dimanche 15 janvier 2012

Le Bréguet 690, un avion d'assaut à fort potentiel pour la reconnaissance, meilleur que le très bon Potez 637. (Révisé le 24 / 12 / 2020)

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L'idée initiale - bien mal venue - des chasseurs bimoteurs


Le Bréguet 690 avait pour vocation avouée d'être un chasseur bimoteur triplace (mais pourquoi diable voulait-on 3, voire même 2 places ?) et apte à de - relativement - longs trajets. 


Il était en concurrence sur ce plan avec le Potez 63.



Pour ces avions, les décideurs avaient choisi des moteurs en étoile de 700 Cv. 

Certes, ces moteurs étaient légers, ce qui améliorait le bilan de masse des avions qui devaient les porter, mais, quel que soit leur profilage, ils présentaient un maître-couple important qui allait inéluctablement freiner l'avion. 




Le Potez 63 : Premier prêt, premier servi


Le chasseur Potez 630 reçut très vite ses moteurs, des Hispano-Suiza 14 AB prototypes de 100.15 cm de diamètre. 

Il effectua son premier vol le 25 Avril 1936.

Il atteign
it rapidement son objectif de vitesse (460 km/h pour 450 km/h demandés) et démontra d'honnêtes capacités ascensionnelles pour un bimoteur (4 000 m en 7' 10", donc de l'ordre des capacités du MS 406).

Il avait démontré en même temps une très grande agilité, vraiment exceptionnelle pour un bimoteur. 

En conséquence, il fut commandé relativement rapidement, mais bien après le Morane Saulnier 405 / 406.


Pourtant, il sortit véritablement en grande série dès la mi-1938, juste une année après sa mise en production. 

Les moteurs Hispano-Suiza 14 AB initiaux, un peu trop fragiles (on avait juste oublié d'en refroidir les culasses !), durent être remplacé par des Gnome et Rhône 14 Mars, plus légers de 70 kg, de puissance (alors) comparable et de 96 cm de diamètre.


On en sortit aussi une version de reconnaissance, le Potez 637, à peine plus lent que le chasseur 631 à cause de la petite gondole ventrale réservée à l'officier observateur. 


A la masse de 4 122 kg au décollage, les vitesses de cette version étaient :

  • 367 km/h           au niveau de la mer,
  • 403 km/h             à  2 000 m,
  • 439 km/h             à  4 000 m,
  • 448 km/h             à  5 000 m,
  • 446 km/h             à  6 000 m,
  • 428 km/h             à  8 000 m,
La vitesse de croisière économique de 320 km/h permettait de franchir 1 435 km.

Plein gaz, donc à 448 km/h, il pouvait franchir 740 km.

A 80 % de la puissance maximale, il pouvait franchir 1 390 km à 415 km/h.

Les temps de montée étaient tout à fait corrects :
  •   3' 02"              pour 2 000 m,
  •   6' 09"             pour 4 000 m (comme un MB 152),
  •   9' 14"              pour 6 000 m,
  • 16' 48"              pour 8 000 m,
Le plafond dépassait 9 500 m.

Cet avion était irrattrapable pour des Bf 109 B, C ou D.

Sa maniabilité en faisait une cible difficile à très basse altitude par la variante Emil.

Cet avion eut l'immense honneur d'identifier la percée des Panzer de Guderian dans les Ardennes, dans la nuit du 12 Mai 1940.

Le compte-rendu exemplaire de son officier-observateur (Lieutenant Gavoile) fut rejeté par l'état major de la 9ème Armée.

La conséquence de cette arrogante (et tenace) imbécillité fut la percée des blindés Allemands à Sedan le 14 Mai 1940 !

Cette reconnaissance à basse altitude en ambiance particulièrement hostile est un sacré titre de gloire à la fois pour le Potez 637 et pour les trois hommes de son équipage !



Le ministre Pierre Cot avait bloqué les moteurs du Bréguet 690 pendant un an !


Le Bréguet 690, concurrent du Potez 630, était censé recevoir les même moteurs mais les ennuis de ceux montés sur le Potez à cause de fissurations des culasses (insuffisamment refroidies) avaient induit des délais considérables. 

Il est aussi exact que Louis Bréguet avait, à juste titre, refusé la nationalisation de son entreprise.  


Décideur à très courte vue (comme beaucoup de politiciens), Pierre Cot n'avait pas admis la liberté d'un avionneur de grand talent, ce qui n'arrangeait rien. 

Le vrai scandale est que cela avait interdit au Bréguet de voler pendant une année ! 



Lorsque, enfin, le Br 690 reçut enfin ses moteurs
, en Mars 1938 (avec presque 2 ans de retard !), on s'aperçut alors que cet avion était bien plus rapide que le Potez déjà commandé... 

Il atteignait :

  • 390 km/h      au niveau de la mer (23 km/h plus vite que le P 637),
  • 430 km/h      à 2 000 m (27 km/h plus vite que le P 637),
  • 475 km/h      à 4 000 m (36 km/h plus vite que le P 637),
  • 490 km/h      à 5 000 m (42 km/h plus vite que le P 637),
  • Il passait même les fatidiques 500 km/h un peu plus haut.

Pour l'époque, c'était absolument remarquable.





Bréguet 693
 d'assaut 



Curieusement, il fut d'emblée désigné pour l'assaut antichars. 

On peut dire - compte tenu de l'inexpérience totale de tous nos aviateurs de 1939 dans ce domaine - que cet avion a très honorablement tenu son rang dans ce domaine face à une Flak exceptionnellement efficace (j'y reviens sur cet autre article). 


Même en 1945, de trop nombreux aviateurs alliés payeront de leur vie la volonté de pratiquer une seconde passe de bombardement à basse altitude (ce fut hélas le cas d'Edmond Marin-La Meslé, sur un P 47 Thunderbolt, entre autres, aussi tard qu'en Février 1945). 


Au début de la Bataille de France, malheureusement, cette leçon n'avait encore jamais été apprise nulle part.




L'autre destin possible, voire souhaitable


Au lieu d'attendre ces fameux moteurs qui ne venaient pas (pendant une année complète), on aurait pu (et dû) monter sur cet avion des moteurs en ligne Hispano-Suiza 12 X.

Ces moteurs, d'une fiabilité exemplaire, étaient construits en série également dans les arsenaux de la Marine et par la firme Peugeot.

La vitesse de pointe du Br 690 aurait été encore plus forte (diminution du maître-couple des fuseaux moteurs et amélioration de leur forme, donc du coefficient de pénétration dans l'air). 
De 490-500 km/h, on serait passé à environ 515-525 km/h.


Dans ce cas, l'emploi du Bréguet comme avion de reconnaissance à moyenne et longue distance eut été judicieux car il eut été bien plus difficile à rattraper que le Potez 637. 


Une anecdote rapportée dans Icare puis reprise par A. Prudhomme dans son récent livre sur le sujet (le Bréguet 693, le lion de l'aviation d'assaut, Histoire et collections) montre que, tel quel, il était déjà très difficile à rejoindre pour un Hurricane, pourtant théoriquement plus rapide de 20 km/h. 



Par ailleurs, ses missions durant moins longtemps, il n'aurait pas été confronté à autant d'ennemis. 

Son taux de survie eut donc été bien supérieur, en particulier en comparaison avec celui du Potez 63-11. 

La forme de son fuselage aurait aussi permis une meilleure installation de l'observateur (assis à l'avant, juste un peu en dessous du pilote) que sur ce Potez en évitant la dramatique régression aérodynamique induite par l'énorme ouverture béante de l'espace mitrailleur et au recul excessif du poste de pilotage. 

En effet, la vitesse de ce Potez avait chuté à 425 km/h, ce qui avait contribué à faire de cet avion de reconnaissance la victime n°1 de la chasse allemande pendant la bataille de France (220 avions détruits dont 106 abattus en vol sur 730 produits).



