dimanche 9 mai 2021

Le North American P 51, seul contre tous, mais victorieux ! (révisé le 20 / 05 / 2025 *** ***)

Le Chasseur P 51 Mustang, parfaitement conçu dès le Printemps 1940, était validé en 1941. 

Pourtant, il a fallu attendre 1944 pour que les grands décideurs de son pays comprennent enfin l'atout qu'il représentait pour les Alliés comme pour son pays.


La Chasse US au début de la Seconde Guerre Mondiale


En Septembre 1939, un seul chasseur américain, le Curtiss P 36, tangentait les 490 km/h. Il avait une excellente manoeuvrabilité et restait maniable à grande vitesse. 

Son concurrent principal, le Seversky P 35 atteignait à peine les 470 km.

Les écrits US de 2021 émettent l'idée que sa rapide mise à la retraite (fin 1941) venait du mauvais choix de son compresseur, qui n'avait qu'un seul étage. 

Une fois de plus, il s'agit d'un ridicule anachronisme Américain.

Certes, aux USA, on parlait bien de turbocompresseurs mais, à ce moment-là, aucun n'était fiable, donc utilisable en combat. 

Les compresseurs mécaniques à deux étages ne sortiront que vers la fin 1941 et ils ne seront toujours pas au point. 

Une prospective orientée vers 1941 faisait apparaître 4 nouveaux monoplaces : Le Curtiss P 40, le Republic P 43, le Lockheed P 38 et le Bell P 39. 

Si ces 2 derniers avions étaient initialement équipés de turbocompresseurs, seul le P 38 sortit ainsi équipé, peut-être parce que sa structure de bimoteur réduisait les risques d'une panne de moteur totale.

Dans le même temps, aux USA, la mode était à l'augmentation de masse, à vide comme au décollage. 

La puissance industrielle de ce pays ne demandait qu'à fabriquer ce qui leur permettrait d'imposer au Monde toutes leurs lois et toutes leurs habitudes. 

Dès l'attaque de Pearl Harbor, des plans de fabrication en masse des chasseurs existants furent lancés (50 000 chasseurs par an).

Evidemment, personne ne se posait de question quant aux risques d'éventuelles confrontations de ces "choses" avec d'autres chasseurs : Que voulez-vous, les USA ont toujours été protégés par deux gigantesques océans. 

Autrement dit, ces "braves" avions ne pouvaient avoir aucun intérêt stratégique, ce qui explique, d'ailleurs, qu'ils ne jouèrent que des rôles plus que secondaires dans la IIème Guerre Mondiale...


Développement d'un outsider

La Grande Bretagne, intéressée par le P 40, demanda à North American Aviation (fleuron du conglomérat General Motors) de lui en fabriquer en série. 

Au lieu de celà, l'équipe Américaine proposa, en Avril 1940, de construire d'emblée un chasseur original et considérablement plus moderne, capable de voler à plus de :
Le tout avec une montée à 6 000 m en moins de 9 minutes Les Spitfire Mk II et Mk V étaient déjà périmés.

A partir d'un très gros travail de soufflerie, NAA décida d'utiliser le tout nouveau profil d'aile à écoulement laminaire NACA 45-100, conçu en collaboration avec le NACA, qui démontrait un excellent rendement.

{Parenthèse : Un profil d'aile à écoulement laminaire permet de retarder le moment où les filets d'air courant à l'extrados de l'aile passent d'un écoulement laminaire (les filets sont tous parallèles) à un écoulement turbulent. Cette amélioration diminue très significativement la traînée.}

D'un autre côté, le refroidissement des moteurs refroidis par liquide amenait alors la plupart des ingénieurs à s'arracher les cheveux. 

Les travaux de l'ingénieur Britannique FW Meredith furent parfaitement compris par les ingénieurs de North American Aviation, et les radiateurs d'huile et d'eau purent à la fois refroidir efficacement le moteur tout en engendrant une poussée résiduelle qui annulait leur traînée.



Schéma de refroidissement de l'eau (et de l'huile) : L'air froid entre dans le carénage du radiateur dont les parois divergent, donc l'air se refroidit encore plus. Il arrive dans le radiateur proprement dit, se charge de calories, il est donc très chaud en sortie du radiateur, ceci augmente son volume ce qui le pousse vers l'arrière, créant une poussée qui annule la traînée du radiateur et de son carénage



Le 9 Septembre 1940,  le prototype NA-73X sortait de son hall d'assemblage.

Le 26 Octobre de la même année, 149 jours après la signature de ce contrat, il effectuait son premier vol. 

L'avion avait de l'ordre de 9.8 m de long, sa voilure avait une envergure de 11.28 m qui lui conférait une surface de 21.83 m²

Vu sa masse au décollage de 3 680 kg, cela donnait une charge alaire proche de 170 kg/m².
 



Prototype XP 51, s.n. 41-039, le 29 XII 1941 : 4 prises d'air dispersées et un état de surface perfectible.



On trouve les premiers commentaires dans le rapport de la base d'Eglin Field (Floride) en date du 30 XII 1942 et qui résume les conclusions des tests tactiques effectués entre le 7 Août et le 1er XI 1942 à partir de 3 avions différents équipés du moteur Allison 1710-39.

Dès le paragraphe 3, Conclusions, la phrase d exprime que "le pilote de ce chasseur se sent totalement chez lui dès le premier décollage, à cause de l'excellence des commandes, de la simplicité du poste de pilotage et de ses excellentes qualités de vol".

Il y est déjà considéré comme le meilleur chasseur de basse altitude de l'arsenal US.

Le paragraphe 4, Recommendations, demande cependant un moteur permettant de combattre entre 7 500 et 9 000 m, des points d'ancrage pour des réservoirs externes, un collimateur N 7 (pour pouvoir changer l'ampoule en vol), une amélioration des freins et des ailerons, etc. 

Les vitesses mesurées furent :
  • 1 500 m  552 km/h
  • 3 000 m  594 km/h
  • 4 500 m  620 km/h
  • 6 100 m  600 km/h
  • 7 600 m  574 km/h
Les temps de montée étaient :
  • 1 500 m  en      2' 10"
  • 3 000 m   -        4'   7"
  • 4 500 m   -        6' 34"
  • 6 100 m   -        9' 54"
  • 7 600 m   -      15' 20"

La vitesse de montée recommandée du Mustang était de l'ordre de 320 km/h, ce qui était rapide et réduisait les temps de poursuite en cas d'interception d'hostiles.

On voit que le nouveau chasseur répondait très largement aux promesses de ses concepteurs.


A titre de comparaison, le P 40 E, qui volait au même moment (1942) avec le même moteur dans les rangs Alliés, avait une vitesse de pointe de 538 km/h (En. Wikipedia, Mai 2021).
Il montait à 6 100 m en 11' 50" et à 7 600 m en 19' 25". Son autonomie atteignait les 1 150 km.

Le Mustang tournait à peu près aussi serré que le P 40, mais son autonomie était bien supérieure. Avec les seuls réservoirs internes, elle pouvait atteindre 1 450 km à 425 km/h en convoyage (sans réserve prévues) et 870 km si on prévoyait 20 minute de combat sur le chemin. C'était nettement plus que son concurrent.


La remise en service après un vol de combat ne demandait que cinq (5) minutes à condition de disposer de 4 armuriers, 2 mécaniciens et 1 spécialiste radio. 
{Voilà qui laisse rêveur ceux qui se souviennent de la durée interminable des ravitaillements observés sur nos MS 406 impliqués au front.}

L'excellente stabilité du P 51 permettait de voler facilement en IFR (vol aux instruments). Cependant, la circulation sur un terrain après un atterrissage de nuit était plutôt délicate.


Les seuls vraies critiques portaient sur les insuffisances du moteur Allison (puissance, compresseur et carburation) qui limitaient le plafond de combat réel à 6 000 m, du fait que le moteur perdait rapidement sa puissance au dessus de 5 500 m (18 000 ft)." Ce plafond limité est le problème le plus sérieux de cet avion et tous les efforts doivent être consentis pour augmenter la puissance de ce moteur de même que son altitude de rétablissement".  

On aurait pu s'attendre à une commande instantanée par l'USAF... Que nenni ! Les lobbies de la concurrence veillaient (heureusement, ils finirent par le payer très cher, sauf Lockheed...).


