dimanche 10 février 2019

Le Gloster Gladiator, avion inapproprié, médiocre, mais utile quand même... ( Révisé le 10 IX 2026 *** *** ***)



{Sources : William Green, Famous fighter of the second World War - Vol. 2 -1962 ; En Wikipedia ; http://surfcity.kund.dalnet.se/gladiator_norway.htm}




Comment créer un avion périmé avant même son premier vol


L'avion dont je vous entretiens ici constitue une énigme à lui seul.

Sa conception commença au printemps 1934, donc simultanément avec celle du Messerschmitt 109.

Son premier vol eut lieu le 12 septembre de la même année, tandis que le chasseur Allemand vola pour la première fois à la fin du mois de Mai 1935.

L'élan technologique des années 30, qui allait donner les meilleurs avions de la guerre de 1939-1945, n'allait effleurer 
que très timidement le nouveau chasseur Britannique.

Le Gladiator est le type même du chasseur pensé comme une amélioration à moindre coût de son prédécesseur (Gloster Gauntlet) au moment exact où, dans tous les autres pays avancés, les ingénieurs passaient au monoplan à aile basse.


William Green, qui a osé installer le Gladiator parmi ses "so-called" Famous Fighters of WW II, ne put pas cacher que cette place d'honneur n'était en aucun cas méritée par la valeur réelle de cet avion mais juste par le "joli conte de fées" inventé pendant la guerre par les services de propagande Britanniques pour cacher l'impréparation du Royaume Uni face à la guerre (en particulier à Malte). 
Cela lui donna une bonne excuse pour zapper le Dewoitine D 520 !


En Octobre 1931, la spécification Britannique F.7/30 demandait à l'industrie aéronautique de fournir un chasseur capable de 250 mph
 (402 km/h) en vitesse horizontale, de monter vite et d'avoir une bonne visibilité.
L'armement requis devait comporter 4 mitrailleuses de 7.7 mm.

Dans ses buts, ce programme ressemblait étonnamment à celui qui, en France, avait amené, deux ans plus tôt, à la commande des Dewoitine 500, des Loire 46 et des Spad 510.

Les prototypes qui furent issus du programme Britannique ne furent même pas technologiquement supérieurs à ceux dessinés en France.




Le Gloster Gladiator, long de 8.36 m, avait une masse de 1462 kg à vide et de 2090 kg au décollage.

Sa voilure avait une envergure de 9.83 m et une surface de 30 m².

Ceci signifiait une charge alaire de 70 kg/m² qui lui assurait des virages très serrés.

Cependant, l'imposante surface de la voilure entraînait probablement une relative paresse dans les changements de cap.

Son moteur Bristol Mercury IX, de 25 litres de cylindrée, affublé d'un grand diamètre (131 cm) délivrait 825 Cv à 2 650 t/m à l'altitude de 13 000 pieds (3 952 m) et 840 Cv à 2 750 t/m et 14 000 pieds (4 256 m).

Le premier vol eut lieu le 12 Septembre 1934. 


La mise au point fut rapide puisqu'il fut commandé moins d'une année plus tard.


Des performances  très bonnes... pour 1932 !

Les vitesses de pointe en fonction de l'altitude furent les suivantes (données officielles de 1937, obtenues à Martlesham Heath) :


       0 m         325 km/h

1 000 m         339 km/h

2 000 m        357 km/h

3 000 m        373 km/h

4 000 m        389 km/h

   4 500 m          395 km/h

5 000 m        392 km/h

6 000 m        385 km/h

8 000 m        361 km/h

9 000 m        321 km/h


Dans la littérature, vous trouverez aussi 407 km/h (chez W. Green) qui peuvent s'expliquer par l'introduction d'une verrière fermée et profilée. 

Vous trouverez même une valeur de 414 km/h pour laquelle je n'ai pas d'explication et que je pense erronée. 

Peut-être que cette valeur plus élevée a-t-elle été introduite pour réduire les éventuelles critiques qui auraient pu être formulées à l'encontre des décideurs qui n'avaient pas lancé dans les temps la grande série des chasseurs Hurricane et Spitfire... 


Evidemment, le Sea Gladiator (voir plus loin), plus lourd car plus fortement armé et adapté à son rôle embarqué, était forcément un peu plus lent.

{Parenthèse : Pour mémoire, le monoplan Dewoitine D 510, de puissance comparable - 860 Cv - réalisa 402 km/h lors de ses essais, mais les exemplaires de série volaient au mieux à 395 km/h.
Ce monoplan à moteur en ligne, affublé de 2 volumineux trépieds d'atterrissage, n'était donc certainement pas plus fin qu'un biplan à gros moteur en étoile, mais la baisse de sa vitesse de pointe traduisait, entre autres, l'incongruité de certaines exigences des administratifs militaires.
}


L'autonomie du Gladiator atteignait 715 km à la vitesse de croisière - maximale - de 340 km/h. 

Cette capacité était nouvelle pour les Britanniques qui, jusque-là, préféraient des intercepteurs purs incapables de sortir de la bulle de défense qu'ils étaient censés défendre.

Les temps de montées étaient les suivants :

1 000 m         1' 30"     =    1' 30" pour grimper de 1000 m

2 000 m         3' 00"     =    1' 30"                 "

3 000 m         4' 21'            1' 21"                 "

4 000 m         5' 42"           1' 21"                 "
                                                              (un temps de Dewoitine 520)

  4 500 m          6' 48"        (= le temps réel d'un très bon MS 406 pour atteindre 4 000 m !)

5 000 m         7' 42"           2'       pour grimper de 1000 m

6 000 m      10' 42"            3'                      "

8 000 m      16' 15"            5'  33"               "
                                                                  (= 2' 50" moins bien qu'un D 520)
                                                                  (= 3' 15" perdues par rapport à un SPAD 510)
                                                                  (6' 23"   perdues par rapport à un Nieuport 161) 

9 000 m      23' 48"            7'  35"                 


Passés les 4 000 m, les temps devenaient moyens : Le compresseur du Mercury était trop faible. 


L’effondrement de la vitesse de montée entre 6 000 m et 8 000 m montre que les 9 000 m constituaient son plafond pratique.

Le chasseur Gladiator gagna le concours bien que n'étant pas le concurrent le plus rapide (le Bristol 133, à train d'atterrissage éclipsable, le battait de plus de 20 km/h).

Le montage de l'hélice tripale métallique Fairey-Reed à pas fixe permettait d'assurer un fonctionnement plus régulier du moteur, ce qui permit de gagner quelques points en vitesse horizontale par rapport au prototype, au prix d'une perte en vitesse ascensionnelle.

L'avion fut donc commandé en série en Juillet 1935, d'abord à 23 exemplaires puis à plus grande échelle, ce qui permit au Royaume Uni d'en vendre à l'extérieur, ces exportations touchant 14 pays.

Le premier Gladiator de série fut livré en Juillet 1936, ce qui était excellent. 



Gloster Gladiator aux couleurs de la Norvège





Le premier squadron - #72 - à en être équipé (en théorie : 18 avions) ne fut opérationnel qu'en Février 1937. 

En Septembre 1937, huit squadrons en étaient entièrement équipées. Ils constituaient le fer de lance de la défense de la capitale Britannique (juste au moment où le premier Hawker Hurricane de série sortait d'usine).



Les pilotes Britanniques apprécièrent la maniabilité de ce chasseur, mais ceux qui venaient du Bristol Bulldog, dont la charge alaire n'était que de 55 kg/m², trouvèrent que leur nouvel avion était plus brutal en évolution et qu'il était sujet à des vrilles à plat difficilement récupérables.


Ils subirent une série d'accidents qui amenèrent à faire construire 28 appareils de complément (Source : En. Wikipedia, 05 Janv. 2019). 


Entre temps, l'avion avait été transformé en chasseur embarqué pour porte-avions (avec crochet d'appontage, dispositif de catapultage et 2 mitrailleuses de plus), ce qui sera important pour l'histoire de cet avion. 


C'était sans aucun doute une meilleure solution que celle consistant à employer les Blackburn Skua - plus lents de 30 km/h et moins agiles - dans le même rôle.

Le HMS Courageous fut le premier à être équipé de Sea Gladiator, en Mai 1939. 



Le Gladiator au combat 


Le 3 Septembre 1939, pour l'entrée en guerre, 28 de ces unités avaient été
 - à un moment ou à un autre - équipées de ce chasseur, mais seulement 13 en restaient encore équipées, les 15 autres étant passées au Hurricane ou au Spitfire.

Cet avion ayant été largement exporté à la fin des années 30, il fut évidemment lancé au combat très rapidement par les pays qui en reçurent. 

Pour juger de son efficacité, il faut tenir compte :
  • Des conditions d'engagement. 
  • De l'entraînement des pilotes.
  • De ses adversaires. 
J'ai donc choisi de donner seulement un bref résumé de l'activité de cet avion sur des fronts où il était face à des adversaires mal équipés, encore inexpérimentés, voire mal commandés.



En Chine, 36 Gladiator furent commandés en 1937 par le gouvernement Chinois pour lutter contre l'invasion Japonaise (qui se développait depuis la fin Septembre 1931).

Le premier combat eut lieu à la fin de Février 1938. D'après W. Green, les pilotes Chinois, qui devaient décoller dans des conditions très médiocres et dont l'entraînement avait été minimal, éprouvèrent initialement quelques difficultés, entraînant hélas des pertes humaines non négligeables.

Après une réorganisation, les pertes furent plus équilibrées entre les pilotes Chinois et les pilotes de la Marine Impériale Japonaise (qui utilisaient des Mitsubishi A5M qui, quoiqu'on en ait dit, n'étaient pas aussi maniables).

Par contre, en 1940, la roue avait tourné et les Japonais employaient maintenant des Zéro, infiniment plus dangereux.


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La Guerre d'Hiver, entre l'URSS et la Finlande, fut déclenchée par l'invasion du territoire Finlandais par les armées de Staline le 30 Novembre 1939. 

