{Sources : Il y a au moins 30 années, j'ai emmené mon épouse et mes enfants au Musée des Blindés de Saumur. Nous avons eu la chance extraordinaire d'être pilotés par Monsieur Jean Mayet, véritable musée vivant de tous les chars possibles !
Evidemment, j'ai lu ce que Charles de Gaulle avait écrit, mais aussi ce que les généraux Guderian et Rommel ont écrit, plus de nombreux articles de la revue GBM.}
(Ce texte s'arrête à la fin 1942)
Je connais un certain nombre d'engins motorisés qui ont étés affublés du nom de chars de combat pendant la Première Guerre Mondiale.
Pour moi, un char de combat est un engin de supériorité terrestre qui facilite la destruction des forces terrestres ennemies.
Nos amis Britanniques considèrent que leurs véhicules rhomboïdes sont les premiers tanks. Je dois évidemment le leur reconnaître.
Par contre, je ne les vois pas comme de véritables chars de combat. Certes, les premiers Mk 1 arrivèrent à leur objectif, mais ils ne débloquèrent pas du tout la situation.
| Tank Mk IV The Mark IV tank Lodestar III at the Belgian Royal Museum of the Army, Brussels (2005) |
Les Mk IV, très améliorés, restaient néanmoins des géants poussifs.
Longs de 8 m, larges de 4 m et haut de 2.45 m, ils étaient censés avancer à 6 km/h.
Leur blindage ne dépassait pas 12 mm mais la masse d'un tank atteignait 28 tonnes ! Il en fut construit 1 220.
Le tank Whippet (lévrier) fut créé pour permettre des attaques plus rapides, qui correspondait à l'exploitation des offensives blindées par les Mk IV.
L'engin avait 6.10 m de long, 2.77 m de haut et 2.50 m de large. Il pesait 14 tonnes.
Ce tank pouvait rouler à 13 km/h. les 2 moteurs de 45 Cv étaient à l'avant, tout comme le réservoir.
Les 3 hommes d'équipage étaient dans la tourelle arrière.
Les pertes furent importantes mais certains d'entre eux firent des ravages sur les arrières ennemis.
| Non sécurisé : Whippet du 3rd Bn Tank Corps dans la Somme en mars 1918 (vue arrière). |
Les Français, eux, suivaient les concepts du général Estienne : Un véhicule capable de porter un canon de 75, pour pouvoir percer les lignes ennemies.
Donc, en réalité, Estienne est l'authentique père des canons automoteurs
Estienne demanda que la partie chenillée soit constituée par un tracteur agricole Holt - Caterpillar (voir ci-dessous).
| Tracteur d'artillerie Holt tractant un 155 mm mle 1877 (ici dans les Vosges au printemps 1915) |
| le tracteur Holt, cher au Gal Estienne, présent dans nos 2 premiers chars, passant une tranchée Française type (les tranchées Allemandes étaient bien plus larges). |
Sur ce tracteur Holt, il a fallu greffer une coque blindée où fut introduit un canon de 75 mm modèle 1897 .
{On avait donc oublié tout ce que nos cuirassés maritimes nous avaient enseigné en matière de montage de canons sur des engins mobiles ! }
| Le char Schneider et son canon de 75 bloqué à droite mais il était mobile sur environ 60° en azimut ! |
Le char Schneider, long de 6.33 m, large de 2.04 m et haut de 2.30 m, avait une masse de 14 tonnes et portait un canon court.
Le char Saint-Chamond, bien plus grand, était mieux protégé et son canon, plus long, tirait droit devant lui avec son azimut fixe.
Pour change d'azimut, il fallait tourner tout le char de 22 tonnes (élémentaire, mon cher Watson !
| Char Saint-Chamond type 1 sur Wikipédia |
Les deux projets Schneider et Saint-Chamond avaient certes chacun un canon puissant qui permettait d'ouvrir n'importe quel verrou fortifié.
Mais Estienne n'a pas eu l'idée que ces chars allaient devoir, en réalité, détruire les chars ennemis.
Il est piquant de constater que ces chars furent organisés en batteries, signature littéraire de l'homme qui les avait exigés, l'artilleur Estienne.
Par contre, l'exploitation au-delà de ce verrou était impossible car ces deux engins n'étaient pas conçu pour le véritable tout-terrains.
Leurs porte-à-faux suffisaient à leur interdire le passage des tranchées : Aucun n'aurait pu suivre une simple Jeep Willis de 1943 !
