vendredi 18 septembre 2020

Le NGAD, nouveau Chasseur US pour la Maîtrise de l'Air ? (Modifié le 12 / 10 / 2020)


L'USAF vient de laisser filtrer, dans Defense News, quelques bribes d'informations sur un nouveau chasseur construit, sait-on jamais, par Boeing. 

L'avion, appartenant aux conceptx de Next Generation Air Dominance (NGAD), devrait être construit dans les 5 ans à venir, voire plus rapidement encore...



Publicité pour le NGAD - L'entrée d'air pour les réacteurs paraît bizarre, mais les artistes ont tous les droits.


Pour les gens de ma génération (baby boomers), un si cours délai peut paraître possible à tenir, s'ils se réfèrent à la prodigieuse production Américaine de 1941 à 1945.

Sauf que nos cerveaux sont un peu "pollués" par les 20 années qui furent nécessaires pour rendre opérationnel le F 35, soit disant merveilleux, qui allait tout révolutionner, mais dont rien ne démontre qu'il peut tenir son rang en dehors des guerres asymétriques.

L'idée actuelle serait de choisir sur étagère les meilleures technologies existantes pour fabriquer une petite série de chasseurs très performants puis recommencer à l'identique sur un concept différent.


Un des articles consacrés au NGAD publie la photo Chinoise suivante :


Dong Feng 17 pendant la Fête Nationale Chinoise : La structure du fuselage correspond à un missile rapide manœuvrant.




Il s'agit d'un missile capable de parcourir environ 2 000 km à Mach 5 (en 11 minutes) et à 60 000 m d'altitude en ayant une dernière phase de vol agile, donc rendant le DF 17 dangereux pour des porte-avions nucléaires.

{Juste pour mes - éventuels - très jeunes lecteurs, Mach 1 étant la vitesse du son, Mach 5 vaut donc 5  fois cette vitesse. 
Parfois vous trouvez dans la littérature que cette vitesse vaut environ 340 m/s, soit 1 224 km/h. 

Mais cela n'est vrai qu'à la température de 15° centigrade. A -56 ° C, la vitesse tombe à 295 m/s, soit 1 062 km/h.
A une température supérieure, la vitesse sera plus rapide ce qui explique que au début des années 50, les tentatives de records de vitesse se faisaient au sol à des températures très élevées.
}

Si la cohérence existe entre les publications de ces différentes images, cela suggèrerait que le NGAD devrait pouvoir détruire les DF 17...

Au minimum, cela impose de disposer d'un système de détection du dit DF 17, apte à en prédire la trajectoire, ET AUSSI de disposer d'un missile capable d'atteindre une vitesse très significativement plus importante et d'une charge capable de détruire le DF 17, ce qui n'a rien d'élémentaire.


Cela peut tout aussi bien être du bluff.






mercredi 2 septembre 2020

Portail de Navigation dans mon Blog (mise à jour le 31 Août 2020 *)


L'Aviation selon Drix, blog essentiellement thématique, ne constitue pas une série de réflexions inscrites dans une chronologie au jour le jour comme la plupart des autres blogs.

Mes articles sont destinés à approfondir des questions qui concernent en général l'Aviation (mais pas seulement) pour essayer de comprendre les conséquences de certains choix. 

Lorsque cela m'est possible, j'essaye d'affiner chacune de mes interventions, soit pour corriger des rédactions trop rapides, soit parce que j'ai eu accès à des sources qui m'étaient jusque là inconnues...

En conséquence, et pour faciliter votre consultation, voici les principales portes d'entrées vers les divers thèmes traités.


|---- La Guerre de 1914-1918 vue par un poilu inhabituel, 
|        mon grand-père maternel, artiste peintre, qui avait été rejeté 
|        du service militaire (vers 1900) après un an sous les drapeaux. 
|        Malgré sa fragilité supposée, il résista cependant à quatre
|        années de guerre, passa de l'Artillerie de 75 à la Reconnaissance 
       Aérienne et joua un rôle décisif contre l'ennemi, une fois que
|        ses compétences eurent été comprises et... employées
        
