samedi 4 août 2012

Le Hurricane, premier chasseur Britannique efficace sur le front français (Révisé 08 / 02 / 2017)

Le principal acteur aérien Britannique

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Le premier chasseur Britannique envoyé en France en Septembre 1940 fut le biplan Gloster Gladiator, "filant" à 400 km/h à 4 350 m et montant à 4 500 m en 6 minutes.

Cela n'était vraiment pas très sérieux, vu qu'il était à peine capable d'escorter les bombardiers Fairey Battle.

Après une pleine semaine d'attente, le premier groupe de Hurricane arriva en France suivi assez vite de 3 autres groupes, puis, enfin de 2 autres.

De ce fait, le Hurricane a été l'acteur principal de la chasse Britannique jusqu'à l'automne de 1940. 



Le prototype K. 5083


Les performances réelles des Hurricane Mk I de la Bataille de France sont difficile à cerner.

Il en va de même, d'ailleurs, pour tous les avions Britanniques et Allemands, pour la bonne raison que leur évolution a continué bien après Juin 1940, ce qui ne fut évidement pas le cas, hélas, pour les avions Français. 

Cependant, pour comprendre le déroulement de la Campagne de France, il faut se baser sur des données correspondant à l'époque des combats.

Pour fixer les idées, en 1936, le Messerschmitt 109 V1 atteignait 472 km/h, le Curtiss P 36 culminait à 460 km/h, le Morane 406 atteignait juste 435 km/h et le Polikarpov I 16 volait à 420 km/h.

Sydney Camm, concepteur du Hurricane, avait tiré un monoplan à aile basse de son biplan Hawker Fury, en en conservant la structure entoilée en poutre de tubes d'acier étirés et la forme général du fuselage.

Ceci était parfait pour un usage colonial car les réparations avec des moyens de fortune étaient faciles (et, surtout, les combats étaient asymétriques, ce qui changea avec l'entrée en guerre fulgurante du Japon).

En vol, l'avion se comportait bien et tournait très serré, même si son taux de roulis était très moyen.

Le radiateur d'eau initial n'était pas sans rappeler celui du Morane-Saulnier 405 de 1935, mais il fut changé avant les essais officiels pour un radiateur plus sophistiqué et plus efficace.

Les performances initiales du prototype K.5083 parurent donc très brillantes eu égard à la date du rapport (Avril 1936). 

Elles furent mesurées pour un poids au décollage de 2 573 kg, avec un moteur Rolls-Royce Merlin C de 1 029 Cv à 3 400 m. 

La voilure totalisait à peine 24 m² de surface, lui conférant une charge alaire de 108 kg / m².

Les vitesses de pointe en vol horizontal étaient de : 
  • 407 km/h au niveau de la mer, 
  • 507 km/h à 4 500 m d'altitude, 
  • 454 à 9 000 m.

L'avion montait à :
  • 4 000 m en un peu moins de 5 minutes 
  • 8 000 m en 13' 30". 
Aucun armement n'était en place (ces performances étaient donc destinées à décroître fortement).

Cependant, aucun avion étranger du début de 1936 n'atteignait de telles performances.





Hurricane I de série - Le fuselage est entoilé, l'hélice bipale est à pas fixe mais il y a l'échappement propulsif et le piège à couche limite du radiateur d'eau. L'épaississement visible de l'arrière fuselage inférieur rendait les vrilles inoffensives


Le combattant


Il est piquant de constater que l'hebdomadaire Français Les Ailes du 16 Juin 1938 donnait les indications de performances suivantes  :
  • Vitesse de pointe :                   545 km/h à 5 000 m    (exagération de 35 km/h !),
  • Vitesse de croisière max :       485 km/h à 5 000 m,    (exagération de 30 km/h),
  • Vitesse minimum :                   109 km/h,
  • montée à 3 000 m :                     4 minutes,                 (au mieux : 4' 40"),
  • montée à 4 500 m :                     6 minutes,                 (au mieux : 6' 40")
  • plafond pratique :                 12 000 m,                         (exagération : 20 %),
  • Autonomie à 325 km/h :       1 300 km.                         (au mieux   : 850 km),
Ces performances étaient totalement erronées !!!


Nos journalistes les plus avertis avaient confiance dans les informations fournies par leurs sources Britanniques. 

Ils avaient tort !

