jeudi 6 février 2014

L'Aviation de Chasse : Hyper utile. Exemple: La tragédie du 11 Septembre 2001 (Révisé le 11 / 07 / 2025 *** *** ***)


Depuis que l'Aviation Militaire existe (vers 1911), les militaires des armes plus anciennes ont toujours favorisé la construction d'avions dont ils pensaient qu'ils leur seraient utiles, comme les bombardiers et les avions de reconnaissance.

Par contre, ils n'ont jamais anticipé l'importance de la Chasse, ce qui est curieux car, dans la nature, les animaux volants peuvent être divisé en animaux rapace (chasseur) et animaux mangeables (proies). 

Pire, même de nos jours, beaucoup d'entre ces militaires nient toujours l'importance de cette Arme.

Pourquoi ?

Probablement parce que, du fait qu'un avion ne peut rester indéfiniment à la même place, il est incapable "tenir" l'air comme on tient une position, 

Il doit se ravitailler périodiquement, donc se poser (ou ravitailler en vol), ce qui, accessoirement, le rend vulnérable.

En plus, il ne peut pas voler dans certaines conditions aérologiques.

Pour les militaires "terriens" des années 1930-1940 cela les décevait beaucoup : "Mais on ne peut décidément rien faire avec ces foutus avions !" (phrase d'un célèbre et très grand soldat : Maréchal Leclerc de Hautecloque). 



La première obsession des militaires, juste après leur conquête de l'Air


En Août 1914, l'Aviation servit d'emblée à reconnaître les mouvements de l'ennemi ou à le bombarder.

Étonnamment, si tous les pays disposant d'avions se préparaient allègrement à se renseigner sur leurs adversaires ou à frapper leurs armées, aucun d'entre eux n'avait imaginé protéger son ciel de l'intervention des aviations ennemis. 


Il n'existait donc aucun Chasseur nulle part au Monde.

Commençons par définir ce que j'entends par "Chasse".

C'est la structure militaire qui a pour mission de protéger la Nation, son territoire, ses structures économiques et ses forces armées (où quelles soient), de toute agression aérienne par des moyens aériens, donc des avions ou des drones armés ou des missiles ainsi que tous les moyens matériels, physiques ou intellectuels qui facilitent cette protection.

Chacun des éléments constituant cette Chasse doit avoir le moyen concret d'éliminer du ciel les appareils ennemis qui l'occupent.

Le but premier de la Chasse est donc de remporter le maximum de combats aériens.

Le concept de combat aérien lui-même n'existait-il point avant la Grande Guerre ?

Bien sûr que si : Bien avant que l'homme n'apparaisse sur la Terre, le combat aérien fut un art pratiqué par tous les animaux aptes à voler, aussi bien par des insectes que par des oiseaux (et certainement aussi par les reptiles volants du Jurassique).

Les naturalistes l'avaient donc parfaitement bien décrit.


L'immense Jules Verne termina son roman Robur le Conquérant (1886) sur un combat aérien entre un hélicoptère multi-rotors (qui sera victorieux) et un dirigeable. 

Il fut le premier à imaginer un hélicoptère dans ce rôle, rôle qui n'est toujours pas tout à fait entré dans les mœurs de ce début de XXIème siècle. 

Mais il ne fut pas le seul à employer de manière pertinente la notion de combat aérien.


Une douzaine d'années plus tard (1899), Herbert G. Wells plaçait lui aussi des combats aériens décisifs (entre dirigeables) vers la fin de son roman When the Sleeper wakes (Quand le Dormeur s'éveillera). 


Près d'une génération plus tard, chacune des deux Guerres Mondiales ainsi que les innombrables guerres qui ont suivi ces "œuvres militaires", ont été marquées par l'importance fondamentale de la Chasse.


La Chasse enflamme l'imagination du public par les évolutions extraordinaires de ses pilotes aux commandes de leurs avions. 

Ceci est vrai dans quelque pays que ce soit.


Mais, périodiquement, chaque pays riche et développé a vécu la remise en cause de cette chasse.

Cela arrive par période, comme si la chasse était un instrument de défense coûteux, ce qu'elle est vraiment très loin d'être.

Commençons donc par voir ce qui se passe en son absence.



Le bombardier, destructeur universel et invulnérable ?

En 1914, le bombardier pouvait lancer des objets vulnérants sur les troupes en déplacement tout en pouvant contrôler visuellement les résultats de son action.

Certes, les premiers bombardements n'ont pas dû être d'une grande précision, mais aucun canon du moment n'aurait pu envoyer un projectile là où ils étaient pratiqués (ainsi, le Paris-Geschütz de Mars 1918 (que nous persistions à appeler Grosse Bertha, à tort) dispersait ses obus sur un cercle de 15 km de diamètre à 130 km de distance !).

