-Ochey (54), obtenait 4 victoires (dont 1 sur un Bf 109 E), sans perte.                                      
    3. Le II/7, à Wez-Thuisy (51), obtenait 4 victoires au prix de 2 avions perdus au combat (ils avaient rencontré une escorte de Bf 110), mais aussi 9 pertes par bombardement.                                                                                                                             
    4. Le III/2, à Cambrai-Niergnies (59), obtenait 3 victoires mais perdait 4 Morane en combat et 10 autres par suite d'un bombardement.                                                                                                                 
    5. Le III/7, à Vitry-le-François (51), validait 2 victoires, perdait 1 avion en combat, mais aussi 3 autres par bombardement.                                                                                                                              
    6. Le II/2, à Laon-Chambry (02), avait obtenu 2 victoires mais il avait perdu 1 MS 406.                                                                                                                                   
    7. Le III/6, à Chissey (39), obtenait 2 victoires mais perdait 2 avions en combat.

    Si le III/3 et le I/6 (comme, évidement, le I/7), ne perdaient aucun avion, c'était uniquement parce qu'ils n'étaient pas correctement positionnés face à l'assaut Germanique : 
    • Le III/3 était à Beauvais, en région Parisienne. Dans l'après-midi du 10 Mai, il fut envoyé à Maubeuge.
    • Un "super stratège" avait envoyé le I/6 renforcer la défense contre l'Italie, alors très réticente à une confrontation ! 
      • Pour je ne sais quelle raison, cette unité n'allait pouvoir entrer en lice que le 18 Mai !    
    • Le I/7 était à Rayak, en Syrie, puni pour son incapacité à démontrer la supériorité du MS 406 !

    Le premier jour 


    Les 7 groupes de MS 406 réellement présents le 10 Mai 1940 sur le front totalisaient de l'ordre de 170 chasseurs, une force non négligeable.

    Bien que ces 7 groupes de Chasse aient, ce jour-là, bénéficié des meilleurs conditions possibles (quasiment pas de Chasse Allemande), seulement 25 victoires avaient été obtenues ce qui correspond à une moyenne de 3.57 avions abattus par groupe.

    Cependant, ces victoires avaient été payées par 11
     MS 406 perdus en combat.
    En outre, 22 Morane avaient été perdus à cause de bombardements des terrains . Cela signifie qu'un total de 33 Morane - environ 1/5 de l'effectif initial - avaient disparu en moins d'une journée. 

    Si les trois groupes absents avaient été présents, il y aurait pu y avoir une quinzaine de victoires en plus et, probablement, moins de pertes à la fois en l'air et au sol.  

    Cependant, il était plus qu'évident que les pilotes de MS 406, malgré leurs qualités exceptionnelles de pilotage et leur courage, avaient énormément souffert.

    Les généraux placés à la tête de notre Chasse en étaient conscients
     et n'ignoraient évidemment rien des graves défauts du Morane-Saulnier 406. 

    Cela peut expliquer qu'ils choisirent la solution très étonnante de fournir une escorte de chasse à certains des groupes équipés de chasseurs Morane 406. 


    Les missions d'escortes (acte II)


    Les escortes furent demandées à des groupes équipés d'avions plus performants qui allaient du MB 152 au Curtiss H 75 et, bien sûr, au Dewoitine 520.


    1 - Le 14 Mai, la première mission officielle fut lancée pour protéger sept MS 406 du III/7 qui décollèrent pour couvrir le secteur Sedan-Flize. Leur couverture était assurée par 9 D 520.                                                      
    Ces MS 406 ont abattu 4 Hs 126 d'observation. L'adjudant Albert Littolff devenait ainsi le premier as sur Morane. 
    Pendant ce temps-là, les D 520 ont abattu plusieurs Bf 109. 
    Aucune perte ne fut à déplorer : Le moral des pilotes Français grimpe au plus haut. 
         
    Ce moral de vainqueur explique ce que, personnellement, je considère comme un succès lors de la mission suivante, à savoir à 17:30, la célèbre mission des 14 bombardiers Amiot 143 du Commandant de Laubier sur Sedan.   


    Les 9 Morane qui les escortaient, commandés par Albert Littolff, tinrent en échec, pendant 30 minutes (!) 12 Messerschmitt 109 volant 2 000 m au dessus du dispositif Français. 

