jeudi 21 octobre 2021

Scénario Uchronique : La Guerre de Tchécoslovaquie (1938) (Version 3.475 du 01 III 2026 *** *** *** *** *** )

    


La guerre de Tchécoslovaquie (1938)

Par

 Michel Termier

 

 

Préface

Une uchronie est un exercice intellectuel qui essaye d'évaluer les conséquences sur l'Histoire  qu'aurait pu entrainer la modification de certains faits. 


Un excellent exemple d'uchronie nous vient de Blaise Pascal, lorsqu'il a écrit à peu près ceci : "Le nez de Cléopâtre, eût-il été plus court, la face du monde en eut été changée’’.

Il sous-entendait ainsi que la beauté de cette reine avait ensorcelé successivement deux importants chefs Romains et, parce que le premier des deux, Jules César, en tombant amoureux de cette reine, avait semblé abandonner la République pour la Monarchie, il avait été horriblement assassiné. 
Si César n’avait pas cédé à l’amour de cette jeune reine, il aurait peut-être vécu plus longtemps et mieux fait évoluer Rome. 
Ensuite, Cléopâtre séduisit Marc-Antoine mais celui-ci fut battu par Auguste qui, ayant triomphé de tous ses rivaux, se fit couronner Empereur de Rome. 

Dans mon esprit, l’intérêt d'un tel exercice n’est pas de pleurer sur notre défaite de Juin 1940, qui aurait pu être évitée, mais d'identifier, parmi les comportements de nos dirigeants, ceux qui ont abouti à cette défaite et doivent, de ce fait, être proscrits impérativement et définitivement

En cela, l'uchronie revient à une simulation dont les résultats nous obligent à réfléchir aux conséquences de nos actes, voire de nos inactions.

Je me suis efforcé de rendre la 3ème version de ce texte plus vivante (certains diront romancée) et plus claire.

A la fin de cette uchronie, une postface explique comment j'évalue les victoires aériennes.

  


Empêcher la défaite de Juin 1940

Le bon sens suffit pour comprendre que les faits modificateurs d’une action ont plus de chance de modifier l’histoire s'ils interviennent plus tôt dans la trame historique.

Le 24 Juin 1940, les Alliés (i.e. Polonais, Néerlandais, Belges, Britanniques et Français) ont subi une terrifiante défaite matérialisée par le honteux armistice signé par les chefs militaires (Huntziger et Darlan) aux ordres de nos chefs politiques (Pétain et Laval).

De jolies uchronies, récemment écrites, situent leur envol le 16 Juin 1940, voire peu après.

De ce fait même, parce que la France a perdu, en moins de 2 mois, de 50 à 80 000 morts (suivant les sources) et près de 2 millions de soldats prisonniers d’Hitler, ces constructions intellectuelles actuelles impliquent une forte intervention des USA, donc de Franklin D. Roosevelt, pourtant parfait prototype du politicien strictement anti-Français, retors et fourbe.

Ceci revient donc à offrir aux USA un rôle de Gendarme Universel dont, certes, ils adorent le prestige, mais dont le passé Vietnamien, Irakien, voire l'actualité Afghane (Septembre 2021) et d’autres faits encore, démontrent qu'ils n'en sont, en réalité, ni dignes ni capables.

Or, en 1940, les USA, sur le plan militaire comme industriel, en étaient encore aux premiers vagissements. 
Ainsi, leur premier tank industrialisable, le M2, était très mal protégé et mal armé. Leur second, le M3 Grant, avait encore bien des problèmes et il utilisait la stupide conception duale (= à 2 canons).

Historiquement, le gouvernement Français a supplié les USA de venir nous aider. 
Ils ne sont pas venus que ce soit en 1939 ou en 1940. 
Leur entrée en guerre a été déclenchée uniquement par leur "apparente" défaite de Pearl Harbor, à l’aube de 1942. 
Stratégiquement, pourtant, cette défaite Américaine n'avait, en réalité, aucune  importance.

Par contre, notre défaite de Juin 1940, comme toute défaite foudroyante, était due à de multiples défaillances affectant simultanément chacun des Alliés mentionnés précédemment. 
L'une de ces uchronies fait semblant de croire que la France n'a pas continué la guerre, niant donc totalement le rôle du Général de Gaulle et de la France Libre, ce qui est historiquement faux
Les députés de notre parlement de front populaire ont, très majoritairement, accepté la France de Pétain.

Notre défaite partage certains points communs avec la défaite Égyptienne dans la Guerre des 6 jours en 1967, face à Israël : 
  •  Incompétence totale des "grands" chefs militaires (Gamelin, Georges, Huntziger), 
  • Insuffisances absolues dans l'emploi de la force aérienne chez tous nos alliés, 
  • Totale insuffisance du renseignement tactique,
  • Mauvaise préparation des hommes (à l'inverse des Allemands).
Chez nous, comme chez les Britanniques, ces défaillances traduisaient aussi :
  • Certaines arrière-pensées diplomatiques,  
  • La corruption de certains acteurs des corps techniques,   
  • Quelques rigidités intellectuelles et, aussi, une bonne dose de paresse (i.e. qui consiste, lorsqu'une question se pose, à se ranger à un avis certes tranché mais non étayé plutôt qu'à rechercher de vrais arguments reposant sur de vraies expériences).

Dans ce blog, j’ai beaucoup insisté sur le fait qu’une des causes de notre défaite a été la grande faiblesse de notre Chasse, découlant du choix plus qu'anormal du Morane 406 en tant que chasseur standard.

Je dis anormal parce que cet avion, construit suivant les techniques de 1925, était 
  • Incapable d'intercepter les bombardiers Allemands,   
  • Totalement dominé par le Bf 109 (même lorsque celui-ci ne disposait que d'un moteur de 700 Cv),    
  • Tellement long et difficile à construire que, à aucun moment,  nous n'avons eu un effectif suffisamment important d'avions et de pilotes.

Oui, le choix du Nieuport 161 à sa place aurait considérablement amélioré les résultats de nos opérations aériennes (tout en réduisant fortement les succès de la Luftwaffe) dès le début de Mai 1940, parce qu’il disposait de performances et de qualités de vol au moins équivalentes à celles du Dewoitine 520.

Pour autant, cela ne nous aurait pas garanti la Victoire

Sur ce point, en particulier, l'uchronie de l'internaute DMZ est très convaincante.

Pour renverser complètement la vapeur, il faut énormément de travail pour éliminer énormément des points négatifs existants dans nos armées (et ailleurs).
Le scénario présenté plus loin tente de définir un ensemble de conditions nécessaires pour une victoire possible.


Du rôle de la Politique

Depuis 1925, notre pays s'était enivré du pacifisme f'Aristide Briand et, sans aucun doute, favorisé par l'action de plusieurs services secrets étrangers animés de motifs contradictoires (Allemand pour agrandir le Reich, Anglo-Saxon, pour détruire le Communisme Russe et s'accaparer notre empire colonial, Soviétique, pour maintenir en vie la Révolution Rouge). 

Il y avait donc, dans notre pays, un évident déficit de contre-propagande.

Fortement influencés par l'Appeasement policy (= renversement des alliances à notre désavantage) menée par les Anglo-Saxons, les dirigeants Français ont baissé leur garde face à l'Allemagne et ont naïvement cru aux innombrables conférences de désarmement, qui, curieusement, n’ont désarmé que la France. 

Cela a bien sûr impacté nos matériels, mais cela a surtout amoindri la qualité d'entraînement des hommes dès lors que l'on voulait, en plus, économiser de l'argent sur tout.

Une partie de la classe politique Française - dite modérée (donc, en dehors des communistes) – était, en même temps, et très bizarrement, séduite par certaines des conceptions soviétiques, oubliant que, sous Staline, l'URSS était, avant tout, une dictature où la vie humaine n'avait strictement aucune valeur (alors, SVP, évitons de parler des droits de l’homme !). 

D'un autre côté, certains jeunes ingénieurs juste sortis d'écoles (= Grandes Ecoles) s'imaginaient (sans aucune raison) avoir des capacités innées de gestion de l'Industrie Aéronautique, juste parce qu'ils avaient passé des concours certainement très difficiles (mais qui, à la réflexion, n’étaient en rien pertinents sur le sujet).


Un de leurs haut faits fut de choisir un chasseur standard (le MS 406) qui, par ses innombrables insuffisances, induisit la fausse nécessité d'acheter des avions US hyper-couteux (2 300 000 FF - de 1938 - au moment où les chasseurs Français coûtaient moins de 1 000 000 FF), entraînant donc un nombre très insuffisant de chasseurs insuffisamment performants et armés. 

Pire encore, ces avions-là n’étaient même pas conçus pour pouvoir évoluer en fonction d’éventuels besoins futurs, tout cela nous rendait incapables de protéger nos troupes, nos aérodromes et nos industries. 

Fatalement, ayant d’emblée perdu la maîtrise de notre ciel, nous avons connu la pire défaite de notre histoire.
Un comportement étonnamment semblable avait conduit à la sélection d’un bombardier de moyen tonnagele LéO 451, annoncé rapide, réputé manœuvrant, mais, alors qu’il était annoncé merveilleusement stable en vol, il ne l’était absolument pas au décollage (moment le plus délicat puisque, nécessairement, un bombardier opérationnel est – quasiment toujours – surchargé de bombes et de carburant). 
{La publicité disait alors : ''la vitesse et la maniabilité d'un chasseur'' et la capacité de frappe d'un bombardier.}
Cette caractéristique du tout en même temps induisit pour ces avions, un nombre incroyable d'accidents (20%) avant même la première action de l’ennemi !

Ces accidents détruisaient en général l’avion et, en outre, étaient très souvent mortels

Evidemment, vu le contexte, lors des départs en mission réelles, les pilotes étaient rarement détendus ! 

Les minuscules dérives de cet avion rendaient son instabilité dangereuse pour un pilote moyen et sa masse excessive réduisait son autonomie

Pire encore, cet avion souffrait également d'une durée de fabrication individuelle excessive (au moins 60 000 h). 
Certes, on peut objecter que le mauvais rendement de notre aviation n'impliquait pas obligatoirement la défaite de l'Armée de Terre, ce qui est très exact, et pourtant, cette défaite arriva.

Elle avait été favorisée par la paresse de nos grands décideurs militaires issus de l'Armée de Terre qui n'avaient jamais expérimenté sérieusement les solutions suivantes : 
  • L'ensemble des notions liées à la guerre de mouvement, peut-être parce que, en 1936, on expérimentait encore au moyen de chars Renault FT (~10 km/h max.), certes excellents en 1918, mais définitivement inopérants 18 ans plus tard.
  • Bien sûr, utiliser à leur place des AMR 33 cinq à six fois plus rapides – aurait complètement changé la façon de penser. 
  • S'il avait eu le minimum de sens expérimentallors des RETEX sur les manœuvres de 1937, le général Giraud aurait pris aux mots le colonel De Gaulle et, face à sa suggestion de lancer son unité dans un déplacement jusqu'à Bars-Le-Duc à 80 km de là où ils discutaient, il en aurait exigé la démonstration. 
    • Nos décideurs militaires auraient alors pu comprendre que l'ère du Renault FT (qui n'avait que 35 km d'autonomie) était terminée.
  • Les notions de camouflage général, à la fois des cantonnements et des positions de résistance fixes, mais aussi des unités en mouvement, étaient encore de simples sujets de palabres sans fin et n'étaient plus appliquées depuis 1918.
  • Bien sûr, aucun de ces généraux n'avait jamais imaginé grimper dans un avion d'observation pour vérifier de ses yeux l'efficacité du camouflage de ses unités in situ
    • Ils donnaient l’impression d'avoir été définitivement enfermés dans des blockhaus de béton et de vouloir y rester.
    • Le général Patton, lui, faisait très souvent des virées aériennes avec son Piper Cub. Dans leur totalité, nos généraux avaient raté cette expérience.

    Contre-exemple récent
     : Entre 1998 et 1999, pendant la Guerre du Kosovo entre l'OTAN et la Serbie, les forces US disposaient d'une 
    absolue maîtrise du ciel et, en plus, d'excellentes photos issues de leurs satellites espions. 
    Justement, les forces Serbes maitrisaient l'art du camouflage, au point de rendre inefficaces la plupart des frappes US (pourtant massives).
    Mieux encore, de nuit, ces mêmes Serbes descendirent un avion annoncé totalement indétectable (Lockheed F 117), ce qui ridiculisa complètement l'USAF.

