mardi 5 mai 2015

L'extraordinaire défi du projet Dewoitine 551 de Réplic'Air : A la conquête de la Vérité


L'Hermione, ou la recherche de la vérité maritime du XVIIIème siècle


Je fais partie de ceux dont la jeunesse était bercée par les histoires de corsaires (en particulier les mémoires de Louis Garneray, qui combattit aux côtés de Surcouf) :
En conséquence, l'annonce du projet de reconstruction de la frégate L'Hermione m'a enthousiasmé quand il a été annoncé. 

Les photos récentes de ce navire racé partant pour sa traversée de l'Atlantique m'ont ému, même si je n'ai pas le pied particulièrement marin. 

Ce navire démontre la puissance de la Marine Nationale (que d'aucun appellent toujours la Royale) en ces temps éloignés. 

Malgré la disparition des métiers de la marine à voile, les passionnés ont réussi à reconstituer non seulement la frégate mais aussi le savoir naviguer sans moteur thermique !

Nulle doute que, après quelques temps passés à naviguer en Atlantique, ils vont pouvoir reconstituer les manœuvres délicates qui permettaient, il y a plus de 200 ans, de barrer le T des flottes de la perfide Albion ;-).




L'Hermione au près, babord amure.

De toute manière, les qualités nautiques de ce navire sont bien au rendez-vous, plus de 235 années plus tard. 

Les défaites d'Aboukir et de Trafalgar ne sont en aucun cas des défaites de la construction maritime Française de l'époque. Elles sanctionnèrent sans appel deux lourdes fautes stratégiques : 
  • Sous la Révolution, la volonté de faire les réformes politiques nécessaires par la voie de la violence aveugle élimina l'essentiel des excellents capitaines de Louis XVI, rompus à la guerre navale contre les Anglais, mais issus de la noblesse.
  • La politique étrangère de Napoléon fondée sur la guerre à outrance sans avoir remis, au préalable, la Marine Française en état de marche.

Le Dewoitine D.551, ou la recherche de la vérité aéronautique de 1940


Le Dewoitine 551, qui a été construit pendant les derniers mois de la IIIème République, est un avion mythique, comme son frère aîné, le D 520, comme le VG 33 et comme le Bloch 157 . A quelques semaines près, il aurait pu se confronter à l'ennemi. 

Depuis les années 1970, on l'assimilait à un Mustang Français, car c'est ainsi que Raymond Danel et Jean Cuny avaient intitulé la fiche qui concluait leur étude sur cet avion dans leur livre "Les Avions Dewoitine" chez Docavia.

Cette comparaison est justifiée sur le plan des performances mais le P 51 Mustang était surtout caractérisé par sa remarquable autonomie, due à un réservoir interne de presque 700 litres alors que le D. 551 ne disposait que de 400 litres.

D'autre part, la masse à vide du Mustang était pratiquement le double de celle du D. 551 et sa puissance était supérieure de 60 %.

Le Dewoitine 551 était donc un chasseur léger et puissant, inaugurant une catégorie qui sera brillamment illustrée en 1944-45 par le Yak 3 (au Normandie-Niemen en particulier).


En théorie, notre chasseur devait être un super grimpeur et sa charge alaire devait lui assurer une très grande agilité si on le compare au Messerschmitt 109 F ou au Focke-Wulf 190 A.

La lenteur des livraisons de moteurs 12 Y 51 en 1940 nous a interdit de savoir ce que cet avion avait dans le ventre puisque notre pays a déposé les armes brutalement, sans transférer les prototypes-clef en sécurité outre-mer.

Même si je suis persuadé de l'excellence du Dewoitine 551, je n'ai rien pour la prouver.

J'ai seulement la certitude de la qualité exceptionnelle de l'équipe Dewoitine et de son pilote Marcel Doret.

A partir de cela, comme d'autres avant moi, j'ai imaginé un emploi du D 551 décollant quasiment à vue et dont l'excellence des performances en aurait fait le Bébé Nieuport de la Seconde Guerre Mondiale.



Un point provisoire du projet



J'ai salué le 14 Décembre 2013 le lancement du projet de reconstruction ab initio du chasseur d'arrêt Dewoitine 551, version militaire du D. 550 créé pour décrocher le record de vitesse absolu.

La société Réplic'Air a fait le point le 27 Avril 2015 sur ce projet qui a énormément avancé. 

