samedi 31 août 2013

L’interventionnisme intégral ou : Sur les traces de Guy Mollet ? (révisé le 14 / 09 / 2015)

Gendarme du Monde en 1956 : Pas si simple, déjà


Il est ennuyeux, au moins dans mon pays, la France de 2013, d'avoir un âge avancé et de garder intacte sa mémoire. 

Pourquoi ? Parce que j'ai l'impression de me retrouver en Automne 1956 (j'avais onze ans), lorsque le Président du Conseil Guy Mollet - qui, peu après son investiture, avait déjà donné à la Guerre d'Algérie son caractère inhumain pour les 2 camps - avait pris la décision aussi stupide que désastreuse de détruire le dictateur Égyptien Gamal Abdel Nasser.

Il est vrai que celui-ci soutenait le FLN Algérien (qui avait déclenché la guerre d'indépendance depuis 2 ans) et que, en plus, il avait nationalisé le Canal de Suez. Un double affront !

Nous sommes allés à  ce combat avec la Grande Bretagne (soit-disant grande puissance nucléaire) dirigée alors par Antony Eden, véritable grand ami de la France, et Israël, qui, bien à tort, paraissait alors être un nain militaire.



Au début d'un processus militaire dont tous les détails étaient connus des décideurs du monde entier depuis des mois (!), nous avons pourtant débarqué à Port Saïd, et, de là, obtenu une forte avancée militaire sur le terrain. 

Lorsque l'Egypte, également laminée dans le Sinaï par l'Armée Israélienne, fut vraiment sur le point de s'effondrer, l'URSS de Khrouchtchev menaça la France et la Grande Bretagne d'une frappe nucléaire (avec des fusées dont l'Occident commençait à comprendre qu'elles fonctionnaient très bien 3 années pleines avant que les USA soient capables d'en faire autant). 

Rien que cela !


Les USA du Président Eisenhower, superpuissance de fait à l'époque, refusèrent de nous soutenir. 

Bien plus, ils nous enjoignirent très sèchement de rembarquer aussi vite que possible. 

Ce fut donc une retraite particulièrement humiliante. 


Cela signa la fin de l'indépendance militaire de notre Allié Britannique

Quant à la IVème République Française, ce fut le début de sa fin.


Punir la Syrie...


Il est dit depuis quelque temps que Mr Assad a gazé une partie de sa population.

Mais d'autres sources, indépendantes de Mr. Assad, disent que ce sont certaines factions rebelles qui ont fait cela.

Les gaz de combat, arme des lâches s'il en est, sont très courants dans la région - ils y sont, semble-t-il, relativement faciles à acheter, tout comme nombre de matériels de guerre hyper chers.

Les deux hypothèses sont donc également plausibles. 



Mais, de part l'expérience indéfiniment ressassée de mon père et de mon grand-père maternel pendant la Grande Guerre, j'ai quelques doute sur le fait qu'un chef de guerre, si insensible qu'il soit, envoie des gaz de combat hyper-toxiques à quelques kilomètres de ses centres militaires de commandement.

Pourquoi ? Parce que les gaz ne répondent jamais aux ordres. Ils vont là où les turbulences atmosphériques les emmènent. Surtout dans une ville. 

Un de mes lecteurs a exprimé l'idée que les dictateurs s'en moquent, puisque la vie des autres ne compte pas à leurs yeux.

Je me permets juste de répondre qu'un dictateur est rarement suicidaire : S'il empoisonne ceux de ses militaires qui défendent son régime, il va, très exactement scier la branche sur laquelle il est assis. 


Au Moyen Orient, les dictateurs sont aussi fréquents que les systèmes lançant des gaz mortels. 

Leurs comportements ne sont pas plus humains que ceux de Mr Assad, comme l'a démontré le souverain du Bahrein, il y a quelques années en massacrant sa population dans notre indifférence totale. 

Nous l'avons su, mais nous n'avons rien fait, au prétexte qu'il s'agissait de Chiites (65% de la population native...). 