Mais, à cette période, l'avion Anglais était encore intégralement entoilé et disposait, sur les exemplaires mis en formation, seulement d'une hélice bipale à pas fixe.

Dans la revue Britannique Flight, en 1939, il fut encore annoncé comme atteignant 535 km/h. 


Quelle persistance dans l'optimisme, même si "on" avait perdu 10 km/h par rapport à ce que notre presse était amenée à publier !


Une bonne partie des Hurricane de la Bataille de France avaient été très modifiés par rapport au prototype

Cet avion avait reçu un blindage et avait abandonné la structure entoilée de ses ailes au profit d'une structure métallique, ce qui lui apportait un gain - très substantiel - de 130 km/h en piqué. 

La gouverne de direction avait été agrandie vers le bas pour faciliter les sorties de vrilles.

Par ailleurs, son armement de 8 mitrailleuses, chacune alimentée à 500 coups (200 coups de plus que chacune des arme du Spitfire Mk I), était en place et il disposait d'une nouvelle hélice à 2 pas. 


Il était enfin devenu un véritable avion de combat.

En réalité,  en 1938,  la vitesse de pointe d'un Hurricane bien peaufiné touchait tout juste les 510 km/h à 5 300 m, une vitesse encore acceptable, quand même, en 1940. 

Ceux qui ont lu mes posts sur divers chasseurs Français peuvent constater que l'augmentation de vitesse n'était pas à la hauteur de ce que l'on aurait pu attendre : 

Vu que cette version obtenait sa meilleure vitesse 800 m plus haut que le prototype, il aurait dû, logiquement, récupérer environ 15 km/h et donc dépasser sans problème les 520 km/h. 



Vitesse escensionnelle


Le site sur les performances des chasseurs Britanniques, Américains et Allemands, bien qu'excellent, donne les temps de montée du prototype à hélice en bois à pas fixe puis ceux du Hurricane de la Bataille d'Angleterre, alimenté à l'essence à 100 d'octane et disposant de l'hélice Rotol à vitesse constante.

Il ne fournit pas la vitesse ascensionnelle de l'avion de la Bataille de France, qu'il faut chercher chez W. Green. 

Celui-ci nous dit que les 4 500 m étaient atteints en 6' 30" (11.5 m/s) et les 6 000 m en 9' 50". 

Les 3'20" nécessaires pour passer ces derniers 1 500 m (soit 7.5 m/s) rendent impossible d'imaginer que le Hurricane ait pu atteindre 8 000 m en moins de 15 minutes. 

{raisonnement : Si on conservait ces 7.5 m/s de taux de montée, le passage de 6 000 m à 8 000 m prendrait 4' 26", soit au total 14' 16". 

Mais il s'agissait d'une moyenne et le taux des 500 derniers mètres en était déjà éloigné. 

La vitesse ascensionnelle, qui avait perdu 4.5 m/s entre 4 500 m à  6 000 m, devait perdre encore bien plus pour les 2 000 derniers mètres. 

Si le prototype K 5083 montait de 4 500 à  6 000 m en 2' 40" - au taux de 9.4 m/s - il montait de 6 000 à 8 000 m 3' 41" - au taux de 6.8 m/s - soit une baisse de 38%.}

 

En effet, le Spitfire Mk I, bien plus fin et également équipé d'une hélice à deux pas, mettait à peine moins de 6 minutes pour cette montée. 

On peut donc raisonnablement évaluer le temps de montée à 8 000 m du Hurricane Mk I de la Bataille de France à environ 16 minutes.


On doit pouvoir associer cette perte de performance, comme l'amélioration plus faible que prévue de la vitesse, à l'augmentation de sa masse au décollage de 314 kg comme à la détérioration de la finesse provoquée par la présence des 8 mitrailleuses, quoi qu'il en soit dit dans les rapports officiels.

Ces performances étaient correctes, meilleures à basse altitude que celles des Curtiss H75 et incomparablement meilleures que celles de notre Morane-Saulnier 406 national.

Le Hurricane tournait plus serré que la majorité des avions de chasse Alliés et même que le Spitfire Mk I, malgré une charge alaire passée à 120 kg/m²

Il se posait à moins de 100 km/h, volets sortis, et son large train rendait cette manœuvre très facile.



Un avis de pilote


Le seul avis que je retiendrai à son sujet est celui qui ressort de la lecture des Carnets de René Mouchotte, parce qu'il est le seul véritablement impartial. 