    Cette mission est décrite universellement comme une mission suicide. 

    Mais les vraies pertes (deux bombardiers totalement détruits avec 3 morts et deux survivants pour leurs 2 équipages, plus un bombardier posé en campagne pendant son trajet de retour), certes très douloureuses, sont dues essentiellement à une altitude de bombardement trop basse et n'ont rien à voir avec les missions non escortées menées de jour par la RAF sur les ponts de Maastricht. 

    En réalité, perdre 3 avions sur 14 (21.5 % de l'effectif), ce jour-là, montre un vrai succès défensif pour la Chasse Française.


    2 - Le 16 Mai, 9 Bloch 152 protègent 6 Morane du GC II/2 qui étaient en mission de couverture. Aucun incident : Succès.


    3 - Le 17 Mai, 6 Dewoitine 520 du GC I/3 protègent 9 MS 406 du même groupe II/2. Pas de chasse Allemande, mais la Flak se fait entendre. Succès mitigé.


    4 - Le 21 Mai, pour protéger un débarquement de troupes à Montdidier, 24 MS 406 des GC III/7 et III/1 sont protégés par 9 Bloch 152. L'intervention de Bf 109 pose un gros problème aux avions du II/7 (4 Morane descendus, mort du Lt Dyma). 
    L'adjudant Gagnaire abat un Bf 109. Cette mission est un grave échec.


    5 - Le 21 Mai, toujours, 18 Morane décollent l'après-midi pour couvrir le secteur de Cambrai-Bapaume. Ils sont protégés par 9 Dewoitine 520 du GC I/3. Cependant, les nuages abondants vers 2000 m, amènent  la patrouille basse à voler pendant 30' au-dessous de 2000 m. 
    La Flak s'en donne à cœur-joie : 4 avions fortement endommagés, un pilote blessé.

    Six Bf 109 et 3 Bf 110 pique sur les avions encore présents. Trois Morane sont descendus, un pilote est prisonnier, un autre est tué.
    Les autres patrouilles n'ont rien vu, rien entendu. La radio ? Quelle radio ! C'est un très grave échec.


    6 - Le 24 Mai, 9 MS 406 du GC III/3 et autant du III/6 pour détruire des bombardiers ennemis sous la protection de 9 D 520 du GC II/3. 
    L'attaque d'un groupe de 20 Dornier 17, y compris par les Dewoitine de l'escorte (!), provoque la riposte de 12 Messerschmitt 110. 
    Le bilan est lamentable : 3 Morane abattus et deux morts au III/3, un mort (commandant de groupe) et un prisonnier au III/6. 
    Tout cela pour 3 victoires - un Bf 110 pour le Cne Duval (III/3) et deux Do 17 pour l'Adj. Japiot (III/6). Les Dewoitine descendent deux Do 17 dont un probable. C'est un grave échec.


    7 - Le 26 Mai, 12 MS 406 escortent deux Potez 63-11. Ils sont protégés par 6 Curtiss du GC I/4. Le dispositif est attaqué par une vingtaine de Messerschmitt 109. 

    Les Curtiss descendent 4 Bf 109  aux prix de 3 des leurs. Si les Morane perdent deux avions et deux pilotes prisonniers, cela est compensé par 8 victoires. Succès mitigé.


     8 - Le 27 Mai, 9 Morane du III/3 protègent 2 Potez 63-11 de renseignement sous la protection de 9 Bloch 152 du GC I/8. 2 Bloch ne rentrent pas. Bilan mitigé.


    9 - Le 30 Mai, 9 MS 406 du III/7 sont engagés entre 17:15 et 19:00 au dessus d'Abbeville sous une ombrelle mixte de Bloch 152 du GC I/8 et de D 520 du GC I/3. La Flak endommage 2 Morane. Bilan positif.



    Acte III


    10 - Le 3 Juin, 9 Morane du GC III/7 décollent à 13:35 pour contrer 20 He 111 engagés dans l'opération Paula qui reviennent à la maison. Un He 111 descendu par Littolff et Martin. Intervention de 10 Bf 109. Le MS 406 de Martin doit se poser et son pilote est blessé.

    Quatre Dewoitine viennent dégager les autres MS 406. Bilan mitigé.