Il y a, dans ce tableau, toutes les traces d'une histoire régionale très tourmentée, mais vous le saviez déjà, je le pense.



Action, réaction... 


Mr Obama semble aujourd'hui vouloir taper sur les doigts de Mr Assad comme Ronald Reagan avait frappé Qaddhafi en Avril 1986, après un attentat dans une discothèque de Berlin.

Si l'hypothèse US est véridique - et elle est tout à fait plausible - quel sera le sens d'une "punition" ?

Historiquement, cela signifierait que les USA seraient toujours le Gendarme du Monde.


Mais la dernière action US réalisée dans ce sens fut la Guerre d'Irak en 2003, fiasco politique gigantesque, avec, à la clef pour les bonnes âmes, des centaines de milliers de morts Irakiens et environ 5000 morts Alliés. 

Mr Obama a beaucoup profité de ce désastre politique pour être élu.

Les allégations de l'existence d'armes de destruction massive en Irak n'étaient que de grossières manipulations d'information pour tromper la fameuse Communauté Internationale.

Ces fausses nouvelles n'avaient pas résistées à l'avancée des troupes Anglo-Saxonnes qui, à leur grande honte, découvrirent que l'Irak de Saddam Hussein n'avait rien en terme d'armes nucléaires, exactement comme le Président Jacques Chirac l'avait dit haut et fort.



Il se trouve que notre président actuel, chef des armées de par la constitution de 1958, et sans doute inspiré par son succès Malien, a dit à qui voulait l'entendre qu'il allait punir Mr. Assad.


Nos médias, comme d'autres, balayent les nombreuses hypothèses de frappes possibles. 


Cela m'a rappelé le bombardement de Damas en 1925 par le Général Sarrail, pour imposer notre mandat colonial sur ce territoire que nous voulions reprendre aux Turcs. 

Curieusement, ces temps-ci, les Turcs sont très en pointe contre Mr Assad. 

J'ai vraiment du mal à y voir autre chose qu'une volonté de reconstituer la Grande Turquie des Ottomans.




Et les moyens de ta politique, Toi Président ?


Le gouvernement Français a publié un Livre Blanc sur nos Forces Armées. 

On y traite des moyens de nos armées. 

Parmi ces moyens, il y a d'abord les hommes, mais il y a aussi les matériels, la logistique, le renseignement, etc.

Nous avons, peu à peu, abandonné successivement :
  • La construction de fusils d'assaut à d'autres ;
  • La réalisation d'avions d'entraînement initial (je pense à feu l'Oméga, d'Aérospatiale).
Les emplois sont partis dans la foulée et, du coup, une partie de l'économie s'est effilochée...


Nous avons encore la chance ahurissante de disposer d'un des meilleurs avionneurs du monde, Dassault.

Voilà une entreprise qui nous apporte ce qui m'apparaît comme le meilleur avion de combat du moment dans le monde occidental, le Rafale qui, lui, n'a rien d'un avion de papier : Il vole et combat régulièrement (beaucoup, même).


Pourtant, le gouvernement pense qu'il faut se contenter de seulement 225 de ces engins. 

C'est trop faible, même si c'est dix fois ce que l'Armée Suisse imaginait acheter. Mais la Suisse voulait juste assurer la sécurité de son ciel. 

Rien à voir avec les déploiements aux quatre coins du monde que nous réalisons.


Ces 225 Rafale issus du Livre Blanc donnent peut-être une impression de sérieux aux politiciens.

J'imagine - avec beaucoup d'optimisme - qu'ils vont me dire que c'est 20% plus que les 187 chasseurs F 22 Raptor acquis par les USA.

Oui, sauf que les USA disposent au total de 14 500 avions de combat (leurs 7500 drones n'y étant pas inclus). 

Cela leur permet encore de frapper n'importe où quand ils veulent.


Nous, nous ne disposerons que de bien moins de 300 avions de combat.