    Si ce fait a été relativement bien connu, on parle beaucoup moins du très bon camouflage des aérodromes secrets de l'Aviation Polonaise en 1939 qui lui permirent de durer bien au-delà des 48 heures qu'Hitler et Goering avaient prévu.

    Par contre, chez Hitler, l'emploi de l'aviation et de la guerre de mouvement étaient, sauf pendant la dernière année (1945), coordonnés, permanents et presque toujours pertinents, même pendant la fameuse offensive von Rundstedt dans les Ardennes (lancée le 16 Décembre 1944 ).

Nos généraux, du moins ceux qui décidaient en 1940, eux, semblaient toujours vivre en 1915 et s'en accommoder ! 
Comme il n'est pas question de conserver des acteurs au raisonnement aussi sclérosé, il me faut modifier l'ensemble du tableau.

 

Divergences avec la Ligne Historique

Il est courant de commencer une uchronie en définissant un événement affectant l’histoire au point de changer la donne (c’est le point de divergence- avec l'histoire réelle).

Ici, un premier de ces points acceptables sera, après le départ (historique) de son pilote d'essais Sadi-Lecointe en 1935, que la maison Loire-Nieuport accepte de recruter le polytechnicien et pilote d'essais du CEMA Jacques Lecarme, moyennant un effort financier non négligeable (ceci est suggéré par ce pilote lui-même lorsqu’il évoque ''le remarquable Bureau d’études Nieuport'' dans une des parties qu’il a rédigées dans le Docavia #3, Histoire des Essais en Vol).
Cet effort fait automatiquement basculer le choix du chasseur standard vers le Nieuport 161.
Cependant, si cela améliore nettement nos chances d'éviter la défaite, cela ne règle pas tout : Nous partons toujours avec les mêmes concepts de combat, les mêmes affectations rigides à des secteurs terrestres, les mêmes alliances et nous écoutons toujours les mêmes conseillers incompétents.

Le sujet consiste donc à améliorer significativement la probabilité d'obtenir une rapide défaite du Reich

Cela implique d’associer plusieurs autres points de divergence.

Dans cette nouvelle ligne, les dirigeants de la France doivent clairement s'abstenir de vouloir tirer le moindre avantage pour leur pays dans la future guerre
Le vrai bénéfice réside dans la simple survie de notre Nation, qui est fondamentale
La France doit donc catalyser une forte alliance pour provoquer la défaite d'Hitler sans, pour autant, provoquer, en face, la création d'une alliance pronazie.

Un des points essentiels sera ici une alliance réelle de l'URSS, ce qui n'était alors pas gagné d'avance, vu que nous avions aidé les Polonais à résister victorieusement à l'Armée Rouge en 1920.


Historiquement, nous savons que l'Armée Rouge a souffert d'une grave crise en 1937 à la suite de la purge que Staline a déclenchée à la suite de l'arrestation puis à l'exécution sommaire du Maréchal Mikhail Toukhatchevsky. Il faut donc trouver le moyen d'empêcher cela.

Si ce maréchal n'était, en aucun cas, un enfant de chœur, nous savons, depuis le rapport Khrouchtchev de 1956 / 1957, qu'il était totalement innocent des crimes qui lui furent imputés, et, bien plus, que son "procès" avait débouché sur une véritable désorganisation de l'Armée Rouge qui ne cessa qu'après le déclenchement de l'opération Barbarossa (!).

Sauver cet homme serait donc vraiment très utile. 

Une issue pourrait exister : Faire une manœuvre spectaculaire qui choquerait l'opinion publique Russe, rendant impossible un pacte Germano-soviétique. Un (faux) attentat Allemand visant en même temps les Maréchaux Mikhail Toukhatchevsky et Kliment Vorochilov, ami de longue date de Staline, pourrait imposer une union sacrée, à la tête de la Russie.

Mais, si la manœuvre était éventée, elle coûterait trop cher. 

Donc, autant essayer une autre voie.

  

Prérequis pour la France : Les choix indispensables

Faire une guerre impose un gigantesque changement de nos pratiques politiques

Ce changement est déjà obligatoire du fait que le dirigeant d'un puissant pays étranger ait annoncé publiquement (Mein Kampf1924) sa volonté de faire la guerre à la France pour obtenir sa destruction

Cela impose déjà qu'en France, les discours pacifistes délirants doivent cesser instantanément.

Aux petits calculs politiciens, qui soutendent ce type de discours, doivent immédiatement succéder la recherche du rendement, de la production, de la logistique ainsi que du développement technologique

Le tout doit se faire sans bruit (et c'est très loin d'être évident !).

Pour notre pays, cette guerre devra se dérouler le moins possible sur son territoire, mais surtout sur le territoire du Reich Hitlérien et, en aucun cas quelque part de l'autre côté de la planète !

Il nous faut produire du matériel moderne, mais aussi former nos hommes à tous les matériels nouveaux et aux méthodes les plus récentes de l'art de la guerre.

Entre 1936 et Juin 1940, nos vrais hommes politiques n'ont rien fait dans le sens que je viens d'indiquer.


Certains, comme Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères et théoriquement radical-socialiste, ont tout fait pour favoriser les desseins des nazis.

Par contre, d’autres politiciens, comme Edouard Daladier, ont parfaitement vu arriver la catastrophe. 

Ils ont cependant accepté de signer les Accord de Munich pour deux raisons :

  • La première était la conscience qu’ils avaient de l’absolue médiocrité de la préparation de notre pays à la guerre future. On peut leur reprocher de ne pas avoir tout fait, à temps, pour renverser la vapeur.
  • La seconde était que le Premier Ministre Anglais Neville Chamberlain les avait honteusement trompés en les assurant de la puissance militaire Britannique, en particulier dans les airs, où, depuis ce moment jusqu’à la mi-1941, cette puissance était asymptote à zéro (je vais revenir sur ce point crucial)..

Chose qui n’arrangeait en rien nos affaires, nos politiciens avaient choisi de confier nos armées, non pas à des généraux talentueux (la suite des faits historiques montra pourtant que nous n’en manquions pas), mais à de vieux chevaux de retour, seulement connus pour leur capacité à ne pas faire de vagues et qui, en plus, devaient être bien notés aussi par les dirigeants Anglais !

Autant essayer de ne pas faire comme eux.

{Attention, la partie qui suit concerne l’ensemble des modifications techniques qui m’apparaissent nécessaires pour orienter Hitler vers la défaite.  

Cependant, cet aspect technique n’en est pas forcément très passionnant

Les parties du scénario moins purement techniques commencent à la section IV - Objectif stratégique de cette guerre.}

  

Les Armes

A - Aviation

L'Aviation Française, sortie victorieuse de la Grande Guerre, possédait, en 1919, les avions les plus rapides, les plus fiables et les mieux armés du monde

Et, en Janvier 1936, par chance, tout se passait comme si, de nouveau, tout était prêt pour disposer réellement d'une aviation militaire opérationnelle de très haut niveau.


Cependant, nos décideurs des années 30 n'ont jamais démontré la moindre capacité à agir pour vaincre l'Allemagne.

Dans cette uchroniecette curieuse atonie doit être éliminée sur le champ.

1 - Refus de toute nationalisation des industries aéronautiquesDans l'Histoire, dès 1936, la CGT, qui exigeait ces nationalisations, n'a démontré strictement aucune capacité à faire tourner l'industrie aérienne Française que, pourtant, elle voulait cogérer

Résultat : Une production trop faible qui n'a augmenté que lorsque la phase active de la guerre était devenue aveuglante (en Mai et Juin 1940), donc bien trop tard. 

Pour qu’il y ait eu une véritable chance de victoire, ces fameux (et peu crédibles) "bons chiffres" de production auraient dû, au minimum, tomber deux ans et demi plus tôt.

Simultanément, ceux qui devaient choisir les avions indispensables à la lutte contre la Luftwaffe ont démontré une incompétence terrifiante

Ils avaient favorisé le choix des nationalisations uniquement pour prendre des places de direction. 

Rien n'a démontré ensuite qu'ils en avaient les capacités.



2 - Refus de la subordination de l’Armée de l’Air à l’Armée de Terre

L'Armée de l'Air doit déjà obtenir sa totale indépendance en faisant sauter les Zones Aériennes en tant qu'organes de subordination de l'Aviation aux officiers supérieurs de l'Armée de Terre simplement parce que ceux-ci ne comprenaient rien au fonctionnement de l’Aviation (parce qu'ils ne ne cherchaient pas du tout à en comprendre les rouages)


Evidemment, l'Armée de l'Air ne peut en aucun cas se désintéresser de l'Armée de Terre.

Elle doit donc la protéger en utilisant ses propres atouts et la connaissance de ses propres capacités.

Parce que les transmissions des forces terrestres, de 1936 à 1940, sont alors liées au téléphone à connexion entièrement manuelle (= par branchement de fiches, ce qui exige des opérateurs humains pour toutes les commutations !), nos forces terrestres ne sont alors que très rarement conscientes de leur situation réelle (après la défaite, on rapportera que « la demoiselle des postes hésitait à interrompre la conversation privée du député local ! » ).

En conséquence, les reconnaissances aériennes de l’Armée de l’Air restent le meilleur moyen de savoir si, où et par qui l'Armée de Terre est menacée.


Des officiers supérieurs de l'Armée de l'Air doivent donc être attachés à chacun des chefs de corps de l'Armée de Terre pour transmettre leurs informations à l’Armée de Terre et les informations de l’Armée de Terre à l'Aviation, le tout en temps réel

Cela veut dire aussi que le nombre d'analystes des photographies aériennes doit augmenter drastiquement.

La lecture des revues Icare des années 1970 sur la guerre, comme celle des livres d’Arnaud Prudhomme sur les chasseurs-bombardiers en piqué LN 40 et sur le Bréguet 693 d’assaut, comme encore ce très brillant témoignage sur les Amiot 143 bombardant Sedan, montrent indubitablement que la désignation d'objectifs - par l'Armée de Terre - accumulait alors un maximum d'incohérences (du style : "Allez donc me détruire tous les éléments blindés ennemis présents sur la route qui va de A à B entre 1100 et 1800 !").

L’imprécision de tels ordres n’aboutissait généralement pas à la moindre destruction d'éléments ennemis, l'itinéraire A vers B restant vide dans la période considérée. 

C’était plus que gênant !

Plus grave, parfois, nos avions "tombaient" juste sur une concentration de Flak, et en subissaient les tirs !!! 

Ces si fréquentes incohérences ne peuvent avoir que 2 interprétations : 

  • L'absence d'informations réelles, remplacées par de simples hypothèses basées sur une vague intuition, rendue encore plus vague par le fait que ces hommes refusaient d’admettre la vitesse de déplacement des blindés ennemis, toujours sous-estimée.
  • Ou alors, un délai rédhibitoire avait été introduit par négligence entre l'arrivée de l'information et sa transmission à l'Armée de l'Air, transformant un ordre pertinent en ordre périmé (ce retard était provoqué par le nombre exagéré d'étapes de transmission).

Dans le présent scénario, nos aviateurs, volant souvent et partout, choisissent les objectifs à détruire et définissent eux-mêmes la méthode adéquate pour y parvenir.

Nos systèmes d'alerte anti-aérienne restent forcément localisés là où ils sont dans l'organisation du moment, juste parce que celle-ci a (quand même) l'avantage d'exister

Tous ces systèmes doivent transmettre par radiophonie, en clair  et en temps réel leurs informations au nouveau Centre Stratégique Aérien désormais situé à Avord, dans le centre de la France, et non plus à Reims, ville certes merveilleuse, mais bien trop proche des lignes Allemandes.


Bien sûr, les systèmes de détection, quels qu'ils soient, comme les personnels qui les mettent en œuvre, doivent être faciles à déménager pour éviter de tomber aux mains de l'ennemi.

Accessoirement, aucune demande de largage de tract ne sera acceptée par les unités dédiées au bombardement

Pourquoi ? Parce qu’il est important d’employer uniquement les bombardiers pour bombarder l’ennemi.

Si une reconnaissance de nuit rapporte un important mouvement Allemand, l'officier de permanence doit pouvoir envoyer, en bien moins d'une heure, des bombardiers pour gêner ce mouvement aussi puissamment que possible, par exemple en bombardant la fin et le début d'un convoi presque en même temps.

En conséquence, des officiers aviateurs de haut rang dirigent la collecte des renseignements venant des anciennes Zones Aériennes. 

Pour que la veille soit assurée H/24, ils se relaient toutes les 8 heures, voire encore plus souvent.