    11 - Le 6 Juin, cinq MS 406 décollent pour protéger des Br 693 associés à des LéO 451. La protection de D 520 est réalisée par les GC I/3 et II/7. Les Morane sont attaqués par une formation de Bf 109. Le Cdt Maurice Arnoux, durement touché, en feu, percute le sol. Échec.


    12 - Le 8 Juin, à 15:30 huit Morane décollent pour une mission de destruction au Sud de la ligne Rouen-Amiens, sous la protection de Dewoitine 520. 
    Les Morane, positionnés dans le Soleil, surprennent 9 Messerschmitt 109 E. Le Cne Williame attaque instantanément et descend un premier Bf 109 avec les S/Lt Audebert et Chalupa. 
    Il descend aussi, dans la foulée, 2 autres Bf 109. Williame devient un as. Il se pose à Coulommiers à 16:45. Succès !


    13 - Le même 8 Juin, mais en fin de journée et avec neuf MS 406 du même groupe, escortés par des D 520 du II/3 et des Bloch 152 du II/6, repartent vers Soissons. Ils surprennent une formation de Ju 87 Stuka à 19:45. 

    Six Stuka sont descendus. Trois le furent par Williame (dont un en collaboration avec le Lt Monty). Deux Morane sont détruits, dont celui du Lt Monty qui est tué. L'autre pilote revient au groupe indemne. Succès mitigé.



    Le bilan, du point de vue des groupes de Morane


    Sur les 13 missions d'escorte organisées, 6 sont des réussites, 4 sont des échecs et les 3 dernières ont un bilan médiocre.

    Les résultats ne semblent pas imputables au type d'avions employés pour l'escorte, mais bien plus, à l'entraînement pour faire ce type de missions, voire, aux pilotes escorteurs eux-mêmes.

    Deux de ces missions marièrent deux types différents d'escorteurs (Dewoitine 520 et MB 152), ce qui signifie qu'alors 3 chasseurs de types différents coexistèrent dans le même espace de combat, ce qui rendait particulièrement difficile toute coordination des actions, surtout lorsque ce genre d'action n'avait jamais été expérimenté au préalable.



    Le bilan, du point de vue des avions escorteurs

    Là, le bilan n'est pas faramineux : Souvent, on voit que les avions escorteurs subissent eux-mêmes des pertes.

    Une première explication vient d'un mauvais emploi des radios. 
    La concision et la précision des messages n'étaient pas compris comme indispensables.
    Du coup, des informations vitales pouvaient échapper aux pilotes intéressés, ce qui explique, entre autre, la mort du Commandant Maurice Arnoux. 

    Les chasseurs de 1932 avaient bien des radios, mais personne n'avait travaillé la question sérieusement.

    Bien sûr, cela provient d'un faible entraînement pour ce type de travail, peut-être associé à une tendance à rester trop près des avions à protéger (ce qui correspond en général aux désirs des équipages escortés, voir A. Galland, les premiers et les derniers, Yves Michelet ed., 1985).

    C'est que, dans l'espace aérien de bataille, l'avion de chasse doit rester un Objet Volant Insaisissable (OVI). 

    Evidemment, dès lors que son vol reste ancré autour d'une zone restreinte, fut-elle mobile, son mouvement devient prévisible et, pour l'attaquant, il devient une proie, comme les avions qu'il escorte.

    En plus, le nombre de pertes reste important, ce qui ne remonte le moral d'aucune des formations.


    Pourtant, cette solution des chasseurs escortés ne resta pas isolée : Elle fut employée par les Britanniques dans la Bataille d'Angleterre, les Hurricane devant se concentrer sur les bombardiers pendant que les Spitfire attaquaient les Messerschmitt. 



    Que fallait-il faire des MS 406 ?


    En Février 2012, j'ai écrit que les avions militaires périmés ne devraient surtout pas être jetés à la poubelle car ils gardent toujours leur capacité militaire. Il faut simplement apprendre à les employer du mieux possible. 

    Un Morane 406 était, certes, un avion très insuffisant, mais il était encore utilisable. 

    L'escorte des chasseurs, qui traduisait clairement l'insuffisance de ses performances en tant que chasseur, comme la transformation des Morane-Saulnier 406 en avion d'assaut "pour une charge de Reichshoffen" décidée par le général Romatet, sont deux exemples navrants de mésusage d'un avion pour lequel je n'ai, pourtant, aucune tendresse particulière.


