dimanche 1 avril 2012

L'Aviation d'Assaut en France en 1940 : Un bricolage... et pourtant une doctrine remarquable - et quelques réalités tactiques incontournables (Enrichi le 22 / 07 / 2017)

Origine de l'Aviation d'Assaut 


L'Aviation d'Assaut Française avait vu le jour en Mars 1918 lorsque la 1ère Division Aérienne (ou les escadres qui la préfigurent) du Genéral Marie Charles Duval percuta les troupes Allemandes qui essayaient d'anéantir les forces Britanniques ou Françaises.

Un témoignage significatif en fut donné par Didier Daurat, créateur de l'Aéropostale, qui en a laissé le témoignage poignant
 (dans le vent des hélices, le Seuil, 1956)

Il avait mené au combat, le 14 Juillet 1918, une unité comptant 64 bombardiers Bréguet XIV. 

Après 4 jours de combat, blessé deux fois, il était rentré... seul. 

Les 63 autres bombardiers avaient tous été descendus.

Mais les pertes furent tellement plus graves pour l'ennemi qu'elles sapèrent littéralement son moral. 


En cela, elles avaient été décisives.

L'Allemand n'ayant pas pu passer, ses troupes étant décimées, épuisées et démoralisées, il ne pouvait plus que retraiter.


Notre force d'assaut était composée à la fois de chasseurs et de bombardiers (Spad XIII et Bréguet XIV), rien ne permettant à cette époque de fabriquer de vrais avions d'assaut (le bimoteur Letord, plus ancien mais blindé, manquait à la fois de puissance et de maniabilité).





Dans l'Armée de l'Air de 1940, il existait encore des divisions aériennes, mais elles n'avaient plus rien à voir avec celles du passé. 

On avait juste collé un nom glorieux sur une coquille vide.

Pire encore, les manœuvres aériennes n'étaient quasiment jamais menées dans un cadre interarmes, sauf, apparemment, dans la Marine.




Contrer les Panzers ! Comment ?


Cependant, les officiers supérieurs "terrestres" connaissaient, au moins par les polémiques exprimées dans les journaux, l'existence de la doctrine que Charles de Gaulle avait exprimée dans "Vers l'armée de métier".

Plutôt qu'une réfutation théorique dépourvue de sens et fondée uniquement sur des sophismes, il eut été facile pour ces décideurs militaires de vérifier expérimentalement le bien fondé de leur rejet de cette doctrine.

Il leur eut suffi de voir si et comment ils pouvaient bloquer un vrai corps blindé commandé par de Gaulle en laissant, bien sûr, celui-ci agir exactement comme il l'entendait. 

Ils n'ont même pas eu la curiosité ou le courage de le faire. 




Une magnifique cible que cette partie de la 7ème Panzer Divizion de Erwin Rommel dans la Somme. 
A l'évidence, les renseignements Alliés n'atteignaient pas les pilotes d'assaut à temps. 


Du coup, frappés à retardement par ce qui se passait dans la guerre d'Espagne et dans le IIIème Reich, en 1937-38, ils ont fini par y penser quand même, mais bien trop tard, car une doctrine doit être confrontée à l'expérience pour savoir comment l'ennemi tentera de la contrer.



Une Aviation d'Assaut à inventer de toutes pièces


Alors, ils acceptèrent, pour faire le job, de commander le Bréguet 690, le plus rapide des bimoteurs maniables et confièrent au Lieutenant Delattre la tâche écrasante de mise sur pied d'une doctrine. 

L'homme était remarquable, avec un charisme et un enthousiasme particulièrement communicatif, mais il faisait partie des officiers subalternes, de ceux qui pouvaient difficilement exiger quelque chose en haut lieu. 


De là, entre autre, vient l'anomalie majeure qui fit qu'on ne lui confia pas de gros effectifs et j'ai la certitude qu'il n'a jamais été présenté à De Gaulle.


Il y avait pourtant un homme célèbre - mais terriblement jalousé - qui avait déjà exprimé son attachement à l'Aviation d'Assaut, colonel de surcroît, le très grand as René Fonck (le Fana de l'Aviation, début 2013, a livré 3 articles intéressants sur ce héros, un peu gâchés par des ragots strictement non étayés, mais qu'il suffit d'oublier dès qu'ils sont lus). 

Son idée de la cavalerie aérienne était totalement compatible avec les idées de Delattre. 

Mettre ces deux hommes ensemble a probablement fait peur à un certain nombre de décideurs dérisoires.



