mercredi 18 février 2026

Les chars, leur unique inventeur, quelques aberrations des années 30, et les bons choix... (révisé le 22 II 2026)

{Sources : Il y a au moins 30 années, j'ai emmené mon épouse et mes enfants au Musée des Blindés de Saumur. Nous avons eu la chance extraordinaire d'être pilotés par Monsieur Jean Mayet,  véritable musée vivant de tous les chars possibles ! 

Evidemment, j'ai lu ce que Charles de Gaulle avait écrit, mais aussi ce que les généraux Guderian et  Rommel  ont écrit, plus de nombreux articles de la revue GBM.}


(Ce texte s'arrête à la fin 1942)


Je connais un certain nombre d'engins motorisés qui ont étés affublés du nom de chars de combat pendant la Première Guerre Mondiale.

Pour moi, un char de combat est un engin de supériorité terrestre qui facilite la destruction des forces terrestres ennemies.


Nos amis Britanniques considèrent que leurs véhicules rhomboïdes sont les premiers tanks. Je dois évidemment le leur reconnaître. 

Par contre, je ne les vois pas comme de véritables chars de combat. Certes, les premiers Mk 1 arrivèrent à leur objectif, mais ils ne débloquèrent pas du tout la situation. 



Tank Mk IV
The Mark IV tank Lodestar III at the Belgian Royal Museum of the Army, Brussels (2005)


Les Mk IV, très améliorés, restaient néanmoins des géants poussifs.

Longs de 8 m, larges de 4 m et haut de 2.45 m,  ils étaient censés avancer à 6 km/h.

Leur blindage ne dépassait pas 12 mm mais la masse d'un tank atteignait 28 tonnes !  Il en fut construit 1 220.



Le tank Whippet (lévrier) fut créé pour permettre des attaques plus rapides, qui correspondait à l'exploitation des offensives blindées par les Mk IV.

L'engin avait 6.10 m de long, 2.77 m de haut et 2.50 m de large. Il pesait 14 tonnes.

Ce tank pouvait rouler à 13 km/h. les 2 moteurs de 45 Cv étaient à l'avant,  tout comme le réservoir.

Les 3 hommes d'équipage étaient dans la tourelle arrière. 

Les pertes furent importantes mais certains d'entre eux firent des ravages sur les arrières ennemis.


Non sécurisé : Whippet du 3rd Bn Tank Corps dans
la Somme en mars 1918 (vue arrière).




Les Français, eux, suivaient les concepts du général Estienne : Un véhicule capable de porter un canon de 75, pour pouvoir percer les lignes ennemies. 

Donc, en réalité, Estienne est l'authentique père des canons automoteurs

Estienne demanda que la partie chenillée soit constituée par un tracteur agricole Holt - Caterpillar (voir ci-dessous). 


Tracteur d'artillerie Holt tractant un 155 mm mle 1877 (ici dans les Vosges au printemps 1915)


                                                                                                    



Estienne se contentait donc de juxtaposer les éléments nécessaires 
à faire le travail. 

Cela m'étonne car le meilleur rendement d'un assemblage  complexe exige en général de décomposer toutes les contraintes avant de les recomposer en un tout cohérent. 

Il s'est donc montré un tantinet trop pressé.



le tracteur Holt, cher au Gal Estienne, présent dans nos 2 premiers chars, passant une tranchée Française type
(les tranchées Allemandes étaient bien plus larges).


Sur ce tracteur Holt, il a fallu greffer une coque blindée où fut introduit un canon de 75 mm modèle 1897 . 

{On avait donc oublié tout ce que nos cuirassés maritimes nous avaient enseigné en matière de montage de canons sur des engins mobiles ! }




Le char Schneider et son canon de 75 bloqué à droite mais il était mobile sur environ 60° en azimut !


Le char Schneider, long de 6.33 m, large de 2.04 m et haut de 2.30 m, avait une masse de 14 tonnes et portait un canon court.


Le char Saint-Chamond, bien plus grand, était mieux protégé et son canon, plus long, tirait droit devant lui avec son azimut fixe.

Pour change d'azimut, il fallait tourner tout le char de 22 tonnes (élémentaire, mon cher Watson !



Char Saint-Chamond type 1 sur Wikipédia



Les deux projets Schneider et Saint-Chamond avaient certes chacun un canon puissant qui permettait d'ouvrir n'importe quel verrou fortifié. 

