samedi 4 août 2012

Spitfire sous globe : La mauvaise stratégie du chef du Fighter Command (Révisé 24 / 12 / 2015)



Sacrifier le Monde entier pour les Spitfire ?


Toutes les sources courantes nous disent que Lord Dowding, chef du Fighter Command refusa sagement d'envoyer ses Spitfire en France

Ceci est probablement le roman que l'on raconte aux enfants, le vrai décideur ayant plus certainement été le gouvernement Britannique, ou plutôt son chef, ce qui correspondrait bien mieux à la structure décisionnelle de la démocratie Anglaise et au caractère de Winston Churchill

A la réflexion, cependant, le choix de conserver le meilleur avion à la maison pour y défendre le sol national, ne me paraît pourtant pas avoir été si pertinent que cela (même s'il a été largement approuvé après la fameuse Bataille d'Angleterre)



Base de réflexion


Tout le monde sait que les pilotes de Hurricane se battirent avec courage et efficacité en France. 

A cause de cela, ils se forgèrent très rapidement un entraînement remarquable au combat contre l'ennemi aérien le plus dur qui se puisse rencontrer à l'époque. 

De ce fait, ils surent tirer le meilleur possible de leurs avions pendant la Bataille d'Angleterre. 


Ayant obtenu un plus grand nombre de victoires que les pilotes de Spitfire pendant la bataille d'Angleterre deux mois plus tard signifie que, malgré un avion largement inférieur sur tous les plans, les pilotes de Hurricane avaient réussi à compenser une partie de leurs handicaps.

Cette compensation me paraît être venue à la fois de leur meilleure faculté à analyser les données de combat en temps réel - ce qui ne s'apprend qu'au combat - et de la mise au point définitive de leur monture.



Une anomalie significative


Par contre, fin Mai 1940, au moment de l'évacuation de Dunkerque, lorsque les pilotes de Spitfire découvrirent le Messerschmitt 109, ils n'avaient encore jamais pratiqué de combats contre la Jagdwaffe

Ils subirent alors des pertes importantes qui, à mon très humble avis, furent significativement trop fortes eu égard aux qualités du Spitfire et de ses pilotes. 

Si les pilotes Allemands ont insisté ensuite sur la mauvaise surprise qu'avait constitué leur rencontre avec le nouveau chasseur Britannique, c'est qu'ils ont dû les prendre au départ pour des Hurricane et que cela avait pu se passer très mal.


Cela ne s'était pourtant pas amélioré pendant le mois de Juillet, puisque 34 Spitfire et 33 Hurricane furent abattus alors même que le nombre des Hurricane était très supérieur à celui des Spitfire (suivant un rapport 2/3).

Si ces deux chasseurs avaient été de même valeur en combat, et pilotés par des pilotes sachant aussi bien en tirer partie, il aurait donc dû y avoir 2 Hurricane abattus pour chaque Spitfire descendu. 

L’égalité constatée ici – et sur un nombre d’avions non négligeable – suggère que le Spitfire était deux fois moins efficace que le Hurricane

A l’évidence, cela ne correspond pas du tout à la valeur intrinsèque des deux chasseurs Britanniques. 

Mais cela démontre surtout que les pilotes de Spitfire de Juillet 1940 étaient des bleus. Point !


On va ergoter en disant que ce chasseur n'était pas encore totalement au point, mais aucun matériel militaire - quel qu'il soit - n'est au point tant qu'il n'a pas été confronté par ses véritables utilisateurs à ses vrais ennemis. 


Pour y parvenir enfin, il aura fallu attendre que le chef pilote d'essais Jeffrey Quill vole comme pilote de chasse pendant la Bataille d'Angleterre (2 victoires en 3 jours !) et qu'il éprouve personnellement en combat à quel point la force exigée à haute vitesse pour mouvoir les ailerons était trop élevée pour obtenir une rotation en roulis suffisante. 

Après cela, Vickers modifia enfin le mode de construction des ailerons. Ce retour d'expérience a eu lieu bien tard... et ne se fit sentir qu'après la fin de 1940.

De nos jours, on peut lire (Wikipedia en langue anglaise du début Août 2012) que le choix des ailerons entoilés qui réduisaient fortement les capacités de roulis à grande vitesse résultait d'un choix volontaire, pour éviter les manœuvres trop brutales. 

Cela ne me paraît absolument pas crédible. 

Cette structure permettait surtout des réparations faciles et bon marché.

Les biplans de la génération précédente devaient difficilement passer les 500 km/h en piqué et leurs pilotes ne connaissaient très rarement de tels problèmes...



un emploi anormalement "pépère"


En Grande Bretagne, là où Mr. Dowding les conservait, les Spitfire ne pouvaient détruire que des bombardiers ou des avions de reconnaissance. 

Les méthodes de combat des pilotes de Chasse Britanniques n'avaient pas donc besoin d'être très complexes. 

Alors, ils pouvaient seulement peaufiner leurs qualités de tireur, ce qui était assez intéressant pour endurcir des pilotes néophytes.

Mais ils eussent aussi bien pu le faire avec des Hurricane.

Par contre, si une seule escadrille de Spitfire avait partagé la lutte des Français contre les Allemands dès le début, leurs pilotes eussent rapidement été confrontés au Messerschmitt 109 en combat tournoyant. 

Ils en auraient alors pris l'exacte mesure et auraient pu la transmettre à leurs collègues. 


L'issue des combats n'aurait probablement pas changé pour nous, Français, mais au moins Dunkerque aurait pu être mieux protégé, ainsi que les navires qui venaient récupérer les hommes. 

Enfin, et surtout, les pertes de l'Aviation Allemande à Dunkerque comme ensuite pendant la Bataille d'Angleterre eussent été bien supérieures. 


De nombreux pilotes Britanniques ont, à mon avis, perdu la vie pour cette pusillanimité de leur(s) chef(s).


Mais la supériorité du Spitfire était tellement évidente que même les Hurricane II furent rapidement utilisés à tout autre chose qu'à la chasse pure !


La Chasse Britannique était aussi associée à un système de guet et d'alerte aérienne remarquable.

Heureusement, car les Allemands sortaient peu après le Bf 109 F et le Focke-Wulf 190... 




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