Le Comité Tactique Air se réunit tous les matins à 0400 pour décider des zones à attaquer comme de celles à protéger. Il va de soi que l'entraînement à l'usage de la radiophonie est obligatoire.

 

3 – Refus des choix de chasseurs et de bombardiers suivant quelques lobbying que ce soit et accélération des commandes

Une puissante et moderne Chasse Française, est obtenue par les moyens qui suivent :

  • Refusant dès le départ que le Nieuport 160 soit motorisé par le "petit" moteur Hispano-Suiza 12 X de 690 Cv, il va voler dès Octobre 1935 avec le HS 12 Ycrs rétablissant 860 Cv à 2 400 t/min et à 3 150 m d'altitude (source : La notice Hispano-Suiza du 12 Y 47 identique au 12 Y 31 aux pompes à essence près et publiée par Frank Devillers sur son excellent site sur le VG 33).
  • Ici, par commodité, cet avion garde la désignation devenue habituelle pour nous, de Nieuport 161.
  • C’est le Général Denain qui passe les premières commandes dès le 15 Janvier 1936. Cela concerne les 3 prototypes les plus avancés, juste après leurs démonstrations en vol historiques pendant la tempête meurtrière du 10 Janvier 1936.

{Réalité historique : Les 3 prototypes de chasseurs (Nieuport 161, Loire 250 et Morane 405) avaient démontré leurs qualités de vol en faisant chacun une démonstration complète de voltige pendant une tempête particulièrement violente

Dans le Figaro du 11 Janvier 1936, on pouvait lire que, la veille, cette même tempête avait tué 16 personnes en Angleterre et, au moins, 2 personnes et 9 blessés en Allemagne.} 

La commande porte sur :

  • 20 Morane 405 en version initiale (voilure de 18 m², 430 km/h) conservant l'ancien radiateur non rétractable : C’est le choix de la maniabilité pure.
  • 40 Nieuport 161 en configuration initiale améliorée par les échappements propulsifs individuels pour chaque cylindre (480 km/h + 20 km/h = 500 km/h).
  • Ces commandes doivent être tacitement renouvelées mensuellement dès livraison d'une certaine quantité d'exemplaires, sauf avis contraire.
  • 10 Loire 250 (500 km/h, 2 canons de 20 mm), plus 30 Loire 251 en version embarquée avec le petit moteur GR 14 Mars et crosse d'appontage
    • Cela fournira au Béarn un ensemble aéronaval de 60 avions :
      • 25 chasseurs Loire 251 (470 km/h, 2 mitrailleuses Herstal-Browning de 12.7 mm), Ces appareils sont plus légers de 400 kg et leur section est nettement plus fine. 
      • 20 torpilleurs Latécoère 299 (360 km/h – une torpille aéroportée 86DA ),      
      • 15 avions anti-sous-marins dédiés Levasseur PL 15 (235 km/h car les flotteurs y sont remplacés par un train à roues) destiné à être remplacés par autant de PL 108 (265 km/h).

 


PL 107 / 108 -Trop lents pour torpiller des flottes, bonne visibilité, très bonne manœuvrabilité : 

Parfaits avions anti-sous-marins



  •  Pour les 3 avions de chasse terrestres, la rapidité réelle de mise en fabrication de masse servira de critère pour les commandes suivantes. Cette information doit rester secrète (elle permettra d'éliminer en douceur le Morane 406). 
    • {L'Histoire réelle a montré que les 16 Morane, commandés en Juillet 1936, ne commencèrent à sortir qu'à la fin de 1938 (soit après 27 mois) tandis que les Nieuport 40 et 401 de série, commandés en Juillet 1938, sont sortis en moins de 12 mois dans des usines affectées à d'autres fabrications.
  • Par ailleurs, chaque constructeur doit pouvoir monter un réservoir standard largable (en contre-plaqué) de 250 litres sur chaque avion. 
  • Commande mensuelle supplémentaire de 20 Caudron Renault 710 Cyclone (475 km/h avec échappements propulsifs et deux mitrailleuses de 12.7 mm Browning à la place des 2 canons HS 9, pour un gain d’au moins 90 kg de poids à vide), 
    • Ces chasseurs serviront pour la couverture des bases aériennes, et aussi pour introduire une force de Chasse féminine pour la défense de l'espace aérien intérieur. 
    • 20 Mureaux 190 (520 km/h) sont commandés chaque année pour défendre le Maroc. Ces avions sont équipés d'une seule mitrailleuse de 12.7 mm tirant à travers l'hélice. Ces minuscules avions ne sont perceptibles qu’à moins d’un kilomètre de distance avant d’être à portée de tir, par contre leur tir est dévastateur.
    • Une commande expérimentale de 20 chasseurs bimoteurs Hanriot H 221 (monoplaces) est lancée fin 1936.

          L'Armée de l'Air va donc posséder :

            Fin   1936,        

                        9 N 161,      3 Loire 250,               1 Morane 405

            Fin   1937,    

                  218 N 161,    55 Loire 250 et 251,  10 Morane 405,     45 CR 710,     20 H 221

            Juin 1938,   

                480 N 161,  175 Loire 250 et 251,   30 Morane 405,   275 CR 710,    90 H 221.                                                                                

    Soit un total de 1050 chasseurs modernes aptes à combattre les 600 Messerschmitt Bf 109 D (465 km/h).

     4 - Rajeunissement du Bombardement 

    Nous partons d’environ 340 bombardiers commandés de 1932 à 1934 : 

    • Bloch 200 (285 km/h - 1 200 kg de bombes),
    • Amiot 143 (300 km/h - 1 300 kg de bombes). 

    Un aussi faible nombre d’avions ne permet guère plus d'une semaine d'actions précises (donc de jour)

    L’amélioration ne commencera qu’après la livraison par tranches annuelles des bombardiers de transition déjà commandés. 


    • Accélération de la production des 250 Bloch 210 (325 km/h – 1 500 kg de bombes) en même temps que leur affinement aérodynamique (pour atteindre 350 km/h, mais pas d'exemplaires supplémentaires de ce modèle qui est meilleur que son équivalent Allemand Junkers 86) ;
    • Maintien de la commande d'Amiot 144 (360 km/h), passée de 40 à 100 exemplaires. L'intérêt de cet avion réside à la fois dans sa grande autonomie (4 000 km) et dans le tonnage élevé de bombes qu'il peut lancer (2 000 kg). Une fois remplacé en première ligne, il pourra servir au profit de la Marine Nationale. Ces avions s'ajoutent aux 138 Amiot 143 commandés antérieurement qui seront désormais réservés aux seules missions nocturnes.           
    • 25 Farman 222-2 (320 km/h - 4 500 kg de bombes) sont commandés pour les bombardements lourds nocturnes. 

    Ces 375 bombardiers récents, plus rapides, plus neufs et donc plus fiables, doivent permettre des missions moins longues et plus efficaces qui réduiront les pertes.

    (Les commandes initiales et mensuelles des avions suivants ont vocation à augmenter rapidement, en fonction des prévisions de pertes.)

    • Commande de 50 Bréguet 462 (420 km/h - 1 700 kg de bombes) ; 
    • Commande de 50 Amiot 340 B 3 (480 km/h - 1 300 kg de bombes) ; 
    • Commande de 30 Potez BN 5 (460 km/h - 6 tonnes de bombes) ;


    L'entraînement des équipages consiste désormais à faire naviguer des formations de plus en plus étoffées qui volent à des altitudes augmentant au fur et à mesure de l'augmentation de maturité des équipages. 

    {Historiquement, nos bombardiers de 1940 employaient encore des viseurs de bombardement STAé datant de 1917 qui n’étaient utilisables que jusqu'à une vitesse maximale de 310 km/h (!).

    De nouveaux viseurs de bombardement sont donc développés pour lancer des bombes depuis 8 000 m d'altitude et à 400 km/h (ce qui exige, entre autres, des optiques de qualité très supérieure, associés avec des calculateurs analogiques).

     (Les deux commandes suivantes visent à former une aviation d'assaut efficace.)         

    • Commande de 100 Potez 633-B (450 km/h – 400 kg de bombes, dans un premier temps) ; 
    • Commande de 60 Bloch 151 (460 à 480 km/h) modifiés en avion d'attaque au sol (4 mitrailleuses de 12.7 mm Browning avec 500 cartouches par arme). 
      • Ces deux types d’avions reçoivent un blindage léger (poste d’équipage et moteurs).

    L'entraînement de ces flottes de choc se fait essentiellement en rase-mottes intégral en-dessous de la canopée des arbres en vue. 

    Les virages doivent donc être pratiqués "à plat".

    En matière de bombardiers modernes, l'Armée de l'Air possède aux dates indiquées:   

    • Fin   1936,      4 Br 462,     1 Amiot 340,     1 Potez 633,     0 Potez BN 5 ;
    • Fin   1937,  210 Br 462, 190 Amiot 340, 300 Potez 633,   90 Potez BN 5 ;
    • Juin 1938,   480 Br 462, 320 Amiot 340, 600 Potez 633, 125 Potez BN 5.

    Soit un total de 1 525 bombardiers, auxquels il faut ajouter les 300 Bloch 151 destinés à l'assaut.

     

    5 – Aviation de Reconnaissance Stratégique et d'Observation :

    • Commande initiale de 40 Bréguet 694 A 2 motorisés par des Hispano 12 Y (au moins 530 km/h) ; 
    • Affinement du Mureaux 200 à partir des concepts aérodynamiques du Mureaux 180 C2 (380 km/h). Commandé initialement à 50 exemplaires pour l'observation active. 
    • Pour l’Artillerie, 200 Hanriot 180 et 182 permettront une observation assez précise mais obligatoirement de faible durée.
    • Une dizaine de bimoteurs Caudron 670 modifiés (415 km/h), permettent, à la fin de certains jours de grand beau temps, d’obtenir des photographies intéressantes de l'Allemagne depuis des altitudes de l’ordre de 4 000 à 5 000 m. Leur réel grand silence de fonctionnement est leur seule garantie de survie. Ils cessent d’être employés à partir de Juillet 1937.

     

    - Création d'une aviation Militaire de Transport:

     Cette arme, dans un premier temps, obtient les moyens nécessaires pour transporter le régiment (800 hommes), puis la brigade d’Infanterie de l’Air placées sous les ordres du Colonel Geilles.

    Ce nouveau corps va prendre ensuite des capacités bien augmentées pour permettre la projection de nos armes, quelles qu’elles soient, loin de la métropole.

    • 30 Farman 224 (300 km/h - une AMR 33 ou 40 paras) pour le transport de matériel lourd ; Provisoirement, 22 de ces avions sont marqués aux couleurs d'Air France.  
    • Un dérivé de cet avion, muni de moteurs bien plus puissants GR 18 R (1 300 Cv), est préparé pour transporter des chars Somua S 35 voire S 40
    • 50 Potez 65 (16 paras - 300 km/h) sont attribués aux parachutistes 
    • Une version à 4 moteurs Renault R03 (450 Cv) du Caudron 570 Kangourou est lancée pour bénéficier de ses capacités de lancement de charges parachutées.

     

     7 - Création d'unités de protection des bases aériennes.

    Elles comportent :

    • Des commandos de sécurité.
    • Des équipes de construction de merlons, améliorant la protection de chaque avion.
    • Les concepteurs de camouflage des bâtiments constituant les bases et, aussi, des systèmes de sécurité et d’alerte
    • Des sections de DCA formés par l'Armée de l'Air pour protéger ses bases. Chacune des sections dispose d’une cellule d’alerte, de canons de 25 mm et de quadruplets de 13.2 mm. Certaines disposent aussi de canons de 75 mm 1933 ou 1936.

    D'anciens navigants peuvent postuler à des postes de commandement dans ces domaines.

     

    B - Marine Nationale

    La marine de Georges Leygues était conçue pour défendre les liens entre la France et son empire colonial. 

    Elle pêchait essentiellement par sa bien trop faible composante aéronavale. 

    L'amiral François Darlan (créature de Georges Leygues et, malheureusement, artilleur avant tout) avait refusé de comprendre les enseignements des expériences US de Billy Mitchell : Sa flotte était sous-dotée en DCA (!).

    Elle pêchait aussi par une absence quasi totale de moyen de détection anti-sous-marine, alors que l'ASDIC (= sonar actif) était principalement d'origine Française !

    Enfin, les opérations de débarquement n'avaient guère évoluées depuis celles employées à Sidi Ferruch (Algérie) en 1830. 