Les successeurs à moteur Allison pourront être un peu plus rapides (de 630 à 650 km/h), grâce à des améliorations aérodynamiques.

Cependant, la faible fiabilité de toute la gamme des moteurs Allison s'étala sur toute leur vie opérationnelle et empêcha le P 51 d'avoir la magnifique fin de carrière opérationnelle qu'il méritait.


Enfin opérationnel


Je laisse de côté le A 36 Invader (ou Appache) qui fut un bombardier en piqué remarquable, mais qui fut utilisé sans la moindre prudence et qui connut en conséquence de nombreuses pertes.

Le premier P 51 A, nommé Mustang I, fut engagé par la RAF dès le 10 Mai 1942. Il fut employé essentiellement pour des missions de reconnaissance tactique ou de strafing.

Ainsi, pendant les 18 premiers mois de sa vie opérationnelle aux mains des Britanniques, il détruisit 200 locomotives, 200 péniches fluviales, de nombreux avions Allemands parqués au sol au prix de huit (8) des leurs...

Evidemment, les pilotes Britanniques se plaignirent des mêmes défauts de plafond que les essayeurs US avaient déjà détectés. 

L'information arriva chez Rolls-Royce qui loua 5 cellules de P 51 pour les remotoriser avec des moteurs Merlin de la série 60.


Merlin, l'enchanteur des chasseurs US

 
D'emblée, cette "greffe" se révéla un extraordinaire succès. 

Le nouveau chasseur, le P 51 B devenait le roi des altitudes élevées

A la masse de 3827 kg au décollage, et avec le premier étage du compresseur, il atteignait :
  • 585 km/h à   1 500 m,
  • 634 km/h à   3 000 m,
  • 684 km/h à   5 100 m, 
  • 679 km/h à   7 000 m. 
Avec le second étage du compresseur, il atteignait :
  • 710 km/h à   9 100 m,
  • 677 km/h à 10 700 m,
  • 648 km/h à 11 500 m.
Ces vitesses étaient d'autant plus impressionnantes que les derniers Spitfire XI et XIII, avec le même moteur Merlin 60 ne dépassaient pas les 670 km/h à 7 300 m !

 
  •   1 500 m en   1' 24"
  •   3 000 m en   2' 48"
  •   4 000 m en   3' 42" 
  •   5 300 m en   5' 10"
  •   6 000 m en   5' 54"
  •   8 000 m en   7' 42"
  •   9 000 m en   9' 48"
  • 11 500 m en 12' 18"
  • 12 000 m en 18' 36". 

Même le Spitfire à moteur R-R Griffon ne parvenait pas à égaler cet avion pourtant bien moins puissant.

La forme "définitive" du Mustang fut le P 51 D, tout simplement parce que ce fut la dernière de la Seconde  Guerre Mondiale.

{D'autres versions ont existé après 1945. Malheureusement, la cupidité de Rolls-Royce comme celle de Général Motors ont stupidement bloqué leur fabrication en série.}

Dans cette version D, le poste de pilotage, couvert par une verrière à vision totale sur 360°, permettait au pilote de savoir enfin si ses arrières étaient menacés ou pas, comme sur le Nieuport 161 de 1936 ou sur le Mitsubishi A6M2  et le Focke-Wulf 190 de 1941.


L'hélice transmettant l'énergie motrice était une Hamilton Standard de 3.33 m de diamètre dont le pas pouvait varier de 23 à 65°, soit une excursion angulaire de 42°, bien supérieure aux 35° de la Rotol équipant les Spitfire de la Bataille d'Angleterre.

Le blindage d'acier à l'arrière de la tête du pilote était de 11 mm et diminuait jusqu'à un peu moins de 8 mm au niveau de ses reins. La cloison pare-feu comptait un peu plus de 6 mm (niveau proche des blindages montés sur nos chasseurs de 1940).

Le pare-brise blindé - en Triplex - était épais de 3.8 cm (donc un peu inférieur aux 4 cm de nos Bloch 155 et 157).






Le superbe P 51 D, Miss Helen démontrant l'excellence de son fini de surface, tellement parfait que l'on pourrait croire que les volets ne sont pas des volets de courbure ! Le raccord Karman est réduit à sa plus simple expression, comme il se doit vue la planéité verticale de la paroi sur laquelle il s'insère.



Pour le vol, les instructions étaient précises :
  • Aucune figure acrobatique avec des réservoirs largables accrochés sous les ailes.
  • Les figures inversées ne devaient pas durer plus de 10 secondes (lubrification).
  • Moteur coupé, les vrilles étaient permises si l'altitude initiale dépassait 3 600 m
  • Moteur tournant, vrilles ou tonneaux déclenchés étaient interdits.
  • La VNE était de 813 km/h (toutes les vitesses données sont des IAS).
  • Avec 10° de volets, cette vitesse ne devait pas dépasser 643 km/h
  • avec 20 ° .......................................................................... 442 km/h
  • avec 30 ° .......................................................................... 362 km/h
  • avec 40 ° .......................................................................... 290 km/h
  • avec 50 ° .......................................................................... 265 km/h
  • Lors d'une glissade, il était conseillé de garder le badin au-dessus de 177 km/h.
  • Il était interdit de baisser le train au-dessus de 274 km/h.

Un chapitre était consacré au Régime d'Urgence de Guerre (War Emergency Rating), disponible pour un emploi de seulement 5 minutes. 

Le cumul des temps de WER s'arrêtait lorsqu'il atteignait 5 heures pleines et le moteur partait alors en révision complète.

On avait le droit de s'en servir seulement au combat et lorsque l'on utilisait l'essence à 150 d'octane (dopée au dibromoéthane) avec des bougies adaptées. 




Plein d'essence au 150 d'octane, ce P 51 D va partir en mission - Scène récupérée par moi 




Le 25 Juillet 1944, l'USAF établit une comparaison entre ses chasseurs

                     masse      VNE(km/h)     rayon d'un 360° (4 g)      tx de roulis     taux de montée inst.
  • P-38 J (6 810 kg)      676                 255 m  (?)                      39°/s                    15 m/s     
  • P-47    (5 902 kg)      804                 301 m                             63°/s                     11 m/s                   
  • P-51 B (4090 kg)      813                 269 m                             78°/s                     15.2 m/s                 
  • P-80 A (4540 kg)      933                 356 m                               ?                          29.4 m/s        

Je suis plus que sceptique sur le rayon de virage attribué ici au P 38, vu que ces pauvres avions ne pouvaient même pas suivre les vieux D 520 Bulgares à la fin de 1943... 

Le taux de roulis du P 38 retenu dans ces données est celui obtenu sans servo-commandes, vu qu'elles n'entrèrent en fonction qu'en 1945, bien trop tard. 

Cependant, alors que tous les autres avions employaient une force (déjà très élevée) de 23 kg (50 lbs), le Lightning demandait, lui, une force supérieure à 36 kg (80 lbs), ce qui compliquait sérieusement la conclusion tactique en combat, sauf si le pilote du P 38 était un haltérophile de bon niveau.




Reprise personnelle de ce diagramme (issu d'un article de "The Aeroplane" du 21 Juin 1946) qui montre les virages des différents chasseurs "majeurs" entre 1940 et 1945 (sauf les chasseurs Russes). 
Le Mustang P 51 B est placé derrière les Spitfire IX, XIV et XVI. Tous les chasseurs Allemands sont à la dernière place. Aucun avion soviétique, Italien, Japonais ou Français n'a été invité
!



Les taux de virage et de roulis avaient été mesurés à 3 000 m (ou, plus exactement, à 10 000 ft). 

Ce n'était malheureusement pas représentatif des conditions existant dans la guerre contre l'Allemagne nazie, où l'on volait entre 6 000 et 11 000 m.

La vitesse ascensionnelle instantanée fut obtenue à la même altitude.

Le P-47 était nettement moins performant que le P-51.

Le P-80 A, par contre, était un cas différent : Il était le premier chasseur à réaction US. 

{En 1950, il présenta un bilan très médiocre dans la guerre de Corée, étoffant par contre largement le palmarès des pilotes soviétiques !

Le P 80 y connut 368 pertes pour 17 victoires (!?). 

