Affichage des articles dont le libellé est IIème Guerre Mondiale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est IIème Guerre Mondiale. Afficher tous les articles

mercredi 18 février 2026

Les chars, Louis Renault leur réel inventeur, les années 30 puis les choix... (modifié le 11 IX 2026 *** ***)

{Sources : Il y a au moins 30 années, j'ai emmené mon épouse et mes enfants au Musée des Blindés de Saumur. Nous avons eu la chance extraordinaire d'être pilotés par Monsieur Jean Mayet,  véritable musée vivant de tous les chars possibles ! 

Evidemment, j'ai lu ce que Charles de Gaulle avait écrit, mais aussi ce que les généraux Guderian et  Rommel  ont écrit, plus de nombreux articles de la revue GBM.}


(Ce texte s'arrête à la fin 1942)


Je connais un certain nombre d'engins motorisés qui ont étés affublés du nom de chars de combat pendant la Première Guerre Mondiale.

Pour moi, un char de combat est un engin militaire de supériorité terrestre qui facilite la destruction des forces terrestres ennemies.

Le but du char est de déplacer un objet vulnérant (lui même) jusqu'à l'ennemi pour l'affaiblir ou le détruire pendant que l'équipage du char reste protégé.


Le problème se pose le jour où l'ennemi réussit à percer le char ami. 

En fait, lorsqu'un char est percé, il a la regrettable manie de commencer à brûler.

Pourquoi brûle-t-il ?  

Parce qu'un char est un engin mécanique qui consomme de l'essence (pour avancer, tourner ou reculer) et de l'huile (pour que le moteur ne grippe pas).

Le feu créé par le détonateur d'un obus tend à s'amplifier en présence d'essence ou d'huile.

En conséquence, un char doit éviter d'être percé !



Nos amis Britanniques considèrent que leurs véhicules rhomboïdes sont les premiers tanks. Je dois évidemment le leur reconnaître. 

Par contre, je ne vois pas ces engins comme de véritables chars de combat. Certes, les premiers Mk 1 arrivèrent à leur objectif, mais ils ne débloquèrent pas du tout la situation : Ils n'en avaient pas du tout les moyens



Tank Mk IV
The Mark IV tank Lodestar III at the Belgian Royal Museum of the Army, Brussels (2005)


Les Mk IV, successeurs très améliorés du précédent, restaient néanmoins des géants poussifs.

Longs de 8 m, larges de 4 m et haut de 2.45 m,  ils étaient censés avancer à 6 km/h.

Leur blindage ne dépassait pas 12 mm mais la masse d'un tank atteignait 28 tonnes !  Il en fut construit 1 220.



Le tank Whippet (lévrier) fut créé pour permettre des attaques plus rapides, qui correspondait à l'exploitation des offensives blindées par les Mk IV.

L'engin avait 6.10 m de long, 2.77 m de haut et 2.50 m de large. Il pesait 14 tonnes.

Ce tank pouvait rouler à 13 km/h. les 2 moteurs de 45 Cv étaient à l'avant,  tout comme le réservoir.

Les 3 hommes d'équipage étaient dans la tourelle arrière (qui restait fixe). 

Les pertes furent importantes mais certains d'entre eux firent des ravages sur les arrières ennemis.


Non sécurisé : Whippet du 3rd Bn Tank Corps dans
la Somme en mars 1918 (vue arrière).



Les Français, eux, suivaient à la virgule près  les concepts du général Estienne : Un véhicule capable de porter un canon de 75, pour pouvoir percer les lignes ennemies. 

Donc, en réalité, Estienne est l'authentique père des canons automoteurs

Estienne demanda que la partie chenillée soit constituée par un tracteur agricole Holt - Caterpillar (voir ci-dessous). 



Tracteur d'artillerie Holt tractant un 155mm mle 1877 (ici dans les Vosges au printemps 1915)



                                                                                                    




Estienne se contentait de juxtaposer des éléments existants aptes à faire le travail. 

Cela m'étonne, car le meilleur rendement d'un assemblage  complexe exige en général de décomposer toutes les contraintes avant de les recomposer en un tout cohérent. 

Il s'est donc montré un peu trop pressé. 

En outre, travailler sur étagères ne peut en aucun cas (et à mon très humble avis), permettre de lui accorder une paternité sur le concept des chars : Il reste un artilleur intéressé juste par la mise en batterie de pièces fixes préalablement déplacées.




le tracteur Holt, cher au Gal Estienne, présent dans nos 2 premiers chars, passant une tranchée Française type
(les tranchées Allemandes étaient bien plus larges).


Sur ce tracteur Holt, il fallut greffer une coque blindée (à 12 mm...) où fut introduit un canon de 75 mm modèle 1897 . 

{On avait donc oublié tout ce que nos cuirassés maritimes nous avaient enseigné en matière de montage de canons sous tourelles sur des engins mobiles ! }




Le char Schneider et son canon de 75 bloqué à droite mais il était mobile sur environ 60° en azimut !


Le char Schneider, animé par 6 servants, était long de 6.33 m, large de 2.04 m et haut de 2.30 m, avait une masse de 14 tonnes et portait un canon court. Son moteur développait 55 Cv.


Le char Saint-Chamond, bien plus grand (8 m de long, 2.7 m de large, 2.4 m de haut ), était mieux protégé (de 0.5 mm !) et son canon, plus long, tirait droit devant lui avec son azimut fixe. Le moteur donnait 80 Cv. Il était animé par 9 hommes.

D'après les photos, j'ai l'impression qu'ici,  la roue la plus "arrière" du châssis Holt est plus haute que celle la plus avant, ce qui est contraire de ce que l'on voit sur tous les chars qui ont suivi, à commencer par le Renaut FT !

Pour changer d'azimut, il fallait faire tourner tout le char de 22 tonnes en jouant sur la différence de vitesse entre la chenille droite et la chenille gauche (élémentaire, mon cher Watson !).



Char Saint-Chamond type 1 sur Wikipédia



Les deux projets Schneider et Saint-Chamond avaient certes chacun un canon puissant qui permettait d'ouvrir n'importe quel verrou fortifié

Mais Estienne n'a jamais imaginé l'idée que ces chars allaient devoir, aussi, détruire les chars ennemis.

Il est piquant de constater que ses chars furent organisés en "batteries", signature littéraire de l'homme qui les avait exigés, l'artilleur Estienne.


Par contre, l'exploitation au-delà de ce verrou était impossible car ces deux engins  n'étaient pas conçu pour le véritable tout-terrains.

Leur porte-à-faux suffisait à leur interdire le passage des tranchées : Aucun n'aurait pu suivre une simple Jeep Willis de 1943 !

En outre, ils étaient très grands et très lourds (14 et 22 tonnes).

Il s'agissait en fait juste de canons automoteurs. Ils furent bien plus utiles lors de la poursuite des Allemands, en 1918.



Les Allemands décidèrent, tardivement, de répliquer en créant un grand (7.35 m de long) et large (3.06 m) et très haut appareil (3.35 m) très blindé (30 mm), l'A7V


A7V

La rapidité de cet engin était la plus importante (16 km/h sur route), son blindage était imparfait et son canon, bien placé, était assez efficace. 

Il disposait d'un équipage de 18 hommes (!).

Par contre, très lourd (30 tonnes), il avait une garde au sol de seulement 40 cm

Voilà qui était correct pour rouler sur route mais cela lui interdisait le tout-terrain !




Lorsque, finalement, Louis Renault eut la capacité de s'occuper du problème, il changea complètement la perception des choses. 

Lui, dont je ne sais pas dans quel arme il avait fait son service militaire, a démontré, du premier coup, qu'il raisonnait suivant une vision tactique de cavalier !

Les couteuses expériences Britanniques et Françaises lui avaient ouvert les yeux.

Il avait compris qu'un char de combat devait :

  • être très manœuvrant, donc petit !
  • cela impliquait qu'il soit léger (6.5 tonnes), court (5 m), étroit (1.74 m), et bas (2,13 m), donc peu visible. 
  • les chenilles devaient être extérieures à la carrosserie, pour éviter tout blocage par coincement,
  • le canon devait pouvoir tourner rapidement sur 360°,
  • le moteur devait être fiable et placé à l'arrière (pour réduire la température et le bruit internes),
  • le conducteur devait être assis à l'avant, sans aucun angle mort,
  • le tireur en arrière du conducteur était donc le chef de char.

Ce fut le char Renault FT qui commença à sortir en 1917. 

Sa création eut un retentissement universel.

Il pouvait faire un 360° degré en une poignée de secondes. Son moteur était très fiable.


Char Renault FT 17 : Un authentique tout-terrain !



La tourelle initiale était blindée à 16 mm. Elle passa rapidement à 22 mm.

Il en fut produit environ 4 400 entre 1917 et 1919. 

Nous en perdîmes 485 au combat et nous en livrâmes ~ 425 à des pays étrangers.

Je vous donne ici ce lien pour voir comment ces chars se déplaçaient (le FT 17 étant dans la dernière partie).