    Nos généraux avaient établi une relation d'équivalence entre les Morane 406 et des avions de travail au profit de l'Armée de Terre. 

    a) Les plaintes des pilotes, à l'Automne 1939, sur les performances de nos chasseurs standards n'avaient pas été instantanément suivies d'une bonne réaction. 
    • On avait donc réuni un comité Théodule pour rien et un ou deux MS 410 étaient sortis le 15 Juin 1940, donc neuf mois trop tard, avec des ailes neuves, 4 mitrailleuses, un radiateur correct et des échappements corrects. 
    • On aurait demandé à un ingénieur normal de faire le travail, on aurait gardé les ailes, on  changé le radiateur et installé des pipes d'échappement efficaces. On pouvait gagner au moins 6 mois dans ce processus. 
    • Les Morane auraient gagné près de 30 km/h en vitesse et n'auraient plus grillé leurs moteurs. Face aux bombardiers Allemands, ils auraient eu sensiblement l'efficacité des Hurricane 

    b) Nos jeunes pilotes, au moment de leur perfectionnement, pilotaient des Morane 317 ou des Morane 230 dont les vitesses n'atteignaient jamais les 210 km/h. 
    • Pour améliorer (un peu) les choses, on avait commandé des précurseurs du T6 à North-American qui passaient 270 km/h (le T 6 lui-même ne dépassait pas les 350 km/h). 
    • Cela ne changeait pas grand chose : Nos jeunes pilotes en formation ne dépassaient jamais beaucoup les vitesses d'atterrissage de leurs futurs avions d'armes.
    • Il fallait donc impérativement disposer d'un avion de transition pour que ces pilotes tâtent enfin des vitesses au moins doubles.
    • Le Morane 406, tel quel, constituait un excellent avion de transition.

    c) Dans un deuxième temps, on pouvait s'en servir dans son rôle de chasseur, mais dans une zone moins à la merci de la Chasse ennemie, là où aucun Bf 109 n'aurait pu se trouver.

    Ainsi, nous aurions pu disposer facilement d'authentiques pilotes confirmés, habitués aux alertes, aux vols tactiques et à la navigation.


    Retour sur la notion d'escorte

    L'escorte de chasse a pour but d'éliminer la chasse ennemie du chemin des avions amis.

    1 - Vers 1916, la notion d'escorte n'a pas encore de réalité : On envoie suffisamment de chasseurs pour éliminer toute menace ennemie dans un secteur donné du front. C'est simple et cela convient pour un champ de bataille relativement restreint (Bataille de Verdun).


    2 - Deux ans plus tard, on disposait d'avions lourds, puissamment armés (Caudron R 11), pour éliminer la chasse adverse : C'est la notion de DCA volante, qui donne naissance deux décennies plus tard, aux SE 100 Français et B 40 Américain.




    Non, ce ne sont pas les tourelles d'un croiseur de bataille, mais six des 18 mitrailleuses de 12.7 mm d'un Boeing B 40


    Ce choix fut un échec, les nouvelles armes (mitrailleuses de 12.7 mm ou canons) étant trop lourdes, induisaient une très forte traînée additionnelle et elles tiraient des munitions trop pesantes (la charge de cartouches du B 40 atteignait près de 6 000 kg !).


    3 - La Chasse accompagne les bombardiers. L'image que l'on voit à travers le regard d'Hollywood dans laquelle les chasseurs amis volent à quelque dizaines de mètres de leurs bombardiers, est totalement trompeuse. 
      • Les meilleurs résultats de la Chasse Allemande (Galland, déjà cité) étaient obtenus en faisant précéder la formation des bombardiers par un fort parti de Chasse destiné à balayer tout ce qui volait dans la zone à bombarder.
      • Cela n'empêche pas de disposer d'avions de Chasse supplémentaires prêts à descendre les assaillants ayant échapper à l'opération initiale.
      • Dans tous les cas, il faut beaucoup de chasseurs !

    Evidemment, la base de l'efficacité de la Chasse repose sur le choix d'un chasseur qui doit toujours être dirigé par ses qualités de destructeur des avions ennemis. 
         
    Le Morane 406 n'avait aucune de ces qualités-là ; Par contre, le Nieuport 161 les avait toutes.