Pour la classification des pertes, l'USAF dit qu'il y a 277 pertes en combat, en attribue 113 à la DCA communiste, 14 à la Chasse ennemie, 54 à des causes inconnues et 96 à d'autres causes, que j'imagine très probablement d'origine surnaturelle ;-)) 

Les soviétiques attribuèrent une bien plus grande quantité de victoires aux MIG 15, ce qui paraît plus que raisonnable, vu que les vitesses atteintes par le P 80 rendaient bien difficile sa destruction par la DCA.

Reconnaissons toutefois qu'entre 1944 et 1950 les avions à réaction avaient follement progressé et que le MIG 15 fut très redouté bien après 1960 !}


Par contre, les qualités du Mustang pour le vol acrobatique étaient exceptionnelles, reflet fidèle de sa facilité de pilotage.


La hargne des concurrents


Lorsque l'on consulte les opinions de divers pilotes d'essais Anglo-Saxons (en particulier Américains) sur le P 51 Mustang, il est intéressant de découvrir l'acharnement à dénigrer ses qualités de maniabilité, de vitesse, etc

Ainsi, la comparaison entre le F4U-1 Corsair et le P 51 faite à Patuxent River en Janvier 1944 donne l'impression que le Mustang est sans intérêt pour l'US Navy

En résumé, "le Mustang n'est plus rapide que seulement au-dessus de 24 000 ft (7 300 m), il va moins loin que le Corsair, il est inconfortable, il a une puissance de feu trop faible, il est moins manœuvrant et il n'est pas adapté pour l'appontage". 

La différence de maniabilité m'étonne beaucoup parce que la charge alaire du P 51 D est de l'ordre de 190 kg/m² alors que celle du F4U-1 est de 230 kg/ m², soit un excès de l'ordre de 20%.

La visibilité du Mustang était très critiquée parce que le siège était trop bas et que l'on voyait mal vers l'arrière. La verrière du P 51 D aurait probablement réussi à faire sauter cette critique. 

Par contre, le nez du Mustang était fin (limité par un moteur de moins de 0.80 m de largeur) tandis que le nez du Corsair contenait un moteur P&W R 2800 de 1,35 m de diamètre !

Peu importe, ce comportement semble d'abord dû à une forme de loyauté envers l'avion de chasse construit par la firme qui les employait, et d'autre part, à leur volonté d'affirmer leur supériorité de pilotes.


L'avion d'escorte idéal 


Initialement, l'USAF devait envoyer ses bombardiers pratiquement sans escorte {doctrine du "the bombers will always get through (phrase du 1er Britannique Stanley Baldwin) Les bombardiers réussiront toujours à passer}". 

Le 1er raid sur Schweinfurt, le 17 VIII 1943 démontra la stupidité de la-dite doctrine pendant l'heure passée sans escorte entre le franchissement de la frontière Belge avant l'arrivée sur l'objectif et le second franchissement de cette même frontière au retour

Cette énorme bévue entraîna la perte définitive de 60 avions et plusieurs dizaines d'autres furent endommagés. 

Un critère simple existe pour taire ces vaines criailleries, celui des accidents aux USA (donc bien loin de tout combat aérien) entre 1942 à 1945 


J'y ai ajouté le taux d'accidents pour 100 000 heures de vol ainsi que le nombre total d'avions construits (en espérant qu'il soit exact dans Wikipédia).
  • P 40 :  3 569 accidents - 188/100 000 hdv  - 13 738
  • P 38 :  1 403 accidents - 139/100 000 hdv  - 10 037
  • P 47  : 3 049 accidents - 127/100 000 hdv  - 15 660
  • P 51  :    824 accidents - 105/100 000 hdv  - 15 586
A l'évidence, le P 51 était bien plus facile à prendre en main, et donc à piloter, que tous les autres chasseurs de l'USAF.


La destruction de la Luftwaffe, pas décisif vers la victoire de 1945

La première mission d'escorte sérieuse par des P 51 B fut réalisée le 13 Décembre 1943 entre l'Angleterre et le port de Kiel, sur la Baltique (environ 1600 km aller et retour).   

415 Boeing B 17 et 113 Douglas B24 décollèrent escortés par 322 P 47, 41 P 51 et 31 P 38.

36 bombardiers B 17 furent endommagés, comme le furent 4 B 24, dont 10 équipages furent portés disparus (?).

Il n'existe pas de perte sèche ce jour-là chez les bombardiers stratégiques. 


En Mars 1944 (même source), les pertes de bombardiers étaient réduite de 60% et le nombre d'avions endommagés avait diminué de 16%.

Cela explique que les P 51 aient reçu, à la longue, le surnom de "little friends".

Pour toute la VIIIth Air Force en Europe (ETO), les pertes se montèrent à plus de 10 000 avions, dont 6 866 bombardiers lourds (soit plus de 70 000 hommes perdus) : 

           Avions                       Pertes 
         B-17                    4 754                                                    
         B-24                    2 112
                                     
         P-47                     1 043

         P-38                        451               
         P-51                     2 201



Le gros des pertes de bombardiers fut le résultats des bombardements sans escorte ou avec une escorte de P 38, le tout pratiqué essentiellement en 1943.


L'importance de l'escorte de bout en bout


Lorsque le général Doolittle devint patron de la 8th Air Force, il exigea que les P 38 et les P 47 cèdent leur place aux P 51 B puis aux P 51 D.

Certes, vous avez vu que les pertes en Mustang n'étaient pas minces, mais elles signifiaient que leurs pilotes protégeaient magnifiquement leurs bombardiers.

Les pertes en P 51 traduisaient aussi la relative fragilité de ce chasseur face aux puissants canons des chasseurs Allemands, mais aussi leurs intenses participations aux attaques en strafing des aérodromes du Reich, attaques qui finirent par étouffer la Jagdwaffe.

Doolittle profita de sa position pour exiger que les P 51, en plus d'escorter prioritairement ses Forteresses Volantes, détruisent tout ce qui volait (ou pouvait voler)  sur l'Allemagne.

Le Mustang a donc été un avion terriblement stratégique

L'USAF n'a gagné son pari que parce que le général Jimmy Doolittle (ex-vainqueur de la Coupe Schneider, chef du Raid des B 25 sur Tokyo de 1942) a bousculé sa hiérarchie, ce que reconnut, un peu tard, le patron de l'USAF, le Général Henry "Hap" Arnold.

Ainsi, Doolittle a tué la Luftwaffe, démontrant la pertinence de De Gaulle lorsqu'il avait prédit dès son appel de Juin 1940 : "les mêmes moyens mécaniques qui ont causé notre perte causeront la fin de l'Allemagne de Hitler". 
Merci à lui !

Un seul contre-exemple existe : Eric Hartmann, champion des pilotes de chasse toute catégorie, compte sept P 51 Mustang à  son palmarès, probablement abattus avec son Messerschmitt 109 K.


Les Mustang légers


Fin 1944, on créa une cellule de P 51 D allégée de 250 kg pour y placer une des dernières versions du Merlin, qui développait 2 200 Cv. 

Ainsi équipé, le P 51 H fut capable d'une vitesse de pointe de 785 km/h à 7 600 m. 



On en construisit 555 mais l'armistice empêcha de continuer leur fabrication.

Notons que l'US Navy trouva, cette fois, que ces Mustang étaient parfaitement adaptés à l'emploi sur ses porte-avions. 

Cependant, elle n'en acheta point, signe du lien étroit (maffieux ?) avec ses fournisseurs habituels. 


La guerre de Corée


Lorsque la Guerre de Corée éclata à l'été 1950, les pilotes de l'USAF volaient sur des Lockheed P 80 Shootingstar

Pour renvoyer les troupes communistes chez elles, les pilotes US préférèrent récupérer leurs vieux P 51, bien plus manoeuvrants et mieux adaptés aux vols tactiques à très basse altitude.

Cependant, les plus de 62 000 sorties d'appuis tactique réalisées causèrent la perte de 351 Mustang P 51 D (soit une perte pour 177 sorties, ce qui n'est pas particulièrement énorme pour une guerre aussi intense).




Lancement de napalm pendant la Guerre de Corée -  Ce P 51 D semble voler à moins de 100 m AGL, ce qui est déjà un joli challenge..