Si un Voisin III lançait 50 kg de fléchettes d'acier (une arme qui aurait eu tout à fait sa place au Moyen Age), à la même distance de son champ d'aviation, la dispersion ne devait même pas atteindre la centaine de mètres. 


Les militaires ne s'étaient alors jamais posés la question des interactions entre aviations adverses !

Les problèmes des bombardiers ont commencé dès que des avions adverses, eux-mêmes bombardiers ou engins d'observation, se sont rencontrés. 

Les "observateurs" qui disposaient de mousquetons étaient très défavorisés face à ceux qui disposaient de mitrailleuses.

En effet, le tir air-air partage avec le tir mer-mer l'impossibilité de disposer d'une base de départ et d'un objectif également et rigoureusement stables, d'autant plus que les avions de cette époque avaient des charges alaires particulièrement faibles (= ils bougeaient beaucoup à la moindre rencontre avec un tourbillon). 

En conséquence, les coups au but étaient rarement efficaces parce que les avions de l'époque, bien que très peu puissants, étaient de très grosses cibles envahies de ficelles et de mâts, diluant d'autant les zones critiques. 

Quant à réussir à toucher - à coup sûr - la tête d'un pilote assis dans une sorte de balançoire volante en tirant, au mieux, à 50 m, une seule balle toutes les dix secondes depuis une autre balançoire volante, cela ne se voit - de nos jours - que dans les films Hollywoodiens. 


En fait, le seul bombardier de cette période qui ait réussi à jouer le rôle qu'on attendait alors de lui fut un quadrimoteur Russe de 1913, le Sikorsky 23 Ilya Muromets - du nom d'un célèbre bogatyr (chevalier mythique Russe) - parce que cet avion remarquable était très solide, bien protégé, stable, réparable en vol et très fortement défendu.





Réplique d'un Sikorski 22 Ilya Muromets Russe - La première authentique forteresse volante - 


Un seul des 83 exemplaires de cette forteresse volante fut perdu pendant toute la guerre, et encore était-il seul contre une formation de 4 chasseurs Albatross dont il en descendit 3 !

Pour diverses raisons, il ne fut pas vraiment très employé par l'Armée Impériale (il a délivré 63 tonnes de bombes en tout) et c'est bien dommage.



Le 5 Octobre 1914, le premier affrontement aérien fut conclu victorieusement par le sergent Joseph Frantz et son mitrailleur Louis Queneau sur leur Voisin III, porteur d'une mitrailleuse Hotchkiss, aux dépends d'un Aviatik Allemand (au prix de 47 balles, dit-on).

Ce Voisin n'était pas vraiment un chasseur, mais déjà un avion de combat, parce qu'il disposait d'un armement pertinent (c'est à dire, ici, puissant et adapté), et que, en outre, cet armement était placé à l'avant de l'appareil, avec un champ de tir bien dégagé (leçon non encore comprise par les concepteurs du Defiant Britannique de 1939). 

L'observateur ennemi disposait juste d'un fusil à répétition dont la cadence était totalement inadaptée.

Dans le même temps, il fallut environ 8 mois à Roland Garros et à Raymond Saulnier pour concrétiser le concept de Chasseur avec le Morane-Saulnier "parasol".

C'était un avion "plutôt rapide" (125 km/h !) et relativement sûr pour l'époque, mais dont la maniabilité n'était certainement pas le point fort. 

Mais Roland Garros voulait tout faire, y compris de l'infiltration d'agents secrets derrière les lignes ennemis. Il fut donc capturé.



La Chasse : Le dernier recours !



La Chasse est l'outil qui découvre et traite les dangers aériens que peut courir une Nation.

Elle surveille le ciel - y compris, maintenant, l'espace proche - pour pouvoir y détecter les éventuels "anomalies" (donc tous les radars de veille et les avions d'alerte font partie du dispositif de mise en œuvre de cette arme). 

Parfois, les anomalies sont liées à de simples pannes de communication, mais il arrive aussi qu'elles soient des signes de menace pour la sécurité de la population.

Quand c'est le cas, il n'est pas évident que cela ait pu être prévu : La Chasse sert à régler justement ces cas inattendus.



L'exemple à ne pas suivre : Celui des opérateurs-radar civils US le 11  Septembre  2001


La chronologie de la tragédie du 11 Septembre 2001 (Wikipedia de langue Anglaise) montre à quel point la Chasse aurait pu en perturber significativement le déroulement... si les Américains avaient été correctement organisés : 

0814 : Le vol American Airlines 11, parti de Boston pour Los Angeles, est piraté.