Au moment où il commençait à le piloter, il en était très élogieux et il insistait beaucoup sur sa vitesse qui l'impressionnait terriblement. 

Il avait beaucoup piloté le Morane 406, au point de faire de la voltige à très basse altitude, mais, désormais, il n'en parlait plus, le Hurricane étant bien supérieur. 

Face au Messerschmitt 109, il insistait bien sur la supériorité du chasseur Britannique dans le domaine de la maniabilité horizontale.


Quand, enfin, il se confronte vraiment à la Luftwaffe avec le squadron Churchill, il apparaît bien déçu par sa monture : Il en critique la vitesse horizontale (les bombardiers sont difficiles à rattraper) mais surtout la vitesse ascensionnelle, si faible que les Messerschmitt pouvaient abattre ses camarades impunément... 

Son avis redevient positif lorsque, en 1941, son squadron est équipé de Hurricane II, beaucoup plus rapides, mais cela est une autre histoire.



En action : Un assez bon bilan


Quant à l'efficacité réelle du Hurricane I contre la Luftwaffe, elle n'est pas facile à déterminer de manière précise, en particulier pendant la Bataille de France à laquelle ils ont participé pendant une petite dizaine de jours sur notre territoire avant de combattre sur le sol Anglais pour protéger le repli Britannique. 

Certaines affirmations, même récentes, sur le nombre de leurs victoires en France
face à la Luftwaffe ne cadrent pas avec le nombre des pertes qu'ils ont subies, pas plus qu'avec les souvenirs d'Adolf Galland qui ne semble avoir jamais éprouvé la moindre difficulté face aux Hurricane.

Après Dunkerque, l'essentiel de ces avions n'interviennent plus dans la bataille.



Mais nous disposons des données de la Bataille d'Angleterre.

Le nombre total d'avions Allemands abattus alors (donné par la Luftwaffe) est de 1 887 et il est quasi identique à ce que publie le site de la RAF

D'après la RAF, le Hurricane a été à l'origine de 55% des victoires. 

Notons qu'il est aussi le plus abondant des chasseurs Britanniques (d'après certaines données, 65% des monoplaces de la RAF).

On évoque moins la structure des pertes en fonction des chasseurs. 

Dans le bilan total, les pertes de Hurricane représentent 61% des pertes en monoplaces de chasse Britanniques et les pertes en pilotes tués montent encore de 1%. 

L'interprétation peut varier en fonction de la proportion des avions envoyés au combat (on trouve, par exemple, que le 17 Août 1940, il y avait 675 Hurricane (64%) et 378 Spitfire (36%), sur un total de 1 053 chasseurs). 


Si le Hurricane était clairement moins efficace que le Spitfire, il faut reconnaître que les bombardiers pouvaient représenter un piège complexe : Solides, défendus par des mitrailleurs très bien formés, ils bloquaient l'attention de leurs assaillants, facilitant ainsi le succès de leurs chasseurs de défense.

Toujours est-il que le nombre de Hurricane abattus (538) pendant les 100 jours de la Bataille d'Angleterre est inférieur aux 1 038 adversaires mis au tapis (dont, en théorie, une part significative des 852 chasseurs Allemands (en incluant les Bf 110). 

Ce nombre de Hurricane abattus pour chaque décade pendant la Bataille d'Angleterre (54est aussi très inférieur aux pertes subies pendant les 14 jours où ils ont participé pleinement à la Bataille de France (386 avions, soit 270 par décade !).

Mais, dans le cas de la Bataille d'Angleterre, il faut évidemment aussi tenir compte de l'importante action des Spitfire, de la DCA et, en particulier, des pannes d'essence)

De toute façon, ce bilan n'a rien à voir avec celui du Morane 406 en France.

Son bilan eut été encore meilleur si on avait suivi les demandes de Sydney Camm, son créateur, pour monter 2 canons de 20 mm dans ses ailes, car il fut démontré, hélas trop tard, que ce montage marchait remarquablement bien.

L'efficacité des Hurricane pendant la Bataille d'Angleterre ne peut en aucun cas être dissociée de leur rôle dans la Campagne de France. 

Les pilotes de Hurricane y avaient parfaitement appris les tactiques de la Jagdwaffe, les performances de ses chasseurs et les structures des formations de bombardement Allemandes.

Leur infériorité de performances en fut largement compensée.



Cliquez ici pour mon article sur le Spitfire.

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