samedi 4 août 2012

Le Hurricane, premier chasseur Britannique efficace sur le front français (Complété le 10 / 08 / 2018)

Le principal acteur aérien Britannique

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Le premier chasseur Britannique envoyé en France en Septembre 1940 fut le biplan Gloster Gladiator, filant "officiellement" à 400 km/h à 4 350 m et montant à 4 500 m en 6 minutes.

Cela n'était vraiment pas très sérieux, vu qu'il était à peine capable d'escorter les bombardiers Fairey Battle.

Après une pleine semaine d'attente, le premier groupe de Hurricane arriva en France suivi assez vite de 3 autres groupes, puis, enfin de 2 autres.

De ce fait, le Hurricane a été l'acteur principal de la Chasse Britannique jusqu'à l'automne de 1940. 



Le prototype K. 5083



Sydney Camm, concepteur du Hurricane, avait tiré un monoplan à aile basse de son biplan Hawker Fury, . conservant la structure entoilée en poutre de tubes d'acier étirés et la forme général du fuselage.

Ceci était parfait pour un usage colonial car les réparations avec des moyens de fortune étaient faciles (et, surtout, les combats étaient asymétriquesce qui changea avec l'entrée en guerre fulgurante du Japon).


Le radiateur d'eau initial n'était pas sans rappeler celui du Morane-Saulnier 405 de 1935, mais il fut changé avant les essais officiels pour un radiateur plus sophistiqué et plus efficace.

C'était un avion de grande taille, avec ses  9.84 m de long.

La masse au décollage était de 2573 kg.

Sa voilure avait une envergure de 12.19 m et une surface de 23.92 m².

La charge alaire était de 108 kg/m², identique à celle du Zéro en 1941.



Il fit son premier vol le 6 Novembre 1935. 

En vol, l'avion se comportait bien et tournait très serré, même si son taux de roulis était moyen.

Les performances obtenues satisfaisaient le concepteur, Sydney Cam, puisque la vitesse dépassait la barrière symbolique des 300 mph (486 km/h).


Il effectua une dizaine d'heures de vol avant son entrée aux essais officiels, ce qui traduisaient les graves ennuis que connaissaient, alors, les premières versions du Rolls-Royce Merlin I. 

Pour fixer les idées, en 1936 :
  • le Messerschmitt 109 V1 atteignait 472 km/h, 
  • le Curtiss P 36 culminait à 460 km/h, 
  • le Morane 406 atteignait tout juste 435 km/h 
  • le Polikarpov I 16 volait à 420 km/h.


Les performances initiales du prototype K.5083 parurent donc très brillantes eu égard à la date du rapport (Avril 1936). 

Elles furent mesurées avec un moteur Rolls-Royce Merlin C de 1 029 Cv à 3 400 m. 

Les vitesses de pointe en vol horizontal furent : 
  • 407 km/h au niveau de la mer, 
  • 507 km/h à 4 500 m d'altitude, 
  • 454 à 9 000 m.
L'avion montait à :
  • 4 000 m en un peu moins de 5 minutes
  • 8 000 m                          en 13' 30"

Aucun armement n'était en place (ces performances étaient donc destinées à décroître fortement).

La gouverne de direction avait été agrandie vers le bas pour faciliter les sorties de vrilles.



Cependant, aucun autre avion étranger en ce début de 1936 n'atteignait de telles performances.



Un chasseur facile à enflammer


Les 3 réservoirs totalisaient 440 litres d'essence : Un de 160 litres dans chaque aile (entre les deux longerons), plus un de 125 litres, mais non protégé, juste devant le pilote. 




Document original de l'auteur - Cet écorché de 1938 montre la position du réservoir non protégé juste devant le pilote. 


Initialement non protégé, car considéré comme une cible bien trop petite (!), ce dernier réservoir provoqua de nombreuses morts de pilotes avant que l'analyse des pertes, après le premier mois de la Bataille d'Angleterre oblige Hawker à le modifier efficacement

(En Juillet 1940, sur 25 Spitfire touchés par les tirs ennemis, 2 avions furent descendus en feu. Par contre, sur 25 Hurricane touchés identiquement, 11 furent descendus en feu...)