0819 : L’hôtesse Betty Ong prévient sa compagnie du piratage.


0820 : Les contrôleurs de Boston de la FAA considèrent le vol 11 comme piraté.

0821 : Le transpondeur du vol 11 est mis hors service, l'avion devient difficile à identifier.

0825 : Les contrôleurs de Boston alertent les centres civils du statut "piraté" du vol 11.
                                      retard : 11 minutes

0826 : Le vol 11 tourne de 100° vers le Sud, vers New-York.

0838 : La défense aérienne Américaine (NORAD = USA + Canada) est prévenue du piratage du vol 11, retard : 18 minutes après que les contrôleurs de la FAA l'aient admis...

0846 : Deux F 15 reçoivent l'ordre de décoller de la base d'Otis (Massachusetts). 

0846+ : Impact du vol 11 sur la tour Nord du WTC.

0852 : Le vol United Airlines 175, parti de Boston pour Los Angeles, est piraté à son tour.

0853 : Les F 15 sont enfin en vol et prennent un chemin au dessus de l'océan vers Long Island.                            Retard : 44 minutes

0858 : Le vol 175 prend le cap de Manhattan.

0903 : Le vol 175 impacte la tour Sud du WTC.

0903+ : La FAA de New-York prévient le NORAD du piratage du vol 175.

0913 : Les deux F 15 reçoivent l'ordre d'aller sur Manhattan.

0945 : L'espace aérien des USA est interdit à tout vol non militaire.

0959 : La tour Sud du WTC s'effondre.

1028+ : La tour Nord s'effondre à son tour... Total : environ 3 000 morts.



Soyons clairs, pour ceux qui s'intéressent sérieusement à la Bataille de France ou à celle d'Angleterre, et dont la post-adolescence a été matraquée par les soi-disant prodigieuses capacités du NORAD, tout cela n'a vraiment rien d'éblouissant. 

(Le décollage en pyjama, au bruit des bombes, du capitaine de corvette Jozan, avec la 1ère flottille de Chasse de l'Aéronavale à Calais, sur son Potez 631, le 10 Mai 1940, sous les bombes Allemandes, me paraît avoir été autrement plus efficace, même s'il aurait été moins télégénique !)


Le transpondeur (mouchard permettant de repérer facilement un avion en vol) du vol 11 ayant été neutralisé, les F 15 ne surent pas où chercher ni ce vol (avion que les contrôleurs civils suivaient pourtant à la trace) ni aucun des autres avions piratés !

Il reste une zone d'ombre : Le vol 77 - que je n'évoque pas ici et qui a fini sur le Pentagone - a été invisible au radar pendant 36 minutes... Peut-être a-t-il volé très bas ? Je n'ai pas l'info.

Bien sûr, ce florilège de cafouillages ahurissants a de quoi énerver. 

Il rappelle aussi étrangement ce qui s'était passé le 7 Décembre 1941 à Pearl Harbor.

En fait, tout s’était passé ces deux jours-là comme si les USA étaient dépourvus de toute Aviation de Chasse.


Cependant, c'était probablement inévitable pour un pays qui n'avait jamais connu, avant cela, l'entrée d'un adversaire dans son espace propre depuis l'avènement du règne de la Technologie.

Disposant des armements les plus puissants du Monde, ses citoyens imaginaient que leur sécurité était assurée pour longtemps. 

Mais, cette sécurité passait par la capacité de communication entre organismes d'Etat plus ou moins jaloux de leurs prérogatives, comme les séries TV US n’arrêtent pas de nous le démontrer. 

Ce mécanisme d’hyper-cloisonnement est évidemment intenable en cas de danger mortel, ce à quoi, semble-t-il, personne n'avait jamais porté attention.




Les procédures ont, bien sûr, été modifiées depuis, en particulier par l'implication des militaires dans la sécurité des vols intérieurs US. 

J'imagine sans peine que les réactions des responsables sont devenues infiniment plus rapides et c'est déjà une bonne chose.

Je ne vais pas faire le procès des responsables de cette tragédie : Je manque  trop d'informations.


La disparition - encore non résolue en Août 2017 - du vol MH 370, le 8 Mars 2014, a fait surgir une nouvelle famille d'hypothèses-catastrophes, en particulier celle d'un détournement par une partie de l'équipage et débouchant sur la transformation de l'avion volé en missile de croisière.