|
|---- La mauvaise politique de l'Entre-Deux-Guerres : Elle fut
|        responsable, pour l'essentiel, de la défaite Alliée de Juin 1940. 
|        Des crédits trop parcimonieux pour l'Aviation, trop généreux  
|        pour la Marine, le refus de voir l'évolution du Monde et des
|        techniques, la sacralisation de la routine et le clientélisme
|        politique poussé au ridicule, en furent les traits dominants.
|
|
|
|---- Notions et Techniques de l'Aéronautique, pour vous aider,  
|      si le besoin s'en fait sentir. 
|
|---- La Marine et le Fait Aéronaval : Quand l'Aviation et la Marine se rejoignent...
|        Dans l'Histoire, la Marine fut le premier moyen de projection à avoir existé.
|        L'Aviation fut le second, tellement fragile au départ, tellement chère aussi. 
|        Une alchimie qui commença un peu trop tard chez nous, mais qui a fini
|        par réussir, dès 1946.
|
|---- Problèmes communs à toutes les Aviations Militaires :
|
|     |-- Maniabilité,  Agilité,  Manœuvrabilité : Peu importe le mot. 
|     |    Il s'agit toujours de ce qui permet à un pilote de Chasse de 
|     |     faire faire ce qu'il veut à son avion. Cela repose sur des 
|     |    principes de physiques, mais aussi sur des compromis
|     |    parce qu'un avion seulement très agile ne suffit pas.
|     |     Les Japonais furent très innovants dans ce domaine
|
|     |-- Bases élémentaires du bombardement (première partie de l'article), 
|     |     la seconde partie présente le bombardier Bloch 210, très dénigré 
|     |     avant la guerre par des journaux de caniveau. Dans la guerre réelle,
|     |     ses faibles pertes reflètèrent le bon entraînement des équipages...
|     | 
|     |-- Le bombardement en piqué, excellente méthode pour la précision.
|     |
|     |-- La protection des bombardiers : En 1939, certains chefs croient les 
|     |    bombardiers invulnérables : Ils vont déchanter rapidement.
|     |    Face à la Chasse adverse, il n'y a que la Chasse amie et rien d'autre...
|     |
|     |-- L'aviation de Chasse, gardienne du ciel, maîtresse des stratégies de 
|     |   conquête et de défense.
|     |
|     |-- Eléments de tactiques aériennes en 1940.
|     |
|     |
|     |-- Le Transport Aérien Militaire de 1914 au début des années 50 
|     |    il a fallu près de dix ans pour oser transporter des hommes armés.  
|     |    Il a fallu encore quinze ans pour lancer une véritable opération
|     |    tactique essentielle. Depuis, le TAM est incontournable.
|     |
|     |
|     |-- Cacher ou fausser des informations pour dominer les autres :
|     |   Technique ancienne mais efficace seulement pendant un bref instant.
|        Premier des 2 exemples : Le torpilleur lourd Blackburn Cubaroo, qui fut, 
|     |    en 1924, un game changer avant la lettre mais que la Royal Navy refusa.
|
|
|        Un échec programmé de longue date : Analyse aussi détaillée 
|        que possible des forces et faiblesses des 5  puissances Alliés en 1939.
|        Beaucoup de choix techniques, tactiques et humains furent détestables. 
|          Nos chefs avaient trop peu travaillé pour comprendre les nouvelles       
|        conditions de guerre :  Ils ont perdu les batailles de Pologne et de France.
|        Heureusement, ils n'ont pas perdu la Bataille d'Angleterre.
|          Mais ils ont perdu celles des Balkans et toute l'entame de la Campagne
|          à l'Est, à cause des très mauvaises décisions de Staline. 
|        Merci à Joukov et à ses soldats d'avoir enfin bloqué la Wehrmacht !
|||
|---- Les Aviations militaires de l'Axe en 1940 : Allemagne, Italie, Japon.
|        Chacune s'est lancée face à son ennemi emblématique :
|         Pour l'Allemagne, c'était la France, pour l'Italie, c'était le bolchevisme,
|         pour le Japon, c'était les Etats-Unis. Elles ont gagné les premières phases.
|        C'était juste un leurre. Après, elles ont tout perdu, y compris l'honneur. 
|
|       |
|       |-------  La Luftwaffe Allemande : Une conception initiale remarquable,
|       |           mais, surtout, des objectifs à moyen terme très mal compris.
|       |
|       |-------  La Flak, une remarquable organisation dont le rôle stratégique           
|       |           indiscutable perdura de 1939 à 1944.
|       |          La technologie était remarquable mais l'exploitation des|       |           informations fut seulement moyenne.
|       |
|       |------ Guderian prépare son offensive, sans oublier la Luftwaffe !
|       |         Evidemment, il va faire sa conversion vers l'Ouest (donc La Manche) 
|       |         pour prendre la totalité des armées Alliées dans sa nasse. 
|       |        Chapeau ! 
|       |
|       |
|       |------  La Regia Aeronautica Italienne : Prête pour 1935, elle eut
|       |          initialement du mal à évoluer. 
|       |           Les avions de 1941 furent très bons, les pilotes aussi.  
|       |           Le commandement : Quel commandement ?
|       |  |       |
|       |   
|       |------ L'Aviation de la Marine Impériale Japonaise : 
|       |           Un niveau de départ extrêmement élevé, une conception 
|       |          particulièrement moderne du combat naval mais quelques 
|       |           blocages théoriques.
|       |
|       |          Elle mit en oeuvre le premier chasseur embarqué
|       |          apte à triompher de ses adversaires terrestres :
|       |          Le Mitsubishi A6M2 Zero-Sen.
|       |
|       |          La Marine Impériale voulait aussi un bombardier 
|       |          terrestre moderne capable de couler les navires ennemis :
|       |          Le Mitsubishi G3M (Nell aux USA) fut le premier dans l'arène. 
|       |          Il se montra excellent dès sa première bataille navale qu'il 
|       |          gagna en Décembre 1941.
|       |
|       |          L'évolution technique de l'aviation militaire mondiale à partir
|       |          de 1936 montra à la Marine Impériale Nippone que le G3M 
|       |          n'était plus au niveau de la concurrence. Elle exigea un
|       |          bombardier bien plus performant : Ce fut le G4M (Betty aux USA)
|       |          qui devint la bête noire des Alliés.
|       | 
|
|-----|-- L'Aviation Civile de l'Entre-Deux-Guerres : Elle a conditionné 
|           l'histoire de la Guerre, à la fois techniquement et financièrement. 
|           Les avions qui se vendaient faisaient tourner les usines et
|           permettaient d'investir pour créer un outil industriel efficace.
|           
|       |---  Les courses et les records de vitesse des avions terrestres :       
|       |       Ils ont modifié la fiabilité des moteurs et des cellules,  ils ont
|       |      permis aux ingénieurs de bien apprendre l'aérodynamique des          
|       |      petits détails.           
|        |       Les foules ont vibré des exploits des pilotes héroïques dont la vie
|        |       tenait si à peu de chose.
|       |     
|       |---  
|        |                
|       |     
|       |
|        |                
|        |-- Les Grands Raids et la concurrence des Nations. Cela a défini
|        |      de nouvelles normes de construction, de navigation et de 
|        |     méthodologie.
|        |
|        |---- La Traversée de l'Atlantique Nord, immense enjeu 
|        |      technologique, économique et politique,.
|        |      en un mot : Stratégique.
|
|
|---- L'Aviation du présent (ou du passé récent, voire du futur)
|      Tenter de comprendre le présent et d'imaginer l'avenir ne tue pas.
|      Parfois, certaines mauvaises habitudes remontent loin dans le passé.
|      Mais il y a aussi d'extraordinaires réussites !
|
|
|---- Hommage et Souvenirs : Ce dont la France doit tirer la ou les leçon(s)
|
|---- Pourquoi ce Blog : Raison d'exister, conception, auteur
|


2 commentaires récupérés:



En parcourant ce blog, non seulement j'en ai appris énormément sur l'aviation mais j'a plusieurs questions qui me viennent en tête :
-Pourquoi la nationalisation des entreprises d'aéronautiques fut mauvaise selon vous ?
-Imaginez que vous être le grand patron de l'armée de l'air durant les années 30 et que vous devez choisir une société pour concevoir les différents types d'avions de notre armée de l'air. Quelles auraient été les bonnes entreprises selon vous (par exemple, choisir Amiot devra construire les bombardiers tactiques, Dewoitine s'occupera des chasseurs etc)
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Réponses
  1. Bonjour Romistanker 73306.
    I - les nationalisations ont été faites suivant un schéma semi-soviétique, avec, cependant, une indemnisation des industriels lésés. La vision marxiste qui les sous-tendait était ultra-simpliste (donc apparemment facile à comprendre) et, de ce fait, totalement erronée : Tout ce qui ne marchait pas venait du capitalisme.
    Personne ne voulait voir la réalité : Si certaines sociétés étaient bien gérées et donnaient des résultats excellents, d'autres étaient mal gérées et l'Etat lui-même refusait de payer les avions au juste prix ou d'acheter les meilleurs avions pour diverses raisons bizarres.
    L'indemnisations des fondateurs de ces sociétés coûta en plus de l'argent qui manqua pour lancer la production.
    Comme les administrateurs initiaux démontrèrent leur incapacité à faire tourner leurs entreprises, il fallu réintroduire les anciens patrons. mais ceux-ci étaient sous surveillance syndicale, donc la chaîne de commandement était grippée.