Alors, pour se lancer dans une punition de Mr Assad, après avoir fait la guerre en Afghanistan et au Mali (deux zones où nous restons encore avec beaucoup d'hommes), alors que nos soldats sont encore déployés un peu partout, Toi Président, cela exigera de disposer de réserves substantielles d'hommes et de matériels.


Bien sûr, la maîtrise du terrain se fait par l'Infanterie et les blindés, mais les éléments qui permettent la surprise sont essentiellement aériens.

Je n'aurais jamais de sympathie pour aucun dictateur, quel qu'il soit et de quelque pays qu'il soit. 

Mais il y a pas mal de risques à jouer les gendarmes du monde.
  1. Le premier risque est de ne pas réussir : Voir l'exemple Anglo-Saxon en Irak de 2003, où le résultat obtenu est une dictature religieuse et une guerre civile inextinguible... Minables calculs de MM Bush, Blair, Rumsfeld et Cheney !
  2. Le second est de trop bien réussir, ce qui gonflerait sans appel l'ego - déjà imposant - des dirigeants, ce qui les conduirait à faire haïr leur propre pays.
  3. Un troisième risque consisterait à installer un nouveau dictateur qui profiterait de la disparition des supports du pouvoir précédent pour s'installer et opprimer tous ceux qui ne sont pas ses amis.
  4. Un autre encore serait de devoir faire la preuve de notre partialité en n'intervenant que contre les dictateurs qui ne nous sont pas favorables.

Et, en conséquence, si tu veux jouer ce rôle, Toi Président, il te faut augmenter le budget militaire de la France et le nombre de Rafale.

Simplement, parce que, pour jouer le Gendarme du Monde, il faut en avoir les moyens, et pas seulement pour 6 mois, mais pour au minimum 20 ans.

Quid du Califat Islamique ?


Depuis que j'ai écrit cet article (31 Août 2013), les choses ont évoluées dans le mauvais sens même si nous n'avons pas bombardé Mr Assad. 

Nos politiques, totalement ignorants de la complexité de tout ce qui a fait partie de l'Empire Ottoman, ont armés des groupes dont la volonté hégémonique a eu raison de l'unité de la Syrie. 

Un Califat s'est installé en appliquant assez strictement les méthodes du roi Tamerlan (1336-1405), celui-là même qui faisait ériger des pyramides de têtes pour terroriser ceux qui s'opposaient à lui et qui inventa la Burqa...


Le jeu, très byzantin, de Mr Erdogan n'arrange en rien les affaires des peuples de la région dont les diverses minorités sont maintenant soumises à une véritable épuration ethnique.





4 commentaires:

  1. Sur un plan de pure logique l'argument disant que Hassad n'est pas si fou pour utiliser les gaz car ces derniers sont non contrôlables implique que ce sont les rebelles qui les ont utilisé. Or pourquoi alors inférer que ces rebelles eux, le sont assez fou. Donc personne n'a utilisé les gaz ??

    Le non contrôle des gaz n'est pas un argument susceptible de donner un indice sur qui les a utilisé. Ce peut être Hassad en partant de l'idée que ses troupes sont suffisamment dotées en NBC ou les rebelles voulant faire accuser le gouvernement.

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  2. Votre argument est très intéressant.

    J'y ajoute même que, en tant que cartésien pratiquant, j'ai du mal à imaginer qu'un chef d'Etat puisse sacrifier stupidement la vie de ses partisans.

    Et au fond, rien ne me prouve que Mr Assad soit vraiment cartésien.

    Cependant, votre phrase ultime répond à ma place, car vous ouvrez la porte à deux options :

    - Assad a envoyé les gaz parce que ses hommes sont bien équipés ;
    - Les rebelles ont utilisés les gaz pour faire accuser Assad...

    Je regrette que les dirigeants occidentaux aient défini cette fameuse ligne rouge, enfermant leur diplomatie dans un véritable carcan.