Elle dispose, depuis quelques mois, d'un moteur Hispano-Suiza 12 Y 51 de 1060 Cv récupéré d'un lot destiné aux biplaces de combat (?) EKW C 3603 de l'Armée de l'Air Suisse (un avion de près de 4 000 kg en charge doté d'une voilure de 36 m² dont la vitesse culminait à moins de 480 km/h). 

Ce moteur est proche du moteur original du D 550 de 1939 et du D 551 de Juin 1940, en étant plus lourd (540 kg au lieu de 505 kg). 

Les plans initiaux du Dewoitine 551 sont maintenant intégralement numérisés et ils ont ainsi permis d'alimenter le logiciel CATIA de Dassault, ce qui va grandement aider à définir les innombrables contraintes que l'avion va rencontrer.

Une maquette d'aménagement a été réalisée et je ne doute pas que cet avion sera plus sûr que son prédécesseur l'aurait été.



Premier vol prévu fin 2017... et la réalité apparaîtra


Le premier vol de ce chasseur, venu du passé le plus sombre de notre pays, est prévu pour 2017.

Que peut-on en attendre ?

Je ne suis pas à la place des ingénieurs de Réplic'air, qui, bien évidemment, en savent beaucoup plus long que moi sur le sujet.

Donc je vais prendre le risque de donner mes attentes.

D'abord, on va probablement découvrir un pilotage assez différent de ce que nous connaissons à basse vitesse, parce que le CEMA avait imposé des normes drastiques pour la stabilité spirale. 

La mode de 1939 était aux dérives basses qui, de ce fait, n'étaient pas bien alimentées à grande incidence.
Cette stabilité spirale a été moins surveillée après 1945, sous l'influence des normes US, l'accent portant sur la Vitesse Minimale de Contrôle. 

Donc, j'imagine que les heureux pilotes du D 551 vont découvrir un pilotage à basse vitesse assez différent.


D'un autre côté, ce Dewoitine était très puissant pour sa masse. Cela peut rendre le décollage difficile pour un pilote moderne.

Marcel Doret, qui l'aurait sûrement décollé, commençait ses décollages avec le D 550 à faible régime pour éviter l'embarquement lié à l’asymétrie du vol propre aux monomoteurs puissants à hélice et train classique. 

Une précaution identique était préconisé par l'as Allemand Eric Hartman (352 victoires confirmées) pour piloter le Messerschmitt Bf 109.

Mais, à part les actuels pilotes de Spitfire, peu de gens ont l'expérience d'une très puissante poussée vers le côté.

Le très regretté commandant Bove, parlant de son premier vol sur le D 520 du Musée de l'Air, avait décrit son impression dans le Fanatique de l'Aviation au début des années 80. 

Je m'attend à ce que l'impression soit assez proche, mais probablement plus forte. 


Par contre, j'imagine qu'aux vitesses "courantes", l'avion sera très agréable.


Au niveau des performances, le moteur rétablissant sa puissance jusqu'à un peu plus de 2000 m, le D.551 ne pourra pas, d'emblée, atteindre les 662 km/h annoncés en 1939/40, même si son moteur est de 60 Cv plus puissant que celui prévu pour ses débuts. 

Il pourrait probablement voler entre 30 et 50 km/h moins vite de ce fait, mais ce n'est pas grave du tout.


Enfin, deux point m'ont étonné sur le très beau site de l'association Réplic'Air. 
  • Une photo de l'arrière du D 551 (en maquette ou en 3D) : J'y ai vu une roulette de queue ressemblant beaucoup à celle du D 520 (qui posait problème à l'atterrissage quand elle n'était pas bloquée), alors que le prototype disposait d'une mini-roulette de queue greffée sur une béquille classique. 
  • L'armement annoncé pour 1 canon (HS 404) et 6 mitrailleuses (MAC 34-39). Cet armement est celui d'un descendant du D 551 qui devait employer le moteur HS 12 Z et avoir une voilure agrandie.

J'imagine bien que, si je ne me suis pas trompé sur ces 2 points, c'est que les documents disponibles montrent que l'Etat l'avait exigé.


4 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je ne peux que saluer cette initiative. Je suis passé ce mois ci, voir l'association Ailes anciennes de Toulouse et j'ai pu voir ce que peut être le travail d'enthousiastes au service du patrimoine aéronautique.
    Néanmoins il y a un petit quelque chose qui me chiffonne dans cette opération. J'ai l'impression que l'on se rattrape aux branches pour montrer que l'on "aurait pu".

    Notre défaite n'a pas été le fait de tel ou tel matériel déficient, du manque de qualité ou de courage des hommes mais un ensemble de problèmes qui trouvent leurs racines dans la victoire à la Pyrrhus de 1918.