En outre, ils étaient très grands et très lourds (14 et 22 tonnes).
Il s'agissait en fait juste de canons automoteurs. Ils furent plus utiles lors de la poursuite des Allemands, en 1918.
Les Allemands décidèrent, tardivement, de répliquer en créant un grand (7.35 m de long) et large (3.06 m) appareil très haut (3.35 m) et très blindé (30 mm), l'A7V.
| A7V |
La rapidité de cet engin était la plus importante (16 km/h sur route), son blindage était imparfait et son canon, bien placé, était assez efficace.
Lorsque, enfin, Louis Renault eut la capacité de s'occuper du problème, il changea complètement sa perception des choses.
Sa création eut un retentissement universel.
Lui, dont je ne sais pas où il avait fait son service militaire, a, d'emblée, démontré qu'il raisonnait suivant une vision tactique de cavalier !
Les couteuses expériences Britanniques et Françaises lui avaient ouvert les yeux.
Il avait compris qu'un char de combat devait :
- être très manœuvrant, donc petit !
- cela impliquait qu'il soit léger (6.5 tonnes), court (5 m), étroit (1.74 m), et bas (2,13 m), donc peu visible.
- les chenilles devaient être extérieures à la carrosserie, pour éviter tout coincement,
- le canon devait pouvoir tourner sur un azimut de 360°,
- le moteur devait être fiable et placé à l'arrière (pour réduire la température et le bruit internes),
- le conducteur devait être assis à l'avant, sans aucun angle mort,
- le tireur en arrière du conducteur était donc le chef de char.
| Char Renault FT 17 : Un authentique tout-terrain ! |
La tourelle initiale était blindée à 16 mm. Elle passa rapidement à 22 mm.
Le Char FT fut un succès tactique, car il gagna rapidement rapidement des batailles, mais il fut aussi un succès stratégique, parce qu'il gagna réellement la Première Guerre Mondiale.
Il fut fabriqué à peu près partout sur notre planète : USA, Italie, Russie / URSS et Japon.
Donc, à part en France, Louis Renaut est le seul père des Chars de combat.
| FCM 2 C, dernier char de la Grande Guerre Authentique char lourd, qui roula en 1921 ! |
Le FCM 2 C (des Forges et Chantiers de la Méditerranée) fut le premier char lourd authentique (68 tonnes) à voir le jour, mais 2 années trop tard.
Il a énormément souffert de la quasi impossibilité de trouver des moteurs de puissance suffisante.
Quand ce type de moteurs (Liberty de ~ 400 Cv) furent disponibles, on oublia de les employer pour cet usage.
Il fut motorisé par des moteurs Allemands récupérés...
Douze de ces chars furent produits.
L'engin était très grand (10.30 m), large de près de 3 m), très haut (4.02 m, blindé à 45 mm, ce qui imposait à l'ennemi de l'attaquer au 75 mm (in Guderian H., mémoires d'un soldat).
Sur route, sa vitesse atteignait 15 km/h et ne dépassait pas 10 km/h en tout-terrain.
Les rares vidéos que j'ai pu voir montrent que cet engin était relativement manœuvrant.
Il m'est apparu plus manœuvrant que le Mk VIII qui apparait dans "Indiana Jones et la IIIème Croisade" de Spielberg.
Je ne vais pas vous détailler les chars de l'Entre-deux-Guerres, à l'exception du char Américain Christie.
Ce remarquable ingénieur avait bien compris que les chars issus de la Grande Guerre étaient poussifs.
Difficile, avec eux, de pratiquer une charge type cavalerie.
Christie inventa la suspension qui porte son nom et qui permit de réduire la hauteur des chars qui en étaient munis et d'augmenter la vitesse dans toutes les conditions.
Une vidéo intéressante explique parfaitement à cette adresse :
https://www.youtube.com/watch?v=Tp_49lc4oO4.
Le char Russe T 34 (ci-dessous) fut la parfaite illustration de l'excellence du concept de Christie.
Long de 5.92 m, il était large de 3 m et avait une hauteur de 2.45 m. c'est donc un char long et plat .
Le T 34 atteignait 55 km/h sur route et 40 km/h en tout terrain.
il termina la guerre de 1941-1945 à la masse de 32 tonnes.
Il fut le meilleur char du monde au moins jusqu'en 1953.