Le Char FT fut un succès tactique, car il gagna rapidement rapidement des batailles, mais il fut aussi un succès stratégique, parce qu'il gagna réellement la Première Guerre Mondiale.

Il fut fabriqué à peu près partout sur notre planète : USA, Italie, Russie / URSS et Japon.

Donc, à part en France, Louis Renaut est reconnu seul père des Chars de combat. C'est évidemment aussi ma position.


FCM 2 C, dernier char de la Grande Guerre
Authentique char lourd, qui roula en 1921 !



Le FCM 2 C (des Forges et Chantiers de la Méditerranée) fut le premier char lourd authentique (68 tonnes) à voir le jour, mais 2 années trop tard. 

Il a énormément souffert de la quasi impossibilité de trouver des moteurs de puissance suffisante. 

Quand  ce type de moteurs (Liberty d'environ 400 Cv) furent disponibles, on oublia de les employer pour cet usage.

Il fut donc motorisé par des moteurs Allemands récupérés... 

Douze de ces chars furent produits.

L'engin était très grand (10.30 m), large de près de 3 m), très haut (4.02 m, blindé à 45 mm, ce qui imposait à l'ennemipour le percer, de l'attaquer au canon de 75 mm  (voir Guderian H. in : Mémoires d'un Soldat). 

Sur route, sa vitesse atteignait 15 km/h et ne dépassait pas 10 km/h en tout-terrain. 

Les rares vidéos que j'ai pu voir montrent que cet engin était relativement manœuvrant. 

Il m'est apparu plus manœuvrant et bien plus dangereux que le Mk VIII qui apparait dans "Indiana Jones et la IIIème Croisade" de Spielberg.



Je ne vais pas vous détailler les chars de l'Entre-deux-Guerres, car, que ce soit aux USA, en Italie ou au Japon, tous les chars disposaient de chars blindés de 7 à 15 mm ! 

En France, nous ne jurions que par l'épaisseur du blindage, au détriment de la vitesse et de l'autonomie !

Les Russes s'essayèrent aux chars multi-tourelles dont le moins mauvais fut le T 28.


Difficile, avec eux, de pratiquer une charge de type cavalerie.

En 1928, une révolution arrive grâce à l'ingénieur Américain John W. Christie qui modifia les suspensions des chars en créant des suspensions indépendantes qui abaissent leur hauteur et permettent des vitesses  augmentées par deux, voire par trois !

 Dans tous les cas, ces chars avaient un blindage très incliné, donc plus résistant.

Ce remarquable ingénieur US  avait bien compris que les gros chars issus de la Grande Guerre étaient poussifs. 

Christie inventa donc une suspension permettant de réduire la hauteur des chars qui en étaient munis tout en augmentant beaucoup la vitesse dans toutes les conditions.



Une vidéo intéressante explique parfaitement à cette adresse : 

 https://www.youtube.com/watch?v=Tp_49lc4oO4.


Le char Russe T 34 (ci-dessous) fut la parfaite illustration de l'excellence du concept de Christie

Long de 5.92 m, il était large de 3 m et avait une hauteur de 2.45 m. c'est donc un char long et plat .

Le T 34 atteignait 55 km/h sur route et 40 km/h en tout terrain !

Il termina la guerre de 1941-1945 à la masse de 32 tonnes. 

Il fut le meilleur char du monde au moins jusqu'en 1953.



T 34 à canon de76 mm partants au combat en sortie d'usine- RIA Novosti


Le T 34 utilisait des blindages très inclinés comme nous l'avions fait avec le char léger FCM 36 en France. 




FCM 1936 (dans le Field Manual 30-42 de l'US Army). La photographie du char 30024 du 1/503e RCC de Versailles a été prise à Paris, sans doute le 14 juillet 1938 ou en 1939, pour la fête de Sainte Jeanne d'Arc de 1938.



Hélas, ce petit char, comme ses cousins, souffrait hélas du très ridicule canon de 37 mm bien trop court, qui lançait à 367 m/s son obus de 550 grammes, obligeant des attaques à moins de 500 m !

Motorisé en Diesel par Berliet, ce FCM avait une bonne autonomie normale de 250 km et une vitesse de 24 km/h.

Mais, au début de la Seconde guerre mondiale, la France ne rêvait que des chars B1 conçus pour faire plaisir au Général Estienne. 


Le char B1 bis est un char dual, puisqu'il possède 2 canons. A l'avant, un 75 mm court fixe est capable de massacrer l'ennemi dans ses tranchées. Dans la tourelle, le canon de 47 mm sert au combat entre chars
Ici, l
e B1 bis ''Toulal'' (# 382) reconstitué en mémoire de celui ayant combattu lors de la bataille de Stonne en mai 1940. In Wikipédia.fr


Le B 1 d'origine, de 28 tonnes,
 avait un blindage initial de 45 mm, il roulait à 32 km/h et avait 180 km d'autonomie. C'était donc un char puissant et ceux qui furent employés au combat furent efficaces.

On avait mis un 47 mm dans la tourelle et le 75 mm en casemate. 

Cette conception, valable sur un navire de guerre, est aberrante sur un char puisqu'elle divise par deux le nombre de chars, donc le nombre de tirs lancés simultanément contre l'ennemi.

Son système de conduite Naeder, bien trop sophistiqué, engendra de nombreuses pannes, liées en général à des fuites d'huiles de ricin jamais résolues ! 

On a évoqué ces fuites à de réservoirs d'huile en bronze poreux, ce qui fait hurler de rire ceux de mes amis qui coulent du bronze !!!

Mais ce char allait devenir une monstruosité : Un quidam super galonné découvrit l'existence des canons antichars Allemands de 37 m

Paniqué, il a exigé un blindage  porté à 60 mm, lançant ainsi la construction du B 1 bis de 31.5 tonnes. 

On projetait même un B 1 ter encore plus blindé, plus lourd et plus puissant !

Cela freina considérablement la production de ces chars qui, en conséquence, ne dépassa jamais les 400 exemplaires.

Alourdi, ce char devint poussif (Vmax 28 km/h), son autonomie se dégradait fortement (6 heures).

Le canon de 75 mm, à azimut bloqué (signature du général Estienne !), est long de 17 calibres. J'ai lu une V0 de 240 m/s, bien trop faible.

Il a donc une vitesse à la bouche très inférieure à celle du 75 mm de la Grande Guerre (long de 36.6 calibres, V0 585 m/s)!

Le canon de 47 mm en tourelle, efficace à 1 000 m, était long de 32 calibres.  

Il fallait 30 secondes à la tourelle pour faire un 360° (sur le Pz IV, 15" suffisaient !).

Le réservoir contenait quand même 400 litres... Beaucoup de ces chars furent abandonnés en panne de carburant  :  Il n'existait aucun engin capable de le remorquer !


Il existe cependant  un très haut fait d'armes de ce char lors de la bataille de Stonne, le 16 Mai 1940. 

Commandé par le lieutenant Pierre Billotte, un B1 bis a détruit 13 puissants chars (Pz IV et Pz III) et 2 batteries antichars ennemis en quelques minutes.

 Ces hommes étaient très entrainés et depuis longtemps !

De Gaulle avait bien sa 4ème DCR, mais cette division, crée seulement  le 10 Mai 1940  (!), au tout début de l'offensive Allemande, n'avait eu qu'une semaine de préparation avant de livrer la bataille de Montcornet le 17 Mai !

On n'avait donc pas donné à De Gaulle une armée de métier !

Cela signifie que ses hommes avaient eu trop peu de temps pour apprendre à dominer leurs machines 

Je ne reviendrais pas sur les remarquables attaques menées cependant par le général De Gaulle et tous ses hommes (décrites in De Gaulle, Mémoires de Guerre, V. 1 : L'Appel). 



L'autre char important du côté Français fut le char Somua S 35, un char de 20 tonnes, capable de 40 km/h (++) sur route et d'une autonomie de 260 km.

Il était équipé d'une tourelle identique à celle du B1 / B1 bis et armée du 47 mm de 33 calibres efficace à près de 1 000 m.

Construit par Schneider, mais seulement en 400 exemplaires, ce char se révéla solide et puissant.

Le général Lafontaine accepta de transiger avec Gamelin, et au lieu d'avoir trois DLM équipées de 4 brigades homogènes toutes sur S 35, on a livré à chacune 2 brigades de S 35 et 2 brigades équipé de chars Hotchkiss 35 qui étaient instables mais qui  étaient théoriquement plus rapides que le Renault R 35 (28 km/h au lieu de 20 km/h)

A cause de leurs canons trop courts, la puissance de feu des H 35 n'était plus du tout au niveau, ces chars furent incapable de jouer leur rôle !


On reprocha au R 35 une infériorité en agilité dans des zones humides, mais c'était un cas particulier et très minoritaire. Je ne crois certainement pas que les Hotchkiss aient été meilleurs, bien au contraire.