    II - Le patron de l'Armée de l'Air aurait dû veiller, à mon avis, à ce que les avions soient choisis pour leurs capacités en situation de combat.
    La seule expérience de combat simulé dont j'ai connaissance fut réalisée fin 1938 et démontra que le MS 406 ne valaient pas les avions de la génération précédente ! Le Nieuport 161 n'aurait pas souffert de ce ridicule achevé.
    Cela n'avait pas de rapport direct avec les entreprises.
    Il fallait disposer de créateurs libres.
    Pour mémoire, cependant, le Hurricane venait d'une société libre, mais le gouvernement Britannique refusa de donner la priorité au bien meilleur Gloster "No Name" F5/34 !
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lundi 31 août 2020

L'Enfer de la Flak, Surprise Stratégique de 1940 (révisé le 28 Septembre 2020)


Avertissement à mes lecteurs Français : Les premiers mois de la guerre ne se sont pas bien passés pour nous. Normal : Nous, les Alliés, nous n'avions pas étudié la guerre de façon sérieuse : Les décideurs politiques le refusaient. Lorsque nous eûmes remédié à ces insuffisances, nous pûmes rétablir l'équilibre nécessaire avec Hitler et ses petits camarades pour, enfin, le battre.



Dans son livre L'Aviation Militaire Française, initialement publié en 1935 et mis à jour jusqu'en 1940, le futur Amiral Pierre Barjot décrivait certes notre aviation de combat et son environnement, mais il donnait aussi une idée de ce qui était alors les limites acceptables des exercices pour nos état-majors.

Ainsi, décrivant une attaque nocturne d'un objectif ami par 20 bombardiers ennemis, il souligne les nombreuses difficultés du genre et en imagine l'issue (page 156) : 
"Le communiqué portera demain : "Vingt de nos avions ont réussi, pendant la nuit, à bombarder l'Arsenal de X... ; Six ne sont pas rentrés à leur base
". Communiqué qui, dans sa sécheresse, a l'air de relater un succès. 
Mais, au fond, l'expédition aura été un échec... 6 sur 20, la proportion des pertes est trop forte pour que le commandement qui a monté l'opération ait envie de recommencer, le prix de l'attaque est trop cher...
Cette proportion schématise la valeur de la défense aérienne
La défense aérienne la plus efficace ne peut prétendre arrêter les raids aériens. Mais elle peut les faire payer suffisamment cher pour que l'ennemi hésite à les renouveler. "

Cette défense aérienne repose en grande partie sur la Défense Contre Avions (DCA).

Initialement, la DCA fut une part de l'Artillerie. 

Chez nous (comme chez la majeure partie de nos Alliés de la Grande Guerre), elle commença par l'emploi de notre canon de 75 mm modèle 1992, à cause de sa - relative - légèreté, de sa grande rapidité de tir de 15 à 30 coups par minute (cpm) et de sa précision remarquable (le Spad VII de Guynemer, pris pour un avion Allemand, fut abattu à plus de 3 000 m d'altitude).

Par contre, et toujours pendant la Grande Guerre, Allemands et Austro-Hongrois, profitant de la rapidité de remplacement des chargeurs de leurs fusils Mauser, arrosèrent les avions alliés par les tirs de leurs troupes dès lors qu'elles étaient survolées à faible altitude (dans l'article donné en lien, allez dans la section : Vers la victoire, malgré les pertes).

Cela pouvait avoir des conséquences tragiques pour nos avions et leurs équipages. 

Cette méthode est toujours en vigueur de nos jours car les fusils d'assaut permettent d'envoyer très rapidement une dizaine de balles très véloces.

En 1939, toutes ces armes auraient dû être oubliées car désuètes
De nouvelles armes les remplaçaient. Bien plus précises, beaucoup plus puissantes, elles étaient mieux adaptées à traiter les avions ennemis susceptibles d'occuper les différentes strates d'altitudes plus de 2 fois plus vite que leurs ancêtres de la Grande Guerre. 
En outre, leur mode d'emploi était plus facile. 

Chez nous, hélas, les édiles faisaient des campagnes électorales pacifistes au printemps 1936, comme toujours depuis 1919, trompant le peuple en niant le danger de guerre. Quelques mois plus tard, les mêmes personnes s'étonnèrent que leurs députés ne votent point leurs programmes d'armement !

En plus, les choses se compliquaient et cela aurait dû déboucher à une réflexion sur la notion même d'Arme.

En France, par exemple, on regroupait les militaires suivant l'arme-outil dont ils se servaient pour combattre et non en fonction du but tactique qu'ils devaient atteindre


Ainsi l'emploi de fusils entraînait automatiquement le classement dans l'Infanterie.

L'emploi de canons entraînait de même le classement dans l'Artillerie, arme de soutien de l'Infanterie quelque soit le but réel de l'arme-outil considérée. 

Ainsi en fut-il de la DCA, mais aussi des groupes d'Artillerie anti-chars. 


Cela explique que nos chars furent d'abord attribués à l'Infanterie (qu'ils devaient soutenir) et que, plus tard, ils furent partagés entre cette dernière et la Cavalerie... 


L'emploi dans des navires amenait automatiquement dans la Marine. Cependant, depuis des centaines d'années, la Marine était déjà vue comme une Arme majeure, c'est à dire non plus seulement un outil mais une philosophie générale servant la Nation en temps de Guerre

La Marine comprend des petits et des grands navires qui peuvent porter des canons, des hommes, des avions, voire bien davantage. 

Il en va de même de l'Infanterie, de l'Aviation, voire de l'Espace ou de l'Information.

{Dans la suite de ce texte, les données techniques viennent soit de Wikipedia dans les langues que je peux lire, soit de ce site }

L'exemple Allemand, tellement rationnel


Dans le Reich d'Hitler, la notion d'Arme pouvait, enfin, être liée à l'objectif militaire recherché plutôt qu'à l'outil destructeur employé. 

Hermann Goering et ses amis créèrent, et de loin, la meilleure organisation anti-aérienne du monde du moins de 1936 à 1945. 

Cette nouvelle doctrine résultait des retours d'expériences de survivants Allemands des offensives de 1918, qui avaient subi de plein fouet la puissante action de la division aérienne du Général Marie Charles Duval
Goering commandait toute l'aviation Allemande et pensait que la Flak, du fait qu'elle luttait contre les avions ennemis, ne pouvait pas figurer ailleurs qu'au sein de sa Luftwaffe