Un groupe de 12 Gladiator Suédois vinrent, en Janvier 1940, épauler les 30 appareils identiques achetés par la Finlande.

Pendant les 62 jours qui précédèrent l'armistice du 13 Mars 1940 entre ces deux pays, les Finlandais (et les Suédois) annoncèrent avoir abattus 53 avions soviétiques au prix de 14 Gladiator. 

Les Gladiator l'emportaient sur les Polikarpov I 15 ou I 15 bis. Mais ils avaient plus de mal face au Polikarpov I 16, bien plus rapide.


Dans la Guerre de Continuation qui commença, au côté d'Hitler, le 22 Juin 1941, les Gladiator furent crédités d'une seule victoire, signe que les avions survivants étaient réservés à l'entraînement avancé. 


William Green (op. cit.) rappelait d'ailleurs que le chasseur Britannique était inefficace contre les bombardiers soviétiques (plus rapides) et contre les chasseurs soviétiques les plus récents (Polikarpov I 153 et I 16), également plus rapides.         
                    

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A la fin de l'automne 1939, pendant la soi-disant Drôle de Guerre, des Gladiator furent envoyés en France par le gouvernement Britannique, pour couvrir la British Expeditionary Force.

W. Green a écrit qu'ils avaient obtenu plusieurs victoires mais qu'ils "étaient inefficaces contre les bombardiers Allemands plus rapides et contre les chasseurs mieux armés".
Ces assertions sont contradictoires. 

On ne peut donc qu'être très sceptique quant à ces "victoires". 

De toute manière, on peut noter que ces avions montaient à un train de sénateur et que leur vitesse en vol horizontal ne leur permettait pas de rattraper les bombardiers Allemands.

Par contre, ils auraient certainement pu jouer un rôle efficace pour détruire les Henschel 126 d'observation qui montaient très lentement (4' 24" pour 1 000 m, 14' pour 3 000 m).

On sait par ailleurs (?) que des Gladiator partis de régions côtières (on ne sait pas de quelle région précise il s'agit) avaient descendu un hydravion à coque Do 18 puis un Messerschmitt 110.



La "vraie" guerre


La Campagne de Norvège montre l'entrée du Gladiator dans la vraie guerre, face à la Luftwaffe, l'adversaire le plus coriace que les Alliés aient eu à combattre jusqu'en 1945.

En Scandinavie Occidentale (Norvège et Danemark), Hitler lança son opération Weserübung, le 6 avril 1940, pour sécuriser l'accès du IIIème Reich au minerai de fer Suédois de haute qualité issu de la mine de Kiruna.

{En effet, l'hiver, lorsque le Nord de la Mer Baltique - Golfe de Botnie - étant pris par les glaces, le minerai de fer transitait vers l'Allemagne depuis le port Norvégien de Narvik parce que la côte Norvégienne, baignée par le Gulf Stream, reste quasiment toujours libre de glaces. 

La distance à vol d'oiseau entre Kiruna et Narvik est de 133 km mais passe à près de 180 km par voie ferrée. 
Ensuite, le voyage maritime de Narvik à Hambourg s'étalait sur 2 000 km (voire plus si les navires minéraliers devaient suivre le véritable fractal constitué par la côte Norvégienne pour échapper aux croisières Alliées).}

Hitler savait que l'Aviation Militaire Norvégienne était uniquement symbolique, surtout si on prend en compte l'immensité du territoire Norvégien (du Nord au Sud, ce pays s'étend sur environ 1600 km). 

Elle comportait en tout et pour tout :
  • Une unique escadrille de Chasse équipée de 12 Gladiator (!!!), 
  • Une cinquantaine d'éclaireurs-bombardiers Fokker CV-D, datant des années 20, et pouvant emporter 4 bombes de 50 kg à 215 km/h, 
  • Une demi-douzaine de Heinkel 115 de torpillage (!). 
La conquête préalable du Danemark avait, certes, pour but de tenir le détroit du Danemark et de contrôler la Mer Baltique, mais elle permettait aussi de gagner quelques centaines de kilomètres vers le Nord pour les avions qui devaient couvrir l'opération :
  • La distance de vol entre Hambourg et Oslo est d'environ 710 km, 
  • La distance de vol entre Aalborg (au Danemark) et Oslo descend à 322 km, un gain de près de 400 km qui n'était pas négligeable. 



Copie de Google Earth : Côte Norvégienne des Îles Lofoten et du fjord au fond duquel se situe Narvik - Aller y poser un avion demandait d'excellentes qualités de pilote --


Le relief Norvégien étant particulièrement accidenté (dans le style des montagnes Suisses, voir carte ci-dessus), il n'était pas raisonnable d'y affecter les avions Allemands les plus performants, à part les robustes Stukas (Ju 87).

D'un autre côté, faire un atterrissage d'urgence là-bas n'était pas à la portée du premier pilote venu (loin de là) et les différents "champs d'aviation", comme on le disait encore, étaient donc très éloignés les uns des autres.

Cela explique pourquoi les Allemands n'engagèrent pas leurs Messerschmitt Bf 109 E mais tablèrent sur leurs chasseurs à long rayon d'action Bf 110 pour protéger les Heinkel 111 et les Stukas. 

{Pendant la période d'occupation qui suivit leur conquête, les Allemands construisirent nombre d'aérodromes en dur.}


Opérations navales

L'opération Allemande impliquait logiquement la Kriegsmarine pour amener les soldats susceptibles de capturer les plus importantes villes Norvégiennes (qui étaient aussi des ports).

Certes, les navires Allemands pouvaient difficilement compter sur une couverture aérienne solide pendant leur transit vers Narvik (nettement au Nord du cercle polaire).

Leur chance résida dans le fait que les Alliés n'avaient pas concentré tous leurs porte-avions dans cette opération.

A l'aube du Mardi 9 Avril, six flottilles se présentèrent devant chacun des ports à conquérir :

  • Dix puissants destroyers Germaniques devaient débarquer par surprise à Narvik près de 2 000 hommes appartenant aux troupes de montagne d'Hitler. Ce convoi, destiné à attaquer le cœur stratégique de cette campagne, avait été escorté par les croiseurs de bataille Scharnorst et Gneisenau ; 
  • Le croiseur léger Karlsruhe et d'autres bâtiments plus petits à Kristiansand ; 
  • Le croiseur Blücher et le "cuirassé de poche" Lützow (ex-Deutschland), le croiseur Emden et des navires plus légers devaient en faire autant à Oslo ; Une importante quantité de troupes de montagne et de parachutistes (amenés par la Luftwaffe) complétaient ce dispositif. 


Position des ports-clés de Weserübung 


Sauf à Oslo,
 les Norvégiens furent surpris
 partout ; Ils étaient donc totalement désarmés lorsque les Allemands surgirent.

En fait, à Oslo, l'alerte avait été donnée en temps réel grâce au sens du devoir des responsables des batteries lourdes qui commandaient l'entrée dans le Fjord d'Oslo et qui identifièrent instantanément la menace et coulèrent très rapidement le croiseur lourd Blücher. 


Le commandant du "cuirassé de poche" Lützow, pensant que la zone était minée préféra faire demi-tour et débarqua ses troupes sur la côte proche, ce qui entraîna un gros retard pour la prise d'Oslo, permettant ainsi à la Famille Royale Norvégienne d'être exfiltrée vers le Royaume Uni. 




Opérations aériennes


La totalité de l'Aviation de Chasse Norvégienne était concentrée à Oslo. Après des crashs dus à l'entraînement, elle disposait, en tout et pour tout, de seulement sept Gladiator disponibles.

Ces avions furent tout de suite confrontés à la Luftwaffe qui avait envoyé environ trente Junkers 52 pour déposer des parachutistes sur les points stratégiques permettant de contrôler la capitale Norvégienne.

Les avions de transport Allemands étaient protégés par des bimoteurs Messerschmitt 110 et soutenus par des bombardiers Heinkel 111.

D'emblée, ces Gladiator abattirent 5 avions ennemis (1 Ju 52, 2 Bf 110 et 2 bombardiers), au prix d'un avion abattu. 


C'était déjà un excellent bilan, surtout si on prend en compte le fait que tous les avions Allemands étaient multi-moteurs (il fallait donc soit détruire deux moteurs, soit tuer le pilote pour être sûr de les descendre).

D'autres avions Allemands furent la proie de la DCA, mais comme le disait un pilote Français de cette période : "Un avion déjà touché par la Chasse devient tout de suite une proie facile pour la DCA".





Avions Allemands (He 111) abattus en Norvège 



Un peu plus tard, 2 Gladiator, en plein ravitaillement, mais peu ou mal camouflés, furent détruits par un
 strafing Allemand.

Les quatre derniers furent envoyés se poser sur des lacs gelés, mais, privés de ravitaillement et de renseignement, ils y restèrent et furent ensuite détruits par l'ennemi.

Cette absence totale de préparation à ce type de situation (aucune base de repli, aucune redondance des transmissions) démontre éloquemment à quel point les autorités politiques Norvégiennes n'avaient jamais imaginé que leur pays puisse être un théâtre de guerre. 



Curieusement, les opérations Alliées en Norvège, pourtant préméditées à Londres depuis plus d'un an, ne débutèrent qu'à partir du 10 Avril 1940.

Cela ne peut être dissocié de la scandaleuse longévité au pouvoir de l'homme de Munich, Mr. Neville Chamberlain, resté chef de l'exécutif Britannique même après l'annexion de la Tchécoslovaquie, qui signait pourtant la faillite totale de sa politique.


Les premiers coups Britanniques furent portés par 16 Blackburn Skua, partis de Kirkwall (au centre de la plus grande île des Orcades) pour attaquer les navires Allemands à Bergen. Le trajet aller était de 485 km.

Leur mission fut couronnée de succès puisqu'ils coulèrent le croiseur Koenigsberg.