Les chenilles du R 35 avaient une largeur de 32 cm, bien adaptée pour un char de 11 tonnes (à comparer avec les 36 cm du Pz III, de 20 tonnes !).

Par contre, son blindage était excellent (jusqu'à 45 mm). 



Renault 35


Un militaire connu des années 1940 disait qu'il l'avait piloté plus tard au Maroc et qu'il l'avait trouvé particulièrement facile à piloter et très maniable.



Renault R 40 (avec canon SA 38, efficace à 800 m) Il arriva trop tard ! On voit ici l'emploi de chenilles copiées sur celles du B1 Bis, d'où une vitesse réduite !



L'armée Britannique avait en France une seule division blindée (~ 250 chars) dont environ 50 chars étaient  presque modernes (Cruiser et Matilda II). 

Les 200 autres étaient constitués uniquement de chars légers Vickers Mk VI dont le blindage maximum atteignait juste 14 mm, et qui était très instables (suspension très médiocre) - Ces chars auraient été bien adaptés pour exploiter une percée (= poursuivre l'ennemi en déroute)

Ils essayèrent d'exister vers Arras, mais ce furent des Somua S 35 Français qui les sauvèrent !



Le général Gamelin, particulièrement obtus face à De Gaulle, préféra employer ses 7 divisions blindées  (3 DLM + 4 DCR) en ordre totalement dispersé, sans aucune couverture aérienne digne de ce nom et avec une artillerie ni assez puissante n'y assez mobile.

Le résultat fut ce qu'il devait être...

Chacune de nos grandes unités travailla seule, sans concertation avec les autres, d'où notre terrible défaite !

Ce résultat fit très plaisir à notre ennemi Heinz Guderian et à son chef suprême Adolf Hitler !

Ce mauvais exemple joua un rôle important sur les ingénieurs Russes qui sortirent leur char T 34 en grande série en un temps record.  

C'est ce qui a permis au Général Joukov, en Décembre 1941, de bloquer l'armée de Guderian à 30 km de Moscou.




Les Allemands entrèrent en Seconde Guerre Mondiale avec 4 modèles de chars. 

L'idée de base était de fabriquer des engins facile à produire, donc bon marchés.

Cela les entraina à négliger les blindages inclinés, ce qui finira par devenir un handicap total, parce qu'ils devront augmenter l'épaisseur du blindage, donc la masse totale de leurs gros chars.


Le Panzer l est une automitrailleuse  armée de 2 mitrailleuses légères (~ 8 mm). Il est animé par un moteur de 59 Cv. Il a une masse de 5 400 kg.
  • Cet engin peu armé, peu blindé, donc léger, va vite (50 km/h sur route). 
  • Sa tourelle est monoplace avec 2 mitrailleuses de 7.9 mm, ce qui explique que l'équipage soit réduit à 2 hommes.



Le Pz I,  Ausf. A Deutsches Panzermuseum Munster 

  • Il est aussi discret donc il peut faire très mal lorsqu'il arrive en nombre sur de l'infanterie ennemie.
  • Par contre, son faible blindage  (13 mm max) le rend vite inadapté face à des armes moyennement puissantes (mitrailleuses lourdes de 12.7 ou de13.2).
  • Il a été construit en plus de 1 600 exemplaires entre 1934 et 1937.
  • Il ne peut rien contre ses homologues Alliés. Mais il détruit nos hommes et nos chevaux.



Le Panzer II est plus puissant, nettement plus sophistiqué, mieux protégé et mieux armé. Il a un équipage de 3 hommes.

  • La tourelle porte un canon de 20 mm et elle est servie par 2 hommes : le chef de char et le tireur.
  • le blindage varie de 15 à 30 mm.
  • Le moteur de 140 Cv permet une vitesse de 55 km/h.
  • La masse totale est inférieure à 9 tonnes.



Pz II, Ausf. C - Musée des Blindés - Saumur


Ce char est très efficace contre l'infanterie et les canons antichars alliés.     
Par contre, dès la campagne de France, il est très insuffisant contre les chars Français, y compris contre les légers Renault R 35 et les Hotchkiss H 35 ou H 39.
  • Il a été produit en plus de 1 800 exemplaires de 1935 à 1943.
  • Il a servi à expérimenter les roues alternées et décalées qu'il a gardées et qui ont été essentielles pour les Tigres et les Panther.





Le Panzer III fut le char des premières victoires Allemandes.
  • Sa masse est au moins double de celle du Pz. II (~ 20 tonnes). Il est rapidement blindé à 30 mm.
  •  Le canon est bien plus puissant que celui du Pz. II, même si ce canon de 37 mm n'a jamais été accepté par le Général Guderian qui voulait d'emblée un 50 mm de 60 calibres. !
  • Il avance à 40 km/h sur route et 20 km/h en tout terrain.
  • Il en est sorti une centaine en 1939. Au total, il fut construit à plus de 5 000 exemplaires.


Pz. III. Ausf. F., musée des blindés de Saumur



Le grand avantage de ce char pendant la Bataille de France de 1940 ne résida pas (cela, comme cela fut dit parfois) dans "le faible blindage de nos chars légers" Hotchkiss 35 ou 39 et Renault 35 qui avoisinait ou dépassait 45 mm. 

Mais, plus rapide qu'eux, il bénéficiait, surtout, d'un canon plus moderne et portant à la fois plus loin et bien plus puissamment que le 37 mm SA 18 que nos généraux avaient accepté stupidement  et dont la porté n'excédait pas 400 m !!!

{Nous, Français, plus tard, nous nous contentâmes de sortir un 37 mm SA 38 de 34 calibres (V0 de 705 m/s), un an trop tard.}


Le Pz. III avait parfaitement bénéficié de la proximité de son artillerie de soutien, de la permanence de son observation aérienne et du soutien de la Luftwaffe. 

En 1941, face à l'Armée Rouge, les choses semblèrent très semblables à cause de l'effet de surprise obtenu.

Face au vrai froid et à la neige, ses chenilles de 36 cm de large furent très insuffisantes.

Heureusement, les états-majors Russes avaient analysé toutes les méthodes Germaniques. 

Les rencontres avec les blindés soviétiques devinrent bien moins drôles avec l'augmentation de fréquence de celles impliquant des T 34 ou, pire, des KV 120 qui résistaient même aux coups du canon de 88 mm.

Après la fin de l'offensive sur Moscou, le Pz. III allait voir son rôle diminuer et dû passer rapidement à des zones "faciles".







Le Panzer IV paraissait, initialement, comme l'aboutissement de cette famille de chars. 

Il passait les 20 tonnes dès la première variante qui entra en guerre (Ausf. C).

Il a une longueur de près de 6 m, une largeur de 2.88 m et une hauteur de 2.68 m.

Trois hommes occupaient la tourelle ce qui donne un équipage total de 5 hommes, et permet des réactions très rapides. 

Cette pièce tourne sur elle-même en 15 secondes (avec un moteur de moto).



Pz IV 


  • Son atout principal était  son canon de 75 mm de 24 calibres qui ne perce les chars Français qu'à condition de s'en approcher à moins de 500 m.
  • Lui-même est initialement blindé à 30 mm.
  • Son autonomie est de 200 km sur route et de 130 km en tout terrain.
  • Ce char est engagé sur le front en Mai 1940 et en 278 exemplaires (11% des 2500  chars Allemands entrés dans le Bataille de France), il eut un rôle décisif, même s'il y connut de lourdes pertes (97 détruits, soit 35%  du total engagé). 
  • Son canon de 24 calibres (V0 = 450 m/s, perforant 35 mm à 1 000 m) sera remplacé  par un 75 mm de 43 calibres (V0 = 740 m/s perforant 82 mm à 1 000 m)  puis par un autre de 48 calibres (V0 = 800 m/s perforant 87 mm à 1 000 m).

L'entrée de la Wehrmacht dans son premier hiver Russe mit en évidence l'inadaptation des chenilles étroites de tous ses chars. 

Ce fut le syndrome de Napoléon, aggravé par le fait que tout le monde savait depuis un siècle ce que les hommes de Napoléon y avaient souffert.




Je ne dirais rien du Panzer VI "Panther" parce que ce char de 44 tonnes, censé remplacer le Pz. IV, a été raté, parce que mal conçu et mal réalisé.





Je "préfère" évoquer le Panzer VI, baptisé "Tiger I", qui a connu une carrière importante et qui a terrorisé les équipages Alliés lorsqu'il a été employé de manière opportune.

Le Tigre 1 apparait comme un Panzer IV agrandi, équipé du meilleur canon antichar du IIIème Reich : Le 88 mm L 56 de DCA.

Ce char est long de 6.31 m, large de 3.54 m et haut de 3 m.  

Les désirs d'Hitler ont abouti à un excès de masse de près de 10 tonnes : Cette grosse bête pesait 57 tonnes.

Il en fut construits plus de 1350.




Char Tigre 1 dans le Nord de la France



Son moteur Maybach HL 210/HL 230 de 12 cylindre en V de 23 litres de cylindrée donnait 700 Cv à 3 000 t/min et 650 Cv au régime économique (!) de 2 800 t/min.