Son raisonnement était implacablement logique    
    • Abattre un avion demandait d'abord de savoir distinguer entre avions amis et avions ennemis. 
      • Toute personne disant que cette tâche est élémentaire démontre qu'elle n'a jamais eu à l'accomplir, car les avions se présentent rarement deux fois sous le même angle et encore moins sous un éclairage identique. La Bataille de Barking Creek (2 Hurricane abattus et un pilote tué par des Spitfire) en fut la preuve absolue.
      • Quiconque passe sa vie sur les bases d'aviation de son Armée de l'Air, sera nécessairement habitué à l'aspect et au bruit de ses avions (on n'imagine difficilement qu'il leur tire dessus).
    • Les obus lancés par les canons anti-aériens doivent toucher une cible volant dans tout l'hémisphère situé au-dessus d'eux, alors que ceux de l'Artillerie "classique" s'intéressent à la surface du cercle qui entoure ses batteries. Cela n'est pas du tout le même métier et c'est bien plus difficile.  
    • La compétence anti-aérienne de la DCA repose au départ sur un système d'alerte :
      • Immédiate,
      • identifiant avec précision la nature de la menace (type et nombre des avions, direction suivie, vitesse, altitude, etc), 
      • apte à préparer les canons à tirer instantanément vers leur cible (voir plus loin). 
    •  Cette compétence est la même pour défendre une ville, un pont, une usine, un aérodrome, voire une Division Blindée !   
    • Enfin, les canons ne peuvent pas tout : Ils peuvent donc avoir à laisser la place à la Chasse, et dans ce cas précis, ils ne doivent pas surtout pas tirer sur leurs propres chasseurs

L'expérience de la guerre donna fondamentalement raison au Maréchal Goering sur tout ces points, même si, à la fin de la guerre, l'influence de la chasse devint prépondérante. 
{La base conceptuelle interarmes du brillant succès Germanique que constitue la Flak ne fut pas comprise par toute la Wehrmacht, puisque Goering lui-même ne sut pas permettre la création d'une véritable Aéronavale et que l'Artillerie Allemande n'accepta jamais que les armes anti-chars motorisées soient considérées comme appartenant aux divisions blindées (cf.Guderian). Heureusement !}


Organisation de la Flak 


L'organisation de la Flak était simple mais elle avait bénéficié de moyens importants car la standardisation avait permis d'éliminer les matériels archaïques.

Raymond Danel, dans Icare # 54, vol. I, La Chasse dans la Bataille de France, 1970, souligne (entre autres) les faits suivants : 
  • En Juillet 1939, la Flak, avec un effectif de 107 000 hommes, comportait 21 régiments totalisant 2 600 pièces lourdes de 88 mm (pour la haute altitude), soit 650 batteries, et 6 700 canons léger de 20 mm et de 37 mm (pour la basse altitude), soit 9 300 pièces au total.   
    • Cela donnait une moyenne de 124 pièce lourdes et 319 pièces légères par régiment
    • En plus, évidemment, 3 000 projecteurs assuraient l'identification des intrus de la nuit (mais je n'irai pas plus loin sur ce plan).
  • A la mobilisation, 2 mois plus tard, l'effectif était passé à 258 000 hommes, et l'Arme réunissait 44 Flakregiment et 13 section légères (Leichte Flakabteilung) plus 5 groupes dit de forteresse. Le tout réunissait 20 000 pièces au total (soit 5 000 batteries).
  • Une Flakabteilung comportait 12 canons de 88 mm, 54 canons de 20 mm et 9 canons de 37 mm, soit un total de 75 canons. 
  • Un Flakregiment réunissait deux Flakabteilung, une légère et une lourde. 
  • Une Panzerdivision était protégée par une Flakabteilung qui faisait partie de son équipement normal

Tout était conçu pour un maximum de simplicité et d'efficacité opérationnelle.
                                                                                                                                        
Les armes de la Flak employées de 1936 à 1945, comme celles de toute DCA, étaient classées en fonction des strates d'altitude des avions qu'elles devaient abattre. 

La zone d'efficacité de ces armes était toujours nettement inférieure au plafond que leurs projectiles peuvent atteindre, puisque, à ce plafond, ces projectiles ont une vitesse nulle.
  • Les avions de 1940 volant jusqu'à 300 m au-dessus du sol (AGL) étaient justiciables des mitrailleuses, qu'elles soient de petit ou de gros calibre. 
  • Entre 300 et 1 000 m (AGL), les mitrailleuses de gros calibre compris entre 12.7 mm et 15 mm étaient encore efficaces, en particulier par le nombre d'impacts de balles possibles par seconde (supérieur à 10).         
  • Au-dessus de 1 000 m, les balles de mitrailleuses, bien qu'initialement rapides (800 m/s, au moins), n'avaient pas une masse suffisante pour que leur énergie cinétique suffise à combattre la résistance de l'air ajouté à la force de gravitation.
    • Les balles de mitrailleuses, n'allant plus assez vite pour causer de gros dégâts aux structures des bombardiers modernes, il fallait donc employer des armes lançant des obus explosifs.  
    • Tout autour de chaque point de détonation de ces obus, se créait un volume de létalité constitué par les éclats d'obus tant qu'ils continuaient à se mouvoir à une vitesse dangereuse pour la structure de l'avion visé ou pour son équipage
    • Lorsque plusieurs obus créaient des volumes suffisamment proches les uns des autres, leur interaction les rendaient encore plus dangereux, même au-delà de leurs dimensions apparentes. Enfin, la détonation créait, par son souffle, une très violente turbulence.                                                             
    • Précision : Une détonation correspond à la plus puissante forme d'explosion existante, caractérisée par une augmentation de pression instantanée (à front vertical) : Exemple, la seconde explosion du 4 Août 2020 à Beyrouth, dont l'onde de choc a créé la condensation de l'humidité atmosphérique en une gigantesque boule blanche. Une déflagration est une explosion qui s'installe beaucoup plus lentement et qui est donc nettement moins brisante.
  • De 1 000 et 3 000 m, zone d'action des avions d'observation d'artillerie et de bombardement de précision, il fallait les combattre au moyen de canons à grandes cadence de tir (de 100 à 400 coups par minute). 
    • Les obus (de 20 mm à 37 mm) pesaient de 120 gr à près de 1 kg. Leur détonation engendrait, selon leur calibre, un volume de létalité de l'ordre de quelques mètres cubes, au plus.         

Flak 20 mm type 38 (de nos jours - Wikipedia 2020)

    • Ces canons ayant une masse totale inférieure à la tonne, ils étaient facilement transportables moyennant un véhicule motorisé de taille modeste.
    • Efficaces contre les avions d'appuis au sol, ils étaient donc absolument nécessaires pour protéger les unités de Panzers tout comme celles des Pionniers (Génie) et de l'Infanterie.
    • Les Allemands sélectionnèrent initialement le canon de 20 mm Flak 30 de Rheinmetal, une arme puissante mais ayant une cadence de tir un peu trop faible. Mauser en construisit une variante plus rapide qui fut sélectionnée sous la désignation 20 mm Flak 38
    • C'était une arme de 112 calibres qui lançait ses obus à 900 m/s. Si le plafond théorique était donné pour 4 800 m, l'efficacité allait du sol à 2 000 m AGL. La cadence de tir "normale" était de 280 cpm (presque 5 coups/seconde). 
    • Cela fonctionna très efficacement pendant les quarante jours de la campagne de France. Par la suite, lors de la défense des ports conquis en France, en Belgique et aux Pays Bas, et face à de très sérieuses attaques Britanniques, la cadence n'apparut plus aussi "impériale" et la Luftwaffe lança la construction des Flakvierling (quadruplés de Flak) qui terrorisèrent tous les aviateurs alliés. Ils s'y frottèrent quand même ce qui démontre leur immense courage !