Les Suédois commandèrent, pour ce rôle précis, le Bréguet 694 qui, pour effectuer son rôle d'avion de reconnaissance, aurait dû emmener 1200 l d'essence au lieu de 900 l. 


Les Belges devaient en hériter mais, devant l'invasion de leur pays, c'est notre Marine Nationale qui récupéra le bébé (article de Jean Moniot dans Aviation Magasine, au début des années 60).




Et la Chasse ?

Peut-être le Bréguet 690 eut-il même pu donner un avion de chasse plus efficace que le joli Potez 631 dont les escadrilles ne purent réclamer que quelques victoires aériennes (mais certainement parce que la manière de l'employer fut également bien mal comprise). 

Encore eut-il fallu le spécialiser dans les attaques de bombardiers. 



L'idée germait en 1938 de sortir le très rapide Bréguet 697 qui volait à 570 km/h 
(malgré un lest de 300 kg à l'arrière !).

Il devait déboucher sur le formidable Bréguet 700 puis le très affiné Bréguet 820 (à voir sur le site de l'aérophile http://aerophile.over-blog.com/article-un-projet-celui-du-breguet-820-48349675.html) qui (à mon avis) préfigurait remarquablement  le ravissant De Havilland Hornet.





Cliquez ici pour lire mon article sur la reconnaissance et le Potez 63


Cliquez ici pour lire mon article sur le Bréguet 693 dans l'Aviation d'Assaut

Cliquez ici pour mon article sur le Potez 631 de Chasse, et ses successeurs, dont le Bréguet 697.


















mercredi 11 janvier 2012

Le Koolhoven FK 58 : Une commande pour rien ! (modifié le 27 / 07 / 2024 *** ***)


N'ayant pas investi à temps, le gouvernement achète des produits étrangers non sérieusement testés


La commande du Koolhoven FK 58 intervient pendant ce que l'on peut qualifier, sans risque, de "grande panique des décideurs".

Les gouvernements successifs, cédant aux divers lobbys qui gouvernaient la IIIème République, avait dilapidé l'essentiel des crédits budgétaires dans certaines voies sans issues.

Ainsi, il a commandé pour les amiraux de la vieille école du tout canon, les cuirassés Richelieu et Jean-Bart (j'en parle dans cet article).

Certes ces navires étaient (et restent) très beaux mais ils étaient aussi totalement inutiles et chacun coûtait 2 500 000 000 de Francs de l'époque (soit le prix de 2 500 Dewoitine 520 !).

Les marins clairvoyants le savaient très bien, mais ils n'avaient pas de pouvoir de décision, l'amiral de la Flotte Darlan, le grand patron, était avant tout un artilleur de Marine.


On avait, aussi, entre autre, pour le seul plaisir des artilleurs terrestres, recréé des canons à très longue portée style Bertha.

Nous étions pourtant les mieux placés pour savoir que les canons terroristes Allemands n'avaient eut aucun impact sur les événements de 1918 : Les troupes de von Hindenburg et Ludendorff furent reconduites à la maison par les Alliés après l'échec sanglant de leurs offensives.

On avait aussi dépensé sans compter pour faire la fameuse Exposition Coloniale de 1931, qui avait coûté beaucoup d'argent au moment où la crise de 1929 frappait la France à son tour, puis ensuite pour la pharaonique Exposition Universelle de 1937.

C'était beaucoup d'argent donné aux industries du Bâtiment, aux architectes, aux décorateurs en tous genres.


Le chasseur néerlandais cité ici a fait partie des multiples palliatifs inventés pour obtenir les avions qu'il eut été bien plus aisé de créer autrement.

Dans le même temps, les constructeurs et équipementiers français manquaient sans cesse de crédits au moment précis où ils auraient dû en recevoir.

Il a été tellement facile, ensuite, d'accuser ces mêmes "industriels" d'avoir manqué à leur devoir...



Et le FK 58, dans tout cela ?


Le choix de l'avion était mauvais, même s'il avait été dessiné par l'ingénieur qui avait créé le Fokker D XXI (lequel était très léger et bien plus maniable).

Déjà cet engin n'était pas vraiment dessiné aux meilleures normes : Il sacrifiait encore une fois à la structure entoilée, dans une optique coloniale indéfiniment répétée, et, en plus, il manquait de finesse.

Une fois de plus, on avait choisi une machine à peine mise au point et construite sans amour ni soin professionnel dans les usines de notre pays.

Long de 8.70 m, sa voilure avait une envergure de 11 m et une surface de 17.30 m².

D'après des sources Néerlandaises, le prototype avait donné une vitesse maximale de 504 km/h lors de ses essais officiels. 

Pour ce faire, il avait utilisé un moteur Hispano-Suiza 14 AA délivrant 1 080 Cv à 4 000 m d'altitude, au moment exact ou le CEMA venait d'en bannir l'emploi après l'échec du Lioré & Olivier 45 qui en avait été initialement équipé.

Du coup, l'appareil voyait sa masse à vide passer de 1875 kg à 1930 kg et sa masse au décollage passer de 2550 kg à 2750 kg (ce pourquoi je n'ai pas d'explication, car son armement complet - 4 mitrailleuses de 7.5 mm - ne devait pas peser plus de 50 kg, munitions comprises). 

La charge alaire passant de 147 kg/m² à 160 kg/m², les vitesses horizontale et verticale s'effondraient..

Équipé du même moteur de 1030 Cv que les Bloch 152, il était moins rapide qu'eux avec seulement 475 km/h contre 484 km/h pour le MB 152 avec le capot de 1939 et 505 km/h avec celui de 1940.

Sur ses qualités de vol, disons qu'il était aisé à piloter. 

Mr. Bonte, dans son Histoire des essais en Vol, Docavia #3, dit que : 
"les qualités de vol du FK 58 étaient honnêtes, que l'atterrissage sans moteur était délicat pour cause de profondeur insuffisante et du manque de portance de l'aile".

Si cet écrit est exact, il est difficile d'imaginer un avion très maniable avec une aile portant mal...


J'ai retrouvé, le 27 Février 2017, l'opinion du (alors futur) général Paul Stehlin sur cet avion dans sa contribution au Icare #55 (la Bataille de France, Vol. II : La Chasse). Cette opinion n'est pas tendre du tout :

"Le Koolhoven, en principe étudié pour le service outre-mer, sous les tropiques, par exemple, s'était montré si décevant que l'Armée de l'Air Française s'en était débarrassée, le "repassant" aux Finlandais.

La seule façon de piloter ces cercueils volants était de maintenir la pleine puissance, même à l'atterrissage. 

Heureusement, les terrains Finlandais, en plein Hiver, étaient presque tous des lacs gelés, qui laissaient tout l'espace nécessaires pour se poser."


En France, comme il était fourni sans armes, ses pilotes durent monter eux-mêmes l'armement !



Koolhoven FK 58

Au combat


Les pilotes du FK 58 étaient Polonais, comme ceux du groupe I/145, ils partageaient donc le même courage indomptable et la même rage de vaincre.

Rien ne permet de penser qu'ils aient souffert de la moindre infériorité de formation technique.

Ils ont participé aux combats de Mai-Juin 1940 et n'en ont ramené aucune victoire.

Par contre, ils ont perdu un pilote tué. 
Dans son livre, ("Les premiers et les derniers", chez - et traduit par - Yves Michelet), Adolf Galland raconte, page 80, avoir abattu, le 3 Juin 1940, un avion qui ressemblait vaguement à un Curtiss H 75. 

Les Bloch 151 ou 152  de l'époque avaient le poste de pilotage très près du moteur en étoile, ce qui les différenciait des Curtiss.

En conséquence, cette description ne peut me faire penser qu'au FK 58.

Ce pilote polonais a donc payé de sa précieuse vie l'incompétence de nos décideurs.