    1 - Sous-marins   

    • Suppression totale des canons de pont de 75 mm ou de 100 mm (générateurs de trainée et de cavitation, donc de bruit).
    • La place intérieure récupérée (disparition des artilleurs, de leurs affaires et de leurs obus) par cette mesure est occupée par quelques batteries électriques supplémentaires.
    • Affinement des kiosques (qui deviennent des sortes d’ailes d'avion verticales avec un profil biconvexe - fermeture arrière et lissage total), pour réduire le bruit de la marche rapide en plongée. Les 2 mitrailleuses de DCA de 13.2 mm sont montées uniquement lorsque le sous-marin arrive au port.
    • Doublement du nombre de capteurs sonores G 16 de chaque sous-marin.
    • Deux "petits moteurs électriques" (70 Cv) sont montés en parallèle pour obtenir, en immersion, une marche plus silencieuse (et plus économique) à 5 kts ou moins. 
    • Réduction de 50% de la puissance des moteurs diesels, ce qui permet encore de se déplacer à 15 kts en surface. 
    • Les sous-marins de 600 tonnes équipés de diesels Allemands, achetés à cause des accords Briand-Stresemann (!) reçoivent des moteurs Français ou Britanniques.

    Les 2 premières mesures, peu onéreuses, rapportent du silence et quelques points de vitesse maxi en plongée (passage de 11.5 à 15 (voir 16 kts pour les 1 500 t).

    {Historiquement, le sous-marin Artémis, de la classe Aurore (900 tonnes)terminé après la Libération, avait perdu son canon et son kiosque avait été recarrossé suivant le dessin retenu pour la série des Narval

    Sa vitesse en immersion était ainsi passée de 9 kts à 14 kts - soit un gain de 5 kts - avec presque les mêmes modifications que je soumets ici, vers 1954.}

    Les 2 mesures qui suivent amélioraient les chances de survie (détection plus précoce des ennemis), augmentaient l'autonomie en plongée qui passait de 110 nmi à environ 180 nmi à 5 kts (pour un 1 500 tonnes) et relançaient la recherche technologique. 

    La modification des 600 tonnes à moteurs Allemands évite à ces malheureux sous-marins de tomber en panne au moment où la guerre deviendra effective. Accessoirement, elle modifie dans le bon sens leur signature acoustique.

    2 - Escorteurs (= contre-torpilleurs dans le langage des années 30)

    Ces navires doivent pouvoir créer un plafond balistique de protection anti-aérienne autour de l'escadre. 

    Dans le même temps, ils doivent pourchasser d'éventuels sous-marins hostiles. Cela implique de disposer d’un grand nombre d’escorteurs.

    • Renforcement de la DCA par montage de 4 canons de 25 mm (V0 : 915 m/s – plafond AA réel de 3 500 m) et 2 canons de 75 mm mle 1933 (V0 de 850 m/s et plafond opérationnel de tir AA de 7 500 m).
    • Introduction de capteurs sonores type G 16 (équipant déjà nos sous-marins) sur tous les navires, en plus d'un ASDIC et d'une salle silencieuse pour l'écoute passive. 
    • Entraînement très renforcé à la chasse acoustique des sous-marins, quel que soit l'état de la mer, car tous devront affronter l'Hiver de la Mer du Nord ou de la Mer de Norvège, terrains de jeu de la Kriegsmarine.

    3 - Navires de ligne, porte-avions et croiseurs

    Les navires de ligne sont destinés aux combats d'artillerie en haute mer.

    D'après ce que nous ont appris les données de la Seconde Guerre Mondiale, la conception de nos navire de ligne récents (à l’époque) avait été excellente car ces navires avaient une excellente aptitude à la manœuvre et pouvaient aller vite.

    Par contre, leurs systèmes de détection (tant aérienne que sous-marine), tout comme leurs DCA, étaient terriblement insuffisants (et leurs équipes pas assez entrainées). 

    En conséquence :

    • Tous les navires assignés aux combats d’artillerie de gros calibre reçoivent, au moins, de 1 à 3 hydravions de Chasse, pour défendre la flotte, mais aussi pour jouer un véritable rôle de reconnaissance, moyennant le montage d'un réservoir supplémentaire largable.
    • Chacun de ces appareils est monté sur flotteurs (Loire 251 H - 390 km/h, pour l'instant).
    • Les anciens Bernard H 52, remis en état, mènent des opérations de reconnaissance armée
    • La ceinture de protection (trop faible - 225 mm) du Dunkerque est renforcée à l’identique de celle du Strasbourg (285 mm). 
      • La DCA de ces deux navires est augmentée en remplaçant, nombre pour nombre, les 32 mitrailleuses de 13.2 mm par autant de canons de 25 mm, ce qui triple le plafond de la bulle de protection et augmente sa létalité. {Les quadruplets de 13.2 mm démontés sont transférés à des navires légers (patrouilleurs ou chasseurs de mines).}
      • Ces deux navires peuvent affronter des navires de ligne ennemis bien plus puissants qu’eux à condition de pouvoir utiliser pleinement leur vitesse et leur capacité de manœuvre, donc de ne pas se limiter à la Méditerranée.  
      • Les 2 cuirassés de 35 000 tonnes en projet sont abandonnés en faveur de 2 grands porte-avions de 27 000 tonnes équipés chacun de deux catapultes. 
      • Ces 2 nouveaux navires porteront chacun 40 Loire 251 à moteurs GR 14 Mars (ou Hispano 14 AB, lorsque ce moteur pourra développer 800 Cv). Ces avions seront capables des missions de Chasse, de Reconnaissance, voire de Bombardement en Piqué.
      • Ces porte-avions auront aussi à leur bord 25 Latécoère 299 (360 km/h) pour le torpillage et 15 Levasseur PL 108 (265 km/h) purement anti-sous-marins, soit 80 avions à bord.
      • Le Béarn perd les portes blindées de ses ascenseurs dont les treuils sont déplacés pour renforcer ceux des ascenseurs. Il reçoit une proue type Normandie (+ 3 ou 4 kts). Son pont d'envol devient totalement plat. Ses huit canons de 155 sont débarqués.


    Ascenseurs du Béarn, avec leurs portes blindées ouvertes : Comment faire simple quand on peut faire compliqué - Récupéré sur l'excellent poste des Choufs.


    Tous les navires de ligne sont équipés de systèmes électroniques destinés à détecter d'autres navires de surface la nuit ou par temps de brouillard. 

    Ce matériel est issu des détecteurs du Normandie de 1935 (photo ci-dessous). Il permet une détection de navires à 15 km et d'avions à 40 km.


     

    Le couple de radars bi-statiques (l =16 cm) du paquebot Normandie


    Tous les croiseurs voient eux aussi leurs mitrailleuses de DCA de 13.2 mm remplacées par de pièces de 25 mm mais leur nombre est doublé. Cette nouvelle DCA leur permet d'établir un réel plafond de protection antiaérien autour de la flotte.

    • Six nouveaux croiseurs de la classe Algérie sont mis en construction. Tous ces croiseurs lourds disposent de 16 canons de DCA de 100 mm.
    • Les croiseurs légers type Emile-Bertin ou Primauguet (et eux seuls) reçoivent, en plus, des torpilles à très longue portée, type 23DT, dont la portée est de 9 000 m à 39 kts ou de 13 000 m à 35 kts.
      • Ils peuvent ainsi jouer un rôle important face aux navires de ligne ennemis, en particulier lors d'attaques sous rideau de fumée et à grande vitesse
      • Une torpille à plus longue portée (18 000 m à 39 kts) est mise en expérimentation dans le même but.
      • Chacun de leurs canons de 155 ou de 152 est remplacé par 2 canons de 100 mm à capacité anti-aérienne ET antinavires.

     

    - Navires logistiques

    Le bon succès technique du porte-hydravions Commandant-Teste a induit la création d'une quinzaine de navires de structure assez proche mais orientés essentiellement vers des actions maritimes. 

    Ces navires, très marins et très manœuvrants, sont destinés à mettre à l'eau des navires porte-chars (40 à 50 tonnes), assez légers, caractérisés par leur faible tirant d'eau et permettant de déposer des engins roulant ou chenillés sur des plages. 

    Ces navires sont officiellement lancés, à titre civil, comme navires d'assistance pour les Caraïbes, les Îles Françaises du Pacifique ou de l'Océan Indien, régions subissant fréquemment des ouragans. 

    Ils sont, en apparence, la propriété d'affréteurs commerciaux mais, en réalité, tous appartiennent à la Marine Nationale. Cela permet de mettre à terre, en plus des hommes, du matériel lourd, roulant ou chenillé.

     

    Le Commandant Teste modifié prend l’aspect d’un petit porte-avion, avec un pont plat et un îlot déporté à droite.

    Les catapultes, au nombre de 4, permettent de lancer des Latécoère 298.

    Deux grues peuvent les alimenter.

    Les canons de 100 mm y sont remplacés par des canons de 75 mm mais 8 chasseurs légers Mureaux 190 améliorent la couverture de ce navire et de la Flotte.


     

    C - Armée de Terre

    1 - Des bataillons interarmes (infanterie, artillerie, arme blindé, Aviation, Marine) sont créés, ce qui amène à des entraînements en commun fréquents et intenses.

    2 – Armement :  Le fusil Lebel (mle 1886) est uniquement réservé aux forces de l'ordre (gendarmerie mobile), où que ce soit dans l'Empire Français. Quelques Lebel lance-grenades VB sont alloués aux unités d’infanterie motorisées. Des versions à chargeur (Berthier) sont livrées aux clients de notre pays.

    Le fusil MAS 36, fabriqué en grande série, est livré aux régiments placés face à l'ennemi. Sa plus grande rapidité de tir comme sa précision supérieure, augmentent significativement la puissance de feu de l'Infanterie. 5% de ces fusils sont gréés avec une lunette de tir.

    Le pistolet-mitrailleur MAS 38 est aussi fabriqué en grande série. Une partie est fournie aux troupes des fortifications (précision et puissance de feu sont de bon aloi en particulier dans les égouts, les couloirs ou les sapes). Cette arme est aussi fournie aux parachutistes de l'Infanterie de l'Air. On se prépare à le modifier pour obtenir une meilleure capacité d'impact de ses munitions pour le travail à plus longue distance.

    3 - La Cavalerie regroupe désormais tous les chars, sauf les anciens Renault FT qui doivent juste permettre bloquer ceux des passages étroits (urbains ou autres) pouvant favoriser l'avance de l'ennemi, que ce soit en zone habitée ou en forêt. 

    Une centaine de ces engins sont fournis aux chasseurs Ardennais Belges pour une bouchée de pain.

     

    La production des autres chars est désormais continue sauf ordre d'abandon spécifié du type.

    Le vieux canon de 37 mm L21 (V0 = 420 m/s), totalement inefficace, est démonté de tous les chars récents

    Il y est remplacé par le 37 mm L33, apte à tirer l'obus de rupture 1938 de 700 gr et de V0 = 705 m/s, qui perce 30 mm de blindage à 400 m sous 30° d'inclinaison.

    Sur certains chars légers Renault 35, les meilleurs tireurs peuvent bénéficier d'armes de même calibre issus de la DCA navale mais plus longues (L 50 donc V0 = 810 m/s) qui peuvent détruire tous les chars ennemis jusqu'à 1 km. 

    Sur les navires, ces canons sont remplacés par autant de canons de 25 mm Hotchkiss.


    La construction du B1 normal est entièrement transférée aux FCM (sauf le moteur Renault). Une plaque de 20 mm de blindage est ajoutée à l'avant et le réservoir d'essence est agrandi de 100 litres. 

    La tourelle - très élargie, mais moins haute - récupère l'unique 75 mm. 

    (La variante B 1 bis est refusée pour éviter une perte de production rédhibitoire).  


    Le 47 mm SA 35 /L32 est récupéré pour être monté sur des automitrailleuses Panhard AMD 178 disposant d'une tourelle nouvelle.  

     

    Le SOMUA S 35 sort en très grande série dès Janvier 1937. Quatre cent cinquante de ces chars ont été livrés (bons de guerre) au 1er Juillet 1938.



    Somua S 35 - enregistré par moi depuis le site Chars Français et pour la première version de cette uchronie en 2021 -  


    Le châssis de l'automoteur Somua Sau 40 est également construit en grande série pour créer un nouveau char mieux adapté au tout-terrain, avec une tourelle centrale agrandie pour disposer d'un char plus à l'aise en terrain varié, le S 40, avec le canon 47 mm L48, efficace jusqu'à 1 500 m.