Mais Estienne n'a pas eu l'idée que ces chars allaient devoir, en réalité, détruire les chars ennemis.

Il est piquant de constater que ces chars furent organisés en batteries, signature littéraire de l'homme qui les avait exigés, l'artilleur Estienne.


Par contre, l'exploitation au-delà de ce verrou était impossible car ces deux engins  n'étaient pas conçu pour le véritable tout-terrains.

Leurs porte-à-faux suffisaient à leur interdire le passage des tranchées : Aucun n'aurait pu suivre une simple Jeep Willis de 1943 !

En outre, ils étaient très grands et très lourds (14 et 22 tonnes).

Il s'agissait en fait juste de canons automoteurs. Ils furent plus utiles lors de la poursuite des Allemands, en 1918.



Les Allemands décidèrent, tardivement, de répliquer en créant un grand (7.35 m de long) et large (3.06 m) appareil très haut (3.35 m) et très blindé (30 mm), l'A7V


A7V

La rapidité de cet engin était la plus importante (16 km/h sur route), son blindage était imparfait et son canon, bien placé, était assez efficace. 

Il disposait d'un équipage de 18 hommes (!).

Par contre, très lourd (30 tonnes),, il avait une garde au sol de seulement 40 cm

Voilà qui était parfait pour rouler sur route mais qui lui interdisait le tout terrain !




Lorsque, enfin, Louis Renault eut la capacité de s'occuper du problème, il changea complètement sa perception des choses. 

Sa création eut un retentissement universel.

Lui, dont je ne sais pas où il avait fait son service militaire, a, d'emblée, démontré qu'il raisonnait suivant une vision tactique de cavalier !

Les couteuses expériences Britanniques et Françaises lui avaient ouvert les yeux.

Il avait compris qu'un char de combat devait :

  • être très manœuvrant, donc petit !
  • cela impliquait qu'il soit léger (6.5 tonnes), court (5 m), étroit (1.74 m), et bas (2,13 m), donc peu visible. 
  • les chenilles devaient être extérieures à la carrosserie, pour éviter tout coincement,
  • le canon devait pouvoir tourner sur un azimut de 360°,
  • le moteur devait être fiable et placé à l'arrière (pour réduire la température et le bruit internes),
  • le conducteur devait être assis à l'avant, sans aucun angle mort,
  • le tireur en arrière du conducteur était donc le chef de char.
Ce fut le char Renault FT qui commença à sortir en 1917. 

Il pouvait faire un 360° degré en quelques secondes. Son moteur était très fiable.


Char Renault FT 17 : Un authentique tout-terrain !



La tourelle initiale était blindée à 16 mm. Elle passa rapidement à 22 mm.

Il en fut produit environ 4400 entre 1917 et 1919. 
Nous en perdîmes 485 au combat et nous en livrâmes ~ 425 à des pays étrangers.

Je vous donne ici ce lien pour voir comment ces chars se déplaçaient (le FT 17 étant dans la dernière partie).

Le Char FT fut un succès tactique, car il gagna rapidement rapidement des batailles, mais il fut aussi un succès stratégique, parce qu'il gagna réellement la Première Guerre Mondiale.

Il fut fabriqué à peu près partout sur notre planète : USA, Italie, Russie / URSS et Japon.

Donc, à part en France, Louis Renaut est le seul père des Chars de combat.



FCM 2 C, dernier char de la Grande Guerre Authentique char lourd, qui roula en 1921 !



Le FCM 2 C (des Forges et Chantiers de la Méditerranée) fut le premier char lourd authentique (68 tonnes) à voir le jour, mais 2 années trop tard. 

Il a énormément souffert de la quasi impossibilité de trouver des moteurs de puissance suffisante. 

Quand  ce type de moteurs (Liberty de ~ 400 Cv) furent disponibles, on oublia de les employer pour cet usage.

Il fut motorisé par des moteurs Allemands récupérés... 

Douze de ces chars furent produits.


L'engin était très grand (10.30 m), large de près de 3 m), très haut (4.02 m, blindé à 45 mm, ce qui imposait à l'ennemi de l'attaquer au 75 mm (in Guderian H., mémoires d'un soldat). 

Sur route, sa vitesse atteignait 15 km/h et ne dépassait pas 10 km/h en tout-terrain. 

Les rares vidéos que j'ai pu voir montrent que cet engin était relativement manœuvrant. 