A la différence du bilan du Caudron CR 714 Cyclone (de seulement 450 Cv), le bilan du Koolhoven FK 58 est totalement négatif.


En quelque sorte, cet avion a pour seul mérite de réfuter l'arrogante sentence "à la guerre c'est l'avion le plus puissant et le mieux armé qui gagne", assénée par l'Ingénieur Général Louis Bonte.

Non, la puissance ne suffit pas à faire un bon avion de chasse, loin de là.


Ce qui gagne, c'est toujours une combinaison harmonieuse de qualités toujours centrée sur une bonne aérodynamique.


J'aurais même la faiblesse de penser que cela reste vrai de nos jours.











English summary : After the nasty agreement of Munich, the panic increased one fold more in all French staff. 

So, the money wasted in futile and pharaonic “public spending” - the “Exposition Universelle de 1937” in Paris and the two 35,000 tons battleships - was no more available to invest in true aeronautical innovations. 

The Koolhoven FK 58 fighter was build with similar methods than the Morane 406. 


Indeed, such structures were easy to repair, but they had several shortcomings for fighters : She was heavy, her engine cowling was as bulky as was the one of the Bloch MB 151

Nevertheless, fifty FK 58 were ordered at the very beginning of 1939.

It was a bad choice. 

In France, the fighter was slowly and carelessly built.

Her performances were of lower level than those of the prototype, the top speed being just 475 kph (the prototype achieved 500 kph), 10 kph slower than the Bloch 152 using a cowling aperture of 100 cm of diameter of the first series and 30 kph slower than the latter Bloch 152 fitted with a 85 cm diameter aperture cowling.


General Paul Stehlin, who flew in Finland with this fighter, expressed a very bad opinion about this aircraft: "The only way to fly these flying coffins was to maintain full power during all the flight, including the landing. 

Fortunately, the Finnish airfields, during the Winter, were frozen lakes, allowing all the needed space for landing."



She was affected to polish pilots, as courageous, as tenacious as the pilots of the GC I/145.

They had to fit themselves the machine guns...

They went bravely to the battle but they obtained no victory and they suffered one fatal casualty, maybe due to A. Galland.

Both stories of the FK 58 fighter and of the Caudron fighter demonstrated  the contrary of the statement “all-times during a war, the winner fighter plane is the most powerful with the heaviest armament”. 

The Caudron was a true fighter, the Koolhoven was not.

To be a winner, a plane must combine many different qualities with an excellent aerodynamics. 


It’s my personal opinion for the past wars as, also, for today.


lundi 9 janvier 2012

les Moteurs à compresseur (augmenté le mardi 18 XI 2025 *** *** *** ***)



Accéder aux hautes altitudes


Les moteurs des avions opérationnels de 1900 à 1943 étaient tous des moteurs à pistons. 
La plupart consommaient de l'essence et étaient à 4 temps. 

Quelques diesels apparurent en Allemagne à la fin des années 20. 
Leur développement ne fut pas aussi grand qu'attendu car le principe même de leur fonctionnement imposait des moteurs  lourds.

Les avions qui volaient à la sortie de la Grande Guerre employaient les moteurs existants pour voler à l'intérieur d'une tranche d'altitude comprise entre le sol et environ 2 000 m (5 000 m pour les chasseurs et les avions de reconnaissance).

Cependant, les constructeurs commençaient à développer des avions de plus en plus fiables. 


Le développement des lignes aériennes consomma rapidement les derniers moteurs issus du conflit au moment exact où se posait concrètement le problème du franchissement quotidien des montagnes.

Traverser une chaîne de montagnes nécessite 
d'un avion qu'il possède à la fois :
  • un plafond suffisant (malgré sa  charge) et que 
  • son temps de montée soit court.

Certes, les chasseurs passaient facilement au-dessus des montagnes Européennes, l'excellent chasseur Nieuport 29 C1 de 1920, par exemple, avait un plafond pratique de 8 500 m. 

Mais on savait que même un plafond de cet ordre serait un jour insuffisant, que ce soit pour passer les Montagnes Rocheuses, la Cordillère des Andes ou l'Himalaya.



Le principal problème des moteurs à essence au tout début des années 20 était alors lié à la diminution de la pression atmosphérique (cette force physique qui nous permet de lire l'altitude sur un altimètre).

Cette diminution de pression entraîne une baisse de la résistance à l'air qui, à puissance constante, permet d'améliorer la vitesse. 

Sauf que, malheureusement, la quantité d'oxygène baissant, la puissance des moteurs baisse également.


Apporter de l'oxygène au moteur


L'idée n'est pas compliquée : Il suffit de comprimer l'air qui arrive au moteur.

On commença à augmenter le taux de compression de certains moteurs (exemple : le moteur Fiat du biplan de chasse Fiat CR-32). 

Mais on se heurtait alors au problème du cliquetis, c'est à dire l'explosion prématurée du mélange air-essence. La réduction de l'avance à l'allumage n'était, dans ce cas, pas une solution viable.

Comme l'essence à fort taux d'octane - seule méthode élégante pour régler cette question -
 coûtait cher, cette solution n'était pas satisfaisante, sauf dans les pays disposant de pétrole à profusion (USA).

Le compresseur, justement, comprime l'air pour apporter juste ce qu'il faut d'oxygène dans les cylindres pour que les explosions se produisent dans les cylindres (jusqu'à une certaine altitude, toutefois). 



Une nouvelle question fut posée : Le compresseur doit-il être placé en amont ou en aval du carburateur ?

La réponse ne pouvait être qu'expérimentale, mais la concurrence féroce entre les motoristes ne permit de la connaître qu'au milieu des années 30 : 
  • Si le compresseur est placé en aval du carburateur, le mélange carburé - gazeux - entre très chaud dans le moteur.
  • Ce n'est pas le cas lorsque le compresseur est placé en amont, disposition qui apporte le meilleur rendement du moteur.


Un dernier problème à résoudre problème était de trouver l'énergie nécessaire à faire tourner ce compresseur.

On peut utiliser une partie de la puissance du moteur, mais cela signifie que le moteur sera de toute manière un peu moins puissant.

La solution qui parut la plus simple était d'employer l'énergie "gratuite" fournie par les gaz d'échappement. C'est le principe du turbo-compresseur.

Le premier modèle testé, le turbo-compresseur Rateau était très efficace, mais le concepteur avait - à ce que disait un de ses concurrents - un peu négligé l'aérodynamique interne de son turbo-compresseur, ce qui perturbait son rendement.

Par ailleurs, son principe de construction était trop en avance sur la métallurgie du temps. 

Comme il utilisait les gaz d'échappement pour faire tourner la turbine du compresseur, cette dernière avait du mal à résister à la température de 800° où elle devait fonctionner. 

Malgré l'emploi d'alliages de tungstène, la fiabilité restait douteuse. 

Pour autant, il permit de surpasser les plafonds des meilleurs avions d'environ 2 000 m.



Les compresseurs mécaniques


Les simples compresseurs mécaniques, très courants sur les voitures de sport de l'époque, n'avaient pas ce type de contrainte et on était arrivé à augmenter leur rentabilité énergétique.

A partir de 1931, tous les moteurs d'avions militaires commencèrent à en être équipé.

Ce type de compresseur comprime le mélange d'air d'altitude et de carburant de manière à retrouver la pression du niveau de la mer (voire un peu plus).

Il permet alors de rétablir la puissance des moteurs jusqu'à une altitude nettement plus élevée, là où l'air raréfié réduit la résistance à l'avancement de l'avion. Du coup, la vitesse maximale possible augmente considérablement. 

La faible pression extérieure lors d'un vol à haute altitude favorise également l'éjection des gaz d'échappement, ce qui augmentait encore le rendement.



Différence entre résultats de laboratoire (au sol) et en vol à haute altitude


Les compresseurs étaient nécessairement essayés dans des "laboratoires" où la pression de l'air était diminuée artificiellement au niveau voulu.