Le Bréguet 693, vraiment un très bon avion !


En tout cas, à mon humble avis, le Bréguet 693 choisi pour équiper cette nouvelle arme était un excellent avion, je l'ai dit dans cet autre post

Je rappelle ses caractéristiques (source : l'excellent article de Jean Moniot dans Aviation Magasine, au début des années 60) :
  • surface alaire :                                      29 m²,
  • masse au décollage :                        4 850 kg,
  • armement (bombes) :                          400 kg en 8 bombes de 50 kg,
  • carburant                  :                          900 litres,
  • autonomie à 300 km/h et 4 500 m :  1 300 km (mais beaucoup moins au ras du sol, bien sûr),
  • montée à 4 000 m (en charge) :              7 min,
  • vitesses max :
      • 390 km/h à         0 m,
      • 430 km/h à  2 000 m,
      • 475 km/h à  4 000 m,
      • 490 km/h à  5 000 m.

Par ailleurs, quoique l'on puisse lire depuis, des blindages anti-mitrailleuses protégeaient les 2 membres de l'équipage.

La structure de la cellule étant bien conçu, Bréguet avait sorti beaucoup (225) de ces avions, surtout pour un avion qui ne bénéficiait d'aucune priorité et qui avait été commandé plus que tardivement (Juin 1938).

Toujours est-il qu'une démonstration de maniabilité, de vitesse et d'une partie de la doctrine fut réalisée publiquement devant Alliés et futurs ennemis le 18 Juillet 1939 lors de la fête aérienne de Bruxelle-Evere, par les officiers Rozannof, Amouroux et Ladousse.

Tout le public fut très impressionné, en particulier le journaliste de la revue Britannique Flight qui en fit la relation enthousiaste dans le numéro de la 3ème semaine de Juillet 1939.

Peut-être eut-il fallu être plus discret ? La surprise avait malheureusement été éventée...



Définition de la doctrine


Deux ans auparavant, les pilotes d'assaut et leur doctrine étaient encore à créer.


Bréguet 693 - un avion très fin et très solide



Comme le Bréguet n'était  pas encore construit en série, on avait commencé par employer ce qui était immédiatement disponible, donc, essentiellement, des Mureaux d'observation. 

Ce type d'avion n'était pas mauvais, loin de là, mais il avait été pensé pour voler à 4 000 m, et non à 10 m du sol. 

Certes, il était vraiment très manœuvrant, mais sa silhouette à voilure parasol était très facile à repérer et multipliait les mâts, qui, en se rajoutant au train fixe, et à 3 parebrises successifs (dont 2 verticaux !) freinaient l'avion d'environ 60 km/h. 

S'il volait à 320 km/h à 4 500 m, il avait beaucoup de mal à dépasser les 270 km/h au niveau du sol (surtout avec des moteurs probablement déjà bien vieux) !





Mureaux 117 - Il a équipé provisoirement l'aviation d'assaut


Comme nous savions que les Allemands fondaient leur assaut aérien sur le bombardement en piqué, nous ne pouvions pas décemment faire comme eux, nous devions donc faire du rase-mottes.

Par le plus pur hasard, l'idée en elle-même n'était pas stupide, puisque, à très basse altitude, les avions étaient - et seront toujours - difficiles à détecter aussi bien visuellement que électromagnétiquement (= par radar).

Le problème était que personne n'imaginait une seconde que l'ennemi, qui avait déjà vécu l'enfer (pour lui) de l'action de la Division Aérienne, avait préparé une formidable protection : La Flak légère de 20 mm. 

Elle était justement très difficile à passer à basse altitude, puisque c'est ainsi que les avions de Duval attaquaient.


Malgré tous les obstacles et les conservatismes, le Lieutenant Delattre était arrivé à former une trentaine de pilotes au rase-mottes intégral au moment de l'entrée en guerre : Juste deux groupes de bombardement.

C'était un début prometteur, mais bien tardif. 


Dans ce que j'ai lu, il semble que les entraînements face à des colonnes de blindés n'aient pas été très nombreux. 

C'était bien dommage, parce que cela aurait servi chaque catégorie de participants :
  • Ceux des blindés auraient compris la nécessité d'une DCA, 
  • ceux de l'Assaut aérien auraient pu comprendre le problème de leur vulnérabilité. 

C'est quand même étonnant, dans cette France qui adulait le Maréchal Pétain (jusque-là à juste titre), que personne n'ait gardé en mémoire son aphorisme le plus fameux (et qui restera toujours d'actualité) : "Le feu tue".