Il m'est apparu plus manœuvrant que le Mk VIII qui apparait dans "Indiana Jones et la IIIème Croisade" de Spielberg.



Je ne vais pas vous détailler les chars de l'Entre-deux-Guerres, à l'exception du char Américain Christie.

Ce remarquable ingénieur avait bien compris que les chars issus de la Grande Guerre étaient poussifs. 

Difficile, avec eux, de pratiquer une charge type cavalerie.

Christie inventa la suspension qui porte son nom et qui permit de réduire la hauteur des chars qui en étaient munis et d'augmenter la vitesse dans toutes les conditions.



Une vidéo intéressante explique parfaitement à cette adresse : 

 https://www.youtube.com/watch?v=Tp_49lc4oO4.


Le char Russe T 34 (ci-dessous) fut la parfaite illustration de l'excellence du concept de Christie

Long de 5.92 m, il était large de 3 m et avait une hauteur de 2.45 m. c'est donc un char long et plat .

Le T 34 atteignait 55 km/h sur route et 40 km/h en tout terrain. 

il termina la guerre de 1941-1945 à la masse de 32 tonnes. 

Il fut le meilleur char du monde au moins jusqu'en 1953.


T 34 partant au combat - RIA Novosti



Le T 34 utilisait des blindages très inclinés comme nous l'avions fait avec le char léger FCM 36 en France. 


FCM 1936 dans le Field Manual 30-42 de l'US Army. La photographie du char 30024 du 1/503e RCC de Versailles a été prise à Paris, sans doute le 14 juillet 1938 ou 1939, pour la fête de Sainte Jeanne d'Arc de 1938.



Hélas, notre char, comme ses cousins, souffrait hélas d'un canon de 37 mm bien trop court !

 Motorisé en Diesel par Berliet, ce FCM avait une autonomie de 250 km et une vitesse de 24 km/h.


Au début de la Seconde guerre mondiale, la France rêvait des chars B1 conçus pour faire plaisir au Général Estienne, 



Le char B1 bis est un char dual, puisqu'il possède 2 canons. A l'avant, un 75 mm court est capable de massacrer l'ennemi dans ses tranchées. Dans la tourelle, le canon de 47 mm sert au combat entre chars. Ici, le B1 bis ''Toulal'' (# 382) reconstitué en mémoire de celui ayant combattu lors de la bataille de Stonne en mai 1940. In Wikipédia.fr


Le B 1 d'origine, de 28 tonnes, roulait à 32 km/h avait un blindage initial de 4.5 cm et il avait 180 km d'autonomie. 

A part le montage du canon de 75 ailleurs que dans la tourelle, il était correct.

Son système de conduite Naeder, bien trop sophistiqué, engendra de nombreuses pannes, liées en général à des fuites d'huiles jamais résolues ! 

On a évoqué des fuites d'huile de ricin au sein de réservoirs en bronze poreux, ce qui fait hurler de rire ceux de mes amis qui coulent du bronze !!!


Mais ce char allait devenir une monstruosité : Un quidam très galonné découvrit l'existence des canons antichars Allemands de 37 m

Aussitôt, il a exigé un blindage  porté à 60 mm, lançant ainsi la construction du B 1 bis de 31.5 tonnes ! 

Cela freina considérablement la production de ces chars qui ne dépassa jamais les 400 exemplaires.


Alourdi, ce char devint poussif (Vmax 28 km/h), son autonomie se dégradait fortement (6 heures).

Le canon de 75 mm, à azimut bloqué (signature du général Estienne), est long de 17 calibres. J'ai lu une V0 de 240 m/s, donc trop peu.

Il a donc une vitesse à la bouche très inférieure à celle du 75 mm de la Grande Guerre (long de 36.6 calibres, V0 585 m/s)!


Le canon de 47 mm en tourelle, efficace à 1 000 m, est long de 32 calibres.  

Il faut 30 secondes à la tourelle pour faire un 360°

Le réservoir contient 400 litres. Beaucoup de ces chars furent abandonnés en panne de carburant. Il n'y avait pas d'engin capable de le remorquer !


Il existe cependant  un très haut fait d'armes de ce char lors de la bataille de Stonne, le 16 Mai 1940. 

Commandé par l'officier Pierre Billotte, un B1 bis y a détruit 13 puissants chars (Pz IV et Pz III) et 2 batteries antichars ennemis en quelques minutes.

 Ces hommes étaient très entrainés et depuis longtemps !