    Les 200 premiers Renault D2 reçoivent eux aussi l’excellent canon de 47 mm L48. 

    La suite de la série est transformée en canons automoteurs de 75 mm, puis de 90 mm (livré soit en version AA, soit en version antichars) ou de 105 mm.


    Le Hotchkiss H 35 est transformé en automoteur de DCA de 25 mm pour accompagner les unités blindées.


    Le FCM 35 reçoit une tourelle améliorée qui porte le 37 mm L33 calibres.

     



    4 - Le Génie est aussi une arme essentielle de mon plan. 

    Les régions de combat probables (Nord de l'Allemagne Occidentale, Prusse Orientale, monts Tatras, etc.…) sont humides, fourmillent de rivières ou de fleuves et sont très riches en étangs, en mares et en tourbières.

    La boue y devient très éprouvante au Printemps, des systèmes adaptatifs (comme des patins de chenilles), qui diminuent fortement la pression de contact des trains roulants ou mixtes sont donc commandés.

    Par ailleurs, durant l'Hiver, le froid peut venir très vite par des blizzards arctiques, ce qui peut provoquer la paralysie totale d'une armée qui n'y serait pas soigneusement préparée. 

    Il faut donc disposer aussi de vêtements d’hiver très isolantsd'engins de construction de routes, de capacités spéciales pour créer rapidement des systèmes de franchissement, et disposer de treuils particulièrement nombreux, puissants et solides

    La nouvelle guerre doit être une guerre de mouvement, donc les moyens de franchissement doivent être particulièrement abondants et variés

     



     IV - Objectif stratégique de cette guerre

    Depuis 1820, l'Europe entière est confrontée à la politique très expansionniste et très agressive du Royaume de Prusse. 

    En 1938, la France va devoir résoudre cette question pour la troisième fois de son histoire en 70 ans.


    Si, de son côté, l'Allemagne n'honore pas sa signature du Traité de Versailles, les USA et le Royaume Uni n'honorent pas d’avantage leurs signature de ce même traité, pourtant entièrement conçu par le président Américain Woodrow Wilson.


    Malgré sa lourde et indiscutable défaite de 1918, la Prusse, qui domine toujours la totalité de l'Allemagne, dispose d'une importante puissance industrielle, qui, comme tout son territoire, n’a connu aucune destruction. 

    Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le retour de l’Allemagne Prussienne à la puissance militaire fut l'affaire d'une petite dizaine d'années comme l'annonçait, dès 1920, le maréchal Foch (in Le Mémorial de Foch, ensemble de propos recueillis depuis 1919 par Raymond Recouly et publiés en 1929).

     

    Si la Wehrmacht de Hitler est déjà particulièrement réactive en 1938, elle n'est, cependant, pas encore tout à fait prête à la guerre.

    Mieux vaudrait donc, pour la France, essayer de la prendre à la gorge sans tarder.

    L'entraînement exceptionnel des cadres de la Wehrmacht, à tous les échelons, implique que la France conduise ses attaques rapidement, après un très haut niveau de préparation et une réelle connaissance du terrain (absente dans la réalité historique)

    La satisfaction de ces exigences, apparemment contradictoires, dépend beaucoup de la qualité de notre aviation de renseignement.

    Les Alliés n'ont pas absolument pas les moyens économiques d'attendre que Hitler choisisse son meilleur moment pour lancer sa guerre

    L’initiative de la guerre doit donc revenir réellement à notre pays (ce qui est contradictoire avec le pacifisme sincèrement désiré par notre population).


    L’arme blindée, développée par Heinz Guderian, est la base de la Wehrmacht.

    Celle-ci compte nombre de blindés rapides, comme les SdKfZ (automitrailleuses), qui vont harceler nos troupes à pied.


    Historiquement, en 1938, le gros de ses chars est alors constitué par des Panzer I, conçus en 1932 (avant l’arrivée des nazis au pouvoir) et construits à partir de 1934. 

    Ces petits chars (4 m de long, 2 m de large) pèsent 5.5 tonnes. 

    Equivalent de nos AMR 33, ils sont peu protégés (7 à 13 mm) et à peine mieux armés avec 2 mitrailleuses de 7.92 mm (ils sont moins rapides mais ils sont bien plus nombreux et certainement plus fiables). 


    Les Panzer II sont les chars Allemands endivisionnés les plus puissants de leur pays en 1938 et aussi les plus dangereux (armés de canons de 20 mm), mais, face aux nôtres, mieux blindés, ces engins ne peuvent avoir qu'un impact réduit.


    Le lancement du Panzer III, nettement plus lourd et plus puissant, n'est pas encore d'actualité pour 2 raisons :

    • Sa mécanique est encore fragile au niveau des suspensions et de la boite de vitesse. 
    • Son armement est encore en débat entre le 37 mm /L42 et le 50 mm / L45 qui, heureusement, ne deviendra standard qu'après le début de Barbarossa – fin Juin 1941 (et après quelques déboires contre des T 34 soviétiques). 
    • La version ''parfaite'' de ce char apparait à la fin du printemps 42.


    Le Panzer IV, armé d'un canon de 75 mm, n’est apparu opérationnellement qu’à la fin de l’Eté 1939, et encore en très petit nombre.

     



    La Luftwaffe comporte environ 600 chasseurs Bf 109 D (730 Cv – 460-465 km/h – source : De. Wikipedia 12 VI 2022).  


    Historiquement, en Juillet 1938, 50 % de ces avions étaient indisponibles. 

    Le moteur Daimler Benz DB 600 qui délivrait 900 Cv à 2400 t/m était déjà monté sur certains bombardiers (Do 215, He 111), mais il n’était pas fourni aux monoplaces de chasse Messerschmitt 109.

    Il consommait 225 gr d’essence par cheval-vapeur et par heure au régime de croisière maximal, ce qui signifie qu’il consommait alors près de 240 litres/heure à puissance moyenne.

    Seuls, les dérivés de ce moteur, le DB 601 (à injection directe) et ses descendants, seront montés sur le Bf 109, (le réservoir d'essence du Bf 109 E contenait 400 litres - soit environ 700 km d'autonomie - contre seulement 235 litres pour ses prédécesseurs, donc moins d'une heure de vol).


    En 1938, les bombardiers les plus nombreux du Reich – 800 exemplaires – étaient des Junkers 86bimoteurs lents (325 km/h - 800 kg de bombes) et d'un pilotage très délicat (voir Les Ailes, #860, du 09/12/1939).

    Ces avions sont très inférieurs, en performances comme en capacités de vol, aux remarquables Dornier 17 (425 km/h – 600 kg de bombes), Dornier 215 (475-485 km/h - 600 kg de bombes) et également inférieurs aux puissants Heinkel 111 en vitesse, tonnage de bombes (390 km/h – 2 000 kg de bombes) et rayon d'action (1 200 - 2 500 km, suivant la charge de bombes).

    L'ensemble comptait 2 000 bombardiers, ce qui était déjà la plus importante force offensive dans le monde occidental.


    Par ailleurs, en 1938, la Luftwaffe commençait à fabriquer en série ses excellents radars Freya.


     

    La Kriegsmarine possédait trois croiseurs très lourds (fallacieusement appelés "cuirassés de poche") qui n’étaient, en fait, pas réellement bien conçus, sauf le dernier, l’Admiral Graf Spee (sabordé, hélas pour Hitler, à Montevideo en 1939). 

    Les navires suivants, beaucoup mieux conçus, n'étaient pas encore en service.

    Si elle ne disposait, à cette date, d'aucun porte-avions, elle utilisait surtout des avions terrestres à long rayon d'action :


    • Des Focke Wulf 200 Kondor (360 km/h, 21 000 kg, 3 600 km en vol de transfert et 1 600 kg de bombes) furent choisis,


    FW 200 C3 en 1941 - un bel avion ralenti par des pustules navrantes.



    • Elle utilise aussi des hydravions Heinkel 115 (330 km/h) ou des Dornier 18 qui patrouillent en Mer du Nord comme en Baltique. 

     

    Ses sous-marins, encore peu nombreux, plongent profond grâce à leur coque soudée et apparaissent très silencieux.

    Cette Marine maîtrise en outre parfaitement les outils électroniques d’alerte aérienne et sous-marine.


    Son porte-avion, le Graf Zepplin, fut historiquement lancé au début Décembre 1939.

    Un quidam lui avait alloué, hélas pour ce navire , un armement ''principal'' de 16 canons de 150 sous la forme de 8 tourelles doubles de 50 tonnes chacune ! 

    Evidemment, ces canons n’avaient rien à faire là !

    Mais ils expliquent parfaitement pourquoi le groupe aérien de ce navire (42 avions) n’avait qu’une valeur bien limitée. 


    Les Allemands ont expliqué l’échec de ce porte-avions par le refus de Göring de laisser des avions sous le commandement de marins.

    En fait, les marins Allemands devaient majoritairement être issus de familles du Nord de l’Allemagne, c’est-à-dire de familles d’anciens marins Danois (Schleswig et Holstein).


    La notion de bataille navale semble avoir complètement échappé au gros Dauphin du Führer.


    Pour protéger efficacement sa Flotte, Hitler aurait dû disposer d’au moins 200 avions embarqués (Chasse, Reconnaissance, Torpillage, Bombardement en Piqué et réglage de tir)..


    Heureusement, Göring ne le comprit jamais.

     


    V - Des Alliances

    C'est le point crucial, vu que, historiquement, le 3 Septembre 1939, notre pays est entré en guerre sans aucun allié opérationnel digne de ce nom : 

    • Nous avions perdus la Tchécoslovaquie l’année précédente, lors des accords de Munich, merci les Polonais (affaire de Teschen - Český Těšín), merci Lord Chamberlain !   
    • Nous avons constaté alors que le Royaume Uni ne pouvait envoyer que 12 divisions au combat, dont 11 d'infanterie, autant dire rien.  
      • Son armée ne disposait de rien de sérieux comme matériel militaire sur terre ou dans les airs :
        • Sa seule unité blindée était une division de 250 chars constituée (à 80%) de chars Vickers Mk VI qui se révélèrent totalement inutiles. Donc, en fait, il n'y avait qu'une petite brigade blindée de 50 chars utiles.
        • Dans la littérature récente, on raconte que le Royaume Uni a envoyé 500 avions en France. Mais ces avions y sont arrivés au compte-gouttes. Si autant d’avions étaient arrivés très vite et d'un seul coup, ils auraient permis de soulager les Polonais. 
          • Le nombre d’avions cité plus haut est seulement le nombre total d’avions ayant posé leurs roues à un moment ou à un autre sur le sol Français. Ils n’ont jamais eu l’impact qu’une force peut avoir lorsqu’elle est en nombre et qu’elle est aguerrie.
        • Elle disposait évidemment de nombreux navires dont j’espère avoir démontré qu'ils étaient, pour la plupart, anciens ou mal conçus ou encore  mal protégés contre l’Aviation moderne. Heureusement pour elle, ses marins, eux, étaient, excellents.

      Militairement, le Royaume Uni n’existait donc ni sur terre, ni dans les airs, malgré l’envoi de 390 000 hommes en France. 

      {Tentative d'explication de la faiblesse du Royaume Uni, en fonction de la période :
      • Dès 1919, ce pays a payé très cher la construction de son énorme flotte de super-dreadnoughts (juste entre 1906 et 1917), puis de ses croiseurs de batailles devenus des porte-avions.
      • Il a aussi souffert de la destruction d'une part importante de ses navires marchants.
      • Pendant l'Entre-Deux-Guerres, les Britanniques se ruinent à rembourser les emprunts qu'ils ont contractés aux USA. 
      • Mais, pour autant, ils maintiennent une marine hors d'âge.
      Après la Seconde Guerre Mondiale, la décolonisation et la très forte croissance de la puissance des USA se conjuguent pour leur enlever l'essentiel de leur puissance économique. }

        

      Historiquement, l’Italie, contrairement à ce qui est raconté couramment, ne se comporta pas en ennemie de la France pendant longtemps

      En 1935, notre Marine avait ainsi passé une semaine à Naples pour une visite réellement amicale.

      Mais  :
      • Notre faiblesse face à l’Anschluss en 1938 (que Mussolini refusait en 1934),
      • Les innombrables discours antifascistes de nos politiciens, en particulier après l’attaque de l’Abyssinie, ont fait, peu à peu, fait basculer ce pays vers Hitler, ce qui était parfaitement évitable : Nous n'avions pourtant aucune raison de nous couper de notre Allié de la Grande Guerre.