Le moteur Hispano-Suisa 12 Ycrs, par exemple, donnait 860 Cv à 3 150 m d'altitude simulée en laboratoire.

Par contre, on s'aperçut que les avions atteignaient toujours leur vitesse maximale nettement plus haut que cette altitude.

Ce fut illustré par le prototype 01 du Dewoitine 510, équipé du moteur 12 Ycrs. 



Dewoitine D 510-01 - Photo modifiée par mes soins à partir du "La Science et la Vie" de Janvier 1935", p. 69. 




Il atteignait 330 km/h au niveau de la mer mais sa vitesse passait d'abord à 386 km/h 4 000 m puis à 402 km/h à 4 800 m d'altitude, soit 1 650 m au dessus de l'altitude maximale de rétablissement de puissance.

A l'altitude officielle de rétablissement (3150 m), il n'atteignait que 372 km/h.



document personnel de l'auteur (créé le 10 01 2012) : courbe vitesse-max / altitude du Dewoitine 510 à moteur HS 12YCrs (données issue du Docavia  les avions Dewoitine (Danel et Cuny)




L'explication en est que l'avion, par la seule vitesse de son déplacement, subit une augmentation de la pression dynamique de l'air qui augmente la pression d'air dans le compresseur, donc la puissance du moteur, jusqu'à ce que soit atteint ce surcroît d'altitude.

Ce phénomène est renforcé parce que :
  • L'air en altitude est nettement plus froid que l'air au niveau de la mer, ce qui permet d'augmenter la quantité de mélange introduit dans les cylindres.
  • La plus faible pression en altitude aide à vider les cylindres des gaz brûlés par la combustion.

La bonne qualité de l'écoulement de l'air jusqu'au compresseur est donc très importante. 

Le moteur Hispano-Suiza 12 Y 45 des Dewoitine 520 rétablissait la puissance jusqu'à 4 200 m en laboratoire, ce qui se traduisait par une vitesse de 535 km/h à 5 500 m en vol réel.

Ceci était dû à l'excellent compresseur S 39-H3 (voir dans cet article).

Une amélioration dans l'aérodynamique des entrées d'air permit alors de gagner encore 700 m et de passer à 550 km/h. 

Mais, sur le D. 520, si le montage de l'entrée d'air était fait à la va-vite, l'écoulement de l'air était perturbé et le gain d'altitude et de vitesse revenait à ce qui existait avant l'emploi des entrées d'air sophistiquées.


Les compresseurs sophistiqués sont venus de France


En 1936, tous les compresseurs n'avaient qu'un seul étage et une seule vitesse.

La Bataille de France comme celle de Grande Bretagne ne verront que ce type de compresseur chez quelque belligérant que ce soit.

On peut donc introduire une sorte de changement de vitesse de rotation du compresseur.

Dans ce cas, à basse altitude, lorsque la pression atmosphérique naturelle est encore forte, on limite la vitesse de rotation à une relativement faible valeur. Cela permet d'éviter une température exagérée du mélange carburé.

A plus haute altitude, on peut augmenter la compression parce que la température diminue fortement, donc on augmente la vitesse de rotation du compresseur. 

La maison Farman avait créé un compresseur à 3 vitesses qui s'illustra sur le NC 150, bombardier qui volait à 630 km/h en 1940 !

Après l'invention des compresseurs à vitesses multiples, on s'est rendu compte que ceux-ci pouvait entraîner des surchauffes du mélange carburé.

On a donc introduit des systèmes de refroidissement qui constituent les fameux étages.


Nombre de sites Anglo-Saxons attribuent toujours la faiblesse de la Chasse Française de 1940 au manque de compresseurs à double étage sur les moteurs en service.

Très curieusement, ils ne stigmatisent jamais le choix du Morane 406 !

Cet anachronisme est typique de leur méconnaissance (volontaire ?) de l'Histoire : Ils comparent les moteurs Français de 1940 aux moteurs Alliés de 1945 ! 

Ces mêmes commentateurs pourraient tout aussi bien s'étonner que nous n'y ayons pas engagé nos Mirages 2000 ou nos Rafales !

C'est assez piquant, car la technologie fiable du compresseur à double vitesse était celle des établissements Français Farman, dont la licence a été achetée par Rolls-Royce en 1938. 

Elle ne sera appliquée qu'à partir du moteur Merlin XX, qui, lui-même, n'entra en service que bien après la bataille d'Angleterre, vers 1942.


D'ailleurs, leur propre chasseur Curtiss P 40, généralement reconnu comme un bon avion à basse altitude, était 
universellement évalué comme complètement surclassé à haute altitude.

Cette mauvaise qualité est entièrement due à la très mauvaise qualité du compresseur associé à son médiocre moteur Allison.

Comme le P 40 dut faire face à deux chasseurs exceptionnels au niveau des aptitudes ascensionnelles - le Messerschmitt Bf 109 F (en Europe et en Afrique du Nord) et le Mitsubishi A 6 M 2 Reisen (dans le Pacifique) - il fut leur souffre-douleur.



Le compresseur à double étage


On a aussi mis en série deux compresseurs successifs. 

Dans ce cas, le premier compresseur commence par donner son rendement maximum mais son action mécanique induit un réchauffement de l'air et, à ce moment, on l'alimente avec un second compresseur. 

Celui-ci augmente également la température de l'air qu'il produit. Mais cette hausse conjuguée des deux compresseurs entraine un gros risque pour le moteur.

La solution ? Introduire un circuit réfrigérant entre les deux compresseurs.

C'est arrivé tardivement vers 1942.













samedi 7 janvier 2012

Nieuport 161 : SEUL chasseur Français de 1936 capable de battre la Luftwaffe de 1940... (Revu le 27 IV 2026 *** *** *** ***)

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Les Causes Tactiques purement Françaises de notre défaite de Juin 1940 


Notre très insuffisant Renseignement Aérien : Au moment où la Campagne de France débute, le 10 Mai 1940, l'offensive Allemande commence par deux actions totalement différentes. 
  • Le bombardement des aérodromes du Nord de la France.
  • Le bombardement des aérodromes Belges et Néerlandais.

Les Néerlandais envoyèrent leurs pilotes en l'air dès 0400. Leurs renseignements étaient donc efficaces, ou, plus exactement, ils prenaient au sérieux les menaces annoncées. 

Nos avions furent mis en l'air bien plus tard, parfois après le survol de nos bases : Cela signifie que rien n'était préparé pour que les pilotes de chasse soient motivés pour se préparer à décoller dès l'aurore ! 

Soit nos avions de reconnaissance n'avaient rien permis de découvrir, soit nos analystes n'étaient pas efficaces. 

Cette carence allait se poursuivre, puis s'aggraver durant toute la campagne.

Depuis Septembre 1939, nos avions de renseignement étaient la cible privilégiée de la chasse Allemande. 

Surtout, les chasseurs choisis par nos minables décideurs ne pouvaient jamais les protéger.



L'excessive porosité du ciel Français face au bombardement Germanique : 


Lorsque Guderian attaque Sedan, le 14 Mai, 4 jours après le début de l'offensive à l'Ouest, les Stuka attaquent notre artillerie de couverture de la ligne Maginot. 

La faiblesse numérique de notre chasse et l'étirement inconsidéré de ses effectifs (en Belgique et aux Pays Bas, empêchèrent la destruction de ces bombardiers, pourtant faciles à descendre (même par des MS 406 qui le démontrèrent 27 jours plus tard).



Impuissance de notre Bombardement : 

Nos bombardiers, en petit nombre (de l'ordre de 500 bombardiers au total), ne pouvaient pas pénétrer significativement au-dessus des lignes ennemies, sauf de nuit. 