De Gaulle avait bien sa 4ème DCR, mais cette division, crée le 10 Mai 1940, au tout début de l'offensive Allemande n'avait eu qu'une semaine avant de livrer la bataille de Montcornet le 17 Mai !

Cela signifie que ses hommes eurent trop peu de temps pour apprendre à dominer leurs machines 

Je ne reviendrais pas sur les remarquables attaques menées par le général De Gaulle et tous ses hommes (décrites in De Gaulle, Mémoires de Guerre, V. 1 : L'Appel). 



L'autre char important du côté Français fut le char Somua S 35, un char de 20 tonnes, capable de 40 km/h sur route et d'une autonomie de 260 km.

Il était équipé d'une tourelle identique à celle du B1 / B1 bis armé du 47 mm de 32 calibres efficace à près de 1 000 m.

Construit par Schneider en plus de 400 exemplaires, ce char se révéla solide et puissant.

Le général Lafontaine accepta de transiger avec Gamelin, et au lieu d'avoir trois DLM équipées de 4 brigades homogènes toutes sur S 35, on a livré à chacune 2 brigades de S 35 et 2 brigades équipé de chars Hotchkiss 35 qui étaient instables mais qui  étaient théoriquement plus rapides que le Renault R 35 (28 km/h au lieu de 20 km/h)

A cause de leurs canons courts, la puissance de feu n'était plus au niveau !


On reprocha au R 35 une infériorité dans des zones humides, mais c'était un cas particulier et minoritaire. 

Ses chenilles avaient une largeur de 32 cm.

Par contre, son blindage était excellent. 



Renault 35





Renault R 40 (avec canon SA 38) Il arriva trop tard !


Un militaire connu de 1940 disait qu'il l'avait piloté au Maroc et qu'il l'avait trouvé particulièrement facile à piloter, donc très maniable.



L'armée Britannique avait en France une seule division blindée (~ 250 chars) avec 80% de chars légers Vickers Mk VI - dont le blindage maximum atteignait juste 14 mm, et qui était très instables (suspension très médiocre) - et environ 50 chars presque modernes (Cruiser et Matilda II). 

Ils essayèrent  d'exister vers Arras, mais ce sont des Somua S 35 Français qui les sauvèrent !



Le général Gamelin, particulièrement obtus face à De Gaulle, préféra employer ses 7 divisions blindées  (3 DLM + 4 DCR) en ordre totalement dispersé, sans aucune couverture aérienne digne de ce nom et avec une artillerie ni assez puissante n'y assez mobile.

Le résultat fut ce qu'il devait être...une terrible défaite !

Chacune de nos grandes unités travailla seule, sans concertation avec les autres.

Le résultat fit très plaisir à notre ennemi Heinz Guderian et à son chef suprême Adolf Hitler. 


Cela joua un rôle important sur les ingénieurs Russes qui sortirent leur char T 34 en grande série et en un temps record. 

C'est la raison qui a permis au Général Joukov de bloquer l'armée de Guderian à 30 km de Moscou.




Les Allemands entrèrent en Seconde Guerre Mondiale avec  4 modèles de chars. 

L'idée de base était de fabriquer des engins facile à produire, donc bon marchés.

Cela les entraina à négliger les blindages inclinés, ce qui deviendra un handicap total, parce qu'ils devront augmenter l'épaisseur du blindage.


Le Panzer l est une automitrailleuse  armée de 2 mitrailleuses légères (~ 8 mm). Il est animé par un moteur de 59 Cv. Il a une masse de 5 400 kg.
  • Cet engin peu armé, peu blindé, donc léger, va vite (50 km/h sur route). 
  • Sa tourelle est monoplace avec 2 mitrailleuses se 7.9 mm, ce qui explique que l'équipage soit réduit à 2 hommes.


Le Pz I,  Ausf. A Deutsches Panzermuseum Munster 

  • Il est aussi discret donc il peut faire très mal lorsqu'il arrive en nombre sur l'infanterie ennemie.
  • Par contre, son faible blindage  (13 mm max) le rend vite inadapté face à des armes moyennement puissantes.
  • Il a été construit en plus de 1 600 exemplaires entre 1934 et 1937.
  • Il ne peut rien contre ses homologues alliés.





Le Panzer II, nettement plus sophistiqué, est plus puissant, mieux protégé et mieux armé. Il a un équipage de 3 hommes.