Mais le vrai but des Alliés, Narvik, était beaucoup trop loin pour la Fleet Air Arm ou pour la RAF de l'époque. 
Seuls des porte-avions pouvaient agir aussi loin.

La Grande Bretagne était bien entrée en guerre, le 3 Septembre 1939, avec 7 porte-avions (Argus, Glorious, Courageous, Furious, Eagle, Hermes et Ark Royal), soit le même nombre que ceux en service aux USA.


Mais une accumulation de petites fautes avait malheureusement privé la Fleet Air Arm du Courageous, coulé par un sous-marin Allemand au large de l'Irlande.



Mais, me direz-vous, la France, à ce moment-là, disposait bien de deux porte-aéronefs, le Béarn et le Commandant Teste, non ?

La très courte vue de notre ministère de la Guerre (et de certains de ses conseillers !) avait bloqué notre porte-avions dans une stupide mission de camion transporteurs d'avions terrestres.

Pourtant, nos Spad 510 volaient encore très bien et ils auraient été remarquablement adaptés à ce genre de travail. 
Embarqués sur le Béarn, ils auraient pu apporter une couverture aérienne plus qu'efficace aux opérations Alliées.

Les quelques LN 40 de présérie déjà existants auraient aussi  été très efficace pour lutter contre les croiseurs Allemands.

Le Commandant Teste était un excellent porte-hydravions (de 20 à 25 avions), doté de 5 grues et de 4 catapultes.




Le Commandant Teste - 



Il avait une DCA correcte (en particulier, 12 canons de 100 mm de 45 calibres qui avaient une portée verticale de 10 000 m), son autonomie était de 8 500 nmi (Wikipedia en langue Allemande) et il pouvait ainsi détruire - ou désactiver - à distance une quantité significative de navires ennemis.


On a 
alors surtout critiqué sa faible vitesse maximale (22 kts aux essais), en imaginant - as usual - mais 
encore aujourd'hui, que son travail était de suivre les cuirassés. 

Comme si ceux qui expriment de nos jours cette opinion croyaient toujours à la primauté des cuirassés. (Si tel était le cas, ce serait inquiétant pour eux.)

Ses excellents torpilleurs Latécoère 298, eux, volaient à 300 km/h, pouvaient bloquer le passage d'une flotte éloignée de 500 km ou chasser des U-Bootes à la bombe.


Restait donc les navires Britanniques et, en particulier, le Furious, porte-avions immédiatement disponible.

Protégé par le cuirassé Warspite, il ne portait que 18 torpilleurs Swordfish et ne disposait d'aucun avion de chasse pour couvrir la Flotte, ce qui surprend lorsque l'on sait que, en théorie, ce porte-avions pouvait emporter de 36 à 48 avions !

Le 12 Avril, après le bombardement de navires ex-Norvégiens capturés par les Allemands et la perte de 2 de ses avions, le Furious dut se réapprovisionner à Tromsö le 14 Avril.

Au cours de ce trajet, ses bombardiers Swordfish bombardèrent un lac gelé sur lequel s'étaient posés des Junkers 52 : Deux Ju 52 furent détruits, plusieurs autres furent fortement endommagés.

Le 18 Avril, le Furious, toujours dépourvu de chasseurs, fut attaqué - sans aucun doute en représailles - par un unique Heinkel 111 qui l'endommagea sérieusement (au niveau d'un arbre d'hélice), limitant sa vitesse maximale à 20 kts.

Le navire Britannique put néanmoins revenir à Tromsö mais dut repartir au Royaume Uni pour effectuer des réparations urgentes.

Ces travaux le bloquèrent jusqu'au 18 Mai, il fut de retour avec une unité de chasseurs Gladiator destinés à la base de Bardufoss (80 km au Nord de Narvik), tout en gardant 6 Sea Gladiator et 9 Swordfish pour sa propre protection (enfin !).


Le 24 Avril, un autre porte-avion Britannique entra en scène : Le Glorious, revenu de son travail en Méditerranée.

Celui-ci convoya l'unité 263 qui comptait 18 Gladiator. Ceux-ci se posèrent sur la glace du lac Lesjaskog, dans le Sud-Ouest de la Norvège.

Le 25 Avril, 2 Gladiator descendirent un bombardier-torpilleur Heinkel He 115.

Les Allemands bombardèrent le lac gelé où les Gladiators s'étaient posés, ne laissant que 5 avions valides, au prix de 3 avions descendus. L'unité 263 fut évacuée au Royaume-Uni.

Une fois les blessés soignés et les avions remplacés, le # 263 repartit en Norvège, où il se posa le 25 Mai à Bardufoss.


Le même jour, le porte-avions Ark Royal, quasiment neuf et alors équipé de chasseurs-bombardier Skua, vint aussi couvrir la flotte Alliée.


Les opérations se continuèrent malgré le renforcement de la présence Allemande.
 
L'arrivée de Hurricane, trop tardive, ne permit pas de changer sérieusement la donne. 

Le 3 Mai, nous perdîmes le contre-torpilleur Bison, puissant mais mal défendu face aux attaques aériennes avec seulement quatre 37 mm à faible cadence de tir et des mitrailleuses de 13.2 mm (plafond de 1 000 m) alimentées pauvrement par des chargeurs de 30 balles.

Par contre, après le débarquement des unités Françaises, les Alliés disposèrent enfin de blindés (Hotchkiss H 39) qui aidèrent à déloger les Allemands de Narvik le 28 Mai.

Il était trop tard, la Bataille de France était mal engagée et la retraite fut mise sonnée.

{Cependant, ce sont ces mêmes "individus" 
chars qui furent la base du succès, en Afrique, de la "Colonne Leclerc", en 1940-1941.}


Les média Anglophones de l'époque ont énormément mis en valeur l'action des Gladiator en Méditerranée, c'est à dire d'abord dans la défense de Malte, contre la Regia Aeronautica puis en Grèce contre les Italiens et la Luftwaffe, comme aussi en Syrie, contre l'Armée de l'Air de Vichy.

Je ne dirai sûrement pas que c'étaient des théâtres sans importance, mais, par exemple, les victoires sur des Fiat CR 42 ont été obtenues contre des avions dépourvus de radio ! 


Cela annulait pratiquement les avantages bien réels de performances et d'armement dont disposaient pourtant les chasseurs Italiens.

Les pilotes de Gladiator y obtinrent parfois des résultats intéressants, mais sans lendemain.

Dans les meilleurs cas, ils avaient été confrontés à des pilotes inexpérimentés ou épuisés.


Malte est un de ces verrous stratégiques qui ont permis à l'Angleterre de régner sur les mers.

La défense de Malte démontre la faible vision stratégique de Benito Mussolini et, surtout, de ses militaires de haut rang, dès sa décision d'entrer en guerre aux côtés d'Hitler.


Malte n'était pas seulement une colonie Britannique, mais aussi un nœud de communication essentiel transmettant à Londres les informations capitales venant des Balkans, du Moyen Orient, de l'Afrique du Nord et de l'Est et de l'Asie.

Ces informations passaient par les câbles sous-marins, elles étaient donc particulièrement discrètes.


Par ailleurs, ces îles elles-mêmes offraient un excellent mouillage aux navires Britannique.


Evidemment, qui tient Malte tient la Méditerranée.



Il eut été logique que Mussolini, au lieu d'envoyer ses troupes à l'assaut de la Ligne Maginot des Alpes Française dès le 10 Juin 1940, où il n'y avait rien à gagner sinon des sacrifices, envoie ses hommes à une centaine de kilomètres de la côte Sud de la Sicile pour se saisir de ce très puissant verrou.

Dans un tel cas, la flotte Britannique eut éprouvé de très graves pertes en essayant de passer de Gibraltar au Canal de Suez ou vice versa. 


Heureusement pour nous, il n'en fut rien.

Au premier mois de la guerre Italienne, la Regia Aéronautica s'engagea très modérément dans la bataille de Malte : Elle était déjà très engagée sur le Front Alpin contre les Français, où elle subissait de graves pertes à cause de conditions météorologiques (orages épouvantables), et, aussi, de nos D 520.





Situation tactique de l'île de Malte - Le petit cercle rouge pointillé définit le rayon d'action des torpilleurs Swordfish. Le cercle en tireté correspond à un bombardier Wellington avec 2 tonnes de bombes -
Le grand cercle correspond à celui d'un Blenheim avec 450 kg de bombes.
Les trajets en bleu sont ceux des navires de l'Axe. Les cercles des Wellington et des Blenheim pourraient faire oublier qu'ils pouvaient se ravitailler à Chypre ou en Egypte.


En Juin 1940, les attaques Italiennes contre Malte révélèrent des Italiens peu efficaces, du moins pour ceux des Britanniques qui avaient été confrontés à l'enfer de Dunkerque et qui en avaient tiré et expliqué les leçons !

Les choses s'améliorèrent un peu plus tard pour les Britanniques avec le renforcement de la Chasse locale par des Hurricanes.


Les Gladiator furent également actifs en Ethiopie et dans d'autres territoires. Il est difficile de comprendre qu'il n'y en ait pas eu en Australie, pour amorcer la formation d'une aviation de Chasse Australienne.



Le plus célèbre des pilotes de Gladiator fut Marmaduke Pat Pattle.  
Ayant piloté le Gladiator dès Mai 1937, il était déjà un pilote très expérimenté avant même l'entrée en guerre.

En 1940, il fut envoyé dans les Balkans pour soutenir l'Armée de l'Air Grecque face à la Regia Aeronautica. 

De ce fait, il abattit plus de pilotes Italiens que de pilotes Allemands, ces derniers n'intervenant qu'au Printemps .

Dans sa trop courte carrière - moins d'une année - il fut crédité de 15 victoires aux commandes de son Gladiator et de 35 victoires avec son Hurricane Mk I.


Il avait un pilotage très fin, très sûr et ses capacités de tacticien et de tireur étaient exceptionnelles.

Devenu Sq. Leader, il exigea de ses pilotes une grande concentration sur la mission et une grande discipline de vol : "Au sol, on roule en formation, ensuite on décolle en formation, on se pose en formation sauf si votre avion est endommagé ou si vous êtes en détresse totale".