Une telle hypothèse a pour conséquence de poser plusieurs questions pour les pilotes de Chasse et leurs chefs :
  • Les missiles air-air actuels sont-ils capables d'anéantir un avion de 200 à 300 tonnes avant qu'il ne détruise une cible sensible ?
  • comment identifier de manière certaine un ex-avion de transport maquillé en un autre de même nature ?

Cela rejoint tout à fait la question posée dans cet article.


Mais, à ceux qui n'arrêtent pas de critiquer le développement d'une aviation de Chasse digne de ce nom où que ce soit dans le Monde, je souligne qu'une Chasse solide impose le respect aux gens mal intentionnés. 

Je dirais - merci les tontons flingueurs - qu'elle a une vertu calmante.

Les premiers critères de la capacité à réaliser des actions de Chasse pour la défense d'un pays sont :
  • La Chasse doit pouvoir détecter les avions ennemis. 
  • Le Chasseur est l'avion utilisé pour empêcher cette menace d'agir :
    • Il doit être rapide pour rattraper les agresseurs.
    • Il doit être armé pour pouvoir les anéantir.                                            
    • Sa vitesse de montée doit suffisante pour pouvoir intercepter un avion volant très haut, voire même, de nos jours, un satellite.
    • Il doit être très agile, c'est à dire être capable de surprendre ses adversaires par la manœuvre et éviter d'être lui-même abattu par eux.          
  • Le pilote de Chasse doit avoir une claire vision de la situation tactique environnante.     ----------------------------------             -----
  • Il doit, enfin, disposer de la faculté de rompre le combat.


Défendre nos offensifs !


Mais la Chasse permet tout aussi bien d'assurer la sécurité des raids aériens ou terrestres.

Initialement, les chefs du Bomber Command US s'imaginaient - sans avoir vu (ou voulu voir) les pertes aériennes Alliées pendant la Campagne de France - que ses excellentes forteresses volantes B 17, parce qu'elles étaient très bien armées et qu'elles volaient groupées, seraient capables de bombarder l'Allemagne presque impunément.

Il n'en fut rien. 

Cela n'était pas dû à un échec de ce type de bombardiers, parfaitement conçus pour leur travail et qui, effectivement, étaient dangereux pour les chasseurs qui essayaient de les abattre. 

Ce n'était que de l'arrogance pure, associée à un manque de travail évident (= une paresse intellectuelle crasse).

Quand même, lorsque vous envoyez un millier de bombardiers à l'assaut de cibles profondément enfouies dans le territoire ennemi, vous multipliez les risques : 
  • La Flak disposait du remarquable canon de 88 mm qui pouvait établir un barrage anti-aérien efficace jusqu'à 7600 m d'altitude, ce qui était ennuyeux pour les B 17 qui volaient le plus souvent à 6000 m.



Raid de B17 sur Merseburg - Difficile de croire que les bombardiers pouvaient rester intacts...

  • Les bombardiers devaient subir de multiples ébranlements et les impacts d'éclats qui fragilisaient leur structure et les obligeaient à s'écarter sensiblement les uns des autres pour limiter les risques de collision, réduisant du même coup l'efficacité de leurs tirs croisés face aux chasseurs. Bien sûr, si un obus de 88 explosait trop près, voire sur l'avion, celui-ci était perdu et pouvait alors entraîner d'autres B 17 (ou B 24) dans sa chute.
  • Les chasseurs Allemands, initialement en petit nombre dans les zones intérieures du Reich, réussirent à creuser le flot des bombardiers de leurs morsures sanglantes.

La VIIIth Air Force envoya alors des "chasseurs" Lockheed P 38 (rapidement balayés du ciel ) puis des P 47 Thunderbolt dont l'armement puissant pouvait certes détruire les FW 190 mais dont la masse trop élevée ne leur permettaient pas suivre les Messerschmitt 109 F ou G à haute altitude.

La véritable solution intervint au tout début de 1944, lorsqu'un nombre suffisant de chasseurs North American P 51 Mustang purent enfin escorter les quadrimoteurs où que ce soit en Allemagne.

Rapidement, le Général Doolittle, commandant la VIIIth Air Force, exigea que tous ses chasseurs d'escorte soient des P 51.

En deux années de guerre, cette armée aérienne avait perdu 48 000 hommes d'équipage de bombardiers dont 26 000 tués !

Ces pertes imposent le respect pour ces héros, elles démontrent, aussi, l'extraordinaire efficacité de la défense Allemande dont il serait plus qu'indécent de se moquer !

L'essentiel de ces pertes furent supportées avant l'arrivée des P 51.

A noter que les P 51 furent particulièrement efficaces lorsque ils reçurent l'ordre de précéder les bombardiers pour détruire les chasseurs de défense au moment de leur montée d'interception. 