Hurricane I de début série - Le fuselage est entoilé, l'hélice bipale est à pas fixe mais il y a l'échappement propulsif et le piège à couche limite du radiateur d'eau. L'épaississement visible de l'arrière fuselage inférieur rendait les vrilles inoffensives


Le combattant


Il est piquant de constater que l'hebdomadaire Français Les Ailes du 16 Juin 1938 donnait les indications de performances suivantes  :
  • Vitesse de pointe :                 545 km/h à 5 000 m    (exagération de 35 km/h !),
  • Vitesse de croisière max :     485 km/h à 5 000 m,    (exagération de 30 km/h),
  • Vitesse minimum :                109 km/h,
  • montée à 3 000 m :                  4 minutes,                   (au mieux : 4' 40"),
  • montée à 4 500 m :                  6 minutes,                 (au mieux : 6' 40")
  • plafond pratique :            12 000 m,                         (exagération : 20 %),
  • Autonomie (325 km/h) :    1 300 km.               (au mieux : 850 km à cette vitesse),
Ces performances étaient totalement erronées !!!


Nos journalistes les plus avertis avaient confiance dans les informations fournies par leurs sources Britanniques. Ils avaient tort !

A cette période, le chasseur Anglais était encore intégralement entoilé et ne disposait, sur les exemplaires mis en formation, que d'une hélice bipale à pas fixe.

Dans la revue Britannique Flight, en 1939, il fut encore annoncé comme atteignant 535 km/h. 


Belle persistance dans l'optimisme, même si 10 km/h avaient été perdus par rapport à ce que notre presse avait publié !


Les performances réelles des Hurricane Mk I de la Bataille de France sont bien difficiles à cerner.

Il en va de même, d'ailleurs, pour tous les avions Britanniques et Allemands, pour la bonne raison que leur évolution a continué bien après Juin 1940, ce qui ne fut évidement pas le cas, hélas, pour les avions Français. 

Cependant, pour comprendre le déroulement de la Campagne de France, il faut se baser sur des données de performances correspondant réellement à l'époque des combats.

Une partie des Hurricane de la Bataille de France avaient été très modifiés par rapport au prototype

Cet avion avait reçu un blindage.

Il avait - en théorie - abandonné la structure entoilée de ses ailes au profit d'une structure métallique, ce qui lui apportait un gain de 130 km/h en piqué
Le changement des 2 ailes entoilées pour 2 ailes métalliques demandait juste 3 heures.

Par ailleurs, son armement de 8 mitrailleuses, chacune alimentée à 500 coups (200 coups de plus que chacune des armes du Spitfire Mk I), était en place et il disposait - théoriquement - d'une nouvelle hélice tripale à 2 pas (ce que des photographies d'époque tendent à mettre en cause). 


Il était enfin devenu un véritable avion de combat.

En réalité,  en 1938,  la vitesse de pointe d'un Hurricane bien peaufiné touchait tout juste les 510 km/h à 5 300 m, vitesse encore acceptable, quand même, en 1940. 

Ceux qui ont lu mes posts sur divers chasseurs Français peuvent constater que l'augmentation de vitesse n'était malheureusement pas à la hauteur de ce que l'on aurait pu attendre d'un avion de cette puissance.

Comme cet avion obtenait sa meilleure vitesse 800 m plus haut que le prototype, il aurait dû, logiquement, récupérer environ à peu près 15 km/h et donc dépasser sans problème les 520 km/h. 

Evidemment, cet avion payait son passage à une masse de 2 890 kg au décollage (320 kg de plus que le prototype).



Vitesse escensionnelle


Le site sur les performances des chasseurs Britanniques, Américains et Allemands, bien qu'excellent, donne les temps de montée du prototype à hélice en bois à pas fixe puis ceux du Hurricane de la Bataille d'Angleterre, alimenté à l'essence à 100 d'octane et disposant de l'hélice Rotol à vitesse constante.

Il ne fournit pas la vitesse ascensionnelle de l'avion de la Bataille de France, qu'il faut chercher chez W. Green : 
  • 4 500 m étaient atteints en 6' 30", soit (11.5 m/s) ,
  • 6 000 m               "                9' 50".
Les 3'20" nécessaires pour monter ces derniers 1 500 m (à 7.5 m/s) rendent impossible d'imaginer que le Hurricane ait pu atteindre 8 000 m en moins de 15 minutes. 

{Raisonnement : Bien sûr, si on admettait que ces 7.5 m/s de taux de montée restaient constant, le passage de 6 000 m à 8 000 m prendrait 4' 26", ce qui donnerait un temps total de 14' 16". 