Il assure une vitesse de pointe qui varie suivant les sources de 45 km/h à 38 km/h, voire 30 km/h sur route, contre 20 / 25 km/h en tout terrain.

Les chenilles ont désormais une largeur de 72 cm, ce qui permet d'avancer sur des terrains enneigés..

Le réservoir contient 540 l.

L'énorme consommation du moteur ne lui permet qu'une autonomie de 100 km. 

{Soit dit entre vous et moi, je suis surpris que ce moteur de 700 Cv consomme plus que nos Hispano - Suiza 12 X de 27 litres de cylindrée.}

Le blindage frontal de 100 mm est le plus souvent vertical, ce qui n'est pas pertinent.

Quand ce char apparait, à l'Eté 1942, il est invincible !

Par contre, vu sa taille, le Tigre est facile à détecter. 

En plus, il est très difficile à remorquer, ce qui va doubler ses pertes, par abandon des chars en manque de carburant
(J'ajouterai sur ce point que cela définit aussi un manque d'anticipation du problème, dont nous avions nous-même souffert dès Mai 1940.)

Cela signifie que, pour obtenir une "invincibilité" sur le terrain, le Tigre de 1943 a souffert du même syndrome que notre B1 de 1940. 

Bien employé, le Tigre est excellent. Mais la cavalerie lourde Allemande a perdu beaucoup d'excellents équipages dont les compétences ont disparues.

La bonne méthode consistait à pousser les unités Alliées à entrer dans une zone éloignée où leurs blindés étaient destructibles à 2 000 m.

Mais, alors, l'aviation Allemande ne maitrisait plus l'air !

On constate que les Allemands ont conservé simultanément tous leurs gros chars.

Ils ont trop investi dans leur Panther et le Tigre II.

Oui, le Sherman Américain a dominé le Tigre, mais il a été fabriqué en 60 000 exemplaires : C'est juste la confirmation de la théorie de Lanchester.

Le Tigre II, de 70 tonnes, fut incapable de permettre le rétablissement stratégique espéré parce qu'il multipliait les problèmes !!! 


Mon regretJ'ai déjà exprimé ma rage de voir la France conserver les B1 bis paralytiques.

Louis Renault avait pourtant montré en 1936 son Char G1 Renault.

 A l'hiver de cette même année, il refuse  un char à 2 canons (donc dual) pour en venir à un char équipé d'un 75 mm de 29 calibres, blindé à 60 mm en moyenne.

Il propose un système de doubles chenilles dont la largeur totale devait tangenter les 0.60 m. 

Les soi-disant "experts" ne croyaient pas à ce montage, mais il suffisait de placer 4 roues d'entrainement sur chacune d'entre elles pour que cela tienne parfaitement (décalées ou pas).

L'engin devait avoir une masse proche de 28 à 30 tonnes.

La longueur de l'engin devait s'approcher de 6 mètres, sa largeur étant d'environ 3 m et la hauteur devait être de l'ordre de 2.50 m.


Avec 400 Cv, une vitesse de 40 km/h était possible. 

Hélas, aucun de nos membres des commissions ne vit l'avance prodigieuse de ce char qui préfigurait les Chars T 62 soviétiques de 20 années ! 

1 000 de ces chars auraient détruit toutes les divisions blindées de Guderian.



Char G1 Renault que j'ai copié sur l'excellent site "chars français" pour comprendre  ce que nous avons loupé

 



On a traîné Louis Renault dans la boue pour pouvoir lui voler son empire industriel !
 
Mais qui a bloqué nos capacités de défense ? 

Certainement pas lui, en tout cas.


lundi 19 mai 2025

FW 190, un second fer au feu ? (révisé / augmenté le 25 Juin 2025)



Sources (W. Green : Fighters vol I ;  Famous Fighters of the second World War ; 
               W. Green & G. Swanborough : The complete book of Fighters ;
               P. Clostermann : Le Grand Cirque 2000 ;
               R. Sauvage : Un du Normandie-Niemen ;
               En. Wikipedia, De Wikipedia, Fr. Wikipedia, It. Wikipedia : 
               articles sur le BMW 132, le BMW 139, le BMW 801, sur le Focke-Wulf 159 et 
               sur le Focke-Wulf  190) 


L'apparition brillante, donc meurtrière (en Juin 1941), du chasseur Focke-Wulf 190 dans les cieux Français et Britanniques fut une très mauvaise nouvelle pour la RAF : Ce chasseur était rapide, très manœuvrant, volait plus loin, il était plutôt bien armé et vraiment solide !

Déjà que le Messerschmitt 109 F était bien meilleur que le Bf 109 E7 de la Bataille d'Angleterre, cela n'augurait pas la moindre facilité pour la RAF dans un avenir proche.


Pourtant, en 1935, la société Focke-Wulf avait présenté le projet de chasseur le moins original de toute sa génération (à part le Gloster Gladiator), le FW 159 conçu par l'ingénieur Rudolf Blaser

Il avait été construit à dessein, pour disposer d'un avion très classique au cas où les nouveaux chasseurs réellement aérodynamiques (donc très rapides) se seraient montrés trop difficiles à dominer pour les pilotes. 

C'était un avion à voilure parasol de plus de 20 m² de surface alaire, assez comparable au Nieuport-Delage 122 de 1932, mais 10 à 15 km/h plus rapide.

{J'imagine qu'un raisonnement similaire avait poussé les Britanniques à commander le Gladiator puis le Hurricane. 

Voilà qui démontre que ce Focke-Wulf avait parfaitement désinformé (donc endormi) le Royaume Uni puis la France.

Nous avons encore tendance, ~ 90 ans après la catastrophe du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, à maintenir un voile pudique sur le fait que les Britanniques crurent que le Gloster Gladiator règlerait leur problème. 

Ce premier chasseur à avoir atterri en France en 1939, est reparti la queue basse sans avoir accompli aucun exploit en champ de bataille (à ma connaissance, il n'a pas été abattu chez nous). 

Les Anglais lancèrent une année plus tard le Hawker Hurricane et décidèrent que leur efficace Supermarine Spitfire ne sortirait qu'au cas où les deux premiers seraient en difficulté, ce qui, malheureusement, arriva très vite

Notre choix du Morane 405/406 avait juste été la copie servile du comportement Britannique.}


En Allemagne, le Bf 109 ayant démontré d'emblée sa grande supériorité, l'hypothèse négative fut rejetée par la Luftwaffe

J'imagine, en outre, que les très médiocres performances (430 km/h) du Bf 110 motorisé par une paire de Jumo 210 de 700 Cv avait créé quelques doutes quant aux capacités du bimoteur Bavarois à jouer son rôle de prédateur loin de chez lui. 

{Cela n'empêcha pourtant pas la production du Bf 110 avec de moteurs DB 601 qui auraient été plus utiles sur le Dornier 17 de bombardement.

Si on réfléchit un peu, la seule réelle capacité intéressante de cet avion, en dehors de la Chasse de Nuit, était le bombardement puisqu'il pouvait livrer 1 200 kg de bombes à partir de la version E.}



Un nouveau concours fut lancé en 1937 pour des chasseurs "complémentaires", aptes à épauler le Messerschmitt Bf 109, histoire de disposer d'un second fer au feu.

Pendant une réunion, en 1938, l'ingénieur en chef de Focke-Wulf, Mr. Kurt Tank, fut très surpris de voir que le général Ernst Udet, face à deux projets de chasseurs Focke-Wulf motorisés de façon différente, sélectionna celui qui avait un moteur en étoile à refroidissement par air.

Certes, en cas d'attaque frontal par un chasseur ennemi, ce type de motorisation rendrait le nouveau chasseur difficile à descendre par un chasseur ennemi l'attaquant de face. C'était donc, en soi, une très bonne idée.

Du coup, les exigences de performances allaient être plus difficiles à tenir, au moins dans un premier temps : De nombreuses heures de soufflerie allaient être indispensables pour caréner suffisamment ce volumineux moteur pour que son S*Cx devienne acceptable.


Esprit du projet

Le travail, débuté à la mi-1938, fut rapide puisque le prototype du Focke-Wulf 190 commença  ses essais juste 10 mois plus tard.

La conception de cet avion ne visait pas juste obtenir une bonne manœuvrabilité ou des performances exceptionnelles.

Pour la première fois, à ma connaissance, de nombreuses préoccupations ergonomiques apparaissaient dans un projet d'avion de chasse.

  • La fiabilité de l'appareil, histoire de ne pas perdre de précieux pilotes à cause de simples pannes
  • Facilité d'emploi, y compris sur la capacité d'employer des pistes de décollage de mauvaises qualités.
  • Confort du pilote, pour qu'il garde en permanence la meilleure agilité intellectuelle.
Tous ces points furent analysés très sérieusement.  