C'était juste la même tactique que Mölders et Galland avaient mis au point pendant la Bataille d'Angleterre, presque 4 années plus tôt, et que Göring leur avait interdit de maintenir...

Nombreux furent les pilotes Allemands tués de cette façon à partir de 1944 et cela eut un rôle fondamental en empêchant le renouvellement des effectifs de la Jagdwaffe, y compris sur le front Russe.


Si l'US Air Force avait commandé le P 51 plus tôt, en lieu et place des autres chasseurs, à la fois moins agiles et moins endurants, l'Allemagne eut été placée plus tôt dans la situation catastrophique qui fut la sienne en 1944-45.

Mais le lobbying est une grave maladie (systématiquement toujours associée à la corruption). 

Souvenez-vous : Cette maladie a tué 26 000 membres d'équipages de B 17 et de B 24.


Il y a bien d'autres exemples d'un déficit de Chasse dans la même guerre : 

Cela avait commencé par la chasse Polonaise, incapable de s'opposer aux bombardements destructeurs, avec ses avions incroyablement peu nombreux, très lents et très mal armés (voir mon article sur les dures leçons Polonaises, section : Les moyens de l'aviation Polonaise en 1939). 


Ce fut aussi le cas des pays d'Europe du Nord, encore plus mal lotis par pure naïveté (?), en particulier les Pays-Bas dont les Fokker D XXI auraient pu mordre efficacement dans la Luftwaffe s'ils avaient été commandés en beaucoup plus grand nombre que les 
malheureux 36 avions effectivement livrés ! 

On lui préféra le Fokker G1, bien plus long à construire, pas plus rapide, considérablement moins manœuvrant, qui n'aboutit à rien de bon et fut surtout employé au strafing. Ceux -là furent incapable de redécoller des plages où ils s'étaient posés !


Enfin, si la Chasse Japonaise a été très célèbre par son efficacité pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est ahurissant qu'elle ait été aussi inexistante sur l'archipel Nippon lui-même, ce qui se traduisit par l'incapacité de ce pays à empêcher les attaques de bombardiers Américain dès avril 1942 (raid de Doolittle), donc, plus tard, les attaques nucléaires !

Des types de chasseurs Japonais très efficaces (Mitsubishi J2M, Kawasaki Ki 100, Kawanishi N1k, Nakajima Ki 84) finirent par entrer en service, mais ce fut bien trop tard pour le Japon.

Si deux bombes nucléaires tombèrent sur le Japon, ce fut pour deux raisons liés à la politique militaire du Japon. 
  • La première était une guerre inhumaine fondée sur un racisme exacerbé qui ne pouvait engendrer qu'une énorme colère, 
  • La seconde était d'imaginer que l'espace aérien du Japon était inviolable par nature.
Une escadrille de chasse (et il y en avait encore au Japon en Août 1945) aurait facilement pu détruire le B 29 Enola Gay qui volait presque seul.


Si vous lésinez sur la Chasse, ne vous plaignez pas, ensuite, quand les choses se passent mal, voire excessivement mal. 

Ce sera de votre faute à vous seul(e).



La Chasse, concept absolument stratégique 


Dans la France des années 30, les stratèges du Ministère de l'Air 
(?) , tous convertis à la théorie Douhétienne, voulaient la concrétiser par un concept de bimoteurs à tout faire, le BCR (Bombardement, Combat, Reconnaissance). 

Le Potez 540 en était, disait-on, l'archétype.

Il apparu, peu après, que le petit Potez 63, particulièrement manœuvrant, plus rapide que le chasseur standard Morane 406, était un avion bien supérieur.

Malheureusement, on n'employa pas (ou si peu) le Potez 633 pour l'assaut auquel il semblait prédestiné (ce que Grecs et Roumains réussirent 
parfaitement à démontrer, pourtant, une année après notre défaite et face aux mêmes adversaires).


Il n'est pas bien compliqué de comprendre que le Lioré-Olivier 451, plus rapide que les Messerschmitt Bf 109 B, C ou D, était, lui aussi, un de ces fameux BCR, même si
 Louis Bonte et Jacques Lecarme ont tout fait, dans leur histoire des essais en vol, pour que cette identification ne nous saute pas aux yeux.

Manque de chance, ce bombardier dût faire face à la version E du Bf 109 et, là, sans escorte et bien qu'il volait 35 km/h plus vite que leur cher MS 406, il ne faisait plus du tout le poids.