Les Mustang s'envolèrent même de nuit pour des poursuites nocturnes de biplans soviétiques Po 2 !

De nombreux pays disposeront de P 51 B ou D et les garderont bien après la fin de la guerre de Corée.


La France en fut privée, sauf pour le groupe de reconnaissance II/33 (début de 1945).

Cette singularité permet de s'amuser à émettre des hypothèses.
  • L'une d'elle peut s'accorder avec la volonté US que la France de De Gaulle ne se sur-arme pas. 
  • Une autre pourrait trouver son origine dans le refus Français d'acheter des armes étrangères au moment où notre gouvernement essayait de relancer la production d'avions Français
    • Cette dernière hypothèse serait cohérente avec le fait que notre pays refusa de fabriquer dans les usines de Nord-Aviation des Supermarine Spitful.
    • Elle serait aussi cohérente avec la volonté d'éliminer les derniers chasseurs à hélice SE 520 Z, VB 10, SE 580 / 582 et SO 8000.
    • A ce propos, il paraît étonnant que ces derniers avions semblaient avoir conservé des profils d'ailes non-laminaires. 

On peut aussi s'étonner de ce refus qui déboucha pourtant en 1950 sur une frénésie d'achats d'avions US F6-F Hellcat, F8 F Bearcat, F4-F Corsair

Certes, ils étaient des avions embarqués, mais les avions terrestres à hélice comme le Spitful étaient plus rapides, probablement plus silencieux et consommaient nettement moins.


Conclusion


Pour tout observateur de bonne foi, le P 51 Mustang est un jalon remarquable de l'histoire de l'Aviation Mondiale.

Ses concepteurs ont concentré en lui les meilleures avancées aérodynamiques du moment, alors que les autres patinaient encore dans les "avancées" des années 20.

Sa conception apportait une grande capacité de projection qui lui permettait de faire le voyage Londres-Berlin et retour en y ajoutant un intermède très intense de chasse contre des adversaires ô combien dangereux.

Cet avion ne devait rien à F.D. Roosevelt, il a dû son existence à des ingénieurs excellents, originaux et tenaces.

Le débarquement du 6 Juin 1944 lui doit son existence !

Donc, notre libération aussi.

Merci






dimanche 28 mars 2021

Le Brewster Buffalo, très bon chasseur US... si mal aimé par l'US Navy (Augmenté le 18 08 2025 *** ***)


La difficile émergence d'un chasseur monoplan

Le 15 Novembre 1935, tenant compte de l'élévation du niveau technologique de l'ensemble des aviations militaires des autres pays, l'US Navy organisa un concours pour désigner son nouveau chasseur embarqué.  

Une vitesse de 300 miles/heure était exigée, soit 483 km/h.

La firme Brewster produisit un appareil très original, le F2FA-1 Buffalo.

Ce chasseur était caractérisé par une faible longueur (7.90 m), une masse à vide de 1 720 kg, faible par rapport à ses concurrents, qui passait à 2 290 kg au décollage (valeurs proches des 1748 kg à vide et 2278 kg au décollage de notre Nieuport 161).

Les ailes avaient une envergure de 11.67 m et une surface totale de 19.41 m², conférant à cet appareil une charge alaire de 118 kg/m².



Un F2F-2 Finlandais : Un appareil relativement ventru. 


Le moteur utilisé était le Wright R 1820-G5 de 950 Cv dont le diamètre était de 137,8 cm (!), amenant le maître couple du fuselage à un peu plus de 1.4934 m²

Si ce moteur donnait une puissance proche de celle obtenue avec le Pratt & Whitney 1830 Twin Wasp (monté sur le concurrent Grumman F4F Wildcat), ce dernier moteur avait un diamètre de 122 cm, donc un maître couple de fuselage un peu supérieur à 1.169 m².

{A noter que le Wildcat F4F3 opérationnel avait une masse de 2 226 kg à vide qui passait à 3 370 kg au décollage.}


Cela aurait diminué la surface de 28%, ce qui aurait été favorable aux performances du Wildcat

Certes, le capot-moteur ne représentait pas la totalité du maître couple, mais il en représentait une bonne partie, surtout sur un avion à moteur en étoile (proche de 50 % en moyenne). 

On aurait pu en attendre une vitesse plus forte de 30 km/h.

On peut s'étonner du fait de l'étroitesse des pipes d'échappement, qui, de plus, étaient mal orientées (donc non propulsives), ce qui pénalisait ce chasseur d'environ 15 à 20 km/h.

Dans cette version initiale, l'appareil démontra une vitesse très honorable, pour l'époque, de 490 km/h à 5 500 m d'altitude (satisfaisant ainsi aux exigences du concours), ainsi qu'une bonne vitesse ascensionnelle, proche de 800 m/minute. 

Les temps de montée furent alors de :

- 4' 00" pour 3 000 m, 

- 7' 00" pour 5 000 m.



 F2A-2 employé par le NACA en 1942 et 1943


Le plafond dépassait 10 000 m et l'autonomie était de 1 600 km (1 000 miles) à 270 km/h, assurant un rayon d'action de l'ordre de 500 km, histoire de pouvoir combattre pendant 20 minutes.

Les pilotes d'essai étaient enchantés de la manœuvrabilité et de la puissance ascensionnelle de cet intercepteur.

Cependant, si ce chasseur était un bon avion de pilote, la firme Brewster n'avait pas suffisamment anticipé les problèmes de logistique qu'une fabrication de matériel de guerre exige nécessairement. 

Il en résulta des retards de livraisons qui aboutirent à "décourager" l'US Navy, certainement bien aidée en cela par le lobbying hyper-actif de la firme Grumman (qui produisait le F4F Wildcat concurrent, initialement éliminé).


La remarquable défense de la Finlande

La version F2A-2 (ou B-239E), armée de 4 mitrailleuses de 12,7 mm, entra la première fois au combat, loin des océans bordant sa mère patrie. 

A l'Automne 1939, la Finlande fut confrontée à la volonté de Staline de renforcer son territoire au Nord de Saint-Pétersbourg. 

Probablement à tord, elle refusa les propositions soviétiques qui offraient des compensations non négligeables.

De ce fait, le 30 Novembre 1939, une puissante invasion soviétique commença la "Guerre d'Hiver"

L'armée soviétique était considérablement plus nombreuse et mieux armée que celle du pays attaqué.

Staline était sûr de sa victoire.

Donc, fin 1939, la Finlande acheta 44 Buffalo dont l'US Navy ne voulait pas (voir plus loin).

Après leur livraison, le dos du siège pilote reçu un blindage, des instruments gradués en système métrique et un collimateur Väisälä T.h.m.40 furent montés. 

Ainsi modifié, le Buffalo pesait 2 640 kg et sa vitesse atteignait tout juste 480 km/h à 4 750 m d'altitude (soit, en gros, la vitesse de nos Curtiss H 75).

Le premier avion livré, victime d'un problème moteur, se vomit dans un champ de neige, ce qui ne fit pas une bonne impression. 

Par contre, un pilote de la maison Brewster démontra que le B-239 tournait facilement plus court que le FIAT G 50.

Dès lors, cet avion, initialement destiné aux porte-avions USn fut bien accepté par les pilotes de chasse Finnois qui le trouvaient de pilotage facile et qui appréciaient son grand rayon d'action, très inhabituel en Europe. 

Les mécaniciens Finlandais comprirent que les moteurs Curtis R 1820-40 étaient mal lubrifiés et, en inversant le montage d'un des segments sur chacun des piston du moteur, le rendirent enfin réellement fiable. 

{Le Wikipedia attribue cette fiabilité au climat Scandinave, car il serait malséant d'imaginer que les techniciens et ouvriers US aient mal travaillé !}


Dès le début de la Guerre de Continuation, qui débuta opérationnellement le 25 Juin 1941 par un bombardement soviétique, la Finlande voulut reconquérir l'isthme de Carélie qui sépare la Baltique du lac Ladoga, au Nord de Saint-Petersbourg.

Les pilotes Finlandais volaient en formation par 4, qu'ils avaient inventée (depuis appelée finger four), les deux paires volant à des altitudes différentes, la plus haute couvrant efficacement la plus basse.