Il est évident qu'il s'agissait d'un pilote exceptionnel dont plus de 27 victoires - obtenues en 7 mois - sont indiscutables.

Sa période de combats victorieux s'étendit du 4 Août 1940 au 20 Avril 1941, jour où il tomba au Pirée, victime d'un Bf 110 !

Il est très dommage qu'il n'ait jamais bénéficié d'un Spitfire...



En Syrie, les Gladiator firent, à une occasion, jeu égal avec les Dewoitine 520, endommageant même le Dewoitine 520 de Pierre Le Gloan après que ce dernier eut abattu un des biplans Britanniques.

Peut-être par excès de confiance en lui, il n'avait pas pris suffisamment de champ et reçut une rafale qui endommagea sérieusement son avion puisqu'il dut faire un atterrissage sur le ventre.

Cela démontrait que le manque d'heures d'entraînement, pendant près d'un an, avaient affaibli la compréhension des règles du combat même chez notre vraiment très grand as.



En conclusion, l'histoire de ce chasseur périmé montre deux choses :
  • Mieux vaut un chasseur périmé que pas de chasseur du tout. Bien sûr, dans ce cas, les tactiques d'emploi doivent être travaillées à fond et un entraînement sans concession est très important. 
  • Bien évidemment, comme tout produit, il est frappé d'obsolescence à un moment  qui va être d'autant plus proche dans le temps que les adversaires à combattre seront plus difficiles à abattre.
Ensuite, pour nous, Français, et pour moi en particulier, il permet  de constater, à partir de l'exemple Finlandais lors de la Guerre de Continuation, que le Morane 406 constituait un meilleur chasseur que le Gladiator, rapidement relégué aux tâches de l'entraînement. 

Le chasseur Français s'y était donc démontré plus efficace. 

Mais la différence restait assez faible et le champ de bataille Russe au Nord du Lac Ladoga ne fut pas le plus technologique de tous, loin de là



Très gros regret ! 

Oui, bien sûr : Quelque mois après avoir sorti le Gladiator, le même ingénieur Folland créa un nouveau monoplace motorisé à l'identique, le Gloster "Noname Fighter" ou F- 5/34. 

C'était un avion de 9.76 m de long dont la masse à vide était de 1 900 kg et la masse au décollage atteignait 2 450 kg.

La voilure avait une envergure de 11.63 m et une surface totale de 21.26 m², définissant une charge alaire ide 114.65 kg /m².

Il gardait le même moteur Mercury de 840 Cv (dont le diamètre restait toujours de 1,31 m) que le Gladiator, mais avec un tout autre rendement.

Il avait une vitesse de pointe de 510 km/h à 4 875 m d'altitude.

Il pouvait voler, en croisière rapide, à 465 km/h.

L'autonomie était de 90 minutes.

Avec le même armement que le Spitfire, cet avion avait donc une charge alaire inférieure à celle du Hurricane Mk I opérationnel et donc aussi inférieure à celle du premier Spitfire MK I opérationnel. 

{Une source Anglophone donne 88 kg/m² mais cela ne correspond pas aux données de poids et de surface. }

Son plafond était de 9 910 m, donc 10 000 m.

La date du premier vol semble encore constituer un secret d'Etat, mais nous avons des photos excellentes dans le Flight du 24 Juin 1937, en particulier l'une où ce chasseur effectuait un dégagement serré à très peu de distance d'un avion jouant le rôle de "plastron". 

Cela indique que le Noname était déjà dans une bon état de maturité aérodynamique !  

Il volait donc depuis, au bas mot, plusieurs mois. 

Je ne suis pas convaincu lorsque En. Wikipedia donne un premier vol à la toute fin de 1936.

Avec le moteur P & W 1830 (de 1,22 m de diamètre) d'un Douglas DC 3, il aurait eu des performances proche de celles du Spitfire Mk I.


Des pressions furent exercées sur Folland pour qu'il ralentisse ses travaux sur cet excellent avion moderne, le Gladiator étant si important !  


Voici le texte de la source Wikipedia du 18 Mai 2021

"Flight magazine (1 July 1937) shows the F.5/34 taking off from Hucclecote Aerodrome and mentions its appearance at the RAF Display of that year.[6] 

By the time the F.5/34 began its flight tests, the eight-gun Hawker Hurricane was in service and the Supermarine Spitfire in production so that further development of the Gloster fighter was abandoned. "


Ceci est très grossièrement faux : Le Hurricane n'entra en service réellement qu'en Décembre 1937 (et encore, à seulement quelques exemplaires), donc, en réalité le Hurricane ne fut réellement opérationnel qu'à la fin de 1939 (lorsqu'ils commencèrent à sortir avec des ailes métalliques et des hélices à pas variable) ! 

Quant au Spitfire, rien ne prouve qu'il soit sorti (même en petite série) avant 1939 et tout démontre qu'alors, il était très loin d'être opérationnel.

Ce Noname, plus que prometteur, était adoré pourtant par les pilotes d'essais qui le trouvaient plus maniable (et meilleur grimpeur aux basses et moyennes altitude) que tous ses concurrents !



Gloster F 5/34 Noname  (1936)- Avec le même moteur que sur le Gladiator : 510 km/h, 8 mitrailleuses, une maniabilité exceptionnelle et une excellente visibilité.




Un certain air de famille : Le Mitsubishi A6M2 Japonais

                                


Ce fut une véritable - et énorme - chance perdue.

Par contre, une bonne part de cet avion ressemble tellement au Mitsubishi A6M2 Zéro, que je suis tenté de penser que les Britanniques (que ce soit l'ingénieur Folland ou la maison Hawker) peut très bien en avoir vendu les plans à l'Empire du Soleil Levant !

L'avant de ce chasseur ressemble beaucoup à celui du Zéro, mais ce dernier a un moteur de diamètre inférieur de 16 cm, il  est plus court de 70 cm et plus léger à vide de près de 300 kg.



Les décideurs Anglais avaient une fois de plus misé sur des avions surpuissants, donc alourdis. 
Mais le No-name fighter aurait permis aux britanniques une efficacité excellente à nos côté !

Il faudra que Sydney Cam voit, de ses yeux, un FW 190 pour se rendre compte qu'il était possible de construire bien plus léger qu'il ne le faisait !





mardi 11 septembre 2018

Les bimoteurs Hanriot 530 et Dewoitine 720 (et d'autres) "Triplaces de Corps d'Armée et de Travail" dits T3 (Révisé 09 / 07 / 2024 *** ***)



De l'Observation : Rappels succincts 


L'Observation Aérienne permet à un officier de recueillir des informations tactiques utilisables à bref délai contre l'ennemi : 
  • Soit pour empêcher celui-ci de prendre un avantage, 
  • soit pour obtenir soi-même un avantage. 

Pour commencer, rien ne vaut de porter son regard sur le paysage depuis un point haut, un stage d'observation depuis des ballons captifs - ou "saucisses" - était donc idéal. 

Nos officiers supérieurs de l'Armée de Terre avaient ainsi découvert l'observation aérienne pendant la Grande Guerre. 

Malheureusement, ils avaient gardé de cette époque une grande nostalgie de cette capacité d'observer le terrain à la jumelle en prenant tout leur temps. 

La possibilité de prendre son temps traduisait uniquement l'énorme supériorité aérienne de la Chasse Française sur celle de Guillaume II entre Décembre 1915 et Novembre 1918.

Soumis à des attaques incessantes, les Allemands savaient de manière définitive qu'une observation efficace exige d'être menée le plus rapidement possible.


Nous devons une brillante et claire synthèse sur l'observation aérienne au Lt-Col. de Drouas (
Motorisation et Observation Aérienne, Revue du Ministère de l'Air, 15 Avril 1936). 

Cet officier s'y place d'emblée au cœur d'une guerre de mouvement puisque le problème posé est celui de l'attaque d'un corps d'Armée motorisé par une unité adverse de même nature. 

Les fantassins se déplacent en moyenne à 4 km/h et les cavaliers à 8 km/h. Depuis la motorisation, la vitesse est passée à 17 km/h. L'avion, 15 fois plus rapide (début 1936) que les véhicules terrestres, s'impose donc pour effectuer toute observation éloignée (jusqu'à 200 km de distance).

L'accélération des vitesses induite par la motorisation impliquait déjà une réduction drastique du temps nécessaire pour se préparer à une attaque imprévue. 

Donc, au départ de l'action, l'unité concernée doit reconnaître son environnement dans plusieurs directions  différentes.

Dans l'idéal, une unité d'observation affectée à la surveillance d'une zone X aurait dû envoyer des avions sur un certain nombre de secteurs à l'intérieur de X dans le but d'y déceler toute présence ennemie. Mais, par manque d'effectifs, il est impossible de couvrir toute la zone.



Document personnel de l'auteur - à partir de l'article cité - Traces de véhicules militaires


De plus, les éléments ennemis légers pouvant s'y être infiltrés de nuit puis s'y être dissimulés, modifient ainsi les conditions locales de combat en se protégeant par des mines, des trous, voire en implantant des canons de DCA ou antichars ou d'autres armes anti-personnel.

La détection de mines par un observateur aérien est quasi-impossible. 
Par contre, l'observateur aérien n'a aucun mal à déceler les traces d'un engin chenillé, mais ces traces peuvent aussi être un leurre...

L'observation ne sert pas seulement à trouver l'ennemi, mais aussi à trouver les points de passage (voire à évaluer les problèmes qu'ils peuvent poser), les zones propices au repos comme celles favorables à une action d'éclat.


La Géographie Physique joue également un rôle important dans la technique de l'observation aérienne.

Une plaine agricole, comme la Beauce, présente, par définition, peu de reliefs : Les champs ne sont pas un obstacle à quelque pénétration que ce soit à part quelques petites surfaces réunissant végétation arborée et constructions humaines. 