Pendant les années 50, le transport de bombes était lié à la masse considérable que nécessitaient les tapis de bombes conventionnelles ou encore à la masse non négligeable des bombes nucléaires, même lorsque celles-ci furent miniaturisées puisque, alors, elles étaient associées à un missile lanceur.

Il fallait aussi transporter les bombes loin. 

Le bimoteurs était un pis-aller, on préféra donc des quadrimoteurs, des hexa-moteurs (B 36), voire, enfin, des octo-moteurs (B 52, toujours en service, jusqu'en 2040 semble-t-il !).

La chasse était indispensable, la guerre de Corée l'avait démontré, le North-American F 86 Sabre ayant sauvé les troupes de l'ONU, après la déroute des avions plus anciens ou mal pensés face au Mig 15.


Les choses changèrent par la suite. 

Au début des 60's, les USA s'étaient lancés dans la fabrication de missiles air-air (Hughes AIM 4 Falcon). 

Tenant compte de la grande vitesse de cette arme et de la présence d'un autodirecteur, les décideurs US pensèrent (ou, du moins, firent savoir) que les combats tournoyants étaient désormais obsolètes et décidèrent que leurs futurs chasseurs ne seraient armés que de missiles.

La guerre du Vietnam, perdue par les USA, puis celle des 6 jours, gagnée par Israël, démontrèrent que cette pensée US était totalement erronée, parce que les missiles n'avaient pas du tout la même efficacité en combat aérien que sur une cible télécommandée volant sagement en ligne droite. 

Un pilote de chasse Américain (Col. Robin Olds) mettait en cause le missile AIM 4 Falcon, cité plus haut, pour en avoir tiré une petite dizaine sans avoir jamais rien touché. 

Les expériences démontrèrent que ce missile touchait une cible sur 10 ! Pour autant, le prix d'un missile était - déjà - exorbitant. 


Certes, depuis les années 60, des progrès considérables ont été faits sur les missiles air-air.

Mais, grâce à la miniaturisation et aux avancées techniques des capteurs et des ordinateurs, les chasseurs ont progressé eux aussi.

Ils sont informés des menaces qui pèsent sur eux et sont équipés de contre-mesures de plus en plus efficaces.



Une nouvelle attaque déferla de nouveau contre la Chasse, la Furtivité.

Dès lors, il fut dit que tout avion non furtif serait la proie innocente de l'avion qu'il ne détecterait pas. 

Et l'on en vint à sacrifier des qualités aérodynamiques au profit de la furtivité. 

Cela ne toucha pas le vrai chasseur Lockheed F22, dont la production fut dès lors bizarrement limitée à 190 exemplaires. 

Par contre, cela impacta l'auguste JSF, ou F 35, issu du même fabricant.

On sait depuis plusieurs années que ce F 35 est totalement inapte au travail de chasse, mais on a continué à en favoriser la construction alors qu'initialement, il devait voler sous couverture du F22. 

On s'imagine qu'il peut lancer des missiles air-air à 200 ou, pourquoi pas, 300 km. 

Ça, c'est facile. 


Maintenant, imaginez que vous soyez un dictateur ennemi d'un des pays acheteurs du JSF. 

Vous avez sûrement chez vous des gens qui lisent l'Anglais. En conséquence, vous connaissez la tactique du tir BVR et vous pouvez l'anticiper.

Qui va vous empêcher de sortir 200 ou 1 000 drones relativement très bon marché avec des signatures différentes, voire quasi-furtives, et de leur imposer des trajectoires "human-like" ?

Personne. 

Et vous n'avez même pas besoin d'un système hors de prix pour y parvenir, merci à l'informatique grand-public.

Vous pouvez alors tenter votre chance et attaquer celui des Alliés des USA qui bride vos ambitions et qui est l'heureux (?) détenteur de F 35.
  
Vous balayerez ensuite ses F 35 simplement à vue avec vos chasseurs récents mais simplement agiles et, en face de vous, il n'y aura plus que quelques avions vieux de 30 à 40 ans à bout de potentiel.

Que feront alors les alliés de votre victime, vu qu'ils auront assisté à la déconfiture de l'avion super extra furtif ?