Confrontés aux Buffalo, les pilotes soviétiques, incapables de se dégager de leur emprise, subirent des pertes importante.

Les Finlandais furent tellement satisfait de leur appareil qu'ils le surnommèrent "la perle céleste". 

Cet avion surclassait le I 16 en vitesse de monté et en virage. Par contre les I 15 et I 153 étaient plus manoeuvrants.

Les pilotes du groupe n°24 (équipé de 34 B 239) obtinrent 459 victoires en 3 ans, au prix de 15 Buffalo perdus, soit un ratio de 30.6 victoires pour chaque perte consenti. 

{On trouve aussi le nombre de 477 victoires, qui additionne aux 459 victoires du groupe 24 les 18 victoires obtenues par les derniers pilotes qui utilisaient encore les B-239 encore en état de combattre. 

Dans ce cas, on doit aussi rappeler que ces pilotes ont subi 4 pertes supplémentaires, ce qui fait tomber le ratio à 25.1 victoires par pertes, ce qui traduit l'entrée de meilleurs chasseurs et de pilotes mieux formés en URSS.}


Le plus grand as Finlandais, Ilmari Juutilainen, déjà titulaire de 2,5 victoires pendant la guerre d'hiver avec un Fokker D 21, obtint 34 de ses 94 victoires en pilotant le petit chasseur de Brewster. 
Muté sur Messerschmitt 109 G2, il ajouta 58 victoires à son palmarès.
Ce pilote, comme notre René Fonck, ne fut jamais touché par les tirs ennemis...

L'individu-avion F2A-2 immatriculé BW-364 que Juutilainen employa le plus souvent lui permit de remporter 28 victoires, puis il passa à d'autres pilotes et termina sa carrière avec 42 victoires.

Un autre pilotes, Hans Wind, fut le champion du B 239. Il a obtenu 39 victoires au moyen de B-239 et termina sa guerre avec 75 victoires. 

Cet avion avait laissé un souvenir si remarquable (ayant contribué à la fabrication de 36 as !) que les Finlandais tentèrent d'en fabriquer une version locale. 

Cet avion vola effectivement, mais très tard, et il souffrait de performances fortement dégradées.


L'étonnante perception Anglo-Saxonne

Autant la perception Finnoise du chasseur de Brewster fut brillante, autant la perception Anglo-Américaine semble avoir été désastreuse.

L'avion était considéré déjà considéré comme obsolète à l'Eté 1940, alors qu'il n'avait encore jamais combattu !

Cela semble résulter d'une campagne menée en particulier par un journaliste "influenceur" proche des cercles dirigeants US, Mr Ralph Ingersoll. 

Il écrivit à l'Automne 1940 que "le Buffalo et les autres chasseurs Americains sont incapables de tenir la dragée haute aux chasseurs Britanniques ou aux chasseurs Allemands". 

Qu'aurait-il écrit quand il a appris que le 5 Mars 1942, 8 Buffalo avaient escorté avec succès des Hurricane et des Blenheim pour attaquer une base Japonaise à Chiang Mai en Thailande ?

Mais Dame Fortune se rit toujours des influenceurs humains

Lorsque le Japon lança son offensive contre les Alliés, le 7 Décembre 1941, les Anglais ne croyaient donc pas dans leurs Buffalo et les Américains pas davantage.

Il est tout à fait possible que ce manque de confiance ait joué un rôle dramatique le 10 Décembre 1941 en dissuadant l'amiral Philipps de prévenir le Squadron 453 de la RAAF dont les dix B-339E arrivèrent pourtant  juste au moment où le Prince of Wales coulait, à 1318. 

Cela suggère que si ces avions avaient été prévenus plus tôt par le commandant William Tennant, ils auraient pu détruire une bonne partie de la force d'attaque Japonaise, accordant un bon sursis à la force Z.


La campagne Néerlandaise en Indonésie fut menée avec des B-339 plus puissants (1 200 Cv) que les B-239 des Finlandais mais moins lourds que les avions B-339E Britanniques, ce qui leur permettaient de tirer leur épingle du jeu lorsqu'ils combattaient les chasseurs Nakajima Ki 43 (Oscar aux USA). 


L'article Wikipedia sur le Buffalo attribue 55 victoires aux pilotes Néerlandais au prix de 30 avions abattus (soit un ratio de 1.8 victoire par perte) et de 17 pilotes tués. 

Le gros engagement du 19 Février 1942 est mis en valeur : 35 bombardiers Japonais escortés par 20 Zéro furent attaqués par 8 Brewster B 339. 

Onze avions Japonais furent descendus au prix de quatre Buffalo (2 pilotes Néerlandais étant tués).

Ces bilans sont d'autant plus corrects que le gouvernement Churchill avait trop tardé à envoyer des radars d'alerte avancée qui ne furent opérationnels qu'à la fin Février 1942, donc bien trop tard. 


La Bataille de Midway (4-7 Juin 1942) est considérée par les Anglo-Saxons comme ayant démontré la nullité du Brewster Buffalo en tant que chasseur.

Dans ce cas précis, je ne partage pas la même logique que les historiens US.

Les 20 pilotes des Marines du VMF-221 étaient des bleus

Ils attaquèrent environ 70 avions Japonais (dont 36 excellents chasseurs A6M2 Zéro) avec leurs Buffalo

C'était des chasseurs courageux, certes, mais il eut été bien plus efficace de scinder les chasseurs US en deux groupes inégaux, le plus petit attaquant les bombardiers Aichi D3A1 (Val).

Ils attaquèrent individuellement (= sans se couvrir mutuellement, donc dans le plus aimable désordre possible), ce qui, à ce moment de la guerre, est difficilement compréhensible. 

Par ailleurs, certaines armes de capots semblent s'être enrayées.

Le bilan n'est pas précis sauf sur les pertes des Marines : Treize B 339 descendus, dont celui du major Floyd B. Parks qui commandait l'unité, aucun des pilotes abattus n'ayant, apparemment, survécu ! 

Cela signifie que 7 Buffalo s'en sortirent malgré la présence de 35 A6M2 !

Ce triste résultat donna un excellent prétexte à l'US Navy pour éliminer un avion qui ne lui avait jamais convenu probablement parce qu'il n'avait pas été fabriqué par un de ses fournisseurs habituels (comme Grumman ou Curtiss, par exemple).


L'examen des faits ne montre pourtant pas de faiblesse particulière de l'avion dans ce combat. Il met plutôt en évidence une formation très faible des pilotes et de leur chef.

Ce bilan aurait, au moins, dû condamner en même temps le rôle particulièrement néfaste des multiples alourdissements de l'avion, imposés sans raison par la Navy qui ne tenait aucun compte de ce que les Finlandais avaient tiré de leurs expériences opérationnelles (démontrées depuis déjà 5 mois lorsque l'attaque de Pearl Harbor fut lancée).


Je reprends ici, maintenant, ce que j'avais introduit dans mon article sur les qualités de chasseur du Morane 406 en comparant les palmarès des différents chasseurs de l'armée de l'air Finlandaise.

 

Je donner le nombre d'avions mis en service et le nombre total de victoires que chaque type a réussi à décrocher.


chasseureffectif
Nb. victoires tot. Nb. victoires / avion


Fokker D.XXI97
1161.2
Gloster Gladiator Mk. II30190.6
Fiat G.50 Freccia3566.51.9
Morane-Saulnier M.S.406 / 41087
700.8
Brewster  239 "Buffalo"44
4329.8
Curtiss Hawk 7537
1363.7
Messerschmitt Bf 109G1595923.7


  1. Le Brewster Buffalo de l'US Navy - dénavalisé, donc plus agile - gagne avec presque 10 victoires par chasseur (intervention en 1941),                                                                                       
  2. Devant le Bf 109 G (qui n'intervint qu'à partir de 1943),                                                       
  3. Le Curtiss H 75 (1941),                                                                                                             
  4. Le Fiat G 50 (1941),                                                                                                                   
  5. Le Fokker D XXI,                                                                                                                                              
  6. Le MS 406 (1941),                                                                                                                                         
  7. Le Gloster Gladiator (lequel - à une victoire près - intervint uniquement pendant la Guerre d'Hiver en 1939-1940).