Ces zones ponctuelles peuvent être vues comme des îlots défendables par de petites unités.

Ces îlots furent fortifiés (tactique des hérissons) par le Général Maxime Weygand entre le 20 Mai et le 8 Juin 1942.  

Malheureusement, une fois que les éléments motorisés adverses étaient passés entre ces zones de résistance, ils pouvaient filer à pleine vitesse.

Les pertes d'hommes et de matériels dans la période précédant le 20 Mai ne permirent donc pas aux hérissons de jouer leur rôle très longtemps.





Document original de l'auteur - Une plaine arborée et, pourtant, très habitée



Toujours en plaine, la présence d'importantes zones boisées (photo ci-dessus) multiplie les cachettes potentielles et impose, évidemment, de multiplier le nombre d'observateurs simultanément en service.



Dans certains cas, les observateurs devaient vérifier si certaines parties du terrain survolé étaient de véritables zones mortes (= sans présence ennemie notable).

De plus, la probabilité de présence d'éléments hostiles peut changer à  chaque instant, en particulier si ces éléments sont motorisés. 


En zone montagneuse, toute progression est ralentie du fait des multiples obstacles à franchir dans des conditions le plus souvent défavorables.

De plus, tout élément protégé par un surplomb passe inaperçu, sauf si l'observateur peut pratiquer des prises de vues obliques ou, mieux, stéréoscopiques.

Il fallait donc recommencer les reconnaissances aussi souvent que possible sur toute la zone. Une telle pratique avait l'inconvénient de consommer rapidement le potentiel matériel et humain des unités disponibles.



Une autre problématique doit aussi être prise en compte : La sécurité de l'observateur, de son équipage et de son avion. 

Bien sûr, tout ce qui nous renseigne est très défavorable à l'ennemi, en conséquence ce dernier va tenter de détruire l'avion et, au moins, de capturer son équipage.

A cet effet, il va combiner l'action de sa Flak à celle de sa Chasse.

Un avion qui volait à moins de 2 000 m était justiciable de la Flak de 20 mm, mais à 4 000 m, il voyait moins bien ses objectifs et devenait une proie facile pour la Chasse...

Notre avion devait donc trouver le moyen de fuir à sa vitesse maximale et souvent à très basse altitude pour que les précieuses informations déjà obtenues soient sauvées.



Maintenant, comment communiquer les informations récupérées ? Le Lt-Col. de Drouas répond sans ambiguïté : Par radio et en phonie !

" L'observateur peut, au besoin, répéter plusieurs fois, en langage convenu, un renseignement particulièrement important.

La T.S.F. doit surtout être le grand moyen rapide qui permettra d'alerter immédiatement le commandement.

L'équipage qui a peiné, voire, a déjà combattu pour conquérir un renseignement sera ainsi assuré que ses efforts n'ont pas été vains. 

L'observateur pourra ensuite être descendu par l'ennemi, il aura la satisfaction suprême d'avoir peut-être sauvé son armée, comme le chevalier d'Assas tombant à Clostercamp sauva son régiment en criant : "A moi Auvergne, voilà l'ennemi".

Cela signifie que c'est en clair que l'observateur doit faire son rapport. On imagine difficilement le Chevalier d'Assas (ou le sergent Dubois) en train d'envoyer ce type de message en Morse !

Enfin, pour ce qui est du commandement de cette aviation, de Drouas le confère clairement à l'Armée de Terre :
"La liaison sera-t-elle facile et rapide entre les services de renseignement de l'Armée
de l'Air et ceux des armées en cause ? 
Persuadé qu'"on n'est jamais si bien servi que par soi-même", nous préférons voir le groupe d'armées disposer de puissantes forces aériennes de reconnaissance lui appartenant en propre et renforcées parfois d'éléments de l'aviation autonome [= de l'Armée de l'Air (NdR)]. 
(...)
Nous croyons qu'une concentration des moyens de reconnaissance à l'échelon Groupe d'Armées, facilitera beaucoup la coordination des missions (plan de recherche de renseignements) leur orientation, leur exploitation, toutes les fois que l'étroitesse des zones d'armée détruira à cet échelon la relation nécessaire entre le rayon d'action des avions et les dimensions de la zone à reconnaître.

Bien orienté par les 2èmes bureaux d'armées qui lui auront fait connaître leurs besoins, les possibilités de l'ennemi et leurs hypothèses, le commandant du groupe d'armées disposera de moyens aériens suffisants qu'il pourra appliquer avec l'intensité voulue devant le front de telle ou telle de ses armées, sans avoir à faire des prélèvements sur l'aviation des unes pour renforcer les autres.

Considérons aussi qu'une grande unité motorisée en déplacement a un "faciès" comme disent les médecins, elle a sa composition fixe, sa forme sur le terrain, même ses habitudes."

Cette excellente compréhension des difficultés de liaison entre Armes différentes est exceptionnelle, surtout en 1936.

Le lieutenant-colonel de Drouas mettait en garde les chefs de l'Armée de l'Air : Les officiers de l'Armée de Terre ne croiront pas les rapports venant des renseignements de l'Armée de l'Air. 
C'est humain de ne croire que des gens avec qui on travaille tous les jours !

S'il avait été lu et compris, cela aurait permis, en Mai 1940, au lieutenant Chéry d'être cru lorsqu'il rapporta à l'état-major de la IXème Armée (du Général Corap) que les Panzers de Guderian étaient à quelques kilomètres de Sedan. 

Ces phrases préfigurent parfaitement la création de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT) avec 18 ans d'avance : Pas mal, non ? !


Un programme d'avions pour l'Armée de Terre


Le programme "Triplaces de Corps d'Armée et de Travail" fut publié par le STAé le 6 Décembre 1936. 
Du seul intitulé (bizarre) de ce programme, on aurait même pu inférer que les Corps d'Armées ne travaillaient guère...

En réalité, il s'agissait seulement de la manière "administrative" pour désigner d'avions "bons à tout faire" mais destinés à travailler essentiellement au profit de l'Armée de Terre.

On gardait dans la tête l'observation nécessaire pour régler les tirs de l'artillerie (avec application de la célèbre trilogie : coup court, coup long, au but), que l'on pouvait parfaitement réaliser avec un petit avion peu visible, peu bruyant et défendu essentiellement par de la DCA.

Mais, si la guerre sortait du cadre d'un front stable (= guerre de tranchées), on devait aussi réussir l'observation de ce qui pourrait se passer à l'intérieur des premières zones du Brouillard de Guerre, donc à quelques dizaines de kilomètres, voire même à 150 km, au maximum de nos unités, pour éviter tant les mauvaises surprises tactiques venues de l'ennemi que pour créer les conditions d'un succès tactique de nos armes. 

Pour faire "bonne mesure", on décida, très tardivement, de rajouter des missions offensives à ces avions, histoire de récupérer lescapacités du fameux Potez 25.

Ce programme stipulait la création d'avions triplaces dont la désignation fut, plus tard, réduite à T 3 et dont les missions étaient :
  • Observation de Jour (Mission I),
  • Observation de Nuit (Mission II),
  • Entrainement au Pilotage et à la Navigation de Jour (Mission III),
  • Entrainement au Pilotage et à la Navigation de Nuit (Mission IV),
  • Entrainement au Bombardement fictif (Mission V).
Tous ces avions devaient être des bimoteurs. On exigeait d'eux, évidemment, qu'ils soient robustes et faciles à entretenir.

Leur vitesse maximum devait atteindre au moins 320 km/h à 3 000 m d'altitude.


Pour mémoire, en 1936, tous les prototypes de chasseurs Français volaient entre 435 km/h - MS 405 - et 485 km/h - Nieuport 161, Mureaux 190, Loire 250 -.

Les bimoteurs de chasse, eux-mêmes, volaient (ou allaient voler) entre 455 (Potez 631) et plus de 500 km/h (Hanriot 220 / NC 600). 

On avait détruit le seul vrai bimoteur de chasse employant des moteurs puissants : le Nieuport 20.


Donc, l'ambition technique n'était pas au rendez-vous

L'autonomie devait dépasser 800 km (en mission I ou II) et 1 250 km dans les 3 autres missions.

Décollage et atterrissage devaient pouvoir se faire en roulant moins de 300 m.

Sur un seul moteur, le plafond devait dépasser 3 000 m.


La tentative d'Henry Potez


Mr. Potez avait fait dessiner par son bureau d'étude un bimoteur de transport léger en bois (6+2 places), le Potez 56, qui avait une masse de 1 620 kg à vide et de 2 772 kg au décollage.

Animé par 2 moteurs Potez en étoile de 185  Cv, cet appareil permettait de franchir 650 km à 200 km/h de moyenne, avec une vitesse de pointe de 250 km/h.

Mr Potez avait déjà été approché par "la Royale" pour tester l'appontage d'un bimoteur d'exploration sur le porte-avions Béarn. 

Il avait affiné l'avion pour lui conférer de meilleures performances : La section du fuselage, carré à l'origine, voyait ses angles vifs remplacés par des courbes harmonieuses.


Ce fut le Potez 56E, renommé plus tard Potez 565 qui vola en 1936 et apponta sur le Béarn.

Son nez allongé lui conférait une longueur de 12 m. 

La voilure, de 16 m d'envergure, avait une surface totale de 33 m². 

La masse était de 1 747 kg à vide et de 2 600 kg au décollage, donnant une charge alaire de 79 kg/m² qui permettait de réussir des virages vraiment très, très serrés.

Avec les mêmes moteurs que le transporteur léger, il pouvait voler jusqu'à 290 km/h. Avec des moteurs Renault 6 cylindre refroidis à air de 220 Cv, l'avion aurait très certainement atteint la vitesse demandée par le programme.

L'essence remplaçait les passagers. L'autonomie atteignait alors plus de 2 100 km. 

Lorsque Henry Potez découvrit le programme T3, en homme d'affaire avisé, il vit que son avion avait des prestations compatibles avec le programme et le transforma en conséquence.