    4 - Les Allemands avaient une méthode complémentaire très efficace contre notre pays qui restait dépourvu de système radar :
     Ils privilégiaient les attaques de fin de nuit sur nos aérodromes. 
    Si nous avions agi rapidement à l'imitation de ce que faisait l'ennemi (en  partant du principe que ce qui est efficace contre nous l'est forcément aussi contre lui), la Luftwaffe aurait perdu une bonne part de sa nocivité.

    Nous avons employé nos bombardiers de nuit pour une action psychologique inaudible par la population d'un pays saturé de propagande. L'emploi de ces avions contre les bases aériennes ennemies aurait été beaucoup plus efficace.

    5 - L'action anti-blindés, en elle-même, n'était pas impossible : Elle fut quotidienne sur le front soviétique (Roger Sauvage, Un du Normandie-Niemen).                                                                                                                                                              
    Telle qu' imaginée en 1940, elle était hyper coûteuse par cette volonté idiote de faire deux passes. 

    Par ailleurs, on aurait eu avantage à y employer des Bloch 151 ou 152, plus robustes que les MS 406 et certainement plus agiles que les Bréguet 693, qui auraient aussi eu leur place à tenir dans cette partition.

      

    Conclusion


    Notre Armée de l'Air et le ministre de l'Air avaient accepté de se faire imposer un avion de chasse particulièrement médiocre, très long à fabriquer et structuralement archaïque (= dont on ne pouvait pas donc faire dériver des successeurs brillants). 

    Les Allemands, eux, avaient choisi un Messerschmitt 109 très avancé et très efficace. 

    Le Royaume Uni, s'il comptait essentiellement sur plusieurs avions gentiment médiocres (le Defiant, trop lourd et désarmé vers l'avant , le Gladiator, trop lent mais très manœuvrant, le Hurricane, lent et mal armé, le Blenheim, lent et portant trop peu, et le Whitley trop lent) pouvait compter à moyen terme sur un Spitfire aussi rapide que le Messerschmitt mais bien plus manœuvrant.

    Les opérations de guerre démontrèrent que le Morane était incapable de remplir les missions normalement demandées. 

    Les pertes d'avions se firent importantes même au début de l'offensive Allemande. Après la bataille, des gradés accusèrent leurs pilotes de ne pas savoir voltiger. Les pilotes de chasse Allemands ne les ont pas jugés ainsi.

    Nos généraux de l'Air (sans que je sache qui ils étaient), se montrèrent soucieux de conserver leurs pilotes, essayèrent cette solution de l'escorte, qui ne fonctionna que très moyennement.

    Dans les faits, je retiens surtout que nos généraux infligèrent au CEMA et aux différents décideurs du Ministère de l'Air un sacré démenti quant à leurs évaluations du MS 406.

    Eux réévaluaient ce "chasseur" comme "bombardier dépourvu de bombe". 

    Ils ont ainsi démontré que le CEMA avait complètement failli à sa mission qui ne pouvait être que "choisir le meilleur chasseur possible pour la France".

    Je doute qu'ils auraient eu le même problème si le Ministère de l'Air avait choisi le Nieuport 161, mais cela, vous vous en doutiez !


    {D'un autre côté, la sérieuse revue US Defense News a publié, le 28 Mai 2020, The F 22 imperative, un article de MM Deptula & Birkey. 
    Après l'écrasement d'un F 22 Raptor, le 15 Mai 2020, ces auteurs s'inquiètent des risques d'attrition du parc des F 22 aux USA. 
    Ils soulignent l'importance de ce chasseur pour assurer la supériorité aérienne US sur tous les champs de bataille.
    Ils insistent aussi pour dire que le F 35, tout excellent qu'il soit (?!), ne peut en aucun cas remplir le rôle de chasseur absolu joué par le Raptor. 

    Sur les 183 de ces avions toujours en service en 2019, 33 servent essentiellement à l'entraînement au combat. Ce sont des versions anciennes (block 20).

    Alors les auteurs proposent de mettre ces avions au meilleur standard à  la fois pour délivrer un message puissant aux adversaires éventuels (pour un coût très modeste) et pour permettre à cette flotte de durer jusqu'à la mise en service de son successeur. 

    En d'autres termes, ces auteurs semble persuadés que les F 35 non escortés par des F 22 auraient une faible chance de survie. L'Histoire se répéterait-elle ?.}