On voit que le taux victoires/avion du type du Curtiss H 75 est double de celui du G 50 et quadruple de celui du Morane, pourtant un peu plus fréquent.

Pourtant le Morane 406 ne devait pas avoir beaucoup de problèmes de surchauffe, vu la météorologie locale...


Le plus grand as Finlandais sur le MS 406, Urho Lehtovaara, fut crédité de 15 victoires. 
Il est le seul a avoir un nombre de victoires à deux chiffres sur cet avion, tandis que le Buffalo a fait bénéficier 13 pilotes du titre d'as (pour un effectif inférieur à la moitié).




De la persistance dans l'erreur chez des décideurs dits bien formés

Aucun service technique au monde ne semble jamais capable de reconnaître ses erreurs.

Si le Buffalo était capable de suivre les Nakajima Ki 43 (Oscar), il ne devait pas être si loin que cela d'en faire autant avec des chasseurs Zéro

En tout cas, cet avion US était, au départ, bien plus manœuvrant et montait significativement plus rapidement en altitude que son successeur F4F-3 Wildcat, qui, en Novembre 1942 et malgré ses 1 200 Cv, fut surclassé par un Dewoitine 520 de l'Aéronavale, pourtant en état très moyen et disposant de 300 Cv de moins.


La préférence donnée par l'US Navy au Wildcat plutôt qu'au bien supérieur Buffalo peut aussi venir du fait que les fonctionnaires de la Navy avaient un meilleur contact avec les hommes de Grumman qu'ils connaissaient bien qu'avec ceux de Brewster, qu'ils devaient classer dans la catégorie des débutants.


Ma conclusion : Les avions de combat sont souvent choisis pour des motifs qui n'ont rien à voir avec une analyse objective et scientifique. La corruption y joue un rôle majeur.

Par contre les résultats au combat donne une idée précise de la valeur des avions, du moins quand les pilotes ne sont plus des bleus. 








dimanche 13 décembre 2020

Le Fairchild A 10 Warthog, Roi des Nettoyeurs (Enrichi le 23 / 03 / 2026 * *** ***)

 


La mission de soutien aérien rapproché (CAS = Close Air Support)

Toute forme de guerre moderne, y compris celles dites froides, passe par des périodes de batailles rangées. 

Depuis  l'intervention de la division aérienne du Général Français Marie-George Duval, en 1918, on sait qu'un soutien aérien puissant peut renverser le sort d'une bataille

Du fait de notre souvenir de  Mai 1940, nous savons aussi que tout soutien aérien peut être contrecarré par une puissante DCA

Ces deux vérités triviales ont été parfaitement illustrées au cours de notre Guerre d'Indochine (en particulier, pendant la désastreuse bataille de Dien Bien Phu).


L'option hélicoptère

Notre pays a préféré investir dans les hélicoptères pour assurer le nettoyage des champs de batailles.

Il faut souligner que ce choix impliquait des aéronefs lents dont le décollage et l'atterrissage était ponctuel, ce qui présente de nombreux avantages.

Par contre, l'emploi d'hélicoptères impliquait (et implique toujours) d'employer des pilotes particulièrement bien formés et très sérieusement entraînés.


On s'aperçut, un peu plus tard, que l'URSS avait parfaitement suivi ce même mouvement avec son puissant Mil 24, lorsque la Guerre d'Afghanistan commença en 1979, puis avec les Kamov Ka 50 et Ka 52 particulièrement manœuvrants.


Cette option fut aussi celle de l'US Army, avec les Bell UH 1 Iroquois et leurs dérivés plus agressifs AH 1 HueyCobras, largement employés au Vietnam.

Par contre, vers 1966, l'USAF avait choisi un hélicoptère de combat extraordinaire, le Lockheed AH 56 Cheyenne qui rénovait complètement les concepts habituellement associés à ce type d'appareil. 

Sa vitesse, un peu supérieure à 400 km/h, due en grande partie à son hélice propulsive arrière, changeait sa capacité d'intervention.
 


Lockheed AH 56 Cheyenne - 400 km/h, 1 950 km d'autonomie, 6 000 m de plafond pratique...



Certes, cet engin explosait littéralement toutes les limites de performances admises jusque là, mais au bout de 10 années d'essais ininterrompus, le Cheyenne fut abandonné car personne n'avait jamais réussi à le mettre au point ! 

Il fut dit que le 7ème et dernier prototype semblait avoir réglé les dernières questions, mais après l'abandon du programme, bien sûr.

Cet aéronef, très cher à l'achat comme à l'entretien, était par définition inadapté au travail qui lui était promis parce que le constructeur Lockheed ne maîtrisait pas du tout les technologies qu'il prétendait mettre en œuvre.


Quelques hélicoptères employés au combat :


France

SE 3130 Alouette II : 900 kg à vide et 1 650 kg en charge ;  Puissance 530 Cv ; 

Vmax 185 km/h, croisière 170 km/h ; 

Plafond  3 200 m ; Taux de montée : 250 m/min ; Convoyage : 720 km. Produc. : 1 305. 

Sur les 56 accidents répertoriés, 25 ont eu lieu en Allemagne, ce qui montre à quel point la Guerre Froide fut coûteuse, même sans action de guerre réelle.


SE 316 Alouette III : 1 230 kg à vide et 2 200 kg en charge ;  

Puissance 800 Cv détarée à 550 Cv ; 

Vmax 210 km/h, croisière 185 km/h ; 

Plafond 3 200 m ; Taux de montée : 258 m/min ; Convoyage : 540 km. Produc. > 2 000.


AS 342 Gazelle : 1 200 kg à vide et 1 900 kg en charge ; Puissance 2 x 864 Cv ; 

Vmax 310 km/h, croisière 230 km/h ; 

Plafond 6 000 m ; Taux de montée : 540 m/min ; Convoyage : 670 km. Produc. > 1 775.

76 pertes répertoriées, dont quelques unes pour fait de guerre, ce qui démontre à quel point cet hélicoptère, rapide et maniable, est apte au vol tactique. 



Gazelle (Monténégro) en vol d'entraînement. Cliché autre fois publié dans Opex360



Cet appareil est toujours considéré comme indispensable dans ses multiples rôles au moins jusqu'en 2030 !


EC 665 Tigre : 3 060 kg à vide et de 4 710 kg à 6 600 kg charge ;  

Puissance 2 1 485 Cv ; Vmax de 290 à 310 km/h, VNE 370 km/h, croisière 280 km/h ;

Plafond 4 000 m ; Taux de montée : 642 m/min ; Convoyage : 1 300 km.


Afrique du Sud

Denel AH-2 Rooivalk : 5 900 kg à vide et  8750 kg en charge ; Puissance 2 x 1 900 Cv ; 

Vmax 315 km/h, croisière 280 km/h ; 

Plafond 6 100 m ; Taux de montée : 670 m/min ; Convoyage : de 700 à 1 100 km.



URSS puis Russie

Mil Mi-24 : 6 500 kg à vide et 11 500 kg en charge ;  Puissance 2 2 200 Cv ; 

Vmax 346 km/h, croisière 260 km/h ; plafond 4 500 m ; 

Taux de montée : 900 m/min ; Convoyage  : 750 km. 


L'introduction de cet appareil dans la Guerre soviétique d'Afghanistan fut un très rude coup pour les talibans, forcés de travailler de nuit. 

L'appareil démontra sa capacité à résister aux fusils d'assaut jusqu'aux mitrailleuses de 12.7 mm.

La livraison de missiles Stinger par la CIA fut une réponse "pertinente" qui montre clairement, en outre, les choix politiques des USA. 

Si cela entraîna des pertes sensibles, cela amena les soviétiques à introduire des contre-mesures sur leurs machines. 

Sur les 1 500 exemplaires de Mil 24 de l'Armée de l'Air soviétique, 74 furent détruits en Afghanistan, dont 29 le furent par des missiles individuels US (Stinger et Redeye). 


Mil 24 - Un excellent appareil à usage multiple 

Mais, vu la solidité de l'engin russe, il est très possible que des dizaines d'autres aient pu rentrer à leur base en étant très endommagés. 

On trouve aussi un "chiffre" de 333 pertes qui paraît un tantinet exagéré, surtout comparé à celui des AH-1 Huey-Cobra.