Document personnel de l'auteur - Le Potez 566 T3



Le nouveau Potez 566 voyait s’ajouter à cet engin deux appendices disgracieux : Une cuve ventrale d'observation et une tourelle pour le mitrailleur. 

Il reçut des moteurs Potez de 240 Cv pour tenter de compenser les pertes de finesse impliquée par ces ajouts. Mais la vitesse ne dépassa pas les 270 km/h...

Seulement 3 exemplaires en furent commandés. Ce qui ne manque pas d'étonner : Nos décideurs n'avaient rien à mettre à la place. 

Une vingtaine de Potez 566 auraient permis de former des observateurs, des pilotes, de les tester dans des manœuvres et de rectifier rapidement d'éventuelles mauvais choix.

Mais le STAé, soucieux d'exercer son autorité sans partage, n'allait certainement pas vouloir d'un avion créé avant même la sortie de son propre programme.  

Deux ou trois années allaient s'écouler inutilement avant de faire le choix du meilleur concurrent. 

On pouvait introduire des moteurs plus puissants mais, tels quels, ces avions auraient certainement pu jouer un rôle opérationnel en particulier de nuit.


Les quatre T3 "authentiques" 

Deux autres firmes se disputèrent donc officiellement ce marché assez spécial, chacune présentant 2 avions successivement pour suivre les pérégrinations de la pensée du Service Technique de l'Aéronautique. 

La maison Hanriot sortit son H 510 en 1937. 
Long de 10.12 m, disposant d'une voilure de 15.00 m d'envergure et de 31.50 m² de surface, il fut construit rapidement et fit son premier vol en Juin 1938.

Sa masse à vide était de 2 760 kg et il pesait environ 3 720 kg au décollage.

La charge alaire de 118 kg/m² annonçait une honnête manœuvrabilité. 

Ses moteurs Gnome & Rhône 9 Kfr, malheureusement affectés d'un fort diamètre (1.20 m), développaient 700 Cv.

Les deux hélices étaient des bipales en bois à pas fixe. 

Elles coûtaient certes moins cher à l'achat que des hélices métalliques à pas variable, mais elles obéraient la consommation et les performances au décollage, en montée puis en croisière d'environ 10% et induisaient des vibrations... 

L'avion volait à 315 km/h (voire bien plus, suivant la source) et montait à 3 000 m en 6 minutes. 

La lecture du numéro de Flight consacré au Salon de Paris de la fin de 1938 suggère qu'il était alors équipé de moteurs Gnome & Rhône 14 Mars. 

Dans ce cas, la vitesse de pointe comme la stabilité avaient dû en être très améliorés grâce à la diminution drastique du maître couple (on parla de 360 km/h). 

Le plafond pratique atteignait 7 000 m. L'autonomie était de l'ordre de 1 300 km.




Document personnel de l'auteur -  Hanriot 510, Salon de Paris 1938.
 La nacelle de l'observateur était moins bien profilée que celle du Potez 637



Le H 530 : Le prototype H 510 avait certes dépassé les desiderata du programme en terme de performances mais, dans le même temps, les exigences du STAé avaient évoluées à la suite d'une analyse plus fine des contraintes liées à tout éventuel combat. 

L'idée de la cage vitrée étant abandonnée, le "chef de bord" était maintenant placé à l'extrême-avant, ce qui amenait à placer le pilote en arrière et au-dessus, dans un poste à part. 

Par rapport au modèle précédent, le NC 530 avait été allongé à 11.33 m, sa voilure avait gardé sa surface de 31.50 m².

La masse était de 3 550 kg à vide, de 4 600 kg au décollage normal (charge alaire de 146 kg) mais pouvait atteindre 5 100 kg pour certaines missions (la charge alaire passant alors à 161 kg/m²).

Il avait reçu deux moteur Gnome & Rhône 14 Mars d'environ 700 Cv.




Document personnel de l'auteur - Hanriot NC 530 -


Plus fin, l'avion avait énormément changé, au point qu'il ne partageait que bien peu de choses avec son prédécesseur. Sa structure était devenue entièrement métallique.

Malgré de nombreuses expérimentations, des vibrations auraient perturbé les vols d'essais. 

Je n'ai aucun doute sur la réalité des phénomènes vibratoires au début des vols du Hanriot 510.

Par contre, l'ensemble des modifications apportées au Hanriot 530 :
  • suppression des entretoises liant les moteurs au fuselage, 
  • dérives surélevées, 
  • affinage des capots moteurs
auraient dû les supprimer. 

La lecture complète de Louis Bonte (Docavia #3) montre à quel point le CEMA avait pris la maison Hanriot en grippe depuis bien longtemps, comme cela avait aussi été le cas un peu plus tard pour Nieuport, puis pour Amiot.

A partir de 1936, ce même organisme d'Etat s'était transformé en un lobby qui favorisa honteusement le déplorable Morane 406 et le dangereux LéO 451, j'ai donc tendance à penser que le NC 530 était réellement devenu un appareil excellent.

La vitesse de pointe du Hanriot 530 atteignait les 415 km/h à 5 100 m, ce qui montre qu'il était au moins aussi rapide que le Potez 63-11 qui atteignait ses 425 km/h entre 5 000 et 5 500 m grâce à son train entièrement escamotable (gain de 30 km/h).

Le temps de montée à 3 000 m était de 5 minutes (1 minute plus vite que le Potez 63-11).

Le plafond était de 8 500 m.

L'autonomie du NC 530 atteignait 1 800 km à 320 km/h de croisière, ce qui était très confortable et aurait pu permettre son emploi au-dessus des mers.

L'armement défensif comprenait 3 MAC 1934 et l'armement offensif pouvait aller jusqu'à 10 bombes de 50 kg. 

Cet avion, particulièrement solide, semble en tout cas avoir réellement intéressé l'état-major puisque deux versions nouvelles en furent proposées. 


Une variante plus puissante, le NC 532, était prévue avec des moteurs Gnome & Rhône 14 N 48/49 de 1 070 Cv. Dans ce cas, il aurait probablement pu voler à environ 450 km/h.
{Si l'augmentation de puissance laissait envisager une vitesse de l'ordre de 480 km/h, l'augmentation de traînée - diamètre des moteurs augmenté de 36 % - et de masse - en augmentation de 400 kg - aurait réduit l'augmentation des performances.}




De son côté, Emile Dewoitine proposa, successivement, deux bimoteurs à ailes hautes (Source : Les avions Dewoitine, Docavia )

Le D 700, le premier des deux, était équipé de 2 moteurs Renault 6Q à refroidissement à air de 220 Cv et pendus chacun à un pylône profilé (à la manière des moteurs d'un Boeing 707, ce qui, à l'époque, était, semble-t-il, très rare). 

L'observateur (et "chef de bord")  était enfermé dans une cage vitrée ventrale, à la portée des simples fusils de la troupe ennemie. 

L'avion paraissait fin (finesse de 13.9) mais la puissance totale de 440 Cv rapportée au poids total prévu d'environ 3 000 kg ne semblait plus suffisante pour atteindre les performances exigées.

La construction, lancée effectivement en Mai 1938, fut ralentie par d'innombrables contre-ordres du STAé qui aboutirent à stopper définitivement les travaux.


A la suite d'une analyse plus poussée des contraintes rencontrées pendant un combat, le D 720, abandonnait enfin l'idée de la cage vitrée ventrale et plaçait l'observateur-"chef de bord" à l'avant, dans une sorte de serre vitrée très anguleuse. 

Le fuselage était de section rectangulaire. Le dessin de la nouvelle verrière semble avoir été très favorablement accueilli par les décideurs de l'état-major mais l'avion avait perdu de la finesse (13.2), malgré son train escamotable ! 

Des plaques de blindage avaient été introduites, augmentant évidemment la masse au décollage.

Long de 10.50 m, l'avion avait une masse à vide de 3 260 kg (600 kg de plus que ce qui avait été initialement prévu) et une masse au décollage de 4 250 kg en mission I (500 kg de plus que prévu). 

La voilure, de 14.90 m d'envergure avait une surface totale de 27.20 m². La charge alaire atteignait donc 156 kg/m², ce qui ne gageait pas d'une agilité féerique...

Les moteurs 6Q de 220 C avaient été remplacés par des Renault 12 R de 450 Cv.




Dewoitine 720 - Une esthétique particulière



La vitesse de pointe de cet avion atteignait 357.4 km/h à 4 450 m, autrement dit 360 km/h, ce qui était honnête.

A la masse de 4 480 kg (mission IV), les temps de montée étaient les suivants :
  • 3 000 m en   7' 42" (presque 2 minutes de plus que le Hanriot 530),
  • 4 000 m en   9' 55",
  • 5 000 m en 12' 20",
  • 6 000 m en 15' 23",
  • 7 000 m en 19' 51".
Le plafond pratique était de 8 400 m (ce qui me paraît un peu optimiste).

Le décollage demandait 370 m sans volet et 244 m avec 25° de volet.

Cet avion rendait ce qu'on lui avait demandé, mais payait cash son surpoids.

Que ce soit le Dewoitine 720 ou le Hanriot 530, aucun de ces deux avions n'était ridicule.

Le Hanriot 530 avait cependant des performances plus intéressantes que celles du Dewoitine 720.


D'autres bimoteurs Français étaient utilisables pour la même tâche


La période était propice à l'éclosion de bimoteurs tout à fait comparables dans leurs cahiers des charges, ou peu s'en fallait.


Le premier d'entre eux, le Romano 110, était un chasseur issu du programme de 1934 qui avait provoqué aussi la construction du Potez 630, du Hanriot 220 et du Bréguet 690.

Petit (longueur de 9.30 m), cet avion était remarquablement léger (masse de 1 910 kg à vide et 3 200 kg au décollage). 

Sa voilure avait une envergure de 12.80 m et une surface totale de 24 m², donc elle supportait une charge alaire de 133 kg/m².

Il emportait deux moteurs Renault 12 R de 450 Cv.