Un Flakvierling 38 avec son équipage, défendant une tour de Flak. Au premier plan, le guetteur détermine la distance de l'avion ciblé au moyen d'un télémètre à coïncidence. Sur une autre tour, l'antenne d'un radar Würzburg.
                                                              
    • Les Allemands construisirent 144 000 de ces canons de 20 mm qui furent, incontestablement, une des très grandes réussites du Reich Hitlérien.
    • Ces canons étaient "très facile" à manier. Cela explique bien pourquoi un pilote allié qui avait réussi un premier passage sur la cible devait impérativement éviter de recommencer s'il voulait rester vivant. Le Lieutenant de Lattre, le 12 Mai 1940 et,preqsue 5 années plus tard, le 4 Février 1945, le Commandant Marin la Meslée, aux deux extrémités du conflit, perdirent inutilement leur très précieuse vie par perfectionnisme. A ne pas faire, SVP !

  • Entre 3 000 et jusqu'à 10 000 m, dans des strates favorables à la "Reconnaissance Stratégique" ou au "Bombardement de Masse", il fallait des obus bien plus gros, de 6 à 20 kg.            
    • Les canons aptes à les tirer étant incapables de grande cadence de tir (12 à 15 cpm au plus), leur létalité était liée directement à la taille accrue des éclats d'obus et à l'augmentation considérable de la masse explosive dans l'obus. Ceci assurait la création de volumes de létalité bien plus importants.
    • En 1939, cette Flak de haute altitude était fondée sur une arme remarquable bien que datant de 1918 : Ce canon de 88 m qui se révéla excellent.  
      • C'est un canon de 56 calibres, donc le trajet de l'obus dans le canon faisait 4.93 m de long. 
      • La vitesse de l'obus de 9 kg était de 820 m/s, ce qui lui assurait un plafond absolu de 10 600 m, soit une efficacité anti-aérienne réelle jusqu'à 8 000 m. 
      • La masse en position de tir de 5 000 kg, passait à 7.4 tonnes en condition de déplacement (c'était donc déplaçable).   


Obus de 88 mm anti-aérien : Un obus effilé va plus vite



      • Cette arme était à son maximum d'efficacité entre 5 000 et 7 000 m, justement l'altitude de vol des B 17. 




Consolidated B 24 volant à très haute altitude entre des détonations d'obus de Flak lourde - On constate que chacun des 19 nuages noirs créés par les explosions ont leur grand axe qui a conservé l'inclinaison de la trajectoire de l'obus. Ce B 24, légèrement incliné vers tribord, semble avoir effectué une manœuvre d'esquive efficace puisqu'il semble encore intact.

      • Il fallait 9 artilleurs pour mettre en œuvre le canon de Flak 88. 
      • Plus de 21 000 de ces canons furent construits par le Reich de Hitler. Leurs maniabilité en fit également d'extraordinaires destructeurs de chars jusqu'en 1945.

Tout ceci concerne la force de frappe physique de la Flak au début de la guerre. Mais cette force de frappe n'eut rien été sans un autre ensemble. 


Le système d'alerte et de commandement.

Le système d'alerte initial était acoustique

Rapidement, ce système fit place à un système électronique fondé sur le Radar. Ce dispositif prodigieux est une conséquence de la découverte des ondes électromagnétiques par Heinrich Hertz.

Une onde de cette nature illumine tous les objets résistants qu'elle rencontre et ces objets renvoient une fraction du faisceau reçu en suivant les lois de l'optique de Descartes, sauf s'ils lui sont perméables. Cette propriété avait été soulignée par Marconi.

Le système Allemand  reposa sur le radar Freya, dont le développement commença sérieusement dès le début de 1937. 




Un radar Freya sur le Cap Blanc Nez (identifié par l'obélisque dédié à la Patrouille de Douvres) à l'Automne 1941


C'était un radar qui employait une radiofréquence de 250 MHz dont la puissance d'impulsion était de 20 kW. 

La largeur d'ouverture du faisceau était de 0.5°, ce qui était le gage d'une bonne précision.

On pouvait faire tourner mécaniquement l'ensemble sur 360°.






Radar Freya -


Techniquement, les ingénieurs Allemands, comme les autres, durent choisir, pour une énergie d'émission donnée, entre la résolution et la portée.

Vivants sur le continent Européen, ils choisirent la meilleure résolution, celle qui permettait de détecter des avions, avec une longueur d'onde de 1.20 m.

{ De leur côté, les Anglais, vivant sur une île, choisirent pour leurs Chain Home la plus longue portée possible et se contentèrent d'une longueur d'onde de 12 m, bien suffisante pour détecter des navires de guerre.
Le radar CH était fixe, sa radiofréquence variait de 20 à 50 MHz et l'ouverture de son faisceau était de 150°.}


Evidemment, le système Freya ne commandait pas seulement la Flak, mais aussi la Chasse. 

Ce radar, d'emblée, eut une porté supérieure à 100 km (puis 120 km, puis 160 km). 
Pour donner une idée, la première version donnait 20 minutes de préavis avant l'attaque des bombardiers de 1939-1940 volant à 300 km/h. Do 17

A l'entrée en guerre (3 Septembre 1939), seulement 8 de ces stations Freya étaient opérationnelles (les Britanniques disposaient, au même moment, de 18 stations Chain Home). 

Le 18 Décembre 1939, cependant, deux Freya furent à l'origine de l'interception de 24 Wellington en baie d'Allemagne à 113 km de distance (la moitié de ces bombardiers furent abattus).

En même temps que les aviateurs Allemands parvenaient à cela, ils avaient compris qu'il leur fallait une organisation qui permette de prendre des décisions très rapides et les plus efficaces possibles

Il était nécessaire d'organiser des grandes salles à la fois discrètes et très bien protégées vers lesquelles devaient converger, en temps réel, la totalité des informations de défense aérienne.

Ces informations concernaient évidemment la position des vols hostiles détectés, leur direction du moment, leur altitude (quand ce fut possible), les bases de chasse amies prêtes à les engager, le nombre d'avions disponibles et, bien sûr, les batteries de Flak déjà engagées

Cette coopération entre la Flak et la Jagdwaffe était une première dans le monde et fut matérialisée par le colonel (puis général) Josef Kammhuber.

Ces informations devaient nécessairement être reportées sur la carte du pays pour que les décideurs tactiques puissent, après un bref coup d’œil, deviner les objectifs que l'ennemi voulait frapper et, de là, imaginer les meilleures réponses aux actions ennemies.