L'ingénieur Tank avait compris qu'un pilote de chasse est et sera toujours soumis à des stress extrêmement puissants sur tous les plans et il fut un des premiers à penser que le pilote devait avoir une confiance absolue dans son matériel, ce qui, par exemple, ne fut certainement jamais le cas pour les pilotes de Me 262.


Premiers vols

Le vol initial se situe le 1er Juin 1939.

Il démontra tout de suite que la conception de ce nouveau chasseur était saine et, en fait, particulièrement brillante.

Le FW 190 V1 (V1 = Versucht 1 = essai 1 = prototype 01) avait une longueur de 8.73 m et une envergure de 9.50 m. 

Les ailes avaient une surface totale de 14.8 m², de peu inférieure à celles du Nieuport 161. 

La masse au décollage était d’environ 2 752 kg (charge alaire = 186 kg/m²).

Le moteur radial BMW 139 était un 14 cylindres en double étoile de 41.2 litres de cylindrée dont le diamètre ne dépassait pas 1.29 m.

L’hélice avait un diamètre de 3.46 m.

Le moteur radial BMW 139 développait 1530 Cv et pesait 852 Kg à sec. 

{Vous trouverez aussi une référence à 1 800 kg pour la masse au décollage (3 968 lb), par exemple chez William Green, dans ses productions de 1960.

Malheureusement, une masse aussi faible est incompatible avec la seule masse à sec du moteur BMW 139, surtout si l'on compare le FW 190 V1 à des chasseurs légers de 1 800 kg  comme le Caudron 714 de 450 Cv et le Bloch 700 de 700 Cv. dont les moteurs, également refroidis par air, ne pesaient que de 400 à 440 kg}

.

La canopée transparente de l’habitacle du FW 190 assurait une visibilité sur 360°, comme sur notre Nieuport 161 (mais avec une meilleure définition sur les côtés).

Pour diminuer au maximum la traînée du nouvel avion, la casserole d’hélice était considérablement plus grande que d'habitude, mais l’entrée centrale de cette pièce n'était peut-être pas suffisamment bien dessinée.

En tous cas, c'est un des arguments avancés de nos jours pour expliquer les surchauffes observées par temps estival (environ 50° mesurés au niveau des pieds du pilote). 

On verra un peu plus loin que la solution réelle à cette surchauffe, trouvée quelques mois plus tard, ne conforte pas vraiment cette hypothèse.



Focke-Wulf  190 V1 - Würger (= Pie Grièche). Un joli profil.


Après 5 vols "constructeur" très satisfaisants, l'avion fut envoyé à Rechlin pour les essais officiels.

Là, il enthousiasma tous les pilotes pour ses exceptionnelles qualités de vol, dont une superbe maniabilité. 

Les performances étaient exceptionnelles.

En plus, sa vitesse dépassait les 610 km/h (De. Wikipedia - Avril 2025), performance associée à un taux de roulis inégalé, jusque-là, de 162° / seconde à 420 km/h.

  • Sur ce point, il faut se souvenir qu'une taux de roulis de 162° / seconde signifie que, après une seule seconde de mise en rotation-roulis, votre avion peut entrer directement dans un virage à environ 4 G
  • Un Spitfire Mk 1 de 1940 - volant en descente à 640 km/h (400 mph) - devait attendre 4 secondes pleines pour obtenir une capacité de roulis de seulement 45° (donc un virage bien moins serré, avec un facteur de charge total = 1.414, donc de 0.4 G). 
    • Cela explique pourquoi les pilotes d'essais Britanniques trouvèrent le FW 190 plus manœuvrant que leurs Spitfire V flambants neufs.
      • Pour améliorer la maniabilité latérale de ces chasseurs Britanniques, on en arriva à couper les 2 apex de leur voilure.                                                         


Au mois d’Octobre 1939, le prototype V 2 sortit avec un carénage moteur moins sophistiqué mais annoncé plus efficace (?) sur le plan thermique. 

Enfin, il était armé de 2 mitrailleuses lourdes de 13 mm et de 2 mitrailleuses de 7.92 mm. Du coup, sa masse était augmentée de 200 kg. 

L’histoire ne le dit pas, mais il est vraisemblable que, du fait de son augmentation de masse comme par l'intrusion des orifices de ses armes sur sa surface, l’avion ait perdu de 10 à 20 km/h en vitesse de pointe.

{Telle qu'elle était au début de l'hiver 1939-1940, cette version de l'avion aurait déjà permis à l'Allemagne de disposer d'un chasseur apte à agir en profondeur du dispositif de couverture aérienne Alliée, en particulier pendant la bataille d'Angleterre.

Heureusement, il n'en fut rien.}


Evolution de la motorisation

Pendant que l'avion progressait dans l'exploration de ses capacités de vol, les ingénieurs de BMW s'activaient sur leur moteur 139

Il faut dire que, sur notre planète, de nombreux concurrents développaient des moteurs donnant aussi des puissances de l'ordre de 1 500 Cv vers 1940. 

  • les Anglais sortaient leur Bristol Hercules (1600 Cv), 
  • les Français faisaient voler leur Gnome & Rhône 14 R Météore à bord du Loire LN 10 (1400 Cv puis 1580 Cv, mais avec une altitude de rétablissement nettement supérieure), 
  • les USA faisaient la même chose avec leur P&W 2000 Double Wasp et avec son concurrent Wright 1600 Twin Cyclone


Le refroidissement du moteur BMW 139 était aidé par un ventilateur additionnel, qui s'avéra fondamental pour la survie du moteur et fut donc transféré à son descendant.

 {les gens biens appellent cet objet turbine, c'est un élément essentiel - pour les mêmes fonctions - au service des moteurs d'automobiles qui sont des millions de fois plus nombreuses}

En fait, la trop faible distance entre le moteur et le pilote entraînait toujours des températures élevées !

Les Allemands décidèrent donc de simplifier le moteur BMW 139 et de le modifier très fortement. 

Cette nouvelle version fut alors désignée BMW 801



le ventilateur est noir. Il est porté par l'arbre-moteur de ce BMW 801. La finesse des ailettes est bien perceptible.


Plus lourd de 160 kg que le BMW , il était long de plus de 2 mètres.

Cela imposa de nombreux renforcements structurels

Une des plus importantes améliorations introduites dans ce nouveau moteur était sa centrale de contrôle automatique entièrement analogique (l'Informatique n'existait pas encore)

Elle avait été conçue par l'ingénieur Heinrich Leibach.

Elle réglait automatiquement le calage de l'allumage, la position du papillon des gaz, le rapport de suralimentation, la quantité d'injection de l'injection directe d'essence et même le réglage de l'hélice, ce qui réduisait le nombre des erreurs possibles liées à la fatigue des pilotes. 

{Ernst Udet avait lui aussi automatisé la procédure de sortie de piqué des Junkers 87 Stuka, qui fut, aussi, une énorme réussite.

Cela faisait partie d'un élan vers la Cybernétique, qui visait à faciliter le travail dans tous les domaines possible en automatisant certaines étapes par association de fonctions analogiques. 

Cela ne marcha pas trop bien avec les V1, mais cela permit les premières torpilles auto-guidées lancée par des sous-marins.}


L'excès de chaleur du moteur BMW  801 (auquel on aurait dû s'attendre vu qu'il développait 50 % de puissance en plus par rapport aux meilleurs moteurs contemporains) fut éliminé par un simple déplacement du pilote vers l'arrière


On pourrait croire que si cette mesure avait déjà été prise dès le FW 190 V1, le changement de moteur n’aurait peut être pas été nécessaire. 

Mais il fallut encore une nouvelle modification du BMW 801 pour que les cylindres arrières cessent de maintenir l'excès de chaleur dans les cylindres avants.

Les ailettes de refroidissement très fines permettaient au vent de la vitesse d'éliminer les calories produites par chacun des 7 cylindres de l'étoile antérieure

Ces ailettes, séparées verticalement de quelques millimètres, étaient physiquement solidaires des autres ailettes du même cylindre au point de créer un véritable bord d'attaque thermique.

Ainsi, le flux des calories éliminées depuis un cylindre de l'étoile antérieure partaient dans l'espace libre séparant les deux cylindres immédiatement postérieure sans les réchauffer exagérément.


Malgré tous ces résultats, on se rendit compte que le FW 190 à moteur 801 serait incapable de rivaliser à haute altitude avec le Bf 109 F jusqu’à la sortie (bien trop tardive) des brillants FW 190 D9 (ou Dora) (à moteur en ligne) qui exigeaient un tout autre moteur, ou, plutôt, un tout autre compresseur.

Le passage au moteur 801 avait augmenté considérablement la masse du chasseur, ce qui entraîna des conséquences lourdes, à tous les sens de ce mot. 

  • Il fallut augmenter la surface de voilure de 3.5 m² pour récupérer de la maniabilité, 
  • On renforça les attaches de la voilure au fuselage, et on augmenta la taille des réservoirs (voir la représentation ci-dessous), 
  • On renforça l'armement de manière de plus en plus importante,
  • Puis on renforça le train d'atterrissage pour qu'il supporte une chute à 5 m/s, etc.
Tout cela se traduisit par une prise de poids non négligeable. 