T 34 partant au combat - RIA Novosti
Le T 34 utilisait des blindages très inclinés comme nous l'avions fait avec le char léger FCM 36 en France.
Hélas, notre char, comme ses cousins, souffrait hélas d'un canon de 37 mm bien trop court !
Motorisé en Diesel par Berliet, ce FCM avait une autonomie de 250 km et une vitesse de 24 km/h.
Au début de la Seconde guerre mondiale, la France rêvait des chars B1 conçus pour faire plaisir au Général Estienne,
| Le char B1 bis est un char dual, puisqu'il possède 2 canons. A l'avant, un 75 mm court est capable de massacrer l'ennemi dans ses tranchées. Dans la tourelle, le canon de 47 mm sert au combat entre chars. Ici, le B1 bis ''Toulal'' (# 382) reconstitué en mémoire de celui ayant combattu lors de la bataille de Stonne en mai 1940. In Wikipédia.fr |
Le B 1 d'origine, de 28 tonnes, roulait à 32 km/h avait un blindage initial de 4.5 cm et il avait 180 km d'autonomie.
Mais ce char allait devenir une monstruosité : Un quidam très galonné découvrit l'existence des canons antichars Allemands de 37 m.
Aussitôt, il a exigé un blindage porté à 60 mm, lançant ainsi la construction du B 1 bis de 31.5 tonnes !
Cela freina considérablement la production de ces chars qui ne dépassa jamais les 400 exemplaires.
Alourdi, ce char devint poussif (Vmax 28 km/h), son autonomie se dégradait fortement (6 heures).
Le canon de 75 mm, à azimut bloqué (signature du général Estienne), est long de 17 calibres. J'ai lu une V0 de 240 m/s, donc trop peu.
Il a donc une vitesse à la bouche très inférieure à celle du 75 mm de la Grande Guerre (long de 36.6 calibres, V0 585 m/s)!
Le canon de 47 mm en tourelle, efficace à 1 000 m, est long de 32 calibres.
Il faut 30 secondes à la tourelle pour faire un 360°
Le réservoir contient 400 litres. Beaucoup de ces chars furent abandonnés en panne de carburant. Il n'y avait pas d'engin capable de le remorquer !
Il existe cependant un très haut fait d'armes de ce char lors de la bataille de Stonne, le 16 Mai 1940.
Commandé par l'officier Pierre Billotte, un B1 bis y a détruit 13 puissants chars (Pz IV et Pz III) et 2 batteries antichars ennemis en quelques minutes.
Ces hommes étaient très entrainés et depuis longtemps !
De Gaulle avait bien sa 4ème DCR, mais cette division, crée le 10 Mai 1940, au tout début de l'offensive Allemande n'avait eu qu'une semaine avant de livrer la bataille de Montcornet le 17 Mai !
Cela signifie que ses hommes eurent trop peu de temps pour apprendre à dominer leurs machines .
Je ne reviendrais pas sur les remarquables attaques menées par le général De Gaulle et tous ses hommes (décrites in De Gaulle, Mémoires de Guerre, V. 1 : L'Appel).
L'autre char important du côté Français fut le char Somua S 35, un char de 20 tonnes, capable de 40 km/h sur route et d'une autonomie de 260 km.
Il était équipé d'une tourelle identique à celle du B1 / B1 bis armé du 47 mm de 32 calibres efficace à près de 1 000 m.
Construit par Schneider en plus de 400 exemplaires, ce char se révéla solide et puissant.
Le général Lafontaine accepta de transiger avec Gamelin, et au lieu d'avoir trois DLM équipées de 4 brigades homogènes toutes sur S 35, on a livré à chacune 2 brigades de S 35 et 2 brigades équipé de chars Hotchkiss 35 qui étaient instables mais qui étaient théoriquement plus rapides que le Renault R 35 (28 km/h au lieu de 20 km/h).
A cause de leurs canons courts, la puissance de feu n'était plus au niveau !
On reprocha au R 35 une infériorité dans des zones humides, mais c'était un cas particulier et minoritaire.
Ses chenilles avaient une largeur de 32 cm.
Par contre, son blindage était excellent.
| Renault 35 |
| Renault R 40 (avec canon SA 38) Il arriva trop tard ! |
Un militaire connu de 1940 disait qu'il l'avait piloté au Maroc et qu'il l'avait trouvé particulièrement facile à piloter, donc très maniable.