Ka 50 : 7 800 kg à vide et 9 800 kg en charge ; Vmax 310 km/h, croisière 275 km/h ; 

plafond 5 500 m ; Taux de montée : 600 m/min ; Convoyage  : 450 / 1 200 km.


USA


Les 1 110 Bell AH 1 Huey Cobra de l'US Army, en 6 années de guerre du Vietnam (1967-1973), avaient connu environ 300 pertes.


Mais les choses changent : L'hélicoptère de combat de référence, dans cette partie du monde d'où j'écris, est le Boeing (ex-Bell) AH 64 Apache  5 160 kg à vide et de 8 000 kg à 10 400 kg en charge ;  

Puissance 2 x 1 900 Cv ; Vmax de 290 à 310 km/h, VNE 365 km/h, croisière 280 km/h ; 

Plafond 4 000 m ; Taux de montée : 642 m/min ; Convoyage : 1 300 km.

En 1991, au Koweit, 277 hélicoptères AH 64 Apache détruisirent 500 chars, ce qui était un excellent bilan. Cependant, l'Irak n'avait jamais pensé à être attaqué par cela.

Au niveau des pertes en opération, le bilan est complexe, parce que si le nombre d'appareils abattus est peu important, le nombre d'appareils nécessitant de fortes réparations après opération est très élevé (et le prix des réparation ne cesse d'augmenter.).. 

L'attaque de la division Medina de la Garde Républicaine Irakienne par 33 AH 64 le 24 Mars 2003 fut une bonne illustration de ce fait. 30 furent endommagés sévèrement dont deux ne furent pas réparés et 1 fut abattu. Mais 29 purent rentrer à leur base

De 2003 à 2010, seulement 27 Apache furent perdus : Toute la différence avec le Huey Cobra.




L'option avion

Cependant, vers 1966, les chefs de l'USAF décidèrent d'explorer la voie d'un avion totalement dédié à au nettoyage des champs de bataille. 

Le chef d'état-major de l'USAF, John P. McConnell, exigea de disposer d'un avion à prix réduit et spécialisé dans les missions CAS.  

En 1969, le Secrétaire à l'Air Force avait choisi M. Pierre Sprey (membre de la fameuse fighter-maffia) pour définir le cahier des charges précis du projet Attak Experimental (A-X).

P. Sprey commença par discuter avec des pilotes de Skyraider ayant survécu à la guerre du Vietnam. 

D'un autre côté, il exigea que les membres de son équipe aient tous lu les mémoires de guerre d'Hans-Ulrich Rudel (palmarès : 519 chars, 800 véhicules divers et 150 canons détruits, 3 navires de combats coulés, 42 chasseurs abattus ainsi que sept Il 2 Chtourmovik). Ajoutons qu'il avait lui-même été descendu 30 fois !

L'idée de base était de fabriquer un avion réunissant les meilleurs concepts des meilleurs avions de champ de bataille dans une structure de prix abordable


Le Fairchild A 10 fut choisi après sa confrontation en vol face à son concurrent Northrop YA9, en Janvier 1973. 

Officiellement nommé Thunderbolt II, en hommage au Republic P 47, ses pilotes lui ont donné le nom de Warthog, le Phacochère Africain, probablement parce que les défenses de ce sanglier sont très impressionnantes, autant que le canon du A 10. 

Ce "sanglier" réalisa son premier vol le 10 Mai 1972


 A10 Warthog en patrouille - A cette altitude (1 000 ft AGL), la DCA détruirait des chasseurs purs mais la qualité de sa visibilité sur le champ de bataille facilite vraiment la recherche des points à détruire, du moins lorsque vous pilotez cet avion-là !


Ce monoplace, long de 16.26 m, a une masse de 11 320 kg à vide, de 13 780 kg au décollage et de 19 100 kg en  mission anti-chars (maxi : 22 700 kg).

L'envergure est de 17.53 m et la surface alaire totalise 47 m².

Il peut emmener 5 000 kg de carburant en vol.

Les 2 moteurs sont des General Electric TF34-GE-100A de 4 000 kg de poussée.

La vitesse de pointe atteint 706 km/h.

La vitesse de croisière est de 560 km/h, assurant un rayon d'action d'environ 450 km pour arriver sur zone, 1 heure et 50 minutes de patrouille à 1 500 m dont 10 minutes de combat.

En convoyage, le A 10 peut parcourir 4 150 km face à un vent de face de 90 km/h.

La position des réacteurs, alimentés par le flux d'air passé sur l'extrados des ailes, évite que les réacteurs n'absorbent des pierres ou du sable. 

Bénéfice supplémentaire (non négligeable), cela réduit aussi la signature radar en vue de face.

D'un autre côté, les 2 dérives réduisent la signature infra-rouge des réacteurs face à tout poste de tir situé sur le côté.


Le canon Gatling GAU-8/A Avenger est un arme automatique d'une longueur supérieure à 6 mètres et d'une masse totale de plus de 1 800 kg (presque comparable avec la masse du 75 mm du Henschel 129 B3 !).



Un Warthog en train de tirer au canon 


Les 540 kg de blindage en alliage de titane permettent au Warthog de résister aux canons de DCA de 23 mm même lorsqu'il patrouille à 1 000 ft AGL...

La production fut lancée en Février 1976. Elle se poursuivit pendant 8 ans et permit de sortir 715 appareils.

Les états-majors US prévoyaient 7% de pertes en 100 opérations.

Ces avions furent engagés dans les Caraïbes sans que leurs actions aient marqué ma mémoire.

Par contre, leur intervention dans la Guerre du Golfe en 1991 a constitué une claque informationnelle pour le monde entier.

En quelques jours, 174 Warthog détruisirent 900 chars, 2 000 véhicules militaires et 1 200 canons. 

Dans le même temps, je l'ai dit plus haut, 277 hélicoptères AH 64 Apache avaient détruit 500 chars (seulement). 

En 8 100 sorties, seulement 7 Warthog furent perdus, dont 4 par impact direct de missiles sol-air, soit 0.086 % de pertes, 100 fois moins que ce qui était attendu !

Il fut (ou est) également employé en Afghanistan, en Iraq et dans l'essentiel des conflits contre les djihadistes du Moyen Orient, au moins jusqu'en 2017.

La sénatrice US Martha McSally, ex-colonel de l'USAF où elle avait commandé une escadrille de A 10 Warthog, décrivait ainsi ce qu'elle ressentait en tant que pilote à son bord: 

"C'est un avion très étonnant à piloter et tirer avec son canon est génial."

"Ce canon de 30 mm est stupéfiant. Lorsque vous tirez, tout l'avion tremble, au point que, la première fois que vous vivez cette expérience, vous pensez même que l'avion va casser."

Le son de ce canon, "BRRRRRRT", sonne aux oreilles d'un fantassin US comme l'annonce de sa vie sauve et de son retour à la sécurité.

En pratique, ce fameux canon est réellement plus précis que les plus récentes armes à GPS ou à guidage laser, qui peuvent coûter jusqu'à 1 million de dollars chacune.

"Le A-10 peut patrouiller 90 minutes au dessus du champ de bataille, tandis que le F-35A ne peut rester que 25 minutes."

"Le A-10 tire plus de 1 170 obus alors que le F-35A n'a plus de munition après en avoir  tiré que 180.

Son canon, sur cet avion, est tellement précis qu'il minimise les dégâts collatéraux et les tirs fratricides."

"Le A-10 peut voler même après avoir perdu ses organes essentiels alors que le F-35A ne pourra pas survivre à un seul coup direct."(source


Partout où cet avion a été employé pour le soutien d'infanterie, le A 10 a été l'avion préféré des fantassins, au point que 80% de leurs demandes d'appui aérien exigeaient l'engagement d'un Warthog

C'est bien le seul avion US dont je regrette qu'il ne figure pas aussi dans notre Armée de l'Air...



L'âge de la retraite ?

Curieusement, les généraux de l'US Army n'ont aucune reconnaissance pour ces avions qui assurent leur supériorité militaire. 

Ils semblent obéir à un code très discret qui favoriserait surtout la fabrication de nouveaux avions qui intégreraient de nouvelles technologies très coûteuses.