L'avion était devenu une "bête de somme" solide et puissante dont les Alliés avaient beaucoup de mal à triompher.


section longitudinale d'un FW 190



Une caractéristique rarement soulignée du chasseur Focke-Wulf 190 était son assiette à piquer lorsqu'il était en vol horizontal. 

Ceci donnait au pilote une excellent vue de la situation tactique devant lui.


Focke-Wulf 190 A4 du Lieutenant Hanning au Printemps 1943, en France occupée.
Cette image montre bien l'assiette descendante évoquée ci-dessus.
Les ailes de l'aigle suivent l'horizontale 



Opérationnel

Lorsque les pilotes du front et les chefs des unités opérationnelles eurent découvert cet avion, ils se rendirent compte de l'énorme étendue de ses qualités.

Donc, ils pouvaient l'employer pour quantités de fonctions jusqu'alors peu ou mal remplies.

Déjà, ce chasseur avait une autonomie de près de 850 km. Cela lui assurait un rayon d'action de l'ordre de 350 km sur ses seules réserves internes. Le Bf 109 F ne pouvait pas dépasser 200 km.

Le FW 190 pouvait escorter des bombardiers plus loin et sa résistance aux coups augmentait sa probabilité de survie.


Chasseur Nocturne

Parmi la trentaine de rôles que le FW 190 fut amené à jouer, l'un d'entre eux fut très inattendu pour un chasseur monomoteur.

L'idée vint du colonel Hajo Herrmann de la Luftwaffe qui créa la méthode dite "du Sanglier" (Wild Sau) pour lutter contre les grands raids de bombardements nocturnes Alliés.

L'idée consistait à limiter très précisément le plafond des tirs de la Flak. 

De cette manière, de "simples" monomoteurs monoplaces pouvaient s'apporcher au-dessus du flot des bombardiers Alliés sans être repérés.

Les FW 190 disponibles montaient au-dessus de la mêlée et n'avaient plus qu'à choisir leurs proies qui se détachaient en sombre sur un environnement bien plus lumineux.

Les équipages Alliés ne regardaient pas le ciel (totalement obscur) et ne surveillaient que l'hémisphère le plus lumineux.

Ils n'avaient presqu'aucune chance de repérer les chasseurs Allemands en train de piquer pour les attaquer.

Cette tactique d'attaque permettait d'employer de nuit des chasseurs monomoteurs totalement dépourvus de radar !


Pendant les presque quatre années qui suivirent la bataille d'Angleterre, les pertes en hommes du Bomber Command (donc essentiellement de nuit) se montèrent à 48 456 hommes tués (soit une moyenne de 6 000 tué par semestre) et plus de 10 510 blessés. 

Cela représente 6 divisions totalement anéanties.

De Juillet 1942 à Mai 1945, 2 278 bombardiers de la RAFfurent abattus par la Chasse Allemande.

Pour la VIIIème Air Force des USA, les pertes lors de ses raids au-dessus de l'Allemagne se montèrent officiellement à 18 426 avions de combat (dont une grande partie furent des bombardiers non escortés ou escortés par des bimoteurs d'escorte P 38 Lightning totalement inadaptés).

Les "sangliers" et les "béliers" de la Luftwaffe avaient donc joué très sérieusement leur rôle.



Evolutions des FW 190


Les 30 modèles de FW 190 créés par l'équipe de Kurt Tank constituent un tableau très impressionnant. 

D'une année sur l'autre, pour des missions identiques, on corrige l'avion pour augmenter son espérance de vie ou son impact sur l'ennemi. Un sous-type nouveau apparaît alors.

La liste des types et sous-types comprend

A0 de Novembre 1940. 28 exemplaires expérimentaux armés de 6 mitrailleuses MG 17 : Un coup pour rien.

A1 de Juin 1941 : L'armement remplace les 2 mitrailleuses d'ailes pour 2 canons de 20 mm MG FF.

A2 : L'armement d'ailes est renforcé de 2 canons de 20 mm à la places des MG 17 d'emplanture des ailes.

A3 : Le moteur BMW 801 D-2 de 1700 Cv est enfin installé (Septembre 1941). L'armement est celui du A2.

  • A-3 - U1 : moteur avancé de 15 cm.
  • A-3 - U2 : avec lance rocket de 55 mm
  • A-3 - U3 : premier Jabo (chasseur bombardier) avec un lance bombes pour 500 kg de charges.
  • A-3 - U4 : avion de reconnaissance avec 2 RB 12.5 à l'arrière et une EK 16 ciné camera au bord d'attaque de l'aile bâbord..
  • A-3-3a : 72 avions livrés à la Turquie (Automne 1942).


FW 190 A 3 : le FW qui, suite à la désorientation de son pilote, se posa en Angleterre,
apprenant à Mr. Sydney Camm comment il fallait construire un chasseur !!!


L'armement principal était de 2 (médiocres) canons de 20 mm MG-FF (à faible vitesse initiale).
Il avait au décollage une masse de 3 500 kg et volait à 625 km/h à 5 500 m.


A4 : Juillet 1942

Le FW 190 A 4, de l'été 1942, bénéficiait d'un système d'injection d'un mélange Methanol / Wasser (MW 50) qui, pour dix minutes, faisant monter sa puissance de 400 Cv supplémentaires, la vitesse passant à 670 km/h à 6 300m.

  • A-4 - U1 : montage de 2 lance-fusées de 21 cm
  • A-4 - U3 : montage d'un lance bombes. Les canons sont débarqués.
  • A-4 - U4 : prototype d'avion d'assaut
  • A-4 - U7 : Chasseur de haute altitude.
  • A-4 - U8 : Jabo à grand rayon d'action (emmène 2 * 300 l de carburant sous les ailes, les bombes étant sous le fuselage).
  • A-4 - R1 : une radio FuG 16ZY donne la position de l'avion au contrôle au sol pour envoyer les chefs de dispositif aux endroit pertinents. 

A5 : L'avancée du moteur de 15 cm (testée avec le A3-U1 est généralisé pour emporter plus de munitions.

  • A-5 - U2 : Jabo nocturne - 300 l de carburant supplémentaire
  • A-5 - U3 : Jabo allégé (2 canons de 20 mm seulement)
  • A-5 - U4 : Avion de reconnaissance
  • A-5 - U8 : Chasseur de haute altitude.
  • A-5 - U9 : Jabo-Rei pour lancer des bombes de 250 kg sur des cibles très durcies.
  • A-5 - U12 : anti-bombardier à 6 canons de 20 mm.
  • A-5 - U14 : avion torpilleur
  • A-5 - R11 : chasseur nocturne avec un Radar FuG 217 Neptun.

A6  : Amélioration pour pallier les défauts de résistance détectés lors de l'attaque des B 17 US

A7 : Novembre 1943. Les MG 17 sont remplacées par de MG 131 (enfin !).

A8 :  Février 1944 - Amélioration du moteur permettant augmentant la puissance de 1700 à 1980 Cv pour 10 minutes (moyennant 10 minutes de calme avant de recommencer.

  • A-8 - R2 : un canon de 20 mm est remplacé par un MK 108 de 30 mm.
  • A-8 - R4 : Introduction du Booster GM1
  • A-8 - R8 : Avion de reconnaissance

A9 :  Septembre 1944 : Montage du BMW 801 S de 2000 Cv.


Les FW 190 A augmentent, non seulement leurs zones d'opération et l'autonomie désirée pour la chasse, mais aussi en intervenant comme chasseur-bombardiers, qui commenceront par lancer des bombes de 200 kg, qui passeront assez rapidement à 500 kg.

Plus tard, en 1943, et pour contrer les bombardiers B 17s, des missiles lourds WG 21 seront lancés, avec un succès relatif.

Un cas très particulier sera la série des A-5/U15, qui, à la fin  de 1943, sera un torpilleur emportant une torpille LT 950 portée par un planeur et capable de se déplacer ainsi d'au moins 2 500 m. 


Dans le but de donner à ce chasseur une capacité de chasse à très haute altitude, on tenta d'installer un turbo-compresseur dans le FW 190 B. 

En 1942-43, des prototypes volèrent avec un moteur DB 603 et une hélice quadripale pour pouvoir voler au-dessus de 12 000 m. Mais cet avion ne put jamais être mis réellement au point.

Peut-être que cela venait-il d'aciers insuffisamment résistants aux très hautes températures (800°C environ).

Mais cela se révéla sans intérêt dès lors que les FW long nez commencèrent à sortir en série (voir section suivante).



Les série des FW 190 F et G furent celles d'authentiques chasseurs-bombardiers, dont certains furent capables de jouer un rôle efficace dans l'appui au sol, moyennant un blindage efficace qui atteignait environ 350 kg sur le FW 190 F 8, la masse au décollage dépassant alors nettement les 4.5 tonnes.

