mercredi 5 décembre 2012

Un pur héros de la France Libre, René Mouchotte

Le 4 décembre 2012, Mr. Michel Colomès a publié (dans Le Point.fr) un article sous le titre : 

Il y raconte l'authentique exploit d'un équipage Britannique qui, le 12 Juin 1942 à 12h27, remonta les Champs Elysées avec son Beaufighter, fit tomber 2 grandes flammes tricolores dont l'une sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile. 


Puis, Michel Colomès de s'insurger contre l'oubli de ce héros par les Français. 


Il a parfaitement raconté l'affaire, à un "détail" près, je cite: "Cette idée un peu folle était née d'une information obtenue par les services de renseignements britanniques. Ils avaient appris que, tous les jours, entre 12 heures et 12 h 45, un détachement de la Wehrmacht ou des SS venait parader sur les Champs-Élysées." 

Ce "détail" est simplement un mensonge éhonté ! Pas tant de Mr. Colomès (quoiqu'il eut été bien inspiré de vérifier), mais de ceux qui lui donnèrent "l'info".




une idée purement française 



En réalité, cette affaire a failli être réellement inoubliable. 


Sa genèse fut contée par René Mouchotte (mort en pleine bataille aérienne le 27 Août 1943), dans son journal de guerre publié après sa mort (Les carnets de René Mouchotte, Flammarion). 

Elle commence le 19 Septembre 1941, non pas sur des infos des services secrets Britanniques mais à partir des lettres de parents ou d'amis restés en France. 

L'idée, à la gloire de la France Libre, était commune à 4 de nos héros : MM. de Scitivaux, Dupérier, de Labouchère et Mouchotte.

Notre héros la détaille dans son journal seulement le jour qui suit celui où cette idée des 4 Français Libres a été refusée par le gouvernement Britannique, soit le 11 octobre 1941. 


L'action devait se passer le 11 Novembre 1941, nos 4 Français Libres auraient pris leur envol sur des Spitfires Mk V spéciaux de manière à arriver à 11 heures sur Paris, au moment de la relève de la garde pour les mitrailler un peu, histoire de les faire détaller, en lâchant 3 panaches de fumée bleu, blanc et rouge, pendant que le quatrième avion lançait des milliers de petits drapeaux Français.

Tous les inconvénients avaient été mûrement pensés et réfléchis


Les 4 hommes avaient l'accord enthousiaste du général Valin, l'Air Ministry, de son côté, s'était montré également enthousiaste et n'avait pas attendu pour lancer l'étude des modifications à apporter aux derniers modèles de Spitfire mais il avait aussi soumis la question au conseil des ministres Britannique.


L'Air Chief Marshal Sholto Douglas, patron du Fighter Command, avait opposé son refus, en fait, celui du gouvernement Anglais, sous prétexte que c'était trop dangereux ! Cet homme n'avait pas eu le choix...


Il est parfaitement exact que l'affaire était risquée, mais elle eut été extraordinairement profitable à la notoriété de la France Libre, et, bien évidemment, à son chef, le Général De Gaulle. 



En réalité, la France Libre devenait très agaçante pour Churchill qui aurait bien aimé que son chef soit une docile marionnette entre ses mains. 


Mais De Gaulle n'avait rien de docile et refusait les innombrables coups de canifs que le Premier Britannique donnait dans l'esprit des accords conclus avec lui.


Les grandes lignes du projet avaient bien sûr interpellé le brillant politique Anglais, il avait bien sûr vu l'extraordinaire portée symbolique d'un tel exploit qui aurait ridiculisé la Wehrmacht et la Luftwaffe. 



Mais, à ses yeux, il fallait évidemment que ce soit des Britanniques qui en soient les maîtres d'œuvre pour montrer aux Français que leur libération serait d'abord Anglo-Saxonne. 



Le problème était aussi qu'il eut été difficile de réaliser cela le 11 Novembre 1941, car les pilotes Français n'auraient pas accepté la chose.



En Juin 1942, les choses ont changées, le Japon avait précipité les USA dans la guerre  depuis 6 mois, les Français Libres avaient réussi à mener une magnifique bataille à Bir Hakeim, les troupes Britanniques mènaieent une dure bataille contre les troupes vichystes à Madagascar et les Anglo-Saxons se préparaient (sans prévenir De Gaulle) à débarquer en Afrique du Nord Française.



Il fallait donc montrer aux Français occupés que l'espoir existait encore. D'où l'exploit relaté par Michel Colomès. 


Ce Mr Ken Gatward a réalisé un très joli coup. 


Devait-il être décoré par la France ? Sur l'instant, sûrement pas, puisqu'il participait, à son insu, à une manœuvre politicienne Britannico-Britannique et anti-gaulliste. 
Vingt ans après, c'eut été plus approprié.


René Mouchotte, l'oublié


Mais les quatre pilotes Français libres, qui n'ont pas eu droit à la plume alerte de Michel Colomès, auraient mérité bien plus encore de passer à la postérité. 


Je m'attacherai donc en un bref rappel sur René Mouchotte, parce que j'ai dévoré n fois ses carnets.




Dernière photo de Renée Mouchotte par Pierre Clostermann, le 27/08/43 - cliché récupéré sur le site des Français Libres

Ce jeune pilote, instructeur à la Chasse à Avord (puis à Oran en Juin 1940), qui se faisait réprimander par son supérieur lorsqu'il faisait des figures de voltige au ras du sol sur Morane 406, décide avec un certain nombre de ses camarades de partir combattre avec la France Libre.

Le 29 Juin, il "emprunte" avec 5 camarades un Caudron Goéland dont les hélices avaient été secrètement déréglées pour que toute tentative de fuite vers Gibraltar se paye d'un accident mortel. 

Il arriva à maintenir son avion entre 120 et 130 km/h, c'est à dire à peine au dessus du second régime, et ce, pendant plusieurs heures (sacré pilote !).

Transféré par bateau en Grande Bretagne, il suivit l'entraînement pour devenir pilote de chasse et fut qualifié sur Hurricane fin Août 1940. 

Au début, on l'envoya dans des zones peu visitées par les Allemands mais peu à peu, il était apprécié et on lui confia des missions de plus en plus dangereuses. 

Les Britanniques appréciaient son calme et sa rigueur autant que sa rage de vaincre.

Ils iront même lui confier un squadron de pilotes Britanniques qu'il mènera de manière tellement brillante qu'il aura l'honneur de le mener sur un porte-avions pour y qualifier son unité de la RAF. 

En récompense, il fit partie du groupe Île de France dès sa création, puis il fut le formateur et premier commandant du mythique groupe Alsace

Il est mort au combat, dans une mêlée où le contrôle aérien Britannique s'était fait berné par la Luftwaffe et donc ce brillant tacticien avait été submergé par la chasse ennemie. 


Il avait 4 victoires "seulement" à ce moment-là, mais il avait développé des tactiques remarquables.

Il était titulaire de la croix de guerre, de la DFC et était compagnon de la Libération.

Honneur à lui.



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