mercredi 21 novembre 2012

De Mandragore à l'Iron Dome, la problématique des anti-missiles tactiques - (révisé 14 / 09 / 2014)


L'affaire de l'Eilat


Le 21 octobre 1967, le destroyer Israélien Eilat est envoyé au fond par une modeste vedette Egyptienne qui avait tiré un missile anti-navire que l'OTAN avait rebaptisé Styx. 

Pour une première, c'en était une et elle était si brillante qu'elle démodait réellement tous les navires de guerre existants !

Toutes les marines du monde cherchèrent une parade.

En France, deux hypothèses sous-tendant deux projets s'affrontèrent, si j'en crois mes souvenirs.


Mandragore


Le premier projet était le projet Mandragore qui définissait un missile anti-missile éponyme, apte à détruire les missiles anti-navires.

Le projet Mandragore était donc, de très loin, le plus ambitieux.

On était en 1968, les puces s'appelaient encore circuits intégrés et n'étaient connues que de bien peu de gens. On parlait de processeurs mais pas encore de microprocesseurs. 

On savait faire une fusée de proximité considérablement plus efficace que celles employées à la fin de la guerre par les Américains contre les avions-suicides Japonais. 

Mais nous comptions surtout sur l'énorme charge explosive (100 kg !) de nos missiles surface-air Masurca pour descendre les éventuels avions ennemis (source : Wikipedia).

Tout ceci pour dire toute l'ampleur de la tâche à mener à bien pour réussir à intercepter une cible bien plus petite qu'un avion de combat, très rapide et suffisamment loin d'un navire pour que ce dernier reste intact. 

Les moyens de la France n'étant pas illimités et la prise en compte du risque d'attaques saturantes (cas ou de très nombreux missiles seraient lancés contre nos navires) fit reculer nos décideurs.




Exocet 


Le second projet était l'Exocet, un missile anti-navire volant près de la surface de l'océan pendant une quarantaine de kilomètres.

Cette solution était également très ambitieuse pour l'époque. 

L'idée de base était de voler en rase-vague vers 3 m d'altitude, dans une direction déterminée par le radar du navire lanceur sur un navire hostile situé à l'horizon optique. 

L'engin fut développé et fabriqué par l'Aérospastiale dont il demeure, avec les engins spatiaux et stratégiques, une des plus belles réussites.

Le propulseur à poudre fut choisi pour sa rusticité permettant un tir instantané. 

Il permettait une portée de l'ordre de 40 km à une vitesse de l'ordre de 300 m/s. Un auto-directeur radar s'allumait à faible distance de la cible (de 5 à 6 km), plaçant l'équipage ennemi dans une situation de crise puisqu'il ne disposait que d'une vingtaine de secondes pour trouver la solution défensive, si toutefois il en existait une.

Cette solution était moins spectaculaire que la précédente, mais elle fut choisie parce que l'on était sûr de la mener à bien dans le respect du budget alloué.

J'admire profondément l'intelligence de la décision prise. 

Il est rare, dans ce blog, que vous ayez pu lire une telle satisfaction de ma part sur nos décideurs. Mais, là, elle est totale.



Pendant la guerre du Golfe


C'était en 1991, Saddam Hussein eut l'impudence de lancer des missiles Scud, sorte de V2 "améliorés" au niveau de la portée et, surtout, de la fiabilité, sur Israël et sur les bases alliées situées en Arabie Séoudite. 

Les Américains livrèrent en urgence des missiles Patriot, sans oublier de convoquer le banc et l'arrière banc des chaînes de télévisions du monde entier.

Des dizaines de ces anti-missiles furent lancés et le président Georges W. Bush annonça un taux de succès de l'ordre de 97%.

Devant la chambre des représentants, deux experts ramenèrent le taux de succès à sûrement moins de 10%, voire peut être même à 0%. 

Les ratiocinations qui s'élevèrent pour défendre le Patriot ne furent pas convaincantes.

De toute manière, le système Patriot a été fortement modifié, que ce soit au niveau du missile, de son électronique, de sa charge ou du radar déclenchant le tir.



Iron Dome


Le problème des anti-missiles est de plus en plus actuel, au point d'avoir envahi, de nouveau, la sphère tactique.

Sur son blog secret défense, JD Merchet donne des informations intéressantes sur les résultats publiés par Israël à propos de son système anti-missile Iron Dome.

Ce qui m'a interpellé sont les valeurs statistiques, dans la mesure, évidemment, où l'information fournie est exacte, ce qui n'a rien d'évident dans un contexte idéologique aussi violent.

L'autorité politique de Gaza aurait tiré 550 missiles dans les 3 premiers jours de cette attaque. 

D'après une source officielle Israélienne, 350 seraient partis vers des zones non habitées et les 200 restants étaient destinés à tomber sur des zones habitées. 

Seuls ces derniers auraient "mérités" l'interception.

Si ces valeurs sont exactes, elles signifient que ces missiles du Hamas manquent singulièrement de fiabilité et/ou de précision.


Le missile intercepteur a la masse d'un missile air-air Magic II de Matra (devenu MDBA) et doit avoir des performances de même ordre. 

Il était initialement prévu pour détruire des obus de 155 mm, mais les choses ayant changé, il a progressé lui aussi.

Le taux de réussite d'interception par les anti-missiles Israéliens atteindrait 85%, ce qui signifierait en bonne logique que 30 missiles ont quand même pu toucher leurs cibles.


Ce sont des données officielles d'une des parties, donc certainement pas des données complètement sûres.

Si on transposait à la Marine, imaginons que notre Marine perde 30 ou même "seulement" 15 navires ! Ce serait inacceptable.


Cela paraît intéressant, mais ne me satisfait pas pour autant. 


Le prix en est très élevé :  Une batterie coûtant le prix d'un F16 et les munitions actuelles - 90000 $ par missile (AW&ST donne une fourchette variant de 60000$ à 90000$, étonnant vu que les missiles anti-missiles devraient tous avoir les mêmes composants "chers") - et d'autant plus élevé que ce sont des systèmes qui doivent être actualisés sans cesse.

La portée des missiles Palestiniens interceptés a augmenté (entre 70 et 100 km).

Comme je ne souhaite évidemment pas la mort de civils d'aucune des deux parties, je ne dirais donc rien de plus que cela : Un système anti-missile efficace doit absolument éliminer 100% de ses cibles.

Pour l'instant, à mon sens, le meilleur système anti-missiles serait une vraie Paix.


Mais les politiciens des deux côtés me paraissent navrants, et si leur courage physique est certain, il n'en va pas sûrement de même de leur courage moral.


Pour accéder à mon interprétation de 2014, lire mon article Évaluations multiples du système anti-missile Dôme de Fer.



1 commentaire:

  1. Concernant l'Iron Dome il est à noter qu'il a à résoudre une équation relativement simple car les missile-roquettes venant de Gaza obéissent à des trajectoire bêtement balistique. Reste la saturation...
    Pour les navires la chose est toute autre car les missiles les plus perfectionnés sont de vrai danseuses !

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