Conclusion (provisoire)


C'est un peu le catalogue des illusions technologiques militaires.
  • On avait cru au cuirassé, maître des mers, en pleine période de frénésie coloniale.
    • On avait nié, en 1921, que des avions puissent détruire ce vaisseau avec des bombes ou des torpilles. 
    • Puis, de 1941 à 1945, les avions ont rayé ce type d'engin des mers, y compris les somptueux Yamato et Musashi.
  • Ensuite, on a cru aux forteresses volantes pour lesquelles on avait à faire aucun effort d'escorte. En quelques mois, les pertes furent telles que la Chasse fut enfin appelée pour les sauver.
  • On a cru pouvoir remplacer les chasseurs par des missiles. Ce fut un échec coûteux.
  • On croit, de nos jours, que la Furtivité annule la prééminence de la Chasse dans l'espace aérien. Le seul véritable chasseur qui soit à la fois furtif et opérationnel, le F 22, n'a jamais été engagé dans aucune opération militaire réelle. Croyez-vous vraiment que ce soit juste pour éviter de lui refaire sa peinture ? 
Mise au point Août 2017 : Le F 22 est réellement opérationnel au moins depuis fin 2015. 

S'il fut annoncé que le Lockheed F 35 l'était également, les manœuvres Top Gun 2017 ont été marqués par un taux de réussite brillant (avec un kill ratio de 20/1 - Source : The Aviationnist). 

Mais cela est assorti d'un commentaire suggérant que ce taux est lié au fait que le F 35 était employé exactement comme un AWACS. 

Toujours est-il que ceux qui ont la chance de disposer de vrais chasseurs se doivent de bénir le ciel !












mardi 21 janvier 2014

Recettes pour dominer le Monde : Le Blackburn Cubaroo, exemple centenaire, et un autre, assez célèbre ! (Modifié le 18 / 03 / 2024 ***)


Le gambit du Cubaroo


Un avion secret

Lorsque j'ai découvert le Blackburn Cubaroo en feuilletant virtuellement la page 538 du 28 Août 1924 des archives de Flight magazine (alors en accès libre), je dois dire que ma réaction initiale fut la stupéfaction. 

D'abord, l'avion avait été développé très secrètement, à la demande de l'Air Ministry (mais pas du tout de la Royal Navy).

La taille de l'avion (presque 27 m d'envergure, 16.5 m de long, 6 m de haut), l'aspect de son fuselage, sa masse de 9 000 kg au décollage, son unique moteur de 1 000 Cv (60 litres de cylindrée et une masse 1100 kg !), tout contribuait déjà à en faire un avion hors norme.

Ses ailes se repliaient le long du fuselage pour pouvoir entrer au hangar.



La mort des cuirassés


Il pouvait atteindre une vitesse de 185 km/h, très élevée pour l'époque (notre Farman Goliath, exact contemporain - et bimoteur - culminait à 140 km/h).

Il avait, dit-on, 2 900 km d'autonomie (?) et un plafond supérieur à 3 000 m (source Wikipedia en langue Anglaise).

Ce qui était particulièrement stupéfiant était son emploi : Il pouvait transporter et lancer une torpille de 533 mm, d'une masse à peine inférieure à 1 500 kg (2 fois la masse des torpilles aéroportées par nos excellent hydravions Laté 298).

Si je ne me suis pas trompé, il s'agissait d'une torpille de 21" Mk II portant une charge explosive de 234 kg et capable de parcourir 3 500 m à la vitesse de 35 kts, voire 5 000 m à 30 kts.

Flight magazine indiquait que cette torpille pouvait, à elle seule, couler un cuirassé.

 A l'époque, cela devait être une menace destinée à nos propres cuirassés. 
Je me suis même imaginé que le cuirassé France aurait pu être coulé en 1922 par le prototype du Cubaroo. 
Mais ce naufrage résultait d'une faute de commandement.





Blackburn Cubaroo - Une très grosse bête, surtout pour l'époque


L'engin vola en secret mais sans problème particulier, en tout cas pour l'époque. 

Un atterrissage dur mit le premier prototype hors service (atterrisseur hors d'usage) en Février 1925 mais le second exemplaire vola jusqu'en 1927.


Un autre type d'avion torpilleur fut étudié par AV Roe, l'Avro 556 avec le même moteur mais l'étude déboucha sur un bimoteur de caractéristiques très voisines qui, bien que plus puissant, volait nettement moins vite et moins loin que le Cubaroo parce que sa traînée était bien plus forte.



Un abandon politique
 

L'avion n'ayant donné aucun souci particulier, on peut se poser la question des raisons de son abandon.

La réponse, me semble-t-il, nous a été donnée par la disgrâce du Général US Billy Mitchell (voir cet article) : Il était hors de question, aussi bien au Royaume Uni qu'aux USA, de voir remettre en cause les cuirassés en tant que base de leur domination navale.

Or, que la RAF puisse couler des cuirassés avec 3 hommes dans un avion de seulement 9 tonnes était un message que la Royal Navy se devait d'étouffer à tout prix.

Des fois que cela eut donné de vilaines idées aux autres...