De jour, le Reich était protégé par 3 couches successives de défense aériennes : 
  • Le premier était l'artillerie de 20 mm à tir rapide, qui couvrait la tranche d'altitude allant de 100 à 2 000 m AGL. La vitesse initiale (V0) de ses canons était de 840 m/s, voire 900 m/s, selon la munition employée.     
    • {les V0 données ici correspondent aux armes réellement présentes sur le terrain en 1940.}
  • Le second était l'artillerie de 88 mm qui couvrait la tranche 3 500 à 8 000 m (V0 = 820 m/s). 
  • Le troisième était la Chasse Allemande qui couvrait d'une part les zones extérieures aux lignes Allemandes, et d'autre part tous les trous existants dans la raquette. Cette Jagd Waffe comptait, sur le front Français, environ 1 300 chasseurs dont 300 étaient des bimoteurs Bf 110, efficaces contre nos bombardiers (et aussi contre les Morane, mais inefficace face aux Caudron 714 (voir les commentaires Polonais) !).

Le morcellement de notre commandement interdisait de créer des diversions susceptibles d'empêcher la chasse ennemie de se concentrer sur nos raids en cours.

Quand à l'escorte, notre chasse disposait théoriquement d'enviro
n 260 MS 406 mais, en réalité, d'un peu plus de 200 chasseurs de ce type :
  • environ 150 Curtiss H 75, 
  • une centaine de Dewoitine 520 (début Juin) 
  • un peu plus de 150 MB 152
  • Au total,  plus de 600 avions. 
Seul le D 520 permettait une escorte pertinente.

Notre système d'alerte était archaïque et la transmission de ses informations l'était encore plus, puisque refusant la radiophonie !

Résultat, le nombre d'avions ennemis abattus fut dramatiquement insuffisant.



Rôle des décideurs tactiques - incompétents - de l'Armée de Terre : 

Pour une raison que j'ignore, notre Aviation ne tenait pas ses ordres tactiques de ses propres officiers mais des officiers de l'Armée de Terre. 

Evidemment, parmi ces dirigeants, aucun ne comprenait l'usage que l'on devait faire de ces avions.
 
Au mieux, ils y voyaient une artillerie à très longue portée. 

Les pilotes leurs apparaissaient comme de dangereux casse-cous tous juste bons à draguer des jolies filles puis à se faire tuer.

Il en résultait qu'ils n'avaient aucune connaissance sérieuse sur la manière d'aborder une cible, quelle que soit sa nature.

Ils ne comprenaient pas davantage que les avions devaient être employés à bon escient et dans des conditions précises. 

Cela entraîna de nombreuses pertes qui réduisirent encore nos effectifs de Chasse.



On reste confondu devant la bêtise infinie du général qui, juste après la déclaration de guerre en 1939, demandait aux observateurs "de dessiner à mains levée" les détails observés pendant une reconnaissance dans des Bloch 200.

Mais on peut quand même s'étonner que le très remarquable futur Maréchal Leclerc de Hautecloque, au combien plus jeune, ait exigé, en 1947, que son pilote décolle pendant une tempête de sable, qui cumulait le blocage total de la vue des pilotes, l'abrasion très accélérée des moteurs et la faible fiabilité des anémomètres. 

Il en est mort, ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient, ce qui fut très dommageable pour notre pays.



Aviation et stratégie 


Le Nieuport 161 était une splendide bête de guerre, ce que le
 Morane 406 ne fut jamais.

On lit partout, même de nos jours, que l'aviation n'a de rôle stratégique que par le bombardement. 

Que voilà une vision totalement erronée ! 




 - 
LN 161-03 : la prise d'air est rationalisée, le bord d'attaque subcentral pourrait encore être affiné,
de même que la partie dorsale du capot moteur. On pouvait se débarrasser du pilier anti capotage.
Vitesses réelles  : A 4 000 m : 500 km/h => 510 / 515 km/h vers 5 000 m et les 8 000 m en 10' 50".
A plus de 5 000 m, des échappements propulsifs auraient permis de 530 à 540 km/h.



L'aviation de bombardement à long rayon d'action peut certes frapper un ennemi au cœur de son dispositif, mais si, pendant ce temps, votre propre territoire est ouvert aux coups de l'ennemi, votre stratégie est perdante (Exemple : le IIIème Reich, une fois que les B 17 US furent systématiquement escortés par des P 51 Mustang) . 

Si vous ne choisissez pas un authentique chasseur, capable de rattraper et
 de dominer les bombardiers et les chasseurs ennemis, ce n'est pas seulement une faute tactique, c'est une faute stratégique absolue puisque ni votre territoire, ni votre armée ne sont protégés. 


{Il faut toujours garder en tête que les deux microformations US (2 bombardiers chacune) qui ont lancé les bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, n'étaient pas escortés du tout. 

Si des chasseurs Japonais avaient décollé pour monter à leur niveau, l'histoire du monde en aurait peut-être été totalement changée.

D'où ma sévérité à l'égard du F 35 de Lockheed-Martin, possible bombardier mais inapte à la Chasse par sa trop faible capacité de manœuvre - opinion toujours valide en 1926 -.}


En 1936, on commençait sérieusement à craindre la guerre entre l'Allemagne et la France.

Certains ambitieux sans scrupules, comme 
les chefs de certains lobbies, voire certains grands chefs syndicalistes, préférèrent rester aveugles et sourds devant cette menace.

C'était peut-être plus simple pour eux de jouer le pacifisme (cela atteignit un sommet en Grande Bretagne grâce à Chamberlain et à Lord Halifax).

Il est indiscutable que cela favorisa les victoires du nazisme de Septembre 1938 à Décembre 1941, et en conséquence, la Shoa sous ses deux formes principales : A balles et chimique. 



Choisir un bombardier est bien plus facile que choisir un chasseur


Acheter un bombardier peu performant ne pose pas de problème, pourvu cependant qu'il soit facile à piloter. 

L'utilité de ce type d'avion est, en premier lieu, de transporter des bombes de sa base de départ jusqu'à l'objectif qu'il doit détruire, puis en second lieu, de livrer ses bombes à leur destinataire avec la précision demandée.

Si on excepte l'extraordinaire Mirage IV, dans la période récente (1964 - 2005), et le Mosquito, dans la période ancienne, la quasi-totalité des bombardiers ont toujours eu besoin d'escorte de chasse (voir les bombardements en Corée puis au Viet Nam).


A l'inverse, choisir,
 au sein de tout un lot de concurrents, le chasseur le moins performant, ne pouvait, ne peut et ne pourra jamais entraîner autre chose qu'un désastre. 

Le nombre de Morane 406 abattus ou sérieusement endommagés en combat aérien - ou par la Flak - est d'au moins 385 (et probablement bien plus) pour un nombre de victoires réelles correspondant à moins de la moitié (175 sur le site Wikipédia de langue Allemande, 187 pour mon propre compte en décortiquant minutieusement, ligne après ligne, la remarquable monographie de Mathieu Comas
 sur le Morane 406, chez Lela presse). 

Pour "bien faire", il eut fallu escorter les Morane (et quand ce fut le cas, les Morane ont un peu moins mal joué leur rôle, à voir sur cet article, m
ais à quel prix) ! 

Mais
 c'est un non-sens éhonté de faire escorter par d'autres chasseurs le soi-disant "meilleur chasseur du Monde" pour le protéger des vilains chasseurs ennemis... 

C'est juste la démonstration absolue, et, malheureusement, a posteriori, que le MS 406 n'était en rien un chasseur à la hauteur des enjeux qui étaient, je le rappelle : 
  • La protection de nos Armées, 
  • La protection de nos bombardiers,
  • La protection du territoire Français (industries, agglomérations, forteresses, nœuds de transport et de communication).  



5 points tactiquement cruciaux pour choisir un chasseur en 1936 

Le choix d'un avion de chasse reposait déjà sur un cahier des charges assez précis. 

Mais les éléments requis en termes de vitesse de pointe, de vitesse ascensionnelle et d'autonomie manquaient de clarté.