L'armée Britannique avait en France une seule division blindée (~ 250 chars) avec 80% de chars légers Vickers Mk VI - dont le blindage maximum atteignait juste 14 mm, et qui était très instables (suspension très médiocre) - et environ 50 chars presque modernes (Cruiser et Matilda II).
Ils essayèrent d'exister vers Arras, mais ce sont des Somua S 35 Français qui les sauvèrent !
Le général Gamelin, particulièrement obtus face à De Gaulle, préféra employer ses 7 divisions blindées (3 DLM + 4 DCR) en ordre totalement dispersé, sans aucune couverture aérienne digne de ce nom et avec une artillerie ni assez puissante n'y assez mobile.
Le résultat fut ce qu'il devait être...une terrible défaite !
Chacune de nos grandes unités travailla seule, sans concertation avec les autres.
Le résultat fit très plaisir à notre ennemi Heinz Guderian et à son chef suprême Adolf Hitler.
Cela joua un rôle important sur les ingénieurs Russes qui sortirent leur char T 34 en grande série et en un temps record.
C'est la raison qui a permis au Général Joukov de bloquer l'armée de Guderian à 30 km de Moscou.
Les Allemands entrèrent en Seconde Guerre Mondiale avec 4 modèles de chars.
L'idée de base était de fabriquer des engins facile à produire, donc bon marchés.
Cela les entraina à négliger les blindages inclinés, ce qui deviendra un handicap total, parce qu'ils devront augmenter l'épaisseur du blindage.
- Cet engin peu armé, peu blindé, donc léger, va vite (50 km/h sur route).
- Sa tourelle est monoplace avec 2 mitrailleuses se 7.9 mm, ce qui explique que l'équipage soit réduit à 2 hommes.
Le Pz I, Ausf. A - Deutsches Panzermuseum Munster
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Le Panzer II, nettement plus sophistiqué, est plus puissant, mieux protégé et mieux armé. Il a un équipage de 3 hommes.
- La tourelle porte un canon de 20 mm et elle est servie par 2 hommes : le chef de char et le tireur.
- Le moteur de 140 Cv permet une vitesse de 55 km/h.
- La masse totale est inférieure à 9 tonnes.
- Ce char est très efficace contre l'infanterie et les canons antichars alliés. Par contre, dès la campagne de France, il est très insuffisant contre les chars Français, y compris contre les légers Renault R 35 et les Hotchkiss R 35 ou R 39.
- Il a été produit en plus de 1 800 exemplaires de 1935 à 1943.
- Il a servi à expérimenter les roues alternées et décalées qu'il a gardées et qui ont été essentielles pour les Tigres et les Panther.
- Sa masse est au moins double de celle du Pz. II (~ 20 tonnes). Il est rapidement blindé à 30 mm.
- Le canon est bien plus puissant que celui du Pz. II, même si le canon de 37 mm n'a jamais été accepté par le Général Guderian qui voulait d'emblée un 50 mm de 50 à 60 calibres. !
- Il avance à 40 km/h sur route et 20 km/h en tout terrain.
- Au total, il fut construit à plus de 5 000 exemplaires.
- Son atout principal était son canon de 75 mm de 24 calibres qui ne perce les chars Français qu'à condition de s'en approcher à moins de 500 m.
- Lui-même est initialement blindé à 30 mm.
- Son autonomie est de 200 km sur route et de 130 km en tout terrain.
- Ce char est engagé sur le front en Mai 1940 en 278 exemplaires (11% des 2500 chars Allemands entrés dans le Bataille de France), il eut un rôle important, même s'il y connut de lourdes pertes (97 détruits, soit 35% du total engagé).
- Son canon de 24 calibres (V0 = 450 m/s, perforant 35 mm à 1 000 m) sera remplacé par un 75 mm de 43 calibres (V0 = 740 m/s perforant 82 mm à 1 000 m) puis par un autre de 48 calibres (V0 = 800 m/s perforant 87 mm à 1 000 m).
On constate que les Allemands ont conservé tous leurs gros chars.
Ils ont trop investi dans leur Panther et le Tigre II.
Oui, le Sherman Américain a dominé le Tigre, mais lui, il a été fabriqué en 60 000 exemplaires : C'est la confirmation de la théorie de Lanchester.
Le Tigre II, de 70 tonnes, fut incapable de permettre le rétablissement stratégique espéré. Il multipliait les problèmes !!!