On devait ajouter à ceci une capacité de dialogue entre les chasseurs en vol et les hommes observant la situation sur les cartes pour que ces derniers conseillent les premiers en fonction de la situation de leur unité.

Nous savons que les Britanniques ont développé en premiers ce concept et que, en plus ils ont gardé sur ce plan une avance par rapport aux Allemands qui dura toute la guerre.




Une op' room Britannique pour illustrer le concept que j'imagine relativement comparable chez les Allemands 



Cette coopération entre la Flak et la Jagdwaffe était une première dans le monde et fut matérialisée par le colonel (puis général) Josef Kammhuber.

Ces informations devaient nécessairement être reportées sur la carte du pays pour que les décideurs tactiques puissent, après un bref coup d’œil, deviner les objectifs que l'ennemi voulait frapper et, de là, imaginer les meilleures réponses aux actions ennemies.

On devait ajouter à ceci une capacité de dialogue entre les chasseurs en vol et les hommes observant la situation sur les cartes pour que ces derniers conseillent les premiers en fonction de la situation de leur unité.





Vue très partielle de la ligne Kammhuber -En bleu, radars et projecteurs, en rouge, batteries et  chasseurs de nuit



La célèbre Ligne Kammhuber fut un excellent outil pendant toute l'année 1941 pour rendre les raids nocturnes Britanniques quasi-inopérants.

Il y fut répondu efficacement (pendant un certain temps du moins) par le "Bomber stream" de la RAF qui saturait les capacités des chasseurs de nuit Allemands. 

Cela permit le très efficace bombardement de Cologne les 30 et 31 Mai 1942 par 868 avions du Bomber Command dont 44 furent abattus d'après la Luftwaffe soit moins de 4% de pertes.

C'était le début de la guerre électronique.

Elle passa aussi par des lancements Britanniques de bandes de papier métallisé qui donnaient l'image d'une formation quasi immobile de grande taille





Un Lancaster vient de lancer des paillettes métallisées



Elle est toujours très active dans toutes les aviations militaires.

Par exemple, rien n'empêche un pays de faire abattre des avions civils d'une puissance X par un autre pays Y, voire, pourquoi pas, par un de ses propres alliés...

En passant, cette guerre-là s'installa aussi sur les navires de guerre, et en particulier sur les sous-marins.

Cette guerre-là continue à chaque seconde et ne s'achèvera plus jamais... 




Un autre radar compléta le dispositif Allemand, ce fut le Würtzburg, qui inaugurait un montage Cassegrain, classique sur les télescopes astronomiques de grande puissance. 

Il utilisait un Klystron comme oscillateur à très haute fréquence (566 MHz). 

Dans la version de base, il pouvait détecter jusqu'à 50 km de distance avec une précision de +/- 15 m.
4 000 de ces radars furent construits.

On en tira une version agrandie, le Würzburg-Riese qui détectait à 70 km.




Radar Würzburg-Riese : C'était une grande version de ce radar dont le diamètre passait de 3 à 7.5 m.


Nettement plus petit que le Freya et disposant d'une longueur d'onde de 0.53 m, le Würzburg apportait une précision considérablement augmentée qui lui permettait de diriger les tirs de l'artillerie

En Mai 1940, ces outils commençaient à vraiment bien fonctionner du côté Allemand.

Il exista aussi bien d'autres types de radars.


Passons quelque temps du côté Allié pendant la même période


La DCA du British Expeditionary Force


Le BEF comportait 10 régiment anti-aériens, 5 régiments légers anti-aériens et 3 batteries légères anti-aériennes.

Raymond Danel annonce que "la dotation globale des unités de DCA du BEF est de 280 canons de 37 mm et de 250 canons Bofors de 40 mm.

Voilà qui me pose des problèmes. 
  • Soit cela correspond à 530 canons pour tout le BEF, ce qui paraît bien modeste. 
  • Soit il s'agit de l'armement de chaque régiment antiaérien normal, ce qui induirait une protection excellente à basse altitude (5 300 canons) qui n'est pas spécialement documentée.
  • Autre problème, je n'ai trouvé aucune trace d'un canon de 37 mm Britannique... donc je pense qu'il s'agit de 2 pdr (canon de deux livres, d'un diamètre proche de 40 mm). Dans sa version Mk VIII, c'était une arme relativement légère lançant à 700 m/s des obus de 800 gr dont la trajectoire culminait tout près de 4 000 m, donnant un plafond pratique n'excédant pas 1 500 m AGL.
  • Les Bofors de 40 mm lançaient des obus de 930 grammes à 850 m/s. Ces obus avaient un plafond théorique un peu inférieur à 7 000 m AGL mais, dans la plupart des cas, ils s'autodétruisaient vers 4 000 m AGL. Le temps de montée à ces altitudes  variait de 8.5" à 10.5".
  • Enfin, parce que aucun canon de haute altitude n'y apparaît...
Par contre, les 18 radars Chain Home fonctionnaient tout à fait correctement au moment de l'évacuation de Dunkerque, fin Mai 1940.



La DCA Française

Là, les choses étaient très loin de la pratique Germanique. Nos politiques n'avaient manifestement rien compris au danger aérien.
  • Les 100 canons de haute altitude destinés à protéger les sites sensibles en dehors des armées réunissaient 40 canons de 90 mm (venus de la Marine), autant de canons de 100 mm de même origine et 5 batteries de 94 mm qui devaient, logiquement, avoir une origine Britannique.     
  • Le 90 mm mle 1926 de 50 calibres lançait un obus de 9.5 kg à une vitesse de 850 m/s. Son plafond pratique était de l'ordre de 10 500 m. La fréquence de tir variait suivant l'élévation du canon entre 12 et 15 cpm.
    • Ces canons avaient un plafond élevé mais leur cadence de tir était relativement faible. 
    • Leur nombre suffisait à peine pour Paris...
  •  Les 1 850 canons de moyenne altitude (2 500 à 6 000 m) étaient des 75 mm.
    • 950 d'entre eux étaient des canons directement dérivés du modèle 1892 ! Disposant d'une vitesse initiale de 585 m/s et d'une cadence de tir de 15 cpm  au mieux, leur capacité à toucher des bombardiers de Goering était dérisoire. 650 de ces pièces étaient déployées dans la zone du Nord-Est, "protégeant" la Ligne Maginot.
    • 863 pièces bien plus récentes (modèle 1932 et 1936) étaient quand même entrée en service. Elles avaient toute leur efficacité entre 3 000 et 8 000 m. Elles lançaient un obus d'environ 6 kg (donc nettement moins puissant que la pièce ennemie jouant le même rôle).
      • La vitesse initiale était de l'ordre de 850 km/h. A l'instar du 88 mm Allemand, elles démontrèrent, en bonus, une grande efficacité anti-char. 