Photo récupérée sur ce site - Exercice de largage de bombes en rase-mottes par des Br 693 dans le Sud de la France - altitude entre 10 et 15 m -  Les détonateurs des bombes étaient munies de retardateurs  de  8 secondes (les éclats étant mortels pour les hommes comme pour les machines jusqu'à 300 m) ! La plupart de ces bombes montrent une assiette à piquer de l'ordre de 10 à 15°



On a énormément écrit sur le manque de matériel, à la fois en qualité et en quantité, mais pour une fois, cela ne me paraît pas évident.

Nous avons manqué de pilotes, certes, mais pas vraiment d'avions (225 sortis en Juin 1940).

Enfin, si les Allemands avaient, eux, très bien retenues les leçons du Général Duval, nos donneurs d'ordres manquaient surtout de sa compétence tactique, exactement comme si personne n'en avait transmis les informations.



Doctrine d'emploi... 


La première idée qui vient en tête est : Qu'est-ce que l'assaut aérien ? 

C'est la capacité à détruire des troupes ou des véhicules qui menacent nos hommes ou nos véhicules à un endroit précis, dans une réaction instantanée à une menace et lorsque la surprise peut jouer un rôle essentiel.

En caricaturant, je dirais que l'aviation d'assaut sert à désorganiser un ennemi jusque là irrésistible.

Qu'est-ce qu'un bon avion d'assaut ? 

Le matériel utilisé pour l'assaut peut se diviser en deux classes : Celui pensé spécialement dans ce but et le reste.

Les avions capables de ce type d'action doivent être bien armés, rapides, très solides et très maniables. 

On s'apercevra plus tard qu'ils ont aussi besoin d'être protégés (être judicieusement blindés). 

L'idée d'utiliser des bimoteurs à cet effet allait tout à fait dans le bon sens, puisque un bimoteur a toujours plus de chances de rentrer à la maison qu'un monomoteur.


Je reviens sur le "bien armés"  : En 1939, on ne semblait admettre sur les avions que la mitrailleuse de forteresse anti-personnel de calibre 7.5 mm ou le canon de 20 mm et la bombe de 50 kg mais pas les mitrailleuses lourdes (ni la 12.7 mm ni la 13.2 mm).

par ailleurs, l'Aéronavale disposait d'un canon automatique de 25 mm qui aurait été très intéressant dans ce rôle.

La France avait pourtant disposé en 1916 d'une fusée incendiaire (Le Prieur) qui permettait de détruire les ballons d'observation Allemands à un peu plus de 100 m de distance.

Si, de notre côté, nous n'avions pas continué dans ce domaine, les Britanniques, eux, l'avaient fait et ont ainsi pu monter des fusées plus lourdes, plus rapide et beaucoup plus précises sur leurs Hawker Typhoons en 1942, ce qui en fera les meilleurs tueurs de chars Tiger en Normandie, en 1944.



Matériel nécessaire


Nous avions quatre types d'avions parfaits pour l'assaut en 1940 : Le Bréguet 690, le Loire-Nieuport 40, le Potez 633 et le Bloch 151/152.

Les trois premiers ont fait le job, le quatrième (le Bloch), jamais, puisqu'on ne le lui a quasiment rien demandé !

Je reviens sur le troisième, le Potez  633 : Il a fait le job, mais, en France, on l'en a retiré bien trop rapidement.

De doctes experts, qui ont eu pignon sur rue pendant des dizaines d'années après les faits, ont bien sûr continué de justifier cette décision. 

C'est une caractéristique Française : Les décideurs ont toujours raison.

C'est bien ennuyeux pour eux, car ils ont été démentis par des faits autrement sérieux que leur pauvre pensée a priori : Ces Potez 633 de bombardement provenaient d'une commande Roumaine déjà partiellement livrée

Et les Roumains ont employés efficacement ces mêmes Potez contre l'Armée rouge pendant un temps assez long, puisqu'ils les ont utilisés du début de l'opération Barbarossa, en Juin 1941, jusqu'à Stalingrad en fin 1942, début 1943, donc pendant 2 ans ! 


Leur adversaire soviétique n'étaient vraiment pas dépourvu de DCA, puisque les pilotes Allemands s'en plaignirent autant que les pilotes Alliés se plaignirent de la Flak (A. Galland, Jusqu'au bout sur nos Messerschmitt).