Mais il s'agissait d'une moyenne et le taux des 500 derniers mètres en était déjà bien éloigné. 

La vitesse ascensionnelle, qui avait perdu 4.5 m/s entre 4 500 m à  6 000 m, devait perdre encore bien plus pour les 2 000 derniers mètres, par ce que l'avion avait dépassé son altitude critique . 

Si le prototype K 5083 montait de 4 500 à  6 000 m en 2' 40" - au taux de 9.4 m/s - il montait de 6 000 à 8 000 m en 3' 41" - au taux de 6.8 m/s - soit une baisse de 38%.}


En effet, le Spitfire Mk I, bien plus fin et également équipé d'une hélice à deux pas, mettait à peine moins de 6 minutes pour la montée à 4 500 m. 

On peut donc raisonnablement évaluer le temps de montée à 8 000 m du Hurricane Mk I de la Bataille de France à environ 16 minutes.


On doit pouvoir associer cette perte de performance, comme l'amélioration plus faible que prévue de la vitesse, à l'augmentation de sa masse au décollage comme à la détérioration de la finesse provoquée par la présence des 8 mitrailleuses, quoi qu'il en soit dit dans les rapports officiels.

Ces performances étaient correctes, meilleures à basse altitude que celles des Curtiss H75 et incomparablement meilleures que celles de notre Morane-Saulnier 406 national.

Le Hurricane tournait plus serré que la majorité des avions de chasse Alliés et même que le Spitfire Mk I, malgré une charge alaire passée à 120 kg/m²

Il se posait à moins de 100 km/h, volets sortis, et son large train rendait cette manœuvre très facile.

D'après la revue Flight, le Hurricane et l'hélice Rotol à vitesse constante ne faisait pas toujours très bon ménage parce que cette dernière était lourde, ce qui pouvait aboutir à des dégradations d'hélices. La Fleet Air Arm préférait donc monter des hélices de Havilland, plus légères.



Un avis de pilote


Le seul avis que je retiendrai à son sujet est celui qui ressort de la lecture des Carnets de René Mouchotte, parce qu'il est le seul véritablement impartial. 

Au moment où il commençait à le piloter, il en était très élogieux et il insistait beaucoup sur sa vitesse qui l'impressionnait terriblement. 

Il avait beaucoup piloté le Morane 406, au point de faire de la voltige à très basse altitude, mais, désormais, il n'en parlait plus du tout, le Hurricane étant bien supérieur. 

Face au Messerschmitt 109, il insistait bien sur la supériorité du chasseur Britannique dans le domaine de la maniabilité horizontale.


Quand, enfin, il se fut vraiment confronté à la Luftwaffe au sein du squadron Churchill, il apparut bien déçu par sa monture : Il en critiquait la vitesse horizontale (les bombardiers sont difficiles à rattraper) mais surtout la vitesse ascensionnelle, si faible que les Messerschmitt pouvaient abattre ses camarades impunément... 

Son avis redevint positif lorsque, en 1941, son squadron fut équipé de Hurricane II, beaucoup plus rapides (voir plus loin).



En action : Un assez bon bilan


Quant à l'efficacité réelle du Hurricane I contre la Luftwaffe, elle n'est pas facile à déterminer de manière précise, en particulier pendant la Bataille de France à laquelle ils ont participé pendant une toute petite dizaine de jours sur notre territoire avant de combattre sur le sol Anglais pour protéger le repli Britannique. 

Certaines affirmations, même récentes, sur le nombre de leurs victoires en France
face à la Luftwaffe ne cadrent absolument pas avec le nombre des pertes qu'ils ont subies, pas plus qu'avec les souvenirs d'Adolf Galland qui semble n'avoir jamais éprouvé la moindre difficulté face aux Hurricane.

De plus, après Dunkerque, l'essentiel de ces avions n'interviennent plus dans la bataille.



Mais nous disposons des données de la Bataille d'Angleterre.

Le nombre total d'avions Allemands abattus alors (donné par la Luftwaffe) est de 1 887 et il est quasi identique à ce que publie le site de la RAF

D'après la RAF, le Hurricane a été à l'origine de 55% des victoires. 

Notons qu'il est aussi le plus abondant des chasseurs Britanniques (d'après certaines données, 65% des monoplaces de la RAF).

On évoque moins la structure des pertes en fonction des chasseurs. 

Dans le bilan total, les pertes de Hurricane représentent 61% des pertes en monoplaces de chasse Britanniques et les pertes en pilotes tués montent encore de 1%. 