A 7 000 m d'altitude, ces avions atteignaient en pointe les 630 km/h : Bien que n'étant plus de de vrais chasseurs, ils restaient très dangereux pour des B 17, surtout quand les FW 190- F9 purent leur lancer des missiles R4M !

Certains de ces engins avaient des IFF et des systèmes électroniques tout-temps. 



Les FW 190 à moteur en ligne : FW 190 D et Ta 152


Cette variante fut la dernière version et la plus impressionnante de ce chasseur a avoir été construite en grande série. 

Les premiers essais commencèrent en Mars 1942.

Le chasseur fut lancé très (trop) tardivement et ne fut opérationnel qu'à partir de la fin de Juin 1944. 

Une pleine année avait été perdue (heureusement pour nous)..

De la fin 1943 jusqu'à Avril 1945, les Allemands menaient bien trop de fers au feu : 

  • Construction des gigantesques Tours de Flak et de leurs canons de 128 mm,
  •      "              "      Usines souterraines d'armements,
  •      "              "      Abris pour sous-marins,
  • Chars Tigres et Panthers,
  • Sous-marins XXI et XXIII,
  • Messerschmitt 262
  • fabriquer des missiles V1 (au guidage aléatoire)
                  "     "         "        V2.

Il était déjà trop tard pour le Reich.


Les premiers chasseurs de la série D employaient le moteur DB 603 de 45 litres de cylindrée.

Ces avions se montrèrent très rapides, très manœuvrants et particulièrement dangereux. 

Les récits de Pierre Closterman retraçant ses confrontations avec les FW 190 D 9 montrent à quel point ce pilote exceptionnel eut du mal à survivre face à ce dernier-né du Dr. Kurt Tank, alors même qu'il pilotait de ce que l'Angleterre fabriquait de meilleur à ce moment précis (le Hawker Tempest V - même si je suis sûr que le Spiteful (785 km/h) lui était supérieur, mais cet avion ne fut jamais commandé -).


Fock-Wulf  D 9 : une ligne très fine


Certes, les Dora avaient perdu une partie (probablement faible) de leur taux de roulis (pour des raisons jamais expliquées), mais ils avaient gagné en vitesse de pointe et en capacité de vol à haute altitude, ce qui était le but même de l'opération. 

Leur charge alaire atteignait 233 kg/m².

Le plafond opérationnel atteignait les 12 000 m et la vitesse de pointe "naturelle" (= sans additif dans le carburant) était de 686 km/h à 6 600 m d'altitude. 

En employant le système MW 50 (Méthanol / H2O), on passait à 710 km/h à 11 000 m et pour dix minutes.

La montée à 6 000 m était réalisée en 7 minutes.

Le Fock-Wulf D 9 apportait donc un accès facile à la haute altitude pour la chasse Allemande.

Son armement était de 2 mitrailleuses lourdes MG 131 associées à 4 canons MG 151/20 de 20 mm  commençait à paraître faible par rapport à la resistance des bombardiers quadrimoteurs qui n'était pas à la merci de quelques obus de 20 mm (il en fallait une vingtaine !).

Parmi les victimes des quelques 1 200 Dora qui ont été livrés (voir plus bas les tableaux de production), il y a certainement une bonne partie des quelques 2000 P 51 perdus par la VIIIth Air Force dans la dernière année de guerre en Europe.


Les pilotes soviétiques ne semblent pas avoir spécialement estimé cet avion, mais au moment où les Dora commencèrent à sortir, les Russes volaient déjà sur leurs extraordinaires Yak 3 dont les accélérations et les capacités de manœuvre écrasaient celles de tous les autres avions, y compris celles des Spitfire. Mais le Yak 3 n'était pas orienté haute altitude.

Certains pilotes prétendaient qu'avec les chasseur Bell P 63 livrés par les USA, ils détruisaient les FW 190 d'un seul coup de leur canon M4 de 37 mm.

A ce propos, je rappelle que la cadence de tir de cette arme était de 150 cpm. Il fallait donc toucher du 1er coup. 

Par ailleurs, cet avion, particulièrement instable, avait une forte tendance à déclencher d'authentiques vrilles à plat.

Roger Sauvage - 16 victoires dont 15 en URSS sur Yak 9 et Yak 3 - (dans son livre Un du Normandie-Niemen) se plaint de ne pas arriver à abattre un FW 190 qu'il pensait moins manœuvrant que son Yak 3 !

Par ailleurs, certains pilotes Allemands, questionnés après les combats par des soviétiques, semblent lui avoir préféré les Me 109 K. Certes, la montée à 10 000 m du Kurfürst ne prenait que 6' 42".

Mais, le Messerschmitt 109 avait une "autonomie" inférieure à 580 km alors que celle du FW D 9 dépassait les 835 km (250 km de plus). 

Il est aussi dit que ces pilotes regrettaient, dans les missions anti-B 17, la protection accordée par le moteur BMW 801

Donc, je n'ai pas la moindre preuve que les Dora aient été envoyés combattre sur le front Russe. 

Mais le Ta 152 combattit au dessus de Berlin !



Les Ta 152 H (je ne traite que de la version de Chasse à Haute Altitude, la seule ayant atteint le statut opérationnel) furent la suite logique des FW 190 D, mais le moteur était un Junkers 213-E1. 

Le RLM avait voulu honorer Kurt Tank en lui dédiant ses derniers chasseurs, d'où leur identifiant Ta-X.

Pour réaliser des vols à très haute altitude, Tank avait modifié la voilure (qui passait de 18.80 m² à 23.50 m²).

Le profil d'aile restait le même que celui des autres FW 190, un NACA 23015.3 à l'emplanture et un 23009 à l'apex.

La masse à vide atteignait 3 877 kg et passait à 5 200 kg au décollage.

La charge alaire atteignait 197 kg/m², ce qui rendait le Ta 152 très manœuvrant. 

La longueur de l'avion passait à 10.71 m.

D'emblée, ce chasseur combinait l'emploi des deux systèmes accélérateurs MW 50 et GM 1 (oxyde nitreux, pour accélérer à très haute altitude, donc par très grand froid).

  • Au niveau de la mer et avec MW 50, il pouvait voler jusqu'à 580 km/h, 
  • En altitude et avec le GM 1, il atteignait 760 km/h.

Il montait à 10 000 m en 10' 6", donc 5 minutes plus vite que le Me 262 !

(Quant à lui, le P 51 montait à 9 000 m en 9' 45" : Il montait donc moins bien !)

Le moteur pouvait donner 2 050 Cv avec injection de GM 1, pendant 10 minute, avant de refroidir pendant le même délai avant de pouvoir recommencer.


Les seuls Ta 152 H  servirent essentiellement à l'escorte d'autres chasseurs, notamment dans la défense de Berlin en 1945..

L'armement, en dehors des 2 MG-151 de 20 mm était (très) renforcé par le moteur-canon MK 108 de 30 mm

Cette arme, pesant 58 kg à vide, lançait des obus de 330 gr dont 4 suffisaient pour détruire un B17.

Le défaut de cet arme était une vitesse initiale à peine supérieure à 505 m/s, qui n'assurait pas une grande précision à longue distance.

Par contre, la cadence (650 cpm) était très efficace.


{En comparaison, le MK 103, de même calibre, 2 fois plus long, pesait environ 150 kg.
 
Il lançait à environ 900 m/s des projectiles antichars, en particulier à partir des excellents  Henschel Hs 129 B1

Mais sa cadence de tir (380 cpm) était clairement inférieure.}



maquette-grandeur d'un Ta 152 H : 760 km/h à haute altitude



Les TA 152 ont théoriquement été construits en 160 exemplaires. 

Sur les 43 avions sortis des chaînes, il semble que 16 seulement aient été opérationnels, mais ils se sont réellement battus.


A titre indicatif :

On dispose de données sur 8 combats et 12 revendications de victoires qui sont attribuées à 4 pilotes seulement (information récupérée sur le Wikipédia en Français à la date du 13 Mai 2025) :

  •  : Oberfeldwebel Josef Keil       – 10./JG 301    – un P-51 abattu[11].
  •  : Oberfeldwebel Josef Keil       – Stab./JG 301 – un P-47 abattu[12].
  •  : Oberfeldwebel Willi Reschke – Stab./JG 301 – un Tempest abattu[13].
  •     : Oberfeldwebel Josef Keil       – Stab./JG 301 – deux Yak-9 abattus[14].
  •  : Oberfeldwebel Walter Loos   – Stab./JG 301 – deux Yak-9  abattus[            
  •          "              : Oberfeldwebel Willi Reschke – Stab./JG 301 – deux Yak-9abattus 15].
  •  : Oberfeldwebel Walter Loos    – Stab./JG 301 – un Yak-9 abattu[16].
  •  : Oberfeldwebel Walter Loos    – Stab./JG 301 – un Yak-9 abattu[17


Ces 12 victoires (en 70 jours) sont compensées par 4 pertes (même source) dont deux sont liées à la non maîtrise du pilotage d'un avion très nouveau et les 2 autres sont dues très probablement à la Chasse Alliée.