La vitesse d'atterrissage était de 105 km/h, le rayon d'action à 320 km/h était de 1300 km.

Au décollage, la course se réduisait à 150 m par vent nul (une valeur excellente).

La vitesse de pointe prévue était de 480 km/h.


Les nationalisations ayant confisqué les moyens de production (usines et ateliers) de sa société, Etienne Romano éprouva les plus grandes difficultés à terminer son bimoteur, puis à obtenir des moteurs pour l'animer.

Après sa mise au point-constructeur, l'appareil vint en vol de la Côte d'Azur - où il avait été conçu et fabriqué - jusqu'à Villacoublay, soit une distance de l'ordre de 1 000 km. 

Louis Bonte, cité plus haut, se moquait de l'avion et du constructeur en disant que le Romano 110 avait fait tout ce long vol avec son train sorti. 

Il se servit ensuite de cet incident sans intérêt pour justifier que le CEMA ne l'ait pas essayé... 

Pourtant, cet avion avait déjà la disposition requise en 3 niveaux, parfaitement rationnelle pour atteindre tous les objectifs définis par le programme, et une capacité d'observation exceptionnelle dans un confort remarquable pour l'observateur. 



Document personnel de l'auteur -  Plan 3 vue du Romano 110




L'ensemble de ses caractéristiques et sa faible inertie laissaient espérer une grande agilité.

Les performances affichées étaient très au-dessus des spécifications T3, car, même avec un train fixe pantalonné, le R 110 aurait dépassé les 450 km/h.

Il est vraisemblable que cet avion aurait eu un remarquable rendement d'observation par ses performances élevées et par son confort visuel excellent, du moins si l'observateur avait été placé à l'avant (ce qui n'aurait pas dû poser le moindre problème).

On préféra l'abandonner, d'abord pour faire plaisir à une certaine idée que les gens du CEMA avaient d'eux-mêmes (à la façon des nobles du XVIIIème siècle), mais aussi, probablement, parce qu'il ne portait aucun blindage. 

On avait oublié que vitesse et agilité constituent en elles-mêmes une protection efficace.


Un autre candidat potentiel aurait été le Hanriot 232 d'entraînement. 

Les journalistes de l'hebdomadaire spécialisé Britannique Flight pensaient - avec bon sens - que la maison Hanriot aurait pu proposer comme T3 son bimoteur d'entraînement Hanriot 232, directement dérivé du Hanriot 220 de chasse. 

Cet avion avait une longueur de 8.55 m. Sa masse était de 1 655 kg à vide et de 2 187 kg au décollage.

Sa voilure avait une envergure de 12.80 m et une surface totale de 21.20 m².

Sa charge alaire était donc de 103 kg/m².

Avec ses 2 moteurs Renault de 220 Cv, il volait à 335 km/h à 1 000 m d'altitude. 

Il montait à 2 000 m en 4 minutes, démontrait un plafond pratique de 7 500 m et disposait de 1 200 km d'autonomie.




Document personnel de l'auteur - Hanriot 232 - L'observateur placé à l’avant, aurait eu une excellente visibilité



Cerise sur le gâteau, cet avion était remarquablement manœuvrant et fut commandé à 55 exemplaires pour l'Armée de l'Air qui en reçut 35 avant le 25 Juin 1940.


Les Finlandais en commandèrent 25 aux Allemands et l'utilisèrent jusqu'en 1950, ce qui est la preuve de ses qualités de vol comme de sa solidité ! 

Sa très petite taille, et surtout le faible bruit de ses moteurs, l'aurait rendu particulièrement discret : 
  • Les Simoun photographes-espions, équipés des mêmes moteurs et  utilisés par nos services de renseignement, étaient inaudibles à 2 000 m de distance (source : Les Avions Caudron, Mihaly et al, Docavia). 

La visibilité en place avant était excellente mais il est possible que l'on ait trouvé qu'il manquait la possibilité d’y installer un équipement radio performant.


Pourquoi diable écarter les avions marins ?


Mais un autre programme de bimoteurs avait été lancé en 1937 par la Marine Nationale qui voulait, sur ses porte-avions, des bimoteurs pour lancer des torpilles, des bombes, voire mener des reconnaissances.

C'était une vision très avancée pour l'époque : Les marins Français étaient les premiers au monde à intégrer la meilleure capacité de survie en ambiance hostile des multimoteurs par rapport aux monomoteurs. 

Ceci montre que ces avions étaient déjà bien dans l'esprit "T3", même s'ils avaient officiellement une mission plus orientée vers la destruction, mais un vieux proverbe Français dit bien "Qui peut le plus, peut le moins".


Le premier à voler fut le CAO 600 conçu par l'ingénieur Pillon, déjà auteur du bombardier en piqué (raté) Nieuport 140 et de ses successeurs (très réussis) Loire-Nieuport 40x. 

Ceci explique probablement qu'il ait eu recours - pour la troisième fois consécutive - à une voilure en W aplati, qui permettait de réduire significativement la hauteur du train d'atterrissage.



CAO 600, œuvre du bureau d'étude Nieuport

L'avion avait une longueur de 14.22 m. La voilure avait 16.80 m d'envergure. 

La masse au décollage était de 4 700 kg.

Les moteurs étaient des GR 14 Mars de 680 Cv.

Le premier vol se passa le 21 Mars 1940.

Au moment de l'armistice de Juin 1940, l'avion avait déjà volé 35 heures, soit 12 heures par mois ce qui était excellent. 

Pierre Nadot, son pilote, jugeait "qu'il montrait d'excellentes qualités de vol qui auguraient bien du comportement à l'appontage". C’était donc vraiment un excellent avion.

La vitesse de pointe à 1 500 m atteignait 380 km/h, la vitesse de croisière atteignait 300 km/h.

Il est très surprenant d'avoir limité l'altitude de vol aussi bas, exactement comme si, pour attaquer des chars, on avait limité l'altitude à 10 m au-dessus du sol : Limiter l'altitude maximale d'un avion militaire, quel qu'il soit, résulte toujours d'une limitation de l'imagination du décideur.

Si on avait profité de l'altitude de vol "normale" des moteurs GR 14 Mars, qui rétablissait sa puissance jusqu'à 4 000 m, cet avion aurait pu voler à 5 500 m pour aller de son porte-avions à la flotte ennemie. 

Il aurait ainsi gagné du temps, de l'effet de surprise et de l'autonomie.
Pour fixer les idées, à la même altitude de 1 500 m, le Potez 63-11 était nettement moins rapide (364 km/h). 

Donc, le CAO 600 aurait pu gagner de l'ordre de 15 km/h par 1 000 m jusqu'à 5 500 m, ce qui l'aurait amené à près de 450 km/h, ce qui aurait changé beaucoup de chose quant à sa capacité de reconnaissance.

L'autonomie en mission de reconnaissance pouvait atteindre 1 500 km, ce qui permettait de mener des reconnaissances sérieuses jusqu'à 400 nautiques de son porte-avions. 

Par contre, en mission de torpillage, elle tombait de 900 km : Cela signifiait la capacité de couler un bâtiment de guerre à 200 nautiques.

Bien sûr, transformé en T3, le CAO 600, moins lourd que sa version marine, aurait pu voler nettement plus vite et plus loin.

Cependant, dans mon hypothèse d'une adaptation au programme T3, il fallait utiliser l'excès de poids engendré par une torpille (674 kg) et des ailes repliables (~50 kg) : Cela laissait la possibilité de placer de 150 à 200 kg de blindage aux endroits "stratégiques" de l'avion. 

Cet avion eut pu être un concurrent sérieux pour le Hanriot 530.



Dewoitine présenta à ce même concours d'avions-torpilleurs embarqués un bimoteur, le D-750, bien plus attractif - à mon humble avis - que le D 720 précédemment évoqué.                   


D 750 - Une ligne plus fine que celle du  D 720... 


Cet avion de 10.06 m de long, avait une voilure de 15.92 m d'envergure et de 36.12 m² de surface totale (33 m² de porte à faux). 

La masse à vide de 3 840 kg, excédait de près de 1 300 kg celle prévue ! 

La masse au décollage dépassait presque toujours les 5 000 kg et culminait à 5 350 kg.   

Il effectua son premier vol de 6 Mai 1940.     

Les essais constructeurs donnèrent les résultats suivants :
  • Vitesse maximale 360 km/h à 1 500 m d'altitude (sans charge externe) ;
  • Roulement au décollage par vent nul : 225 m (nettement meilleur que le D 720) ;
  • 3 000 m étaient atteints en 8' 44".  
  • Plafond pratique était de l'ordre de 6 000 m.    
Ces résultats préliminaires n'étaient pas mauvais et l'avion était bien plus fin que le D 720 dont je rappelle qu'il avait également un train rétractable.    


L'état-major terrestre a manqué de rapidité et d’autorité pour obtenir les éclaireurs aériens dont il avait besoin.

Le CEMA n'a rien fait pour l'aider...         


Surtout, on peut remarquer qu'à toujours choisir la standardisation maximale, on est passé à côté de l'adaptation au terrain qui, en l'occurrence, aurait fait toute la différence.  

A lire les chroniques de l'époque, le Hanriot 232 était le meilleur avion d'entraînement disponible. 

Par ailleurs, pour observer obliquement à très basse altitude (au niveau de la cime des arbres) et à des distances de un ou deux kilomètres, il était difficilement repérable.


Son cousin NC 530 ou le Dewoitine 750 eussent été mieux adaptés pour être au plus près des zones dangereuses.


Le Romano 110, lui, grâce à sa vitesse et à son agilité plus élevées, aurait dû hériter de missions encore plus dangereuses, comme mener des raids de 200 km dans les profondeurs des lignes ennemies.                                     