Les vrais critères étaient relatifs à la capacité de réaliser des actions de Chasse.
  • Le chasseur devait être assez rapide pour pouvoir rattraper, dans un délai raisonnable - moins de 10 minutes - les avions ennemis. 
    • Le suivi de la trajectoire de l'intrus étant très difficile depuis le sol, c'était donc les chasseurs qui devaient établir le contact. 
    • On pouvait facilement anticiper les performances à exiger à partir des performances exigées pour les bombardiers en cours d'étude chez nos propres constructeurs (notamment, une vitesse de pointe minimum de 470 km/h). Il fallait donc au moins 500 km/h. -------------------------------------------                                            
  • Ce chasseur devait pouvoir grimper suffisamment vite pour détruire un avion de renseignement stratégique (= espion) volant très haut (de l'ordre de 8 000 m en 1939-1940 pour le Dornier 215).
    • Du fait que les records internationaux dépassaient alors les 16 000 m, on pouvait raisonnablement imaginer que les 10 000 m allaient être rapidement utilisés couramment, ce qui fut le cas chez nous avec le Bloch 174. 
    • La destruction des avions espions devait être obtenue bien avant qu'ils aient pu ramener leurs photos à la maison.   ----------------------------------                                            -------------------------------------         
  • Le pilote de chasse devait avoir, aussi instantanément que possible, une claire vision de la situation tactique environnante. 
    • Ainsi, s'il était sur le point d'être abattu - et donc devoir impérativement effectuer une manœuvre d'esquive - ou s'il avait la liberté d'attaquer les proies qui s'offraient à lui.                                         ----------------------------------                                              
  • Ce chasseur devait aussi être conçu de manière à être construit rapidement (en moins de 10 000 h dans un premier temps, voire encore moins ensuite) à la fois pour remplacer les avions abîmés (ou détruits) mais aussi pour disposer rapidement d'une Chasse ayant une masse critique suffisante pour creuser des trous sanglants dans les rangs de l'Aviation ennemie, la Luftwaffe.  

  • Le pilote de chasse devait, enfin, disposer de la faculté de rompre le combat, une fois ses munitions ou son essence consommées, ce qui impliquait de disposer d'une supériorité réelle sur, au minimum, un plan par rapport aux avions de chasse adverses.
Soit dit en passant, les principes sur lesquels sont fondés ces exigences - à mon avis tout au moins - restent toujours valables de nos jours.



    Réponses aux 5 points 


    Les performances du Nieuport 161 dans sa définition de 1936 sont données dans mon article Le Nieuport 161, le formidable chasseur de 1936, choisi puis oublié. 

    J'ai publié les performances obtenues par ce chasseur à la fin 1938 dans cet autre article plus récent : 1938, le Nieuport 161, super intercepteur facile à piloter}


    point 1 : Vitesse de pointe 

    Pour le point 1, le programme de bombardiers Français de fin 1934 (qui donna naissance aux Amiot 340, Lioré-Olivier 45, Bloch 134 et Latécoère 570) exigeait clairement plus que 470 km/h. 

    Il était donc difficile d'imaginer que l'ennemi resterait longtemps moins rapide.

    Le chasseur à choisir devait donc atteindre
    , au minimum, les 500 km/h. 

    En 1936, le Nieuport 161,  en était le seul capable car plus rapide d'au moins 45 km/h (480 km/h à 4 000 m) que le Morane  (435 km/h à 4 000 m),. 

    Il suffisait de monter des échappements propulsifs sur son moteur pour qu'il atteigne les 500 km/h dès 4 000 m.

    L'évolution de ce chasseur à la fin de 1938 montre qu'il était possible de gagner encore bien plus de vitesse, puisqu'il passait 496 km/h, toujours à 4 000 m (donc bien plus de 510 km/h quelque centaines de mètres plus haut). 
    Mais il n'avait toujours pas d'échappements propulsifs

    Cela fut vrai jusqu'à ce que le prototype du Dewoitine 520 fasse son 1er vol, le 2 Octobre 1938, avant que le CAO 200 puis le VG 33, ne le fassent en 1939 (le Bloch 152 ne passera vraiment la barrière des 500 km/h qu'à la toute fin de l'hiver 39-40). 


    Pour que le Morane satisfasse à ces exigences, il lui aurait 
    impérativement fallu un moteur considérablement plus puissant (1 100 Cv) que celui réellement monté dessus en même temps qu'un compresseur rétablissant la puissance encore plus haut (voir mon article sur le sujet). 

    Le choix du moteur Hispano-Suiza 12 Y 31 pour la série définitive du Morane était donc forcément d'une stupidité crasse, ce moteur étant moins puissant de 100 Cv au sol que l'Hispano 12 Y 45 qui lui aurait donné des performances proches mais encore inférieures à celles du Curtiss H 75. 



    Avec le moteur HS 12 Y 31 de 860 Cv choisi, le Nieuport 161, lui, remplissait déjà cette condition.

    Depuis Janvier 2012, date où j'ai rédigé la première version de cet article, ma connaissance du Nieuport 161 a beaucoup progressé. 

    En réalité, ce chasseur était, au minimum, équivalent au Dewoitine 520 de Janvier 1939 en termes de performances et cela malgré un moteur moins puissant.



    point 2 : Capacité ascensionnelle

    Sur ce point, dès 1936, le Nieuport 161 menait largement la danse : 

    • Il montait beaucoup plus haut que le Morane 405 / 406 (11 250 m soit 2 000 m plus haut !) 
    • Il le faisait beaucoup plus vite : Le gain était de 3 m/s à moyenne altitude, soit 180 m/min ou encore 550 ft/min, et, évidemment, ce gain était bien plus considérable au-dessus. 
      • Pour 4 000 m, le Nieuport gagnait 2 minutes pleines sur le Morane 406, 
      • Pour 5 000 m, il gagnait encore près de 4 minutes, 
      • Le N 161 atteignait 8 000 m au moins en moitié moins de temps que le MS 406 qui prenait déjà 18 minutes pour atteindre les 7 000 m !

    • Son temps pour 4 000 m était de 15 secondes meilleur que celui du chasseur Allemand Messerschmitt Bf 109 E (oui, le fameux Emile, pourtant de 200 Cv plus puissant que lui). 
      • Mieux encore, au-dessus de 7 000 m le chasseur Allemand s'essoufflait et perdait 1 minute et 30 secondes pour arriver à 8 000 m (voir le dernier paragraphe du présent article).
    • Ce dernier paragraphe devrait convaincre ceux qui, ayant connaissance des baisses de performances de certains avions étrangers par rapport à leurs prototypes, pensent que celles du N 161 auraient ensuite baissé. Ces performances sont bien celles du prototype N 161-01 de 1936 (12' pour 8 000). 
    • Les performances du N 161-03 DE 1938 (8 000 m en 10' 51") sont celles d'un avion de présérie. Elles sont supérieures à celles de 1936, malgré un surpoids et une sur-traînée anormaux imposés pour des raisons pour le moins bizarres (voir mon article de 2016).

    D'un autre côté, cette excellente capacité ascensionnelle lui permettait de se placer beaucoup plus facilement "dans le soleil" de l'ennemi, ce qui constituait déjà une forme de furtivité : 
    Les pilotes Allemands auraient difficilement pu savoir où le Nieuport 161 était passé et, du coup, notre chasseur pouvait leur tomber dessus à grande vitesse, réduisant d'autant leur marge de manœuvre et de défense.

    Cela signifie que ce Nieuport était, au combat, détenteur d'une énergie potentielle bien supérieure à celle du Messerschmitt 109 E de 1940.

    Par contre, le Morane, grimpeur totalement 
    catastrophique, ne fut amélioré que marginalement par les excellentes transformations Finlandaises de 1943 avec le moteur Klimov PF 105 de 1 100 Cv : Il  lui fallait encore 8 minutes pour monter à 5 000 m !