Canon de 75 mm mle 1936 : Une arme très moderne 

    • Pour défendre la basse altitude, nous disposions de 1 693 canons légers :
      • 357 canons de 20 mm Oerlikon, formées en batteries de 12 pièces chacune, dans 22 divisions (16 pièces par division (!).
      • 150 canons Hispano de 20 mm qui lançaient leur projectiles de 130 grammes à  2 000 m, à un rythme maximal de 600 cpm, par chargeurs de 60 obus. 
      • 34 canons Suédois de 40 mm Bofors, 
      • 1 152 canons Hotchkiss de 25 mm (dont certains étaient bi-tubes), qui lançaient des obus de 0.29 kg à 900 m/s. Le plafond opérationnel était un peu supérieur à 3 000 m. La cadence maximum de tir était de l'ordre de 220 cpm mais une cadence normale était de 120 cpm (soit 2 coups / seconde). 
        • 851 d'entre eux étaient organisés en batteries de 6 dans 13 divisions, qui furent rejointes par 10 autres à partir du 12 Mai 1940.
        • 39 batteries étaient dites de "réserve générales" et réparties entre les armées terrestres.
      • Ajoutons à ce total 580 jumelages de mitrailleuses Hotchkiss de 13.2 mm (donc 1160 armes) de 76 calibres. Ces armes lançaient à 805 m/s deux balles d'une cinquantaine de gramme chacune au rythme maximum de 450 cpm qui, dans la durée, se stabilisait à la moitié de cette valeur du fait de l'emploi obligatoire (!) de chargeurs de 30 balles. Si le plafond absolu de l'arme était supérieur à 4 000 m AGL, on n'avait pas d'efficacité au-dessus de 1 200 m AGL.
      • Ces armes n'étaient pas fournies aux aérodromes où elles auraient pourtant pu répondre efficacement aux attaques en strafing des Bf 109, des Bf 110 ou des Do 17.
      • Les autres armées étaient équipées d'armes automatiques sans valeur (autre que morale ?) et datant de la Grande Guerre.

Au total, notre DCA comptait au plus 2 656 canons modernes auxquels on pouvait à la rigueur joindre les 580 jumelages de 13.2 modernes. 

Ces 3 236 armes ne représentaient que 16 % de la Flak (sans compter la puissance moindre de nos armes, à l'exception des canons de 25 mm). 

Malgré tout, cette modeste DCA a descendu de l'ordre de 200 avions ennemis. Mais l'ennemi s'en est à peine rendu compte. 

Notre DCA a aussi abattu de nos propres avions (au moins un LN 411 et un Laté 698), mais aussi, au moins un Bloch 220 chargé de pièces de rechange. 
Ces pertes, totalement inacceptables, reflétaient l'inadéquation de la formation des hommes au sein des groupes de DCA qui n'étaient pas d'active.

 

Surprise non comprise



Lorsque les Alliés ont appris que les Allemands menaient leur offensive au petit matin du 10 Mai 1940, ceux qui subissaient les premières attaques se lancèrent à cœur perdu vers les points d'attaque.

A ma connaissance, chacun y est allé sans reconnaissance aérienne préalable alors que les Pays Bas et la Belgique avaient un statut de neutralité qui ne nous engageait à rien. 
Mais les deux royaumes neutres criaient au secours... Nos politiques cédèrent.

J'ai décris, il y a quelque temps, comment nous avions envoyé stupidement notre belle 7ème Armée quelques villes trop loin

Dans le même temps, pressé par la même impulsivité, loin de faire confiance aux merveilleux barrages Cointet, on avait envoyé, à peine moins loin, les 2ème et  3ème DLM en Belgique : Quel merveilleux cadeau pour le Général Guderian et son Führer !  

Nos meilleurs éléments étaient envoyés dans la nasse d'où ils ne pourraient jamais revenir.

Comme les divisions Allemandes avançaient très vite, il sembla que seule l'aviation de bombardement pouvait les ralentir. 



La RAF ouvrit le bal ! 



Lorsque ses bombardiers Battle se lancèrent à l'assaut des ponts de Maastricht ou des colonnes motorisées Germaniques, le 10 Mai 1940, puis sur Sedan le 14 Mai quasiment toujours sans aucune escorte (!), leurs équipages découvrirent l'enfer de la Flak.

Pourquoi cette appellation, plus théologique que militaire ?

Parce que la probabilité de retour à la base d'un avion Allié, jusque-là évaluée aux alentours de 95%, diminuait d'un grand coup aux alentour de 50%, soit une chance sur deux (pile ou face). 

Pour les Battle Britanniques, le bilan pour 100 avions engagés fut de 57 avions perdus. 


Pour les 23 Bréguet 693 Français engagés le 12 Mai sur Tongres, 12 furent abattus par la DCA, soit 52 %. 

C'était devenu inacceptable, d'autant plus que de nombreux équipages avaient disparus du monde des vivants.


En analysant plus finement ces pertes, on voit pourtant que si nos attaques étaient difficiles, certes, on voit aussi que les doctrines employées n'étaient pas totalement appropriées : Suivant l'approche suivie, on passait de 18% de pertes à 75 % de pertes... 

Cette incohérence trahissait une analyse très insuffisante des méthodes d'attaques.

Cela signifiait que l'on pouvait cependant attaquer, mais qu'il fallait trouver une bonne méthode pour le faire.

Au-dessus du champ de bataille, les systèmes anti-aériens Allemands étaient en mesure d'établir des rideaux quasiment infranchissables à leurs ennemis aériens, en général vers 1 200 m AGL. 

  • Un récit palpitant des vols de reconnaissance du sous-lieutenant Jean Gaillard (du GR II/55), en donne une image très précise et a été publié par Air Magazine #19, en 2004, p. 23-31. 
    Après avoir énuméré les 5 équipages perdus par son Groupe de Reconnaissance II / 55 car volant sans escorte depuis le 10 Mai 1940, il nous a fait vivre la situation. En voici quelques extraits :
    "On n'avait plus le temps d'exploiter des renseignements photographiques pris à haute altitude ; Seule, la pratique d'un survol à faible hauteur pouvait permettre à un observateur qualifié d'avoir des informations immédiates et précises. (...)
    La Flak, au seul bruit de notre approche, déclenchait des tirs de barrage verticaux, avec une série de canons de 20 mm... Un vrai mur de feu."          
  • Un autre auteur se rappelait que l'arrivée de son unité déclenchait instantanément un tapis d'explosions de quelques hectares qu'il était quasi impossible de traverser directement sans dégâts.
En plus, Hitler et ses petits camarades avaient commencé leur attaque par des actions qui n'avaient jamais été anticipées par nos édiles ni par nos généraux de haut rang.
  • L'invasion de la Hollande, traditionnellement neutre
  • La prise en une seule journée du Fort Belge d'Eben-Emael par des troupes aéroportées ; 
  • A cela s'était ajouté les premières rencontres avec des blindés Allemands, qui, comme le colonel De Gaulle l'avait écrit, n'étaient susceptibles d'être arrêtés que par d'autre chars.