    Mais bon bonne chance au D-551

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    1. Bonjour cher ami,

      L'image que nos médias ont donné (et donnent encore) de notre défaite, à l'exception de certaines revues style GBM ou Avions, est fondée sur l'infériorité de notre matériel.

      Certes, la défaite de 1940 trouve ses racines dans la Grande Guerre.

      Mais pas seulement en France.

      Le Royaume Un, par exemple, n'a pas du tout joué le jeu que sa déclaration de guerre laissait espérer.

      Si, dans certains cas (Morane 406), je peux comprendre la critique contre nos matériels, par contre, pour tous les autres matériels, je pense que les bons matériels ont été indûment retardés, voir bloqués.

      Cela n'a rien arrangé.

      Nos politiciens adoraient jouer avec nos institutions sans jamais imaginer qu'un jour, il serait indispensable de serrer les coudes contre Hitler.

      D'ailleurs, ils assimilaient Hitler à Mussolini ce qui est déjà une faute politique grave.

      Donc, à mon sens, les hommes politiques que nous avions n'avaient pas assez travaillé leur sujet et ils ont manqué de courage politique lorsqu'il aurait fallu arrêter les propos pacifistes pour aller vers une organisation rationnelle de la Nation.

      Ce sont eux, et personne d'autre, qui ont choisi Gamelin, qui, à lui seul, valait 3 divisions de Panzer au service d'Hitler.

      Entre les char B1 bis, voire même B1 ter, et le char G1 Renault proposé en 1936, la marge était considérable.

      C'est la raison pour laquelle je suis passionné par les reconstructions comme celle du Potez 63-11 de JM Garric dans le lointain Texas et celle du Dewoitine 551.


      J'avais adoré voir de mes yeux voler le Dewoitine 520 du MAE.

      Le meeting de la Ferté Allais est bien, mais on y voit essentiellement du matériel étranger...

      On n'y voit donc pas les forces qui, avec une administration plus logique, auraient pu aider à la victoire.

      Je rappelle que le D 520 a été bloqué une pleine année (fin 1936 à fin 1937, puis 6 mois supplémentaires pour choisir un meilleur moteur (?).

      La victoire d'Hitler, en Juin 1940, tenait à un fil de soie, d'après Guderian.



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  2. "J'avais adoré voir de mes yeux voler le Dewoitine 520 du MAE."
    C'est effectivement une réelle chance !!! car cela ne devrait pas ce renouveler ici ou ailleurs.

    "Le meeting de la Ferté Allais est bien, mais on y voit essentiellement du matériel étranger... "
    Le fait est que le patrimoine aérien français n'est guère défendu, alors quant à l'avoir en état de vol, quelle gageure !!
    A la Ferté j'ai vu le MS-406 ex Suisse qui m'a fait belle impression, un son magnifique surtout (comparé à un Corsair qui fait un bruit de camion :-) ) mais bien sûr quelques passages à basse altitude ne font pas un guerrier...

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  3. J'en profite pour souligner que, à mon très humble avis, le Musée de l'Air et de l'Espace ne "sait" pas vraiment mettre en valeur certains de ses trésors.

    Une équipe pourrait aller voir Mr Garric au Texas pour filmer son Potez en vol, car, même si ses moteurs ne sont pas ceux d'origine, il est remarquable.

    Pendant les quelques 5 années pendant lesquelles le D 520 du MAE a volé, des films de cet avion ont été pris en vol.

    Je me souviens d'en avoir vu un lors d'un salon de la maquette et du modèle réduit des années 80 ou 90.

    J'ai discuté avec les gens du MAE pour savoir si il était possible d'en acheter une copie et ces braves gens m'ont répondu que la famille du colonel Bove s'y opposait.

    Si cette famille a réellement cette attitude, elle trahit absolument la passion de ce pilote.

    Voir ces enregistrements rester dans la naphtaline est navrant.

    Je vois un certain nombre de documentaires télévisés sur la guerre en couleur, mais jamais de matériel Français si ce n'est la ligne Maginot.

    Pourtant, ces images de notre matériel pourrait rappeler aux gens que la Nation s'est battue contre Hitler, que de 60 000 à 80 000 soldats sont morts en combat et, qu'en plus d'avoir rendu possible l'évacuation de Dunkerque au prix de 11 000 tués, qu'ils ont envoyé près de 50 000 soldats ennemis rejoindre leurs ancêtres.

    C'est aussi comme cela que l'on forge une Nation.

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