Ainsi, depuis une douzaine d'années, la firme Lockheed-Martin a proposé que son "merveilleux" F 35 JSF (déjà vieux de 20 ans) joue le rôle du Warthog"vieux" de 44 ans

Lockheed fit valoir un argument inattendu pour le nettoyage du champ de bataille : La furtivité de son F 35 serait capable de lui assurer d'entrer en premier dans tout champ de bataille, y compris au moment où des chasseurs ennemis y exerceraient leur supériorité aérienne. 

Quelle belle affirmation ! 

A l'heure où j'écris ces lignes, il n'existe pourtant aucun avion invisible : 

  • La furtivité nocturne dépend de la couleur du revêtement et de la faiblesse des émissions IR. 
  • La furtivité acoustique dépend de l'emploi de moteurs discrets et, dans le cas du F 35, elle est très loin d'être acquise.
  • La furtivité revendiquée par Lockheed-Martin concerne uniquement les radars, (et encore cela dépend des longueurs d'ondes concernées qui sont, en principe, celles qui donnent l'image la plus fine à grande distance).

La cape d'invisibilité d'Harry Potter n'est pas encore présente aux USA (ni ailleurs).

Une confrontation en vol entre A 10 et F 35 a été exigée vers 2018. 

Cette offensive du F 35 dans le domaine des missions d'appui au sol a été menée en tentant, aussi souvent que possible, d'éliminer les pilotes de l'Air Force ayant déjà réalisé des missions CAS, ce qui n'est pas une procédure honnête.

Il semble que la confrontation ait bien eu lieu mais que les conditions n'en étaient pas équitables, en ce sens que, comme d'habitude avec le F 35, on avait limité les capacités réelles du Warthog en :

  • limitant le temps de patrouille, 
  • diminuant le nombre d'obus de 30 mm susceptibles d'être tirés, 
  • réduisant le nombre de projectiles guidés par laser).
Dans le même temps, on avait favorisé au maximum les atouts (éventuels) du F 35.

Certes, le Warthog est entré en service opérationnel au moment où les actuels pontes du Pentagone finissaient probablement leurs dernières Pampers.

Par ailleurs, l'habitude de Lockheed de raconter des contes de fées à ses clients perdure depuis plus de 80 ans. 

  • Le P 38 fut un médiocre chasseur qui connut de graves ennuis contre le Japon et contre le Reich Hitlérien.
  • le F 104 Starfighter est un chasseur totalement loupé (encore plus que le Morane 406 !), présenté dans les revues de 1956-57 comme bénéficiant d'une stabilité électronique. 
    • C'était peut être ce qu'avait imaginé les ingénieurs, mais les premiers avions à stabilité "informatique" ne sont sortis qu'en 1975 ! Le bilan fut catastrophique pour les forces armées qui avaient choisi d'acheter cette... "chose"
    • Pour aider l'Inspecteur Général des Armées Néerlandaises, le prince Bernardt de Lippe, époux de la reine Juliana des Pays Bas, à choisir ce chasseur dont environ 30% terminèrent leur carrière dans des crashs souvent mortels.                Lockheed lui versa 1 200 000 $ en 1975 (scandale Lockheed) !
  • Le F 35 a demandé près de 20 ans pour être accepté dans un état opérationnel qui laisse beaucoup d'observateurs sceptiques quant à sa capacité de combat. 
    • Le fait que toutes les confrontations aient été biaisées volontairement en faveur du F 35 ne plaide pas pour sa réelle valeur face au A 10, lui-même largement validé en combat réel. "What the force has done instead, according to POGO (= cour des comptes), is launch a series of close-air support tests intentionally designed to favor the new multi-mission fighter over the battle-proven A-10".
    • Par ailleurs, ces tests cachent les faiblesses du F 35, d'après le POGO. 
      • La charge de bombes fut réduite lors d'un test pour améliorer la capacité de manœuvre de cet avion à basse altitude. 
      • En outre, fixer le  plafond opérationnel à 3 000 m faisait semblant d'ignorer que les missions CAS sont le plus souvent menées à des altitudes au plus égales à 300 m AGL, là où l'A 10 excelle.
      • De même, le choix de cibles particulièrement visibles les rendait plus facile à identifier pour le F 35 dont la visibilité depuis le cockpit est inférieure à celle du A 10. "The tests also hid the F-35′s weaknesses, according to POGO. Bomb loads were reduced in one test to improve the plane’s maneuverabilty at lower altitudes; the operating ceiling of 10,000 feet ignored that fact that close-air support missions are often carried out at an altitude of 1,000 feet or less, where the A-10 excels; and the high-visibility targets made them easier to hit for the F-35, “where visibility from the cockpit is inferior to the A-10′s,” POGO wrote."


Perspective future du soutien d'Infanterie

Cela n'empêche pas que les Warthog arriveront un jour à la fin de la vie de leurs cellule (comme ce fut le cas de nos Mirage IV). 

De nouvelles voilures, fabriquées par Boeing, peuvent les prolonger plusieurs années. 


Il est certainement possible de sortir un avion encore plus efficace pour ce travail hyper important, en partant des mêmes concepts.

Cependant, les moteurs sont d'une technologie dépassée (donc bruyants et peu économes en carburant) et l'électronique du A 10 est devenue archaïque.

Des turbopropulseurs modernes devraient faire l'affaire.

A l'évidence, l'arme la plus pertinente du Warthog est son canon, de par sa précision extrême (gage d'une faible probabilité de dommages collatéraux) et sa puissance inouïe, le tout pour un coût bien plus faible que celui des bombes guidées laser ou GPS.

Il est donc évident que le successeur de cet avion doit disposer d'une arme de même nature.


Je doute que ce successeur puisse être un hélicoptère, parce que tout hélicoptère perd de sa valeur opérationnelle dès qu'il fait chaud

Cela se traduit par une capacité d'emport dégradée donc par moins d'armement (= moins d'efficacité) ou moins de carburant (moins d'autonomie).

La comparaison des résultats entre le A 10 Warthog (540 kg de blindage) et l'hélicoptère AH 64 (1 100 kg de blindagependant la première guerre d'Irak est parfaitement claire au point de vue des succès comme au point de vue des pertes. 


Une hypothèse à considérer serait de partir d'un Bell V 22 pour les missions CAS. 



Bell V 22 en vol horizontal.


Si cet appareil est actuellement un bon transport de forces spéciales, un amincissement et un affinement de sa coque, un renforcement du blindage et un armement semblable à celui de l'A 10 pourrait donner des résultats intéressants.

La disparition de son rôle de transport lui ferait gagner de la vitesse, une protection physique importante pourrait être installée, y compris des générateurs d'effets IEM qui ont des chances sérieuses de devenir une arme importante pour permettre aux appareils de lutter contre des drones autonomes et les avions "hyper-électronisés", dits de 5ème génération. 

Mais ses immenses hélices pourraient constituer une zone de vulnérabilité, en particulier en interdisant le super-rase-mottes (moins de 5 m AGL), vol tactique très employé, de nos jours, par les hélicoptères AS 342 Gazelle de notre ALAT.


D'ailleurs, si le Warthog vole bas, il ne pratique pas le rase-mottes intégral. 

Mais le rase-mottes implique de prévoir :

  • les sautes de vent (quelque soient leur sens), 
  • les variations d'altitude du sol (qui peuvent s'accompagner de turbulences diverses), 
et de maîtriser :
  • le rapport entre la vitesse de vol, 
  • le couple (angle / vitesse) du vent par rapport à l'avion et 
  • la distance métrique entre entre les obstacles courants.

Comparé au Potez 75, l'A 10 est 2.5 fois plus rapide dans l'ensemble du spectre, monte plus vite et bien plus haut.

Pour un pilote de Potez 75, avec sa croisière aux alentours de 240 km/h (soit 67 m/s), éviter un obstacle tous les 100 m était déjà une belle performance.

Le Warthog, avec près de 140 m/s, aurait eu beaucoup de mal à réaliser la même performance.


PS du 16/05/2022 : Devant les problèmes posés par la guerre en Ukraine, l'US Air Force re localise une dizaine de Warthog en Europe de l'Est.

 

PS du 23 /03/ 2026 : L'A 10 Warthog  vient de trouver une nouvelle carrière : Intercepteur de drones sur le champ de bataille....