  • La tourelle porte un canon de 20 mm et elle est servie par 2 hommes : le chef de char et le tireur.
  • Le moteur de 140 Cv permet une vitesse de 55 km/h.
  • La masse totale est inférieure à 9 tonnes.



Pz II, Ausf. C - Musée des Blindés - Saumur


  • Ce char est très efficace contre l'infanterie et les canons antichars alliés. Par contre, dès la campagne de France, il est très insuffisant contre les chars Français, y compris contre les légers Renault R 35 et les Hotchkiss R 35 ou R 39.
  • Il a été produit en plus de 1 800 exemplaires de 1935 à 1943.
  • Il a servi à expérimenter les roues alternées et décalées qu'il a gardées et qui ont été essentielles pour les Tigres et les Panther.









Le Panzer III fut le char de la période des premières victoires Allemandes. Il en est sorti une centaine en 1939.
  • Sa masse est au moins double de celle du Pz. II (~ 20 tonnes). Il est rapidement blindé à 30 mm.
  •  Le canon est bien plus puissant que celui du Pz. II, même si le canon de 37 mm n'a jamais été accepté par le Général Guderian qui voulait d'emblée un 50 mm de 50 à 60 calibres. !
  • Il avance à 40 km/h sur route et 20 km/h en tout terrain.
  • Au total, il fut construit à plus de 5 000 exemplaires.


Pz. III. Ausf. F., musée des blindés de Saumur


Le grand avantage de ce char pendant la Bataille de France de 1940 ne résida jamais dans "le faible blindage" (comme cela est écrit par certains !),  de nos chars légers Hotchkiss 35 ou 39 et Renault 35 qui avoisinait ou dépassait 43 mm.

Mais, plus rapide qu'eux, il bénéficiait, surtout, d'un canon plus moderne et portant bien plus loin et bien plus puissamment que le 37 mm SA 1918 que nos généraux avaient accepté bêtement  et dont la porté n'excédait pas 400 m.

{Nous Français, nous nous contentâmes de sortir un 37 mm SA 38 de 34 calibres (V0 de 705 m/s), un an trop tard.}


Le Pz. III avait parfaitement bénéficié de la proximité de son artillerie de soutien, de la permanence de son observation aérienne et du soutien de la Luftwaffe. 

En 1941, face à l'Armée Rouge, les choses semblèrent très semblables à cause de l'effet de surprise obtenu.

Face au vrai froid et à la neige, ses chenilles de 36 cm de large furent insuffisantes.

Mais les états-majors Russes avaient analysé toutes les méthodes Germaniques. 

Les rencontres avec les blindés soviétiques devinrent bien moins drôles avec l'augmentation de fréquence de celles impliquant des T 34 ou, pire, des KV 120 qui résistaient même aux coups du canon de 88 mm.

Après la fin de l'offensive sur Moscou, le Pz. III allait voir son rôle diminuer et dû passer rapidement à des zones "faciles".












Le Panzer IV paraissait, initialement, comme l'aboutissement de cette famille de chars. 

Il passait les 20 tonnes dès la première variante qui entrera en guerre (Ausf. C).

Il a une longueur de près de 6 m, une largeur de 2.88 m et une hauteur de 2.68 m.


Trois hommes occupent la tourelle ce qui donne un équipage total de 5 hommes, ce qui entraine des réactions très rapides. 

Elle tourne sur elle-même en 15 secondes.






  • Son atout principal était  son canon de 75 mm de 24 calibres qui ne perce les chars Français qu'à condition de s'en approcher à moins de 500 m.
  • Lui-même est initialement blindé à 30 mm.
  • Son autonomie est de 200 km sur route et de 130 km en tout terrain.
  • Ce char est engagé sur le front en Mai 1940 en 278 exemplaires (11% des 2500  chars Allemands entrés dans le Bataille de France), il eut un rôle important, même s'il y connut de lourdes pertes (97 détruits, soit 35%  du total engagé). 
  • Son canon de 24 calibres (V0 = 450 m/s, perforant 35 mm à 1 000 m) sera remplacé  par un 75 mm de 43 calibres (V0 = 740 m/s perforant 82 mm à 1 000 m)  puis par un autre de 48 calibres (V0 = 800 m/s perforant 87 mm à 1 000 m).

L'entrée de la Wehrmacht dans son premier hiver Russe mit en évidence l'inadaptation des chenilles étroites de tous ses chars. 

Ce fut le syndrome de Napoléon, aggravé par le fait que tout le monde savait depuis un siècle ce que les hommes de Napoléon y avaient souffert.