    Comme d'habitude, les marges de manœuvre ont disparu et le succès de l'action n'est pas garanti.

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  3. Cet épisode syrien m’amène à quelques réflexions.
    Pourquoi la France envisage de participer à une action limité contre la Syrie ? Je vois quatre raisons qui poussent les états à la guerre (j’exclus la réponse à une agression).

    - l’intérêt égoïste plus ou moins impérialiste. La France y a répondu plus qu’à son tour au 19eme mais nous n’avons plus les moyen ni sans doute l’envie aujourd’hui. Reste encore peut être le prestige nous sommes au conseil de sécurité de l’ONU près tout, il y a en nous encore l’envie de peser sur l’histoire du monde (pour combien de temps encore ?). Le Mali me semble un bon exemple.

    - L’intérêt grégaire, le fait de s’engager dans un conflit pour respecter des pactes ou simplement des « amitiés ». L’exemple le plus récent est l’Afghanistan, nous y sommes allé pour complaire à notre allié américains durement touché par le terrorisme pas parce que nos élites croyaient réellement introduire la démocratie.

    - l’émotion, depuis 1870 où Napoléon III à son corps défendant a suivi l’opinion publique chauffée à blanc par la dépêche de Bismark on peut dire que c’est un moteur puissant d’entrée en guerre. Notre conflit en Lybie est le plus récent exemple.

    - La morale. Je la sépare de l’émotion même si elles sont souvent conjointes car elle relève de fonction plus « élevée» de l’intellect.

    La Syrie donc. Pourquoi y aller ? Pour des intérêts égoïstes ? bien sûr que non la France avec les autres « grands » s’est fort bien accommodé du régime d’Assad pour sa stabilité. En «réal politik » les dictatures ne sont pas les ennemis des démocraties. De plus l’envoi de quelques missiles de croisière ne résoudra en rien la guerre civile syrienne.

    Pour des intérêts grégaire ? Certes notre président semble suivre les USA mais en définitive je ne pense pas qu’il veuille y aller pour leurs faire plaisir ou leurs montrer que l’on est leur best friend. La place de la Grande Bretagne n’est pas la nôtre.

    Pour l’émotion ? Que non, contrairement à ce qui c’est passé en Lybie où les rebelles étaient aussi pourtant bien divisés et peut être parce que l’on a vu par la suite il n’y a aucune sympathie pour les rebelles et même je sens un rejet.

    Reste la morale, le plus faible des ressorts guerrier. Selon les analyses des services secrets dévoilés récemment le régime a utilisé des armes chimiques. N’étant pas dans le secret des dieux je ne peux actuellement qu’admettre que c’est possible en espérant qu’il n’y a pas incompétence et/ou manipulation. Dans ce cas même si les USA n’avaient pas parlé de ligne rouge celle-ci existerait néanmoins. De fait l’envoi de missile de croisière n’est qu’une punition à un acte inqualifiable et n’apporte aucune solution. On est dans le domaine du symbolique.
    La question est; est ce que si on laisse impuni cet emploi des gaz nous entrons dans une zone inconnue aux répercussions qui se verrons dans les dizaines d’années qui viendront.

    Pardon pour la longueur...

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  4. Vous exposez parfaitement la chose.

    J'ai l'intention de commettre un post sur un sujet connexe d'ici peu, cela va m'aider.

    Par ailleurs, j'ai très mauvais esprit, vous le savez déjà.

    Mais les décideurs de la IIIème République de 1935 n'ayant rien fait de cohérent pour répondre à la réalité de la menace Hitlérienne, j'ai l'impression que leurs descendants actuels se sentent obligés de surjouer le plan "guerrier".

    Par contre, en vieux citoyen, je suis bien peu sensible au côté symbolique d'une frappe. Cela ressort juste de la politique intérieure.

    Pour ma part, en ce 10 Septembre 2013, je ne peux que me réjouir de l'ouverture de Mr Lavrov qui paraît satisfaire la fameuse Communauté Internationale.



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