    J'ai fini par comprendre, aussi, que l'autonomie d'un chasseur résulte en partie de sa capacité ascensionnelle parce que, en combat, la montée se fait presque à plein régime. 

    Lorsque le Morane 406 prenait plus de 10 minutes pour grimper à 5 000 m contre une formation ennemie, les 4 minutes perdues par rapport au Nieuport étaient gaspillées à faible vitesse, donc en perdant du terrain sur l'avion poursuivi. 

    Les choses s'aggravaient encore pour le Morane si la formation ennemie à détruire était plus haute.

    De plus, une montée à 8 000 m augmentait considérablement la consommation du Morane 406.

    Le Nieuport, passées ses 11
     minutes de montée, se retrouvait à un régime de consommation "faible" et volait plus de 2 fois plus vite que le Morane pendant les 12 minutes que ce dernier devait encore passer à monter... 

    En combat tournoyant, les incessantes variations d'altitudes ne pouvaient qu'accentuer encore la surconsommation du MS 406 par rapport au Nieuport 161



    Le N 161-03 face à 3 chasseurs (Bf 109, Spitfire Mk I, Morane 406) et à 2 altitudes différentes





    Point 3 : Conscience de la situation tactique

    Le Nieuport amenait une nouveauté révolutionnaire : Un cockpit entièrement fermé qui assurait une vision à 360°, une avance de 5 ans sur les meilleures réalisations étrangères (le FW 190 arrive en 1941 et le P 51 D n'arrivera qu'au Printemps 1944).

    Bien sûr, sa canopée n'était pas obtenue par coulée du plexiglass sous vide... Mais cela serait venu.


    Nieuport 161-01 - Image modifiée par moi et issue de la Revue du Ministère de l'Air du Salon de 1936 : La vision à 360° était assurée.



    Ce type de dispositif fut monté en série sur le Mitsubishi A6 M2 Zéro en 1939 puis sur le Focke-Wulf 190 seulement en 1940. 

    {Cette vue à 360° fut une des superiorités du Zéro sur ses opposants US en 1941 et 1942, d'autant plus que sa maniabilité extrême lui permettait de se retrouver dans les 6 heures de tous ses adversaires.} 

    Les Loire-Nieuport 401 ou 411, étaient des Nieuport 161 transformés en chasseurs-bombardiers en piqué. 

    Un pilote de Nieuport 161 poursuivi aurait connu sa situation réelle sans aucun délai et aurait donc pu agir 
    instantanément en conséquence. 

    Le nombre de N 161 abattus par derrière aurait donc été considérablement inférieur à celui de tous les autres chasseurs de notre Armée de l'Air.

    A partir de l'été 1944, tous les chasseurs Alliés et beaucoup de chasseurs de l'Axe furent dotés de ce dispositif : Voir derrière soi est une nécessité absolue pour esquiver à temps l'ennemi qui tente de vous surprendre. 

    De nos jours, nos chasseurs disposent de moyens différents pour être alertés, qui portent à des distances bien plus grande, mais le but reste exactement le même.



    Point 4 : facilité de production

    Nieuport avait réalisé d'importantes séries de chasseurs dès 1916. 

    La notion de construction en grande série a donc toujours été au premier plan de la conscience des ingénieurs de cette entreprise.

    Le Nieuport 161 
    avait une cellule monocoque de construction intégralement métallique de type modulaire. 

    Il avait donc été conçu pour être fabriqué dans un temps raisonnable (constituer des modules faciles à transporter accélérait considérablement les temps de fabrication). 

    Par contre, le Morane 406 était conçu de façon à employer le minimum de matériaux chers (quoiqu'il ait fait appel à des aciers spéciaux quasi introuvables !) et à pouvoir être réparé avec des moyens de fortune, donc il était compliqué, plus lourd de 150 kg, officiellement (plus de 300 kg d'après les Finlandais, annulant son avantage de charge alaire) - bien que plus petit - et il demandait - officiellement et dans les meilleures conditions - au moins 17 000 h de travail pour être construit. 


    Vu que l'excellent Macchi MC 200 contemporain, monocoque, entièrement métallique - et très efficace - était construit en 22 000 heures, je suis certain que le MS 406  demandait bien plus que 20 000 heures de travail. 

    Le Nieuport pouvait très certainement être construit - au moins - en moitié moins de temps. 


    Cela se serait encore nettement amélioré avec le temps, puisque son remplaçant, le CAO 200, construit par les mêmes hommes à la fin de 1938, abandonnait le rivetage au profit de la soudure électrique (technique en avance par rapport à celles des autres avionneurs Français car facilitant une automatisation partielle du travail).




    point 5 : capacité à rompre le combat

    Il s'agit des qualités de vitesse horizontale, de montée et de piqué qui permettent de s'exfiltrer du combat, mais aussi de la maniabilité, qui permettent
     (encore de nos jours) d'empêcher l'adversaire de vous abattre. 

    J'ai maintenant (depuis Septembre 2018) d'excellentes raisons de penser que le Nieuport 161 était très manœuvrant.

    Certes, au début de ses essais, le MS 405 s'était révélé plus maniable, mais il employait un moteur de 860 Cv tandis qu'au début le Ni 160 se contentait d'un moteur HS 12 X de  690 Cv. 

    Par contre, après correction de sa trop faible autonomie, le Morane allait devoir être alourdi significativement, ce qui annulait son "excès" de maniabilité.


    Certes, le Messerschmitt Bf 109 n'était pas si médiocre que cela sur ce plan, quoi que l'on puisse lire dans les écrits Britanniques. 

    En effet, pendant la Bataille d'Angleterre, le Bf 109 E a abattu plus de chasseurs Britanniques que ces mêmes chasseurs n'ont abattu de Bf 109 E.

    Seules les pertes en bombardiers Allemands ont décidé de l'issue de cette bataille.

    Si Louis Bonte disait que les qualités de vol du Nieuport ne valaient pas celles du Morane, cependant : 

    • Il lui reconnaissait une bonne stabilité longitudinale (il ne dit pas bonne, mais il reconnaît cette stabilité). 
    • Bonte critiquait sa tendance à embarquer au décollage - que l'on trouvait pourtant sur tous les monomoteurs à nez long (donc fins) comme le Messerschmitt 109, le D 520 et le Spitfire. 
      • Qu'aurait-il pensé, alors, d'un Spitfire Mk XIV ou d'un Messerschmitt 109 K ? 
      • Marcel Doret (dans Trait d'Union avec le Ciel) expliquait que cette tendance à  embarquer (partir d'un côté) était une faute propre à un pilote trop impatient :
        • Celui-ci aurait dû s'astreindre à mettre les gaz progressivement jusqu'à ce que la gouverne de direction soit bien alimentée par l'augmentation de la vitesse et que, du coup, elle puisse contrer la dérive. 
        • Un conseil identique a été donné, après la guerre, par l'as des as Erich Hartmann (352 victoires aériennes) à un de ses élèves qui présentait le Bf 109 G 6  en meeting dans les années 1980-90.
    • En disant que le Nieuport avait une stabilité latérale quasiment indifférente, Louis Bonte déplorait une stabilité latérale dont il eut préféré un amortissement plus marqué, mais il n'allait pas plus loin. 
      • En général, les chasseurs ont une stabilité latérale moindre que les autres avions pour améliorer leur maniabilité, donc cette critique n'a aucun sens réel.
    • Ce qui signifie, en creux, que toutes ses autres qualités étaient équivalentes à celles du Morane. 
    • Bien sûr, Bonte tenait pour acquis que nous ayons été convaincus par son explication du crash du 22 Septembre 1936. 
      • Cela ne peut plus être le cas dès lors que son argument d'autorité (du style "puisque je vous dis cela, vous devez me croire parce que Moi, le meilleur au monde, je vous le dis") ne tient plus, ce dont j'espère vous avoir convaincu dans mes articles consacrés aux analyses des deux accidents du Nieuport qui n'ont rien à voir avec la version officielle et ne sont pas liés entre eux (lire ici l'analyse du premier accident) (lire là l'analyse du second accident).