Je ne dirais rien du Panzer VI "Panther" parce que ce char de 44 tonnes, censé remplacer le Pz. IV, a été raté, parce que mal conçu et mal réalisé.





Je préfère évoquer le Panzer VI, baptisé "Tiger I", qui a connu une carrière importante et qui a terrorisé les équipages alliés lorsqu'il a été employé de manière opportune.

Le Tigre 1 apparait comme un Panzer IV agrandi, équipé du meilleur canon antichar du IIIème Reich : Le 88 mm L 56 de DCA.

Ce char est long de 6.31 m, large de 3.54 m et haut de 3 m.  

Les désirs d'Hitler ont abouti à un excès de masse de près de 10 tonnes : Cette grosse bête pèse 57 tonnes.

Il en fut construits plus de 1350.




Char Tigre 1 dans le Nord de la France





Son moteur Maybach HL 210/HL 230 de 12 cylindre en V de 23 litres de cylindrée donne 700 Cv à 3 000 t/min et 650 Cv au régime économique de 2 800 t/min.

Il assure une vitesse de pointe qui varie suivant les sources de 45 km/h à 38 km/h, voire 30 km/h sur route contre 20 / 25 km/h en tout terrain.

Les chenilles ont désormais une largeur de 72 cm, ce qui permet d'avancer sur des terrains enneigés..

Le réservoir contient 540 l.

L'énorme consommation du moteur ne lui permet qu'une autonomie de 100 km.

Le blindage frontal est de 100 mm mais il est le plus souvent vertical.


Quand ce char apparait, en été 1942, il est invincible !

Par contre, vu sa taille, le Tigre est facile à détecter. 

En plus, il est très difficile à remorquer, ce qui va doubler ses pertes, par abandon des chars en manque de carburant ! 

Cela signifie que, pour obtenir une "invincibilité" sur le terrain le Tigre de 1943 a souffert du même syndrome que notre B1 de 1940. 




Bien employé, le Tigre est excellent. 

Mais la cavalerie lourde Allemande a perdu beaucoup d'excellents équipages dont les compétences ont disparues.

La bonne méthode consistait à pousser les unités alliées à entrer dans une zone éloignée où leurs blindés étaient destructibles à 2 000 m.

Mais l'aviation Allemande ne maitrisait plus l'air !

On constate que les Allemands ont conservé tous leurs gros chars.

Ils ont trop investi dans leur Panther et le Tigre II.

Oui, le Sherman Américain a dominé le Tigre, mais lui, il a été fabriqué en 60 000 exemplaires : C'est la confirmation de la théorie de Lanchester.




Le Tigre II, de 70 tonnes, fut incapable de permettre le rétablissement stratégique espéré. Il multipliait les problèmes !!! 


vendredi 4 juillet 2025

Mélodie en sous-sol ? (Modifié le 1er Septembre 2025 ***)

(Mélodie en sous-sol fut le titre d'un film de 1963 par Henri Verneuil  avec Jean Gabin et Alain Delon) 


L'être humain, depuis plusieurs centaines de milliers d'années, considère que, lorsque sa vie est menacée, il doit se terrer dans des cavités enfouies sous le sol. En cela, il reprend une stratégie animale datant de plusieurs centaines de millions d'années. 

Il vous suffit de visiter les grottes périgourdines (Rouffignac, par exemple), bien plus récentes mais humaines,  pour en être définitivement convaincu.


Lorsque l'artillerie a cessé d'être constituée de bombardes lançant des boulets pleins (de Crécy en 1346, à Sadowa en 1866), elle est passée en quelques années aux canons dit ''à la Paixhans'' (avec des obus aérodynamiques chargés d'explosifs).

Ces canons furent modifiés encore davantage pour être chargés par la culasse, ce qui rendait leur cadence de tir incomparablement plus rapide (le 75 mm, pendant les tirs de barrages de 1914 à 1918, soutenait 30 coups/minute (les servants étaient super-entrainés), rythme qui s'arrêtait uniquement en cas de surchauffe du canon).

La poudre noire présente une grande qualité pour tout travail de démolition : Elle détone, ce qui veut dire que l'explosion est instantanée donc très brisante. Mais cette caractéristique entrainait une usure très rapide des bouches à feu.