D'autres Potez 633 ont été employés par les Grecs et, malgré leur petit nombre, ils ont très correctement joué leur rôle, y compris contre l'invasion Allemande du printemps 1941, et donc, ils ont fait face à la même Flak que nous avions connue.

Donc, une fois de plus, nous nous étions tirés une balle dans le pied.



A la place, on a envoyé les Morane 406, très fragiles et bien plus lents. 

Cela n'a pas amélioré le rapport victoires/pertes de ce chasseur ni de ses infortunés pilotes (voir ce post).

Je rappelle, toutefois, que la première mission d'assaut de ce même Morane 406 s'était passée au début de la guerre, en Octobre 1939, lorsqu'une patrouille de 3 avions avait mitraillé - OK, sans ordre, mais avec quel esprit d'initiative épatant ! - un aérodrome Allemand.

Bien sûr, ces pilotes avaient été lourdement blâmés, mais ils n'avaient subi aucune perte, eux.

C'est justement ça, l'intérêt de la surprise.



La situation tactique de 1940 (rappel)


Lorsque Hitler a lancé son plan jaune (Fall Gelb) la France se trouvait brutalement dans une situation assez semblable à celle qu'avaient connue les troupes Britanniques en Mars 1918, pendant l'offensive Michael. 

Les Allemands avaient, de nouveau, parfaitement identifié les zones de faiblesse du front allié (c'est normal, puisque leurs avions de reconnaissance n'étaient que très rarement abattus). 

Ils connaissaient la faiblesse étonnante de la contribution Britannique :
  • 9 divisions d'infanterie totalisant un peu plus de 125 000 hommes,
  • une division d'infanterie motorisée,
  • 1 division cuirassée d'environ 250 chars qui était équipée :
    • essentiellement de chars Vickers Mk VI vraiment rapides, mais dépourvus de blindage - 14 mm au mieux, autant dire rien - et peu armés ;
    • de 40 chars Cruiser à peine mieux protégés mais armés d'un canon de 2 livres (40 mm) efficace contre les chars mais pas contre l'infanterie
    • d'une cinquantaine de chars Mathilda I très blindés mais armés d'une unique mitrailleuse légère (!) ;
    • de seulement 16 chars Mathilda II vraiment efficaces - mais si peu nombreux...

En ce qui concerne les armes antichars, les Britanniques n'en disposaient d'aucune en 1939 et nous avaient acheté des canons de 25 mm...

Le maximum de poids de l'attaque Germanique fut lancé sur les Ardennes, en direction de Sedan. 

Le passage dans le massif tourmenté des Ardennes Belges était facilité par la connaissance que les Allemands possédaient du refus de l'Etat Major Belge de les défendre (!). 

Les fortifications Françaises du secteur de Sedan étaient largement inachevées (merci Darlan pour son choix d'achèvement rapide des cuirassés Richelieu et Jean Bart). 

Par ailleurs, dans la même zone :
  • la DCA Française ne savait pas couvrir son artillerie,
  • les troupes comportaient beaucoup de soldats ayant fait la première guerre mondiale et vraiment mal ré-entraînés depuis. 
Il est vrai que le coup avait ainsi toutes les chances d'être payant pour les Allemands.

C'était bien le rôle des services de renseignement Allemands de trouver ces informations et de les transmettre à Hitler : Ils ont parfaitement rempli leur missioneux.

En conséquence, le "génial" plan de Gamelin, qui projetait les meilleures troupes Françaises sur l'axe Dyle-Breda, avait ainsi vidé d'un seul coup toutes nos réserves. 

Les conséquences de ce plan furent dramatiques.

C'est le plan d'un politicien moyen - au sens scientifique de parfaitement représentatif d'une population de politiciens - ce qui veut dire quelqu'un qui ne vérifie aucune information lui-même et qu'il croit plus facilement les rapports qui lui font plaisir que ceux qui exigent de sa part un véritable effort de travail et d'innovation.