L'interprétation peut varier en fonction de la proportion des avions envoyés au combat (on trouve, par exemple, que le 17 Août 1940, il y avait 675 Hurricane (64%) et 378 Spitfire (36%), sur un total de 1 053 chasseurs). 


Si le Hurricane était clairement moins efficace que le Spitfire, il faut reconnaître que les bombardiers pouvaient représenter un piège complexe : Solides, défendus par des mitrailleurs très bien formés, ils focalisaient l'attention de leurs assaillants, favorisant ainsi le succès de leurs chasseurs de défense.

Toujours est-il que le nombre de Hurricane abattus (538) pendant les 100 jours de la Bataille d'Angleterre est inférieur aux 1 038 adversaires mis au tapis (dont, en théorie, une partie des 852 chasseurs Allemands (en incluant les Bf 110 qui subirent - eux - une raclée mémorable). 

Ce nombre de Hurricane abattus pour chaque décade pendant la Bataille d'Angleterre (54est aussi très inférieur aux pertes subies pendant les 14 jours où ils ont participé pleinement à la Bataille de France (386 avions, soit 270 par décade !).

Mais, dans le cas de la Bataille d'Angleterre, il faut évidemment aussi tenir compte de l'importante action des Spitfire, de la DCA ainsi que, en particulier, des pannes d'essence induites chez les Messerschmitt 109 par quelques balles dans le réservoir d'essence.

De toute façon, ce bilan n'a rien à voir avec celui du Morane 406 en France.

Son bilan eut été encore meilleur si on avait suivi les demandes de Sydney Camm, son créateur, pour monter 2 canons de 20 mm dans ses ailes, car il fut démontré, hélas trop tard, que ce montage marchait remarquablement bien.

L'efficacité des Hurricane pendant la Bataille d'Angleterre ne peut en aucun cas être dissociée de leur rôle dans la Campagne de France. 

Les pilotes de Hurricane y avaient parfaitement appris les tactiques de la Jagdwaffe, les performances de ses chasseurs et les structures des formations de bombardement Allemandes.

Leur infériorité de performances en fut largement compensée.



Le Hurricane Mk II, chasseur-bombardier


A la fin de la Bataille de France, Rolls-Royce avait sorti le Merlin XX, version qui se distinguait des précédentes par une fiabilité renforcée, une puissance sensiblement supérieure (avec 1 250 Cv), un compresseur à deux vitesses, la première rétablissait jusqu'à 2 500 m  et la seconde jusqu'à 4 700 m.  C'était le gage d'une meilleure vitesse ascensionnelle). 

L'engin était assez peu modifié extérieurement. 

Néanmoins, sa masse augmentait à 2 524 kg à vide et 3330 kg au décollage pour la version A (la plus légère) dont l'armement ne changeait pas (la version B était armée de 12 mitrailleuses légères et la version C portait 4 canons Hispano-Suiza HS 404 dans les ailes).

La charge alaire, entre temps était passée à 139 kg/m².

Monté sur le Hurricane, ce moteur améliorait 3 paramètres-clef : 
  • La vitesse horizontale, avec une pression de 9 boosts et pour les altitudes suivantes, devient :
    • 3 040 m           473 km/h
    • 4 560 m           488 km/h
    • 6 080 m           525 km/h
    • 7 600 m           531 km/h
    • 9 120 m           498 km/h
         Avec 12 boosts, la vitesse atteignait 550 km/h à 7 600 m pour 5 petites minutes.
  • La vitesse ascensionnelle, toujours avec 9 boosts et pour les altitudes suivantes :
    • 1 520 m                1' 48"
    • 3 040 m                3' 42"
    • 4 560 m                5' 54"
    • 6 080 m                8' 30"
    • 7 600 m              11' 15"
    • 9 120 m              19' 50"
  • Le plafond opérationnel excédait largement 10 000 m.


On voit que ce nouvel Hurricane avait considérablement progressé. 

René Mouchotte en était vraiment très satisfait, car, pour la première fois, il montait aussi vite, voire plus vite que les Spitfire.

Mais le rôle de chasseur pur n'était plus pour lui : Devenu très puissant, il fut amené à jouer le rôle de chasseur-bombardier redoutable, au prix de nombreux pilotes.

La masses de armes était telle que les versions surarmées volaient moins rapidement que le Hurricane Mk I de 1939...






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