Cela n'était pas tout, car en 1884, le chimiste Français Paul Vieille inventa la poudre Blanche, dite aussi poudre sans fumée, qui permit des tirs six fois plus puissants, doublant la portée des bouches à feu (et, visuellement, presque indétectables).

Ce nouvel explosif, à base de nitrocellulose, ne détonne pas, elle produit une déflagration bien plus progressive, donc bien moins corrosive pour les bouches à feu mais très efficaces pour les fusils et les canons.  

(Nos journalistes pensent que le mot déflagration signifie "explosion la plus puissante", mais c'est la détonation qui est la plus puissante, avec une onde de choc pouvant progresser à 7 000 m/s, par exemple.

Cela rendit la poudre noire obsolète pour l'essentiel  des applications militaires.

Toute les fortifications déjà existantes devinrent immédiatement périmées. 

Les nouvelles devinrent très basses au point que les canons pouvaient même s'éclipser dans les profondeurs de leurs ouvrages.


Pendant la Grande Guerre, le jeu consista souvent à faire des sapes (= tunnels, réalisés par des sapeurs) orientées vers les tranchées ennemies.

Cela permettait d'y déposer beaucoup de dynamite (mélange de nitroglycérine et d'un produit pulverulent permettant de créer ainsi une explosion très meurtrière avec un explosif assez stable.. 

Bien sûr, au bout de quelques coups efficaces, tout le monde se mit à écouter ce que le sol transmettait comme sons.

Si l'on entendait une action de creusement, on créait aussitôt une contre-mine.

On fut ainsi capable de créer des cratères profonds d'environ 60 m.



En 1934, Hitler demanda à Krupp de construire un canon apte à détruire les ouvrages de notre célèbre Ligne Maginot qu'aucun canon Allemand de la 1ère Guerre Mondiale n'était capable de traiter.

Ce canon fut conçu par le Directeur Erich Müller. 

Il s'agissait d'un appareil hyper-puissant, de calibre 800 mm dont la désignation fut Schwerer-Gustav, utilisant des obus de 4.5 à 7.1 tonnes ! 

La masse total de l'engin était de 1.350 tonnes (la masse d'un destroyer).

Cet engin devait être transporté en pièces détachées par un train de 25 wagons ayant une longueur totale de 1.500 m.

Il fallu 5 semaines pour que 4 000 hommes puissent placer le canon en position de tir et il fallait 500 hommes pour assurer les tirs.

 

Obus de Dora face à l'excellent tank soviétique T-34/85 (des années 1944-45



Le canon Dora / Gustav devant ceux qui l'ont commandé
Noter la taille des soldats qui travaillent dessus.


Ce canon lançait ses obus (V0 820 m/s) à des distances de 38 à 47 km.

La mise en oeuvre exigeait de l'ordre de 3 000 soldats plus 2 régiments de Flak !

Pour faire feu, ce canon devait être installé dans un virage de 2 voies de chemin de fer aux quelles on ajoutait 2 voies supplémentaires pour pouvoir tenir latéralement.

Un de ses hauts-faits fut l'explosion d'un gros dépôt de munitions soviétiques qui était enterré à 30 m de profondeurs près de Sébastopol (Crimée). 

La réussite de la prise de Sébastopol par les troupes de Von Manstein valurent à ce dernier d'obtenir le grade de Feld-Marschall.

Ce qui m'étonne, c'est que cet objet hyper-couteux conçu contre nos fortifications, ne fut pas prêt avant 1941. 

Donc, c'est ce qui permit l'offensive par les Ardennes, qui, elle, nous écrasa !

Le gigantisme n'est décidément pas efficace.




Cinquante années plus tard, pendant la Guerre du Golf #1 (1991), les USA envoyèrent deux bombardiers F 117 (très théoriquement furtifs) lancer successivement 2 bombes de 900 kg GBU 27 sur l'abri blindé et enterré d'Amiriyah, dans la banlieue de Bagdad. 

Ce lancer permit de tuer 408 civils (femmes + enfants uniquement !!!). 

La photo située juste au-dessous de ce texte et qui concerne l'abri bombardé par la RAF en 1945, ressemble fortement à celle que j'ai pu voir du bunker d'Amiriyah, mais que je ne peux pas employer.

Juste avant cette attaque, on nous racontait (je m'en souviens parfaitement) qu'il s'agissait d'y tuer Saddam Hussein, le dictateur Irakien...