         

        La Pologne n’avait aucun poids militaire opérationnel, même si son infanterie était bien formée et très courageuse :

        • Elle manquait aussi cruellement de canons : Ses divisions d'Infanterie avaient 5 fois moins de canons que les divisions homologues  Allemandes. 
          • Ceux qui suivent, en cette année 2024, les nouvelles de la guerre Ukrainienne me comprendront.
        • Elle n’avait pas de chars nombreux, blindés et puissants
          • Historiquement en 1939, les 148 tankettes 7TP, protégées seulement à 17 mm, ne tiendront pas face aux plus de 1 000 chars Pz II qu'elles rencontreront.
        • Quoique réputée largement anti-Allemande, la Pologne avait signé, le 26 Janvier 1934, un pacte de non-agression avec l'Allemagne, totalement contradictoire avec son alliance avec la France (en fait, la Pologne était – et reste toujours – uniquement pro-Pologne et anti-Russe). 
          • Par ailleurs, elle démontrait alors un antisémitisme étonnamment proche de celui exprimé par Hitler.  


        La Belgique s'était déclarée neutre en 1936. 

        Elle démontrait alors son incompréhension du plan Schlieffen, pourtant déjà mis en œuvre en Août 1914. 

        {Rappel : Le plan Schlieffen a été conçu contre la France essentiellement. A la différence de la Suisse, la Belgique n’est pas considérée comme un obstacle par l’Etat Major Allemand.}


        Ce pays, neutre et bien plus petit à tous les niveaux que la Grande Bretagne, avait une armée de 615 000 hommes !

        • Elle possédait un assez faible nombre d'avions, une petite partie d'entre eux étaient relativement modernes.
        • Ses fortifications étaient dépourvues de toute défense anti-aérienne. 
        • Ses "barrières antichars" étaient dispersées et n’étaient appuyées ni par de l’artillerie ni par des mines.

         

         

        De 1936 à Décembre 1938, la France n’avait donc qu’un seul allié, heureusement très fiable : La Tchécoslovaquie. 


        • La grande force de ce "petit" pays (14 000 000 d'habitants) est, alors, son excellente industrie d'armements  qui fabrique : 
            • d'excellents avions, 
            • d’excellents moteurs, 
            • d'excellents chars et 
            • d'excellents canons.   
        • De plus, ses fortifications étaient efficaces (quoi qu'en ait dit le général Guderian qui ne les a jamais combattues) et ses soldats étaient très bien formés.  
        • Le grand homme de ce pays, Thomas Masaryk, père de l'indépendance, très âgé, quitte le pouvoir en Décembre 1935. 
        • Edvard Beneš le remplace. Il est caractérisé par une haine violente des Habsbourg et de l'Autriche et il montre une grande amitié avec Joseph Staline.
        • Jan Masaryk, fils de Thomas, devient ministre des affaires étrangères.

           

           

          Retour sur l’allié Britannique

          Historiquement, jusqu'à Décembre 1936 (abdication d'Edouard VIII), le Royaume-Uni maintenait une attitude essentiellement consacrée au renforcement des moyens militaires de l’Allemagne, puis du IIIème Reich (histoire de contrer la France, comme l’a démontré sa condamnation de la France et de la Belgique pour leur occupation de la Rhénanie en 1923, puis le Traité Naval de Londres du 25 Mars 1936).

          Cette politique était fortement poussée par le Premier Ministre socialiste Ramsay MacDonald puis par ses deux successeurs conservateurs Stanley Baldwin puis Neville Chamberlain.

          Que voulez-vous, la Grande Bretagne était, est et sera avant tout une nation tournée vers le commerce et, pour elle, l'Allemagne était avant tout un excellent client !    

          A ce moment précis, d’ailleurs, la valeur technique de l'armée Britannique apparaît vraiment médiocre (historiquement, elle ne s'améliorera que vers le milieu de 1941).


          En plus, l'absence de conscription lui interdisait toute mobilisation efficace.



          La Royal Navy était mal équipée :


          • Ses très nombreux navires dataient, pour la plupart, de la Grande Guerre, voire d'avant 1914. 
          • Ils ne brillaient pas par leurs capacités guerrières par rapport aux navires des autres marines: La plupart des navires de ligne étaient trop lents et, surtout, leurs canons manquaient à la fois de portée et de capacité destructive.
          • Leurs porte-avions existants ne portaient pas beaucoup d’avions. 


          La Royal Army, elle aussi, datait :
            • Ses chars étaient médiocres : 
              • Le Vickers Mk 6 (6.5 tonnes) et le Cruiser (12 tonnes) roulaient à plus de 50 km/h, mais le blindage du premier culminait à 14 mm (!) et son armement était une simple mitrailleuse de 12.7 mm. 
              • Le blindage du Cruiser (26 mm) était moins nul et il portait un canon de 40 mm (QF 2 pounder), correct contre des Panzer III et IV à 500 m, du moins en Mai 1940, mais très peu efficace contre l'infanterie.
            • Les chars lourds Mathilda I (11 tonnes - 13 km/h) étaient de très lentes araignées chenillées, bien blindés (60 mm), mais seulement armées d’une plus que médiocre mitrailleuse de 7.7 mm.
            • Le char Mathilda II (30 tonnes – 25 km/h), considérablement plus moderne, bien blindé, utilisait le petit 40 mm du Cruser Il. Impossible donc pour lui de détruire un Panzer III ou IV avec un seul obus, par contre son blindage (60 mm) lui permettait de tenir plus longtemps.

           

          • La RAF était également mal lotie, malgré tous les éloges très grandiloquents qui fleurissent à son endroit depuis 1940, en particulier après la guerre.  
              • Ils avaient donc encore moins de chances que nos Spad face à un Bf 109, puisqu’ils grimpaient nettement moins vite.
          • Elle attendit bien sagement ses Hurricane Mk I (490-500 km/h) jusqu’au Printemps 1938. 
          • Il lui fallut attendre 2 ans supplémentaires pour toucher ses premiers Spitfires Mk I bis (560 km/h), encore peu efficaces à Dunkerque, si du moins cette version y était présente (probablement juste par manque de pratique réelle).
            • En plus, les missions d'escorte lui étaient très peu familières parce que très rarement demandées. Cela eut des conséquences tactiques graves.
            • Les ensembles émetteurs-récepteurs radars de la Chain Home étaient intransportables. 
            • Par contre, les pilotes de la RAF étaient bien entraînés au tir et à la radiophonie.  

          • Le Bombardement Britannique avait des avions et des conceptions bien peu testés expérimentalement:
            • Un bombardier de jour monomoteur léger, le Fairey Battle (415 km/h), incapable de se défendre seul car ne disposant que d'une seule mitrailleuse fixe (Colt-Browning) de 7.7 mm, à V0  de 850 m/s, à l’avant, et une autre, Vickers K, à V0  de seulement  760 m/s, à l’arrière (!). 
              • Il eut été facile d’améliorer ce point en doublant chacun de ces postes de tir.  
              • Ralenti par une voilure de surface trop importante (39 m², 25% de plus que celle du Bréguet 693 de même masse), il portait une personne de trop (= 300 kg de trop).    
              • Il portait 1 000 livres de bombes (= 454 kg). Personne n'avait imaginé blinder cet avion, même légèrement.  

              • Avec une voilure réduite de 10 m², un équipage réduit à deux hommes et en gagnant 2 mitrailleuses supplémentaires (2 à l'avant et 2 à l'arrière), l'avion aurait gagné à la fois en capacité de manœuvre et en vitesse (de l'ordre de 40 km/h). Il eut été alors bien plus dangereux en masse pour les Allemands.
              • Par contre, il avait été construit à un rythme remarquable (1 000 exemplaires livrés au 1er Septembre 1939, soit 2 fois le nombre des Hurricane Mk I !). Cet avion pouvait donc réaliser des attaque massives, donc saturantes, avec des pertes faibles :
              •  A aucun moment, ces avions, potentiellement très efficaces, n'ont été employés en masse de plusieurs centaines d'avions, ce qui, alors, aurait tout changé. 
              • {Historiquement, employé en formations de 30 ou 35 avions et dans la zone de létalité de la Flak de 20 mm, le taux de pertes devenait pourtant presque acceptable (de l'ordre de 40 à 50 %), même sans escorte, mais, le plus souvent, employé en formations de seulement 5 ou 6 avions, le taux de perte frisait, voire atteignait, les 100 % ! 
                • Il est facile de comprendre qu'employés à 150 exemplaires, leur impact sur les colonnes de blindés auraient été spectaculaire.} 

            • Un bimoteur plus célèbre, le Bristol Blenheim (425 km/h) aurait pu faire le job correctement si on l’avait accepté dans sa forme initiale (Britain first : 480 km/h).
              • Mais les décideurs voulurent en faire un mouton à 5 pattes.
              • Ils augmentèrent sa traînée, son autonomie, sa masse, puis sa puissance…  jusqu’au bout de la guerre, il resta donc un bombardier raté.

           

          • Les bombardiers moyens, eux, portaient heureusement des charges bien supérieures :   
            • Le Handley-Page Hampden (425 km/h, 1 500 kg de bombes) était très manœuvrant. On lui reprocha son inconfort. 
              • Mais il se comporta magnifiquement jusqu'à son retrait, fin 1942, avec des pertes très raisonnables.     
            • Le Vickers Wellington, bien plus gros, bien mieux motorisé (RR Merlin) et très bien défendu, était plus lent de 50 km/h et incomparablement moins manœuvrant que le Hampden.  
            • Il devait donc, impérativement, être employé de nuit.  Pour ne pas avoir compris cela, la première mission sur la Baie d'Allemagne en 1939 coûta une grave défaite à la RAF (60 à 75 % de pertes) et il donna au Messerschmitt 110 ses premières belles victoires.

          • Un unique, mais honnête, bombardier lourd de nuit, l'Armstrong-Whitworth Whitley, volait entre 350 et 400 km/h, suivant le modèle. Il pouvait porter 1 200 kg de bombes sur plus de 2 500 km ou 3 200 kg sur 750 km. Transformé en quadrimoteur, il aurait pu approcher le succès des célèbres Lancaster, Stirling et Halifax.

          Les "Grands Chefs" Anglais énonçaient, avec leur habituelle suffisance, que leurs bombardiers passeraient toujours ("the bombers will always get through"). Quelle blague, Mr. Stanley Baldwin !

          La qualité du commandement y était donc aussi navrante que chez nous.

          • Montgomery, que l'histoire officielle a retenu comme meilleur stratège Britannique (parce qu’il a gagné la Bataille d'El Alamein le 23 Octobre 1942), n'a jamais supporté la comparaison avec aucun des autres stratèges Alliés comme Patton, de Lattre, Leclerc de Hautecloque ou Joukov. 
            • De lui, je garde surtout en mémoire ses bizarres difficultés en Sicile (1943), sa très lente libération de Caen (60 jours) et sa désastreuse bataille d'Arnhem (17-26 Septembre 1944).
          • Les plans de bataille ahurissants si généreusement attribués au général Gamelin (bombardement des sites pétroliers de Bakou, débarquement de Narvik) furent l'œuvre du seul état-major Britannique, habitué bien plus que le nôtre et depuis longtemps aux opérations tordues et surtout très lointaines, ce qui fut très rarement le cas de nos chefs militaires de l'époque.
          • De 1936 à la fin de 1939, l'industrie Britannique de Guerre semble amorphe, puisqu'aucun de ses points faibles n'est jamais rattrapé


          Pour gagner contre Hitler, la France doit donc impérativement trouver des alliés nouveaux, donc a priori improbables pour le Führer.

           

          La Russie soviétique était, pour nous, un allié idéal

          Après le pacte Franco-soviétique, étonnamment signé en 1935 par Pierre Laval, une remarquable coopération avait commencé au niveau des troupes aéroportées (qui avait débouché sur la création de notre Infanterie de l'Air) et par la vente des techniques des moteurs Hispano (avec l'ingénieur Klimov) et Gnome et Rhône (avec l'ingénieur Toumansky).