Il se trouve cependant que la Marine Impériale Japonaise avait parfaitement compris cette information. 

Elle l'a donc mis en œuvre et au moyen de quelques 60 bombardiers Misubishi G3M (Nell) et G4M (Betty), elle a coulé les cuirassés Britanniques Prince of Wales et Repulse au large de la Malaisie en Décembre 1941 avec un mélange de bombes et de torpilles à plus de 2 000 km de la base dont ces avions étaient partis...

Curieusement, la Grande Bretagne, lorsque les 2 croiseurs de bataille Allemands Scharnhorst et Gneisenau ont quitté notre port de Brest pour revenir en Allemagne, il n'y eu aucun vaillant successeur du Cubaroo pour venir les couler. 

Trop lents et trop peu nombreux, les pauvres Swordfish n'en avaient pas le pouvoir, ce qui explique pourquoi je ne mettrais jamais cet avion anglais au sommet de la hiérarchie mondiale des avions torpilleurs. 
Par contre, j'ai une immense admiration pour l'habileté et le courage de leurs pilotes.



Le F 35 - JSF et la méthode Coué de Lockheed-Martin



Le 30  Décembre 2013, Aviation Week & Space Technologies avait publié un long article d'Amy Butler : F35 Gains More Market; Rivals Push Upgrades.




On y apprenait, si l'on peut dire, que Lockheed avait engrangé les commandes de la Corée après celle du Japon et que cela démontrait parfaitement la supériorité de cet avion "de combat" sur tout ce qui vole où que ce soit.

L'avion venait de tirer les 3 types d'armes exigés par l'US Marines Corps... presque 10 ans après son premier vol. Félicitations ! Quel exploit !

Vexés, les pauvres concurrents n'avaient donc d'autre solution que de faire augmenter leur (forcément pauvre) niveau d'équipement.


Déjà, la nouvelle sur la commande Coréenne faisait partie de celles dont ni les USA ni Lockheed ne devraient se vanter. 

La véritable commission de sélection Coréenne avait éliminé le JSF F35 et commandé le Boeing F15 Silent Eagle. 

Ce choix correspondait tout à fait à la véritable situation tactique Coréenne où les situations de combats très complexes demandent une grande instantanéité d'adaptation des capacités des vecteurs pilotés. 


Bizarrement, un groupe de généraux à la retraite, mais apparemment politiquement très actifs, ont réalisé une sorte de coup d'état en exigeant la commande du JSF.

C'était, à l'évidence, le résultat d'une corruption éhontée, as usual. 

Cela peut arriver, malheureusement, mais n'est en aucun cas une bonne chose.


On nous annonçait encore comme une excellente nouvelle que le casque hyper sophistiqué sera remplacé par un autre qui, bien que moins performant, n'existe pas encore, mais qui, as usual, sera là en 2016, juré, craché, si elle ment, Amy Butler ira en Enfer ! 

Mais on n'en a pas moins vendu ces avions en promettant aux acheteurs une visualisation digne de Star Wars.


Quant à l'élévation du niveau des équipements chez les concurrents, j'en connaissais l'existence depuis quelques années, comme la plupart de mes lecteurs. 

L'article parle peu du Rafale, même si, à mon avis, il en est le cœur : Comment faire pour que l'Inde achète, elle aussi des JSF F35.



Le marché des avions de combat se modifiera le jour où des F 35 seront amenés à combattre pour de vrai.

S'ils portent l'étoile américaine, ils seront en grand nombre et la théorie de Lanchester sera vérifiée une fois de plus : Même de mauvais avions de combat peuvent en abattre de meilleurs, à condition d'être en réelle supériorité numérique. 


Par contre, s'ils portent d'autres couleurs et qu'ils sont seuls face à l'ennemi, je plains leurs pilotes qui auront évidemment cru mordicus aux fables de l'oncle Sam.


Il suffira à cet ennemi d'envoyer des drones rapides et manœuvrants pour faire croire à l'arrivée d'une force d'attaque (voir cet article), alors les F 35 lanceront leurs missiles Air-Air AIM 120 à longue portée. 

Bien sûr, cela demandera de peaufiner le système bien au delà du schéma ultra simpliste que j'en trace ici.

Les attaques ennemies sérieuses lancées dans la foulée devraient poser de graves problèmes aux fans du JSF.

En conséquence, souhaitons, pour ses malheureux pilotes, que ce fer à repasser n'ait jamais à servir.


Cette méthode de domination du Monde, ici, consiste à corrompre les bonnes personnes et à intimer "silence dans les rangs !".


A la réflexion, ce n'est en fait qu'une variante de la précédente.