Lockheed F 117 lançant une bombe anti-bunker GBU- 27
 

Les bombes "perceuses" consistent en une enveloppe d'acier très épaisse et d'un remplissage par un explosif très stable (pour éviter de détoner au choc, bien sûr) et d'un détonateur très spécial.

Pour créer la première (et expérimentale) de ces type de bombes US, on avait rempli d'explosif le tube d'un canon. 



Les 2 photos du percement d'un abri pour U-Boot par une bombe de 10 tonnes


L'aspect de cet "après-percement" de 1945 est quasi-identique à
celui du percement de l'abris Irakien d'Amiriya en 1991






Le petit dernier 


Le 22 Juin 2025, 6 bombardiers furtifs B2 lancèrent 12 bombes GBU 57 sur le site de Fordo en Iran.

Ces bombes ont, sur le site de En. Wikipedia, une masse de 12 325 kg pour l'enveloppe et une charge explosive de 2 270 kg. 

Donc leur masse totale est très proche de 14.6 tonnes.


Avant l'attaque, il nous fut dit que ces bombes pouvaient percer un trou de 60 m de hauteur pour exploser après l'arrêt du "véhicule" (= leur arrêt).

Les B2  ont un plafond annoncé de 15 000 m. 

A cette altitude, l'atmosphère est peu dense, donc les bombes basculent vite à la verticale et atteignent très vite une très forte vitesse (mais elles ne sont pas pour autant hypersoniques). 

Le problème étaient que la zone à détruire était à 80 m de profondeur, soit 20 m plus profonde et que la substance à transpercer n'était pas du Béton, mais du granite, c'est à dire non pas un système relativement pulvérulent - relativement facile à traverser - mais une roche  plutonique (donc entièrement soudée). 

Et cette roche est donc particulièrement difficile à  traverser (sauf si la roche a été soumise à d'intenses pressions tectoniques) ! 

Les granites roses, du type de ceux de Ploumanac'h,  sont réellement très anciens (de 600 millions à 1 milliard d'années), et pourtant ils enchantent toujours ceux qui les découvrent, preuve de leur résistance à quasiment toute épreuve.

Coincidence (ou pas) le calibre de la bombe GBU 57 est de 800 mm, comme les obus de Dora.



Northrop B2 : un bel avion !


Une polémique a éclaté dès la fin de l'opération de bombardement.

A l'instant où j'écris ce texte, personne ne sait officiellement rien des résultats complets de cette opération.

A priori, des bombes très lourdes et très aérodynamiques qui descendent de 15 000 d' altitude doivent atteindre une vitesse proche de Mach 1 au moment qui précède l'impact

De ce fait, leur impact est fortement brisant et, si l'onde de choc de l'explosion intervient en quasi continuité avec celle de l'impact, je suis persuadé que ce qui est en-dessous sera "fortement perturbé".


Je ne suis même pas sûr que les dirigeants de l'Iran eux-mêmes aient une idée parfaite de la chose. Pour le savoir, il faudrait pénétrer par le même chemin que les GBU 57, ou par un chemin très détourné.

Mais je constate que les politiques en ont déjà parlé et ont échangé des noms d'oiseaux !

Au moins, et comme d'habitude, ils se sont exprimés !

Oui, vous finirez un  jour par avoir une image précise de ce qui a été brisé et de ce qui est resté intact. Mais cela n'est probablement pas aussi rapidement que vous le voudriez.

Un jour, un pays malin fabriquera un drone-araignée qui rentrera dans des trous quasi-cylindriques pour explorer des zones bombardées, et la réponse sera trouvée en temps et en heures...



Chaque jour de ma vie, je remercie le Général de Gaulle de nous avoir doté en très peu de temps de notre force de dissuasion. 

Il l'avait initié déjà le 18 Novembre 1945, en fondant notre CEA. 

Nos minables gouvernements n'ont pas voulu continuer ce mouvement qui déplaisait à notre suzerain US, jusqu'à ce que Pierre Mendes-France relance la volonté de créer la bombe, en 1954.

L'URSS nous ayant menacés de bombardement nucléaire en 1956, le cap fut maintenu, mais nous nous limitions, alors, au seul (mais très efficace) vecteur aérien bi-sonique Mirage IV dès 1964. 

Le Grand Charles nous a permis de disposer, en plus, des missiles balistiques SSBS (S2 puis S3) armés d'ogives nucléaires du plateau d'Albion et des SNLE, armés de missiles lancés de sous-marins nucléaires MSBS (M2, M4 puis M 51).