Le choix définitif ne semble pas avoir été communiqué, même s'il fut raconté que le Potez 63-11 héritait du job, ce qui n'était pas une décision sérieuse puisque tous ses pilotes disaient depuis longtemps qu'il était devenu bien trop lent pour ce travail.                                                             

Le programme de l'impossible 

Vues de nos jours, les exigences de ce programme paraissent contradictoires. On voulait :
  • des bimoteurs,  
  • qui soient économiques à l'entretien, donc gréés de moteurs peu puissants et de structures technologiquement peu avancés (= tubes métalliques entoilés)  
  • très solides (donc, des pièces largement dimensionnées). 
Ces 3 qualités impliquaient logiquement des avions anormalement lourds.

Cette lourdeur était encore renforcée par l'exigence d'une grande autonomie, ce qui imposait évidemment d'emporter beaucoup d'essence (les moteurs économes, étant de haute technologie, coûtaient bien sûr trop chers).

Par contre, la demande de décollage ou d'atterrissage en moins de 300 m signifiait un avion puissant, accélérant franchement, et doté d'une voilure soit abondante, soit très sophistiquée.


{Par exemple : Le monomoteur Westland Lysander aurait parfaitement satisfait nos édiles sur le plan des longueurs de décollage et d'atterrissage comme sur le plan de la vitesse de pointe.
Son moteur développait 890 Cv, il avait une masse au décollage inférieure à 2 700 kg et un rapport poids/puissance de 3.03.
Cette valeur est comparable à celle calculée pour un Hurricane Mk I (2.81), qui décollait en environ 300 m avec l'hélice Rotol à vitesse constante, mais atterrissait en plus de 400 m, par suite de sa bien meilleure finesse.}

Bien sûr, de 1936 à 1945, l'observation exigeait que le regard d'un militaire bien formé explore et analyse le champ de bataille. 


La fausse bonne idée fut la commande d'autogires type La Cierva (LéO C 30), avions à voilure tournante permettant à des pilotes confirmés de se poser à la verticale après une forme d’autorotation. 
Ces engins, affublés de moteurs non carénés, étaient bruyants, lents et très peu fiables.

L'engin que nous chargeons actuellement de ces missions est l'hélicoptère.

Mais, à la fin des années 30, l'hélicoptère était un engin trépidant juste capable de quelques expérimentations préliminaires. 

Dans le Monde, à peine une poignée de pilotes étaient au courant de ses dangereux caprices près du sol (par exemple : Maurice Claisse, en France, Hanna Reitsch en Allemagne).


Il fallait donc bien des avions spécialisés dans les authentiques missions T3.  

Nos ingénieurs les avaient réalisés, mais les décideurs voulaient tout obtenir en même temps.

Ils furent déçus.

Il me semble qu'une politique de petits pas, par exemple en séparant les avions d'entraînement des avions d'observation proprement dits aurait permis d'obtenir plus vite des avions efficaces. 

Comme notre Armée de l'Air avait très vite perdu une part importante de ses Potez 63-11, il est évident que les avions qu'elle-même avait choisis ne répondaient pas entièrement aux besoins spécifiques de l'Armée de Terre.


Dans son Histoire des Essais en Vol, Docavia #3, p. 196, Louis Bonte parlait ainsi des T3 : 

"Il s'agissait de machines répondant aux vœux de l'état-major, n'allant pas vite, munies de vastes balcons d'observation pour la surveillance du champ de bataille, où l'on supposait sans doute qu'elles seraient invulnérables aux tirs du sol et que la chasse adverse, sans doute occupée ailleurs, n'irait pas les attaquer. Elles avaient des trains fixes, des hélices à pas fixe et ne dépassaient pas 300 km/h.
(...)
Toutes deux avaient de médiocres qualités de vol, des performances sans éclats et l'armistice mit fin à ces élucubrations." 

Dans son style persifleur et brillant, Bonte a, tout de même, asséné quelques contre-vérités. 

Il avait profité une fois de plus de sa notoriété pour donner de fausses informations sur la vitesse comme sur les qualités de ces avions.

Si les avions T3 initiaux - D 700 et H 510 - n'avaient pas résisté aux premières analyses, les NC 530 et D 720 dépassaient largement les 350 km/h, étaient donc à la fois "rapides", blindés et capables de longues aventures. 

Il était évident qu'ils étaient utilisables, à condition d'apprendre à s'en servir…

On peut tout de même s'étonner que Louis Bonte, puissant acteur de notre système militaire, ait conclu ce texte en exprimant son soulagement face à la signature de l'armistice du 25 Juin 1940 : cet armistice signait la pire défaite de notre Histoire et accordait à Hitler la liberté de mettre la France à genoux. C'est, pour le moins, curieux...


Vision Britannique : L'Avro Anson

Les Britanniques ne se posèrent pas les questions de la même manière que nous. 

Lorsqu'un besoin se faisait sentir, ils regardaient d’abord s'il n'existait pas de matériel convenable déjà disponible dans les usines Britanniques.

Leur problème d'avions-éclaireurs n'était pas entièrement superposable au notre parce que le Royaume Uni est un archipel entouré d'eau de tous côtés et que la surveillance des côtes pose moins de problèmes de sécurité pour l’avion-éclaireur car la Chasse ennemie y est rarement présente.

Rien à voir avec le survol des terres disputées d’un pays continental en état de guerre avec un autre pays continental jointif !

La maison Avro fit voler, le 7 Janvier 1935, un petit transport pour 4 passagers et 2 membres d’équipage. 

Cet avion impressionna les services de l’Air Ministry qui en commanda un exemplaire pour remplir la tâche de surveillance maritime.

Ce nouvel avion fit son premier vol le 24 Mars 1935 et fut commandé à 174 exemplaires sous la désignation d’Avro Anson.

Dessiné pour 3 ou 4 occupants, il avait 12.88 m de long, avait une masse à vide de 2 500 kg et une masse normale au décollage de 3 600 kg.

Sa voilure de 17.22 m d’envergure avait une surface totale de 43 m², ce qui donnait une charge alaire de 84 kg / m².



Avro Anson : Un bimoteur "banal".



Animé par deux moteurs Armstrong Siddeley Cheetah IX de 350 Cv chacun, il pouvait atteindre 300 km/h à 2 000 m. Son plafond pratique ne dépassait pas 5 800 m.

Il était armé de 2 mitrailleuses de 7.7 mm et pouvait y ajouter 160 kg de bombes…

Cet avion entra en service en Mars 1936, permettant un très bon niveau de reconnaissance mais aussi un excellent avion à tout faire.

A l’entrée en guerre, la RAF en comptait 824 répartis en 26 squadrons dont 10 étaient assignés au Coastal Command et tous les autres au Bomber Command, où ils étaient employés à entraîner les équipages de bombardiers.

Ils furent maintenus dans ce dernier rôle jusqu’au 28 Juin 1968 !

Les Ansons furent aussi employés comme avions taxis pour mener des pilotes là où ils devaient entre en fonction. 

C’est ainsi que le "duty Anson" est devenu un des "personnages" de la fin du livre de Pierre Clostermann "Le grand Cirque".

Cet avion économique, maniable et endurant fut construit à 11 000 exemplaires.

Il ne fut donc en aucune manière un échec.



Vision Allemande


En 1941, nos ennemis Allemands sont entrés dans le territoire soviétique avec un avion, le Focke-Wulf 189, qui aurait pu intéresser les décideurs Français et qui assura l'essentiel des missions d'observation sur le Front de l'Est entre Juin 1941 et 1945.



 FW 189 - Finesse et maniabilité protègent plutôt bien...
                                          



Cet avion, long de 12.30 m, avait une masse de 2 830 kg à vide et de 3 950 kg au décollage.

La voilure, de 18.40 m d'envergure, avait une surface totale de 38 m², ce qui donnait un allongement de 8.9 et une charge alaire de 104 kg/m².

Cet avion était animé par 2 moteurs Argus de 465 Cv de puissance maximale.

Ainsi gréé, il atteignait 360 km/h en pointe à l'altitude critique de 2 400 m.

L'autonomie maximale, limitée à 670 km, montre que cet avion devait rester cantonné à proximité de la zone du front.

L'armement défensif comportait 2 mitrailleuses MG 15 pour le pilote et 2 MG 17 pour le mitrailleur arrière.

L'avion pouvait ajouter à cela 4 bombes de 50 kg.

Il en fut construit plus de 830 exemplaires, indépendamment d'une vingtaine de prototypes.

Sur ce total, 293 furent construits à Bordeaux par la SNCASO.


La maniabilité de cet éclaireur était vraiment hors du commun : Il tournait si serré que les chasseurs soviétiques, qui avaient une très bonne capacité de manoeuvre, n'arrivaient pratiquement pas à le toucher.

On doit souligner que sa structure bipoutre favorisait l’inefficacité d’un tir même bien ajusté : Dans ce cas, il fallait ajuster la nacelle principale et non le cadre défini par les poutres et la voilure.

Par ailleurs, après une attaque Taran (= par abordage) réalisée par un pilote soviétique, le plan fixe fut en partie détruit mais l'avion Allemand fut capable de rentrer à sa base, ce qui mettait en évidence la robustesse de sa structure. 

Il regrettait de ne pas avoir bénéficié d'un avion capable de faire aussi bien ce travail d'éclaireur... 

Cependant, Koniev était le spécialiste de la maskirovska : Il réussit à faire croire à l’état-major Allemand, pendant la Bataille de Koursk, que ses armées étaient faibles, ce qui épuisa les armées Allemandes lorsqu’elles tentèrent de les bousculer. 

Donc il avait réussi à donner une fausse information aux observateurs Allemands.


Conclusion 


Si le Colonel Faris R. Kirkland, de l'US Air Force, soulignait à juste titre le rôle du Piper Cub pendant la Seconde Guerre Mondiale, il oubliait tout de même que leur existence en l'air reposait uniquement sur une outrageuse maîtrise du ciel par la Chasse Alliée.

L'expérience Allemande, décrite quelques lignes plus haut, souligne que l'observation aérienne, en absence de maîtrise du ciel, exige des engins discrets, rapides et très manoeuvrants.

Les T3 Français, eux, pouvaient faire ce job !