En conséquence :
  • on voulait faire plaisir aux Néerlandais qui n'avaient pourtant jamais envisagé de s'allier avec nous; 
  • on voulait faire de même avec les Belges qui n'avaient rien préparé de sérieux, qui n'avaient pas de blindés à part quelques dizaines de tankettes Vickers de quelques tonnes, dont les châssis étaient identiques à ceux des tankettes polonaises dont la Wehrmacht n'avait fait qu'une bouchée en Pologne moins d'une année plus tôt, quelques dizaines d'antichars de 47 mm (excellents) et une dizaine d'engins ACG1 qui eussent été bien utiles en embuscade dans les Ardennes.
  • Leur défense reposait sur leurs fameux barrages Cointet (des filins d'acier tendus entre des bornes de béton armé !) qui eussent été utiles face aux blindés dont eux-mêmes disposaient mais pas face à une véritable armée de blindés. 
  • En plus, ces barrages n'étaient même pas défendus.
  • Par ailleurs, nos divisions devaient entrer par voie ferrée, mais les chemins de fer Belges s'étaient mis en grève (chouette, ces coïncidences, Mr Hitler et Staline, non ?);
  • Enfin, le "génial" Gamelin refusait de commander réellement ses armées et laissait le commandement au Général Georges qui, lui, était opposé à ce plan.
Il était vraiment difficile d'imaginer commencer des opérations militaires aussi mal.


Des actions aléatoires


On envoie quand même les deux premiers groupes d'Assaut aérien attaquer des colonnes motorisées en Belgique. 

Pourquoi ? Mystère ! 

Le premier groupe, celui du (toujours) Lieutenant Delattre, tout de suite repéré, va subir des pertes considérables et son action ne fut pas vraiment efficace.

En plus, le Lieutenant Delattre, patron de l'aviation d'assaut, au lieu de revenir à la maison pour analyser calmement ce qui a cloché, a tenu à faire une seconde passe qui lui fut fatale.

Le second groupe, étant passé sans avoir été repéré, attaqua efficacement et rentra pratiquement au complet.

Le bilan fut alors de 50% de pertes.


Facile à dire pour moi, simple citoyen tranquillement assis devant mon clavier plus de 70 ans plus tard ? 

Non, parce que c'est rageant de voir que l'idéologie du panache l'avait emporté sur la raison. 

La même idéologie nous avait déjà entraîné dans les désastres de Crécy et d'Azincourt. 

Elle avait une fois de plus frappé notre élite combattante. 

Mais qu'allaient faire ces équipages magnifiques à Tongres, alors que rien n'y était urgent ?

Combien de ces hommes d'exception perdus inutilement à ce moment-là allaient nous manquer ensuite ?!

J'ai regretté plus haut que Delattre n'ait été que lieutenant. 

Il est évident, pour moi, qu'on l'a envoyé là bas sans même lui demander si, à son avis, l'action était pertinente. 

Il me semble que lorsque l'on teste une arme tactique nouvelle, mieux vaut la roder sur des cibles connues et faciles.

L'Aviation d'Assaut sert à l'urgence (maintenant encore).

Par contre, les hommes de l'Aviation d'Assaut ont appris une leçon utile : La manière d'aborder une cible.




Document personnel de l'auteur - Tongres le 12 Mai 1940 - En rouge, la manière d'aborder la colonne pour  lui occasionner un maximum de dégât : Dans l'axe de la route, la Flak n'a aucun choix de cible à faire, elle gagne toujours.
En bleu, minimisation de la Flak, moins de dégâts causés à l'ennemi, mais on peut recommencer...

Dans Icare #87, page 45, le colonel André Rivet, qui commandait alors une escadrille du groupe I / 54, a expliqué ce que j'ai traduit par le schéma ci-dessus. 

Il commence par rappeler que les convois ennemis disposaient d'une plate-forme mobile de Flak légère (20 mm) tous les 4 véhicules.

L'attaque rouge correspond à la doctrine qui avait été validée par les escadrilles d'assaut, dans l'axe de la route. Techniquement, elle n'exige que de corriger l'éventuelle action du vent latéral.

Beaucoup de mes amis refusent l'attaque latérale bleue à cause de la baisse - tout à fait réelle - de précision oubliant que la guerre est souvent gagnée par celui qui peut frapper encore et encore...

Le texte d'André Rivet va encore plus loin que moi.

"Pourquoi les avoir attaqués dans l'axe : 

  • C'est, tout d'abord que nous ne pensions pas trouver une telle défense,
  • ensuite,parce que c'était la façon la plus efficace de leur porter des coups spectaculaires,
  • c'était aussi la plus spectaculaire façon d'en recevoir.
Nous l'avions compris trop tard.

Nous nous étions trompés et le vol rasant était condamné, tout au moins dans cette situation d'infériorité.