    Tout cela s'ajoutait dans le conscient de ceux qui commandaient nos avions pour effacer la vraie surprise, celle de la Flak

    Ainsi, dès le 12 Mai, les deux principales aviations Alliées d'Europe étaient quasiment KO debout, sans solution pour le vrai double coup de massue qui allait se produire le 15 Mai, la percée de Sedan et la conversion vers la Manche.

    Une fois de plus, nous avions la DCA, des avions d'assaut et de bombardement mais nous n'avions pas expérimenté la manière d'attaquer ni les chars, ni la DCA, et notre DCA légère n'avait pas l'expérience de la Flak, loin de là.





    Pourtant, la Flak n'était pas toute puissante !



    En 1941, confronté à une guerre devenue réellement mondiale, Hitler comprit que ses villes industrielles risquaient la destruction par de vrais bombardements massifs. 

    Cependant, la recherche des plus hauts plafonds possibles induisait automatiquement la création de canons beaucoup plus pesants. 

    Mis à part sur les navires de fort tonnage, les canons de gros calibres étaient condamnés à être statiques pour protéger des zones sensibles. 

    Il fit quand même construire le canon de 128 mm qui, lançant des obus de 26 kg à 880 m/s, assurait la destruction d'avions volant réellement à 10 500 m. 
    De tels obus avaient un volume de létalité plus important que celui obtenu par les obus de 88 mm (la masse d'explosif interne devait avoisiner les 2 kg). 
    • L'engin en position de tir avait une masse de 18 tonnes qui passait à 27 tonnes en condition de transport.      
    • Ce canon avait une cadence de tir de 11 cpm, ce qui parut alors un peu faible, amenant à jumeler 2 canons sur un même affût. Il devenait donc quasi impossible de transporter aisément de telles masses au moment où la situation énergétique (= en hydrocarbures) du Reich commençait à s'appauvrir.  
    • Ces canons furent essentiellement montés sur des tours de Flak qui dominaient l'ensemble des immeubles des villes qu'elles défendaient.



    Tour #4 de Flak à Hambourg : ce donjon du XXème siècle avait une hauteur de 38 m, était assis sur un carré de 75 m de côté et ses murs avaient une épaisseur de 3.5 m. Chaque poste de tir contenait un montage jumelé de canon de 128 mm (la tour en porte donc 8). Les postes de petite tailles situés un peu plus bas étaient réservés à des canons de 20 mm.


    Ces tours gigantesques (100 000 à 200 000 tonnes de béton armé !), servait toutes d'abris anti-aériens pour près de 30 000 civils... 

    Chaque poste de tir contenait un montage jumelé de canon de 128 mm (la tour en portait donc 8).

    Les postes de petite tailles visibles un peu plus bas étaient réservés à des canons de 20 mm.

    On constate sur la photo de la tour de Hambourg que la résistance de ces édifices était incomparable vis à vis de celle des bâtiments voisins ! 


    Ces tours étaient jumelées à des tours moins imposantes qui étaient équipées de radars Würtzburg pour définir les coordonnées de tir. 



    Une paire de tours de Flak à Vienne (Autriche), de nos jours.



    L'immense énergie dépensée par les Allemands pour fabriquer ces tours et leurs armements ne se fit pas impunément.

    Les énormes canons de 128 n'étaient pas aussi souverains au-dessus de 7 000 m que les 88 l'avaient été au-dessus de 4 000 m.

    En outre, l'énorme dépense en hommes (2 000 000 dans la Flak) et en moyens n'était plus rentable dès la fin de 1943, au moment où les Américains lançaient en grand nombre leurs P 51 dans la Bataille de Berlin. 

    Une augmentation significative du nombre de chasseurs type FW 190 D 9 eut été considérablement plus rentable. 


    La fuite en avant éperdue dans la technologie des missiles téléguidées - dont au moins six différents modèles furent testés - déboucha sur le Wasserfall qui semble avoir été nettement bi-sonique en montée verticale jusqu'à 20 000 m. 




    Missile sol-air Wasserfall 


    Toute brillant que soit le potentiel de cette arme, elle ne pouvait donner aucun résultat, vu l'infériorité du Reich dans la guerre électronique, du moins eu égards à mes informations.



    Les pertes Alliées


    Au second semestre de 1940, le Bomber Command de la RAF perdit 330 bombardiers (et 1 400 hommes tués, blessés ou prisonniers). 

    Pendant les quatre années qui suivirent, les pertes de ce même Bomber Command se montèrent à 48 456 hommes tués et plus de 10 510 blessés : Un tout autre niveau.

    Ces hommes n'hésitèrent pas à risquer leur vie pour changer le cours de la guerre.

    De Juillet 42 à Mai 1945, 2 278 bombardiers furent abattus par la Chasse et 1 345 par la Flak.

    La proportion s'inversait complètement avec les avions endommagés : 8 848 le furent par la Flak et seulement 1 718 par la Chasse.

    Ceci montre que la Flak ne pouvait pas savoir qu'un bombardier touché pouvait revenir à la base. 
    Mais seul un pilote de chasse savait qu'il devait être descendu pour que sa perte soit certaine, et seul ce pilote de chasse pouvait imaginer une méthode pour l'y contraindre.

    On me permettra de penser que, malgré toutes les belles histoires racontées sur l'IA (Intelligence Artificielle), cela reste toujours vrai.

    Il a quelques semaines (21 Août 2020), les USA ont annoncés qu'un pilote de Chasse avait été battu par une IA pendant 5 combats virtuels. 

    Le commentateur Français d'opex360, Laurent Lagneau, a remarqué cependant que le pilote humain avait progressé à chaque combat : Il s'était donc adapté, tandis que l'IA en était resté au même point. Notre cerveau reste inégalé !
    (Je conseille au lecteur intéressé de lire la vidéo conseillée plus bas par Unknown le 9 Septembre 2020 à 06:03)


    Les pertes de l'US Army Air Force lors de ses raids au-dessus de l'Allemagne pendant toute la Seconde Guerre Mondiale se montèrent officiellement à 18 426 avions de combat.


    Cela traduit l'extrême courage de ses pilotes mais aussi l'extrême lenteur avec laquelle la VIIIth Air Force US prit conscience de la nécessité d'une véritable escorte de Chasse (i.e. assurée par des P 51 Mustang).




    Conclusion



    La grande leçon de la Seconde Guerre Mondiale, si on se concentre sur le front Ouest, c'est, évidemment, l'énorme supériorité technologique initiale du IIIème ReichCela avait parfaitement servi contre la France.

    Ensuite, il faut souligner la remarquable capacité Britannique à savoir employer jusqu'au bout tous ses outils, en ayant optimisé avant tout l'extraction des vraies informations déterminantes.

    Une fois de plus, ce n'est pas tant la qualité du matériel qui compte, c'est le fait de trouver comment s'en servir en toutes circonstances.