    Il existe un autre argument permettant de penser que le Nieuport était très manœuvrant : La vitesse de décrochage - plein volets - était de 110 km/h. 

    C'est, à l'erreur de mesure près, la même vitesse de décrochage que celle du Spitfire Mk I (108 km/h). 

    Comme les deux avions avaient exactement le même type de volet d'intrados, cela signifie que leurs vitesses de décrochage en configuration lisse (sans volets) devaient être comparables. 

    Donc le Nieuport avait de bonnes chances de virer presque aussi court que le chasseur Britannique !


    J'ai un dernier argument en faveur de la bonne maniabilité du Nieuport 161 : Le 3ème prototype fut affecté à des essais, qui auraient dû être pratiqués en 1940, d'un système de section des câbles des ballons de barrage dû à l'ingénieur en chef de Raucourt. 

    L'idée a dû trouver son origine dans un incident rapporté par Marcel Doret dans son livre Trait d'Union avec le ciel. 

    La collision d'un Dewoitine 510 de chasse avec le câble d'un ballon de barrage (fait, justement, pour interdire le passage de tout avion) : Dans cet incident, le Dewoitine avait coupé le câble d'acier avec l'une de ses ailes et, bien qu'endommagé, il avait pu se poser à sa base sans graves problèmes. 

    Affecter le N 161 à ce projet - pour le moins risqué (on dirait maintenant insensé, voire complètement dingue) - signifie clairement que le Nieuport était vu comme très solide et doté de qualités de vol rendant vraiment très facile de rattraper l'
    obligatoire perte de contrôle lors du choc.

    Depuis cette année 2017, nous connaissons l'appréciation de Michel Détroyat sur les qualités de vol du Nieuport 161 et elles sont très élogieuses. Mais il ne fut pas écouté.


    Le Nieuport 161 avait un armement presque identique mais plus endurant (600 cartouches de 7.5 mm au lieu de 300) que celui du Morane, et surtout mieux monté. 


    Il était d'ailleurs noté, juste avant son accident de Septembre 1936 (après un mois de tirs, quand même), comme une très bonne plateforme de tir.

    Enfin, c'était un avion très facile à améliorer :
    • La prise d'air ventrale unique du Ni 161-03 devait lui accorder une altitude critique supérieure de près de 500 m, soit un gain de près de 10 km/h.
    • Un simple échappement propulsif (à 3 corps type Hurricane Mk I) l'aurait emmené de 495 km/h à 510 km/h, la vitesse officielle du Hurricane Mk I (que ce dernier n'atteignait d'ailleurs pas réellement). 
    • Un échappement propulsif avec une sortie par cylindre aurait permis de gagner de 20 à 25 km/h, amenant la vitesse entre 515 et plus de 520 km/h. 
      • Cette légère étape franchie, le Nieuport 161 était en réalité supérieur au D 520 de 1940.
    • Le moteur Hispano-Suiza 12 Y 29 lui aurait alors permis d'atteindre les 535 km/h en améliorant encore, sans aucun doute, ses performances ascensionnelles, 
    • Enfin, le moteur Hispano-Suiza 12 Y 51 de 1 000 Cv lui aurait permis d'atteindre au moins les 550 km/h, le plaçant à égalité avec le Messerschmitt 109 E.


    Avantages stratégiques décisifs du Nieuport


    Davantage de chasseurs disponibles

    De l'ensemble des points, il ressort que le maintien, dès 1936, du choix du Nieuport 161 pour équiper la chasse Française aurait conduit à disposer de bien plus d'avions moderne en ligne dès Juillet 1938, on aurait probablement eu les premiers avions de série en fin 1937, début 1938 et les 50 premiers auraient été livrés bien avant la fin 1938. 


    Une commande supplémentaire passée à temps aurait accéléré ce rythme.

    Au 1er Septembre 1939, nous aurions pu en avoir environ 800 en formation, ce qui eut changé beaucoup de choses.
    Par exemple, nous pouvions attaquer le flanc Sud-Ouest du Reich et entrer en Rhénanie avec des chances de succès, ce qui aurait déstabilisé l'offensive d'Hitler en Pologne. 
    Du coup, nos bombardiers auraient pu bombarder la Ruhr avec moins de risques. 



    Des poursuites très raccourcies

    Avec le Nieuport 161, nos pilotes auraient été pratiquement toujours été en bonne situation pour tirer sur les bombardiers poursuivis car ils n'auraient éprouvé aucune difficulté à les rejoindre. 

    Arrivant bien plus vite sur leurs adversaires, ils n'eussent pas permis aux mitrailleurs une solide préparation de leurs tirs et
     ils auraient évité des pertes subies par nos autres chasseurs.

    Nos pilotes auraient eu une bien plus grande facilité à ajuster leur tir. 

    {Pour les problèmes du Morane sur ces points, voyez : Le Morane 406 au combat.}


    Comme le nombre de victoires de notre Armée de l'Air aurait fortement augmenté, le nombre de nos avions abattus ou endommagés par les mitrailleurs ennemis eut été considérablement réduit.

    Ceci se serait traduit rapidement à la fois par l'augmentation du nombre d'avions de chasse Français présents en permanence dans le ciel et par la réduction significative (et rapide) du nombre de bombardiers Allemands.

    Comme le premier jour de cette offensive, la plupart des groupes de bombardiers Allemands n'auraient pas 
    été davantage escortés, le nombre de ceux-ci envoyés au tapis aurait, au moins, été multiplié par 2 ou 3.

    Cela eut entièrement changé leur moral.

    Les pilotes Français auraient échappé à ce sentiment, exprimé peu avant sa mort devant son Morane 406, par le commandant Maurice Arnoux à un supérieur : "Nos chasseurs, mais ils font de nous d'excellents pigeons pour l'ennemi !".



    Des Allemands considérablement moins bien informés de nos positions

    En plus, dès l'entrée en guerre, et du seul fait de l'excellente capacité ascensionnelle du Nieuport 161, le nombre des interceptions d'avions espions menées à bien aurait subi une augmentation considérable.  

    Alors, les chefs de la Wehrmacht n'auraient pas bénéficié d'une aussi bonne connaissance de l'état de nos fortifications de la région de Sedan.

    Obligés d'être plus prudents, leurs opérations auraient donc été nécessairement moins rapides.

    La réussite de l'offensive Allemande du 10 mai 1940 dépendait en très grande partie de la maîtrise de l'air au-dessus de la région de Sedan et du maintien d'une exécution très rapide de la manœuvre imaginée par Guderian. 

    Ce dernier en avait une conscience aiguë : Son offensive pouvait s'enliser facilement, ce qui était sa grande crainte, très clairement exprimée dans ses mémoires d'un soldat. 


    A l'inverse, le choix du mauvais chasseur qu'était le Morane 406 a largement contribué à hébéter notre Etat Major et donc à notre défaite.

    Je conseille à mes lecteurs sceptiques de jeter un œil sur l'excellent livre de Bernard Baeza  : Soleil Levant sur l'Australie (Lela Presse), où il détaille avec précision le déroulé des combats aériens de la Royal Australian Air Force avec les avions lancés par le Japon :

    On y voit alors toute l'importance de disposer d'un plafond très élevé : 
    • les bombardiers Japonais faisaient leur travail entre 7 500 et 8 500 m, totalement hors d'atteinte de la DCA Alliée.
    • la très faible vitesse ascensionnelle des P 40 leur interdisait d'arriver à temps pour pouvoir ouvrir le feu sur eux.
    • Il fallut attendre la seconde moitié de 1943 pour que l'alliance des meilleurs radars avec des Spitfire très puissants pour que la RAAF puisse jouer pleinement son rôle !


    CQFD