          {Parenthèse Historique : On sait que Staline, bien après la signature des accords de Munich, s'est tourné vers la signature d'un pacte secret Germano-Soviétique, sa résolution, en cela, ayant été fortement renforcée par la très négative évaluation de la puissance militaire soviétique par les Britanniques (sur En. Wikipedia, de Septembre 2021) et qu’il faut lire ici :

          On 24 April 1939, the [three] Chiefs of Staff submitted their report and rated Russia's military effectiveness low

          The next day, Chatfield gave the Cabinet Committee on Foreign Policy a summary of this report:

          "Russia, although a great Power for other purposes, was only a Power of medium rank for military purposes... Her assistance would be of considerable, though not of great, military value".

          On 16 May 1939, Lord Halifax said that the political reasons for not allying with Russia were stronger than the strategic reasons for such an alliance. 

          Chatfield responded: "...if for fear of making an alliance with Russia we drove that country into the German camp, we should have made a mistake of vital and far-reaching importance".


          Ma traduction : Les chefs d'état-major rendirent leurs rapports le 24 Avril 1939. Pour eux, le niveau militaire de la Russie était faible :

          Le lendemain, Lord Chatfield résuma ce rapport devant le cabinet de Politique Internationale : "Par certains aspects, la Russie est une grande puissance, pourtant, au niveau militaire, elle n'occupe qu'un rang moyen. Elle peut être d'une aide importante mais non décisive."

          21 jours plus tard, Lord Halifax décida que les raisons politiques de refuser l'alliance Russe l'emportaient sur celles poussant à cette alliance.

          Chatfield lui répondit : "Si, par crainte de nous allier à la Russie, nous la poussons tout entière dans le camp Allemand, c'est une erreur mortelle qui aura des conséquences à long terme."}


          Cette ''évaluation militaire’’ de la Russie par des officiers Anglais était, pour le moins, de qualité exceptionnellement médiocre

          Mais nous devons admirer l’intelligence stratégique de Lord Chatfield, homme qui avait remarquablement manœuvré son battle-cruiser HMS Lion à la tête de l’escadre de l’Amiral Beatty pendant toute la Bataille du Jutland, en 1916.

          Oui, les purges de 1937 avaient affaibli (et continuaient d'affaiblir) l'Armée Rouge. Mais cette armée disposait en abondance :

          • D’un matériel d'usage aisé, increvable et fonctionnant dans toutes les conditions météorologiques possibles
          • Les soldats Russes, doués d'une incroyable capacité de résistance aux pires conditions de vie, étaient d'une inventivité tactique très intéressante. Je rappelle que ce sont les soviétiques qui ont inventé les parachutistes !
          • Le territoire soviétique était aussi, par sa dimension mêmeun formidable ennemi que Napoléon avait expérimenté à ses dépens.

          Il est donc nécessaire de trouver le moyen de s'allier solidement à ce pays, moyennant une monnaie d'échange qui puisse changer sérieusement la vie des peuples soviétiques, et donc apte à intéresser sérieusement leurs dirigeants.


          La longue lutte du Tsar Pierre le Grand, de 1694 à 1721, pour ouvrir l'accès des mers à son pays, avait ainsi abouti à la création de ports russe sur la Mer Noire puis sur la Baltique. Ce fut une des clefs de la situation économique de la Russie.

          Les Russes purent enfin échanger des richesses et des informations avec d'autres pays, ce qui renforçait leur économie tout en diminuant la vulnérabilité de leur Empire face aux Turcs et aux Suédois.  

          Mais les ports Russes de la Baltique continuaient à geler tous les hivers (voir carte ci-dessous). Il est donc bien possible que, en 1936, la Russie soit encore intéressée par la possession d'un nouveau port en eau libre

           

           

          Moyenne du taux d'embâcle glaciaire au 1er Mars en Baltique (début du Printemps). Le Sud de cette mer est navigable. 
          Königsberg, sur la péninsule W-E située à l'intersection du méridien 20° 
           et  du 55ème parallèle, est presque libre de glaces


          En cas d'agression du Reich contre la Tchécoslovaquie, il serait donc raisonnable de proposer aux soviétiques, une puissante attaque sur la Prusse Orientaleet en particulier sur Königsberg, ville située sur la longitude 20°, juste au Sud du 55ème parallèle.


          Les plus importants généraux Allemands, en particulier ceux faisant partie du Grand Etat-Major Général (OKW) étaient des Prussiens. 

          Une attaque sur leur province-mère était donc la pire offense qui pouvait leur être faite.


          De ce fait, une telle offensive ne serait pas de tout repos, parce que (historiquement) l'Armée Rouge avait subi, après l'élimination de Mikhail Toukhatchevsky (1937), des purges catastrophiques, en particulier au niveau des officiers supérieurs. 

          De toute façon, l'attaque soviétique ne pourrait en aucun cas intervenir en ouverture du conflit, les Allemands étant encore à leur meilleur niveau et n’ayant pas engagé l’essentiel de leurs armées

           

          Une très grande majorité des unités de la Luftwaffe et de la Wehrmacht devraient être concentrées contre la France et la Tchécoslovaquie, la Russie ne devant intervenir qu'au moment où Français, Tchèques et Slovaques commenceraient à souffrir. 

          Si l'attaque Russe intervenait trop tôt, il y aurait fort à parier que Hitler envoie toutes ses forces contre l'Armée Rouge, ne laissant qu'un faible maillage défensif face aux Forces de la Petite Entente.

          La première attaque, qui, pratiquement, doit être réalisée par surprise, doit donc concerner l'Ouest du Reich, par une série de bombardements des bases industrielles, des raffineries et des dépôts de carburant, des voies de chemins de fer, des ponts et des aérodromes Allemands. 

          L'attaque Française doit être aérienne pour affaiblir en priorité la Chasse Allemande. De cette manière, la Chasse Allemande a toutes les chances de se concentrer sur l'Ouest du IIIème Reich.

          Cependant, pour être significatif, l'affaiblissement du Reich nécessite encore au moins un front supplémentaire.

           

          Encore le cas Anglais

          Dans toutes les affaires importantes (et une guerre est toujours une affaire importante), du Royaume Uni surgit toujours la vieille Angleterre : Ce pays a toujours eu la volonté que l'Europe soit désunie, histoire d'être l'unique gagnante de toutes les compétitions commerciales et donc, également, de toutes les guerres. 


          Par exemple, la belle montée en puissance de la Marine de Napoléon III explique parfaitement pourquoi l’Angleterre, que nous avions pourtant puissamment aidé face aux Russes en Crimée, ne nous a pas soutenus face aux menaces, puis à la guerre que Bismarck avait lancé contre la France en 1870 (l'immense Rudyard Kipling avait d’ailleurs très violemment critiqué le comportement mesquin de son pays). 

          Cela peut expliquer ensuite, en retour, la création, au sein de la Marine Nationale Française, de la fameuse Jeune École autour de l'amiral Hyacinthe Aube.

          Celui-ci avait parfaitement anticipé le (futur) prodigieux potentiel de destruction des torpilles Whitehead (qui restent toujours une des armes clé de la guerre navale). 

          Sa pensée était remarquable, mais nos ingénieurs maritimes ne lui avaient pas consacré une attention suffisante. Ils bâclèrent leurs projets de torpilleurs et de sous-marins.

          Du coup, nos premiers (et minuscules : 60 tonnes) torpilleurs, de 1885-1890, provoquèrent donc de longs éclats de rire chez nos amis Britanniques, mais une fois que ces navires et leurs torpilles eurent démontré un semblant d'efficacité, l'Amirauté Anglaise lança, contre eux, une "arme absolue", le destroyer.

           

          Lorsque l'Amiral Alfred von Tirpitz lança ses lois navales en 1898, c’était dans l’idée que les cuirassés Germaniques, bientôt construits, sécurisent les voies maritimes entre les colonies africaines Allemandes et leur mère patrie.

          Ces cuirassés devaient dissuader l'Angleterre, alors première puissance navale du Monde, d’attaquer la nouvelle flotte Allemande, même si celle-ci ne cherchait pas (encore) la confrontation directe.

           

          Les maîtres politiques de la Grande Bretagne commencèrent alors à changer de position, ce mouvement aboutissant à la célèbre "'Entente Cordiale" Franco-Britannique, qui vit effectivement une coopération assez efficace entre nos armées.

          La réponse Britannique à Tirpitz fut claire : En 1914, la flotte Anglaise comptait 35 dreadnoughts. 

          A ce moment-là, la flotte du Kaiser comptait seulement 17 dreadnought, soit moins de la moitié de la flotte Britannique.

          Pourtant, la bataille de Coronel (Chili), 1ère bataille navale de la 1ère Guerre Mondiale, fut très brillamment gagnée par la flotte conduite par l'Amiral Graf von Spee et il fallut une très puissante désinformation Britannique pour que la flotte de l’amiral Allemand soit détruite aux Malouines


          Après 1917, les commentateurs Britanniques annoncèrent que Tirpitz avait perdu son pari.

          {Cette opinion coïncide avec la vérité historique, mais il eut suffi que l’amiral Prussien ait - correctement - déployé tous ses U-Boots aux bons endroits pour détruire la flotte Britannique pendant la bataille du Jutland.}


          En 1936, l'accession au pouvoir du Roi Edouard VIII renforça le parti favorable aux thèses nazies (dite Appeasement Politic) parce qu'elles lui donnaient l'impression que cela allait permettre d'en finir rapidement avec l'URSS, sans même faire couler le si précieux sang Anglais.

          C'est l'habituelle illusion des Anglo-Saxons qui, déjà pendant le règne de Louis XIV, pensaient que les Russes pourraient constituer leurs pires concurrents, alors qu'en réalité les citoyens de cette nation, bien que très brillants, avaient besoin de manger encore beaucoup de soupe avant d'avoir une parfaite expérience d'hommes de mer. 

           Déroulement de l'Hypothèse 4836 : La guerre pour la Tchécoslovaquie

           

          {A - Une partie de ce qui suit se déroule en territoire Prussien ou, plus exactement, ex-Prussien. Les localités y auront donc encore des noms Allemands. 

          Comme les Polonais n’ont pas du tout joué un rôle amical vis-à-vis de la Tchécoslovaquie en 1938 (c'est le moins que l'on puisse dire !), je n’ai aucune raison d’employer les noms Polonais qu’ils emploient actuellement et qui sont les noms "définitifs".

          B – Ce texte ne couvre évidemment qu’un petit nombre de théâtres d’opérations. Je n'ai pratiquement pas traité les opérations des armées Tchécoslovaques, par manque de documentation.

          C – J'ai besoin, à ce stade de mon récit, d'un personnage couteau-Suisse, le Général Modeste Ortant, que j’invente pour combler mes lacunes sur les personnages historiques Français.}


          Jusqu’à une période récente, le général Ortant a surtout travaillé dans nos services de renseignement. 

          Maintenant, il a réintégré l'Armée de l'Air et tutoie même la plupart de ses collègues des autres armes. 

          Personne ne se souvient de comment il est arrivé à ce poste, au début de 1933, mais on lui reconnait des compétences étendues. 

          Etonnamment, il a réussi, très discrètement, à réconcilier De Gaulle et Pétain.

          Pour cela, il était allé voir le lieutenant-colonel De Gaulle.

          -    Alors, De Gaulle, Pétain vous énerve !  Expliquez-moi pourquoi ?

          -   Cet homme n’a aucun scrupule ! D’abord, il a laissé tomber Lyautey face à Abd-el-Krim. Maintenant, il veut que notre doctrine reste bloquée dans une ruineuse guerre de position avec la ligne Maginot.

          -    C’est exact. Mais il me semble que vous avez un grief particulier contre lui. Est-ce que je me trompe ?

          -    Non. Vous… Vous savez peut-être que j’ai écrit quelque petits bouquins.

          -    Oui, je crois les avoir tous lus. Je les ai bien aimés.

          -    Je vous remercie de votre appréciation, mon général.

          -    Mais quel rapport avec Pétain ?

          -   Il veut que je lui serve de nègre en partant de mon futur livre, que j’ai intitulé : La France face à toutes ses guerres.

          -     Vous voulez dire qu’il veut le signer en premier ?

          -    J’ai plus l’impression qu’il veut en être le seul auteur ! Vous vous rendez compte !

          -    Seigneur ! Pourquoi ?

          -    Je n’en sais rien.

          -     Bien sûr, il ne veut pas partager la signature avec vous ?

          -     Evidement.

          -     Expliquez-moi ce que vous ressentez, sur ce problème.

          -   Je veux que mes lecteurs soient bien conscients de ce qui est imposé à notre Nation par sa géographie, à la fois physique et ethnique. Je veux qu’ils comprennent l’immuabilité des guerres.

          -   C’est un peu déprimant. Pourquoi écrivez-vous cela ?