La revendication de Yak 9 abattus me laisse rêveur, car peu de groupes soviétiques devant gambader au-dessus de Berlin "s'évitaient" de voler sur leur Yak 3. Par contre, les Yak 9 et 3 avaient un air de famille évident.



Production des FW 190

Depuis 1941 jusqu'au 30 Novembre 1944 suivant pour les 22 premières versions

VersionFW GFWArWAGOMMEHWOLBBNDWWFGSumme
A-02828
A-1102102
A-2/A-336020332240952
A-4232160283230905
A-5153ca. 20042ca. 285680
A-6300337410201.067
A-7150200270620
A-81.6133181.560311801011074.009
A-8/R11126126
A-8/R2752752
A-975112208215
A-9/R11193193
D-92524173366
B-155
F-1 = A-4/U31818
F-2 = A-5/U3135135270
F-3432432
F-82.0441.3503.394
G-1 = A-4/U8203050
G-2 = A-5/U8476150626
G-3550550
G-8/R5146146
Somme4.6142.0113.6353.145496100101.488715.506
XII 1944
 -
I  1945
6332296763093910027902.517
-->>  I 19455.2472.2404.3113.454887100101.767718.023


Je n'ai pas trouvé le nombre d'heures de travail nécessaire pour fabriquer un FW 190.

La production totale des Fock-Wulf 190 fut donc un peu supérieure à 19 000 avions, ce qui est déjà remarquable.

Mais la grande quantité de versions et la préférence constante accordée au Messerschmitt 109 explique que ce dernier avion ait été construit en plus grande quantité (34 000), et, en plus, sur une durée nettement plus longue.


Livraisons  de Décembre 1944 au 11 Avril 1945  

VersionDecemberJanvierFévrierMars ->> 11 Avril 1945S0mme
A-89241144
A-8 NL332380134846
A-8/R2444347134
A-8/R111818
A-920671299
A-9/R1110350153
D-9218234287165904
D-9/R117641117
D-9 EZ 4228735
D-111313
D-11 EZ 4244
D-1322
A/D2525
Somme820815508215362.394



 

Réflexions désagréables 


Un développement bien trop long

En 1937, le RLM (Reich Luft Ministerium) demande un nouveau chasseur. 

Le chasseur choisi donne aussitôt satisfaction. On le met au point assez vite, à quelques détails près.

Pourtant, on a très vite choisi de changer le moteur BMW 139 pour son descendant direct, le BMW 801. 

Vous avez pu lire ici, plus haut, que ce moteur ne donnait pas l'impression d'être totalement au point.

Ce "merveilleux" moteur du futur, ne sera pas toujours au point avant l'été 1941, un an trop tard (heureusement pour nous). 

Qu'aurait donné la bataille d'Angleterre avec une grande quantité de FW 190 V2 à la place des Bf 109 (de E3 jusqu'à E7) ?

  • Les Spitfire Mk I n'auraient en aucun cas obtenu la supériorité de maniabilité dont ils bénéficièrent face au Bf 109 E, 
  • Bien moins de chasseurs Allemands auraient été abattus, 
  • Le temps d'escorte des bombardiers Allemands aurait été bien plus long, donc beaucoup moins de ces bombardiers eussent été abattus !


Trois ans plus tard, le choix du Messerschmitt 262 à réaction et la priorité qui lui a été accordée ont tué dans l'oeuf le Ta 152, le privant de la concentration de moyens permettant sa sortie à grand débit. 


Etonnement :  L'armement des premiers FW 190 avec rien que de MG 17 est peu différent de celui des chasseurs Britanniques à 8 mitrailleuses. 

C'est seulement fin Octobre 1941 que les canons arrivent !

"Bénéficiant" d'armement puissant plus tard que les Messerschmitt 109, le FW 190  va souvent recevoir des renforcement de blindages. 

Donc, peu à peu, il va s'allourdir, ce qui lui mangera de la capacité de manœuvre et d'accélération.

Cela s'ajoutant à un compresseur inadapté, cet engin remarquablement conçu ne pourra pas remplir facilement sa mission.

J'ai beaucoup lu de plaintes Germaniques sur la méchanceté du Général Mich envers Willy Messerschmitt. Alors, que devrait dire Kurt Tank  ?


Manque de tact

A la Libération, une usine de fabrication de FW 190 fut découverte (à  Cravant) en France. Elle fut  remise en état et ces avions gratuits furent introduit en service. 

Mais d'une part nos administratifs avaient fait fabriquer des FW 190 déjà anciens, donc inutiles (les Ta 152 C eussent été bien plus utiles), et ils furent affectés aux pilotes du Régiment Normandie-Niemen qui avaient combattu sans arrêt ces mêmes avion depuis 1943 !!!



Influences Françaises ?

Vers 1937-1938, Marcel Bloch acheta des pages complètes de publicité pour vanter le chasseur MB 150 en soulignant qu'il était bi-canons. 


B L O C H   1 5 0

Cellule   BI-CANON

*

Les plus hautes performances

*

La meilleure visibilité

*

La plus grande

puissance de feu


      Fac-similé (de ma main) de la publicité de Mr Marcel Bloch dans "les Ailes" en Juin 1938 


Vu la taille des polices de ces messages, il est évident que personne, dans l'univers de l'industrie aéronautique mondiale, ne pouvait oublier que Marcel Bloch (futur Marcel Dassault), fabriquait des chasseurs aptes à porter chacun 2 canons de 20 mm. 

Plus tard, fin juin 1940, les Allemands amenèrent à Bordeaux. la (ou les) caisse(s) contenant le Bloch 157 et son moteur.

C'est justement là que Mr. Kurt Tank effectua la visite de l'usine Bloch-SNCASO (ex-usine Blériot) au début de l'Eté 1940 (le hazard faisait bien les choses !). 


Il y discuta beaucoup avec l'ingénieur Deplante, y apprit que le Bloch 150 avait été très amélioré lorsque cet ingénieur lui eut augmenté sa surface alaire de 2.5 m².

En conséquence, le prototype FW 190 V5 k (qui utilisait la même voilure que le prototype V1) vit sa voilure augmentée, jusqu'à plus de 18.30 m², devenant ainsi le FW 190 V5g (g pour gross grand).

Les qualités de vol devinrent bien meilleures et le chasseur fut commandé en grande série, ce qui déboucha sur les premiers avions opérationnels au Printemps 1941.


Je vous ai parlé du Bloch 157 il y a un certain temps déjà. 

Je me suis posé longtemps la question : Pourquoi les Allemands s'intéressaient- ils à ce Bloch ?

Ma réponse actuelle est en plusieurs parties : 

  • Le moteur G&R 14 R Météore amenait le Bloch 157 très haut grace à son compresseur Farman à 2 étages  (il montait à 8 000 m en 11 minutes !).
  • Ce même moteur pesait alors dans les 820 kg (merci Alain Breton !), rien à voir avec les quelques 1 050 kg du BMW 801. 
    • On gagnait au moins de 200 à 400 kg : Ce n'était vraiment pas négligeable.
  • La "très mauvaise" volonté Française n'a pas permis de faire voler le MB 157 avant 1943. 
    • Mais il est plus probable que la centrale de régulation moteur de BMW aurait disparue comme par enchantement.




Cauchemar :

Imaginons que le moteur G&R 14 R Météore ait été monté sur le FW 190 V5 k dès octobre 1940. Cela aurait éliminé près de 300 kg de charge.

Ce moteur aurait permis à ce chasseur de monter facilement jusqu'à 11 000 m d'altitude (compresseur Farman à 2 étages) et de le faire encore plus vite que les FW 190 opérationnels ont pu le faire avec le moteur BMW 801 de 1050 kg de masse à sec.


Dans ce cas, le FW 190 aurait joué un rôle plus important dans la Chasse Allemande que celui que le BMW 801 lui accorda.

Les soi-disant "légendes" sur le MB 157 peuvent avoir pour origine des officiers Allemands s'énervant sur une coopération manquée (= refusée).

Par ailleurs, je souligne que les Allemands de Focke-Wulf ont tenu compte des discussions avec leurs collègue Français. 

Ainsi cela semble évident si on s'intéresse au cas des réactions de  K. Tank à propos de la surface alaire des Bloch, puis de ses propres avions.

On peut alors se poser la question de savoir si cela n'a pas joué un rôle lorsque nous avons voulu récupérer les ingénieurs de BMW qui ont formé le groupe ATAR.


Accessoirement

La structure du cockpit du FW 190 et de sa canopée, que j'admire depuis très longtemps, suggère que l'ingénieur Kurt Tank avait bien regardé leurs homologues sur le Nieuport 161 et qu'il les a maturé parfaitement.

Par ailleurs, par une coincidence incroyable, la voilure du Ta 152 H présentait le même allongement de 8 que celui du Nieuport 161, dont j'ai souligné l'incroyable capacité ascensionnelle depuis 14 années !