          -    Pour préparer mes lecteurs à mon prochain livre.

          -    Qui va traiter de quoi ?

          -    De l’Arme Blindée et des putains de nouvelles contraintes qu’elle va nous imposer : Elle imposera de former des soldats professionnels particulièrement bien entraînés.

          -    Je comprends très bien votre point de vue.

          -    Je vous en remercie…

          -    J’approuve totalement vos buts. Mais je n’approuve certainement pas votre fâcherie avec le Maréchal ! Mon ami, vous vous devez de bien réfléchir. Si vous publiez votre travail sur la France et sa Défense sous votre seul nom, ce livre aura certes un succès d’estime, mais sans plus. Il n’aura aucun impact sur les politiciens. Par contre, je vais voir comment je peux obtenir une volte-face du Maréchal.

          -    Vous n’y arriverez pas, je le crains.

          -    Si, parce que lui-même y a grand intérêt !



          Ortant obtint un rendez-vous auprès du Maréchal pour le surlendemain.


          -    Monsieur le Maréchal, je vous remercie de me recevoir aussi vite.

          -  J’entends beaucoup parler de vous et je me réjouis de cette occasion de faire votre connaissance. De quoi voulez-vous m’entretenir ?

          -    Du programme guerrier que le chancelier Hitler est en train de mettre en œuvre.

          -    Vous savez, cet Hitler n’est qu’un modeste caporal.

          -    Permettez-moi d'être moins affirmatif sur ce point.

          -    Pourquoi ?

          -   Croyez-vous vraiment le Maréchal Hindenburg laisserait l’Allemagne entre les mains d’un chancelier d’opérette ?

          -    Ah ? C’est vrai, c’est un argument troublant. Je n’avais pas réfléchi de cette manière !

          -   Rappelez-vous que, en 1924, lors du putsch de la Brasserie de Munich, Hitler était déjà soutenu par le général Ludendorff !

          -   C’est vrai que, par cette conjonction, vous soulignez quelque chose de vraiment très inquiétant.

          -   C’est d’autant plus inquiétant que son programme d’armement est brillant et les hommes qu’il nomme aux postes importants pour le mettre en œuvre sont remarquablement efficaces.

          -    Avez-vous une idée sur ce fameux programme ?

          -  J’ai juste des nominations inquiétantes de gens peu connus mais dont les compétences semblent impressionnantes.

          -    De qui parlez-vous, en particulier ?

          -   D’un officier d’état-major né en Poméranie, donc dans l'actuel corridor Polonais, et qui se fait une grande réputation sur un domaine dont il ne connaissait rien du tout en 1918 : La motorisation et les chars. C’est un remarquable expérimentateur.

          -    Et donc ?

          -   D’après les rumeurs discrètes, il prépare une armée de chars et de canons automoteurs.

          -     Ses chars vont se fracasser le nez face à la ligne Maginot !

          -   Il est en train de mettre au point des bunkers épais qu’il attaque avec leur nouveau canon de 88 mm.

          -     Combien de calibres ?

          -    De 55 à 76. Le projectile sort de la bouche à une vitesse comprise entre 840 et 900 m/s !

          -    Diable ! que préconisez-vous ?

          -    Une force blindée étroitement associée à une force aérienne d’un type nouveau.

          -    C’est un peu ce que je voulais faire dans l’offensive de 1918 !

          -    Exact, Monsieur le Maréchal. Mais, en 1918, vous pouviez récupérer tous les Français conducteurs de chars que vous vouliez. Dans les deux années à venir, il faudra en former des tout neufs, et cela va prendre du temps, comme en Aviation. Donc, il nous faut une forme d’Armée d’Active pour les troupes blindées et leur infanterie.

          -    On va avoir du mal à faire passer cela, croyez-moi.

          -    Sauf si vous disiez que c’est indispensable. Qui verrez-vous commander nos chars ?  Il faudrait un gars qui ait un sens inné de laction juste et qui soit aussi un gros travailleur.

          -    Prenez De Gaulle !

          -    Vous êtes sûr ? Je croyais que vous étiez en colère contre lui.

          -   Il a eu l’intelligence de s’excuser hier. Cela m’a soulagé. Mais ce jeune a une vraie vision du coup d’après, en plus d’une assez bonne culture, pour quelqu’un qui ne sort pas de l’X.

           

          Par la suite, Ortant sembla disposer d'un grand pouvoir sur les dépenses militaires. 

          C’est à lui que fut confiée la lourde tâche de réaliser la mise à niveau matérielle de la Défense Nationale de la France.

          Dès son entrée en fonction, il avait demandé à visiter ses collègues Tchécoslovaques, ce qui devint possible en Août 1933.

          L'arrivée d'Hitler au pouvoir avait conduit directement Ortant à Prague. Il connaissait exactement le programme délivré dans "Mein Kampf".

          Ses interlocuteurs Pragois comprirent rapidement qu'il avait pris pleinement la mesure du danger nazi.

          Il fut reçu avec beaucoup d'égards et de gentillesse parce qu’il avait conscience du renforcement nécessaire à apporter aux moyens militaires Français et Alliés. 

          A son retour, il avait alors exigé la commande simultanée de 100 Dewoitine 500, d'autant de Spad 510 et d'une vingtaine de Mureaux 170.

           

          Il était aussi passé voir l’Amiral Lartigue à Paris.

          -    J’ai entendu que vous vouliez créer des hydravions de chasse attachés aux navires de ligne et aux croiseurs.

          -    Cela vous choque ?

          -    Bien au contraire. Mais je sais que la maison Bernard a commencé la construction d’un chasseur correspondant à votre idée.

          -    Et ?

          -   Ils ont fait voler des hydravions de record à de grandes vitesses. Vous pourriez en commander une vingtaine d’exemplaires pour faire de multiples essais à grande distance des mers et des terres habituelles.

          -    Où voyez-vous ces essais ?

          -    Vous les commencez au large du Morbihan, vous en ferez ensuite à Oran puis en mer de Norvège.

          -    Mais je dois lancer un concours !

          -    Vous le lancez tout de suite et les maquettes devront être examinées dans un mois.

          -    Ils n’auront pas le temps !

          -    Ceux qui le voudront vous présenteront leur projet  à la fin du mois prochain.

          -     Mais je court-circuiterais mes collègues !

          -   C’est vous le patron. Vous ne définissez rien en termes de choix techniques ou de performances. Vous leur donnez les différentes situations tactiques que ces engins devront régler, en pleine mer, cela va de soi.

          -   Comme lutter contre les avions torpilleurs, les avions de réglage de tir, comme notre Besson 35…

          -   Mais aussi contre les avions de surveillances maritime à très longue portée. Ou, encore, effectuer de reconnaissances rapides, voire lancer des bombes sur des navires comme des croiseurs légers

          -    Je n’arrive pas à avoir cela en tête !

          -   Prenez un Savoia-Marchetti S 55, il a une autonomie supérieure à 4 000 km. Il a un bon équipement radio. Il peut détecter tout trafic sur son trajet : Cela signifie qu’il peut détecter une flotte à 2 000 km de son point d’envol.

          -    Et que peut faire notre petit hydravion avec ses deux pétoires de 7.5 mm, face à cet avion de 10 tonnes ?

          -   Il peut en tuer le pilote, percer les réservoirs, mais aussi vous annoncer sa présence et sa route.

          -    Mais le S 55 va bientôt voler encore plus vite !

          -    En pointe, oui, peut-être, mais pas bien longtemps.

          -    Pourquoi ?

          -   Parce qu’il est conçu pour voler lentement et que la vitesse consomme énormément de carburant. Lorsqu’il est en panne, il doit se poser rapidement.

          -    Ah ! C’est vrai.

             

          La commande de 15 hydravions de chasse embarquée Bernard H 52 fut passée le mois suivant, le type d’avion commandé comme la rapidité de cette commande avait surpris la totalité du monde maritime sur le globe terrestre. 

          La firme Bernard avait bien essayé de refuser le marché, mais Ortant fit comprendre à tous les proches d'Adolf Bernard qu'ils subiraient un contrôle fiscal particulièrement sévère si la firme se révélait n'être qu'un système de dissimulation de revenus illégaux.

          Les Britanniques firent rédiger quelques thèses universitaires pour ridiculiser cette initiative.

          Les manœuvres menées, pour la première fois, par notre Royale en Mer de Norvège, démontrèrent toutefois que les trois premiers hydravions étaient efficaces.

          Clou de ces manœuvres, ils avaient découvert deux avions-torpilleurs Fairey Swordfish, arrivés "par hasard" au ras des flots, à moins de vingt nautiques de notre flotte

          Celle-ci manœuvrait alors à un peu plus de vingt milles à l'Ouest de l'Île de Torghatten, au Nord du Cercle Polaire.

          Les aéronefs Britanniques voulaient observer nos manœuvres. Mais nos chasseurs marins, considérablement plus rapides et manœuvrants les avaient escortés jusqu’à leur propre porte-avion dont, bizarrement, aucun chasseur n’avait encore décollé.

          On apprit, bien plus tard, que les aviateurs Britanniques avaient compris soudainement que si les Français l’avaient voulu, tous auraient terminé prématurément leur carrière sans que personne n’ait pu le savoir.

          Grâce à cet incident, les commandants des navires Français avaient, eux, enfin, pris conscience de la menace aérienne. 

          La solution bricolée d’une version à roulettes de l'hydravion-torpilleur PL 15 se révéla étonnamment efficace dès ses premiers vols à partir du Béarn : L’ex-hydravion volait maintenant à 235 km/h et tournait dans un mouchoir de poche.

           

          La réussite opérationnelle des hydravions de chasse avait permis de former une cinquantaine d'hydro-aviateurs de chasse en une seule année.

          On s’aperçut aussi que cela avait notablement modifié les tactiques des flottes Françaises qui naviguaient dans des zones jusque-là inaccessibles.


          Parallèlement, les Norvégiens, eux aussi séduits par ce concept, avaient acheté une douzaine de ces mêmes hydravions qu’ils avaient motorisés avec des moteurs Pratt and Whitney plus puissants.

           

          Quelques mois après  ces évènements, on s’aperçut que les nouveaux avions militaires Français étaient commandés dans les 3 mois suivant leur entrée en essais officiels au lieu des 2 ou 3 ans habituels.

           

          Le 27 Janvier 1934, Ortant découvrit dans son Figaro quotidien, sous la plume de Mr. Donnadieu, la signature d'un pacte de non-agression Germano-Polonais.

          Il compris tout de suite ce que cela signifiait : La Pologne, qui s’était sentie flouée par le Pacte de Locarno d’Octobre 1925, et qui voyait dans la ligne Maginot un désengagement de la France vis-à-vis de ses alliés situés à l’Est de l’Allemagne, tentait d’amadouer cette dernière pour conjurer toute tentative d’invasion soviétique.

          Il comprit que Hitler venait d’enfoncer un coin dans la défense de la France.

          D’autres renseignements montraient aussi que la Pologne tentait de déstabiliser l’URSS, en particulier en Ukraine et en Biélorussie, rien de cela n’allant vraiment dans le bon sens.

           

          Ortant discuta avec les amiraux Français pour que leurs cuirassés anciens et le porte-avions Béarn disposent du même type d'étrave que le paquebot Normandie

          Il se rappelait un échange particulier qu'il avait eu avec le grand Amiral Darlan en 1934, qui à l'époque, ne voyait pas l'intérêt des porte-avions :

          • ce type d'engin ne sert à rien, Ortant !
          • vous avez tout fait pour cela. Mais ce Béarn, laissez-moi le modifier et il coulera tous les cuirassés et croiseurs de Bataille qui flottent actuellement.
          • qu'ai-je donc fait dans ce sens ?
          • vous avez fait construire un transport d'aviation. Le Béarn ne peut lancer qu'un avion toute les 5 minutes, en moyenne. Son pont n'est ni plat ni rectangulaire, donc on perd de la place, donc des avions. Les USA lance un avion toutes les 30 secondes en moyenne, soit deux patrouilles quand nous lançons 1 seul avion. Vous avez choisi un chasseur Wibault qui vole à 230 km/h lorsque le SPAD 510, lui, vole à 380 km/h. Ce dernier est très bon, commandez en 20, ajoutez la capacité de lancer des bombes de 75 kg. Vous embêterez vos collègues étrangers. Prenez une bonne quantité de lance-torpilles.

          Initialement, sa suggestion semblait peu considérée, mais le capitaine de frégate Pierre Barjot la soutint vigoureusement.