Quels sont les élément favorables qui m'ont permis d'échapper à la règle :

  • tout d'abord, le terrain survolé de Huy à Tongres n'était pas encore occupé,
  • le village de Tongres a constitué un masque qui m'a permis de réaliser la surprise, 
  • j'ai attaqué le premier et de face.
[Par contre] Sur l'autre axe, les patrouilles avaient survolé Maestricht déjà occupée.
  • l'alerte avait pu être déclenchée,
  • la DCA avait eu le temps de se mettre en position de défense,
  • les avions, évoluant les uns derrière les autres, avaient eu à franchir de véritables barrages de feu.
Alors que fallait-il faire... ?

Je pense que dans ce cas particulier, il fallait attaquer tous azimuts pour disperser la DCA.

C'est ce que nous avons fait par la suite et les pertes furent nettement moins sensibles."


Les attaques des Fairey Battle Britanniques suivaient des règles semblables, si j'en croie les photos publiées datant du 10 au 12 Mai 1940 en Belgique. 

Nos Alliés se contentèrent de déclasser leur 1400 bombardiers (!) plutôt que de les employer avec une tactique nouvelle...

Nous aurions pu commencer ces attaques par des passages de bombardiers moyens à 4 000 m pour que la Flak regarde ailleurs.


On connaît la suite. 

Les Allemands passèrent les Ardennes sans faire face à de vraies difficultés et furent à Sedan le 13 Mai. 

Ils y installèrent très vite une grosse concentration de Flak à des endroits stratégiques et commencèrent à préparer leurs ponts de bateaux pour pallier les destructions provoquées par le génie Français.




La sanction d'une inaptitude tactique des "chefs"


J'ai eu l'occasion dans mon post sur le bombardement Français et l'Amiot 143 (2ème partie) de rappeler que, dans la nuit du 11 au 12 Mai, l'équipage de reconnaissance du Lt. Gavoille avait vu les colonnes Allemandes foncer plein phares à travers les routes des Ardennes. 

La Division Aérienne avait été prévenue et il eut été pour le moins pertinent d'attaquer sur l'instant avec les moyens du bombardement de nuit puis, au matin, avec les avions d'assaut existants.

N'ayant rien fait ni le 12 ni le 13 Mai (comment peut-on rester inactif dans un tel cas ?), le lendemain 14, face au déferlement des Panzers, nos généraux ne surent alors plus rien faire d'autre que du n'importe quoi.


Leurs actions me rappellent le fonctionnement d'élèves (jusqu'au début d'un Bac + 4) qui, en cours de l'apprentissage initial de quelque discipline que ce soit, n'ont pas encore saisi ce qu'ils doivent faire mais sentent néanmoins qu'ils doivent agir.

Abandonnant tout raisonnement logique (dont je vous garantis qu'ils sont tous parfaitement capables), ils préfèrent agir au hasard et obtiennent évidement de mauvais résultats.



Nos généraux ont agi exactement comme cela le 14 Mai 1940. 

Au lieu de densifier leur feu d'artillerie, de le faire venir de multiples zones pour dérouter l'action des Stuka, ces chefs ont laissé leur troupes sans directives et ne les ont pas renforcées, notamment en laissant des divisions entières (la 55ème DI, par exemple) sans aucune arme anti-chars. 

Pas étonnant que ces hommes aient craqué...

C'est le 13 Mai 1940 que ces généraux eussent dû lancer les Bréguet 693 sur les encombrements de troupes et de chars. 

La casse eut été probablement importante pour les deux camps, mais le mouvement Allemand aurait été bloqué.

La Flak aurait eu bien plus de mal à suivre nos avions.

Quand les pontonniers Germaniques commençaient l'établissement de ponts de bateaux, leur mitraillage par des chasseurs Bloch 151 ou 152, bien plus rapides et plus solides que les médiocres Morane 406, aurait fait des ravages. 

Il était ensuite possible de faire passer les bombardiers de nuit et on recommençait ce que l'on pouvait au matin suivant. 

Pour cela, évidemment, il fallait retirer des avions des autres zones où on les avait enchaînés.


Il eut été possible d'en rajouter une couche avec les fameux bombardiers en piqué LN 401 et LN 411 de la Marine, envoyés eux aussi bizarrement en Hollande où ils n'ont pas pu apporter une contribution bien utile (mais heureusement sans pertes)...

Cela donnait le temps à la 1ère DCR de se déployer et peut être même aussi celui de faire revenir les 2ème et 3ème DLM.


Ni l'avion ni ses pilotes n'étaient fautifs, la preuve : Ils furent ensuite copiés par leurs ennemis !


Le matériel n'y est pour rien non plus et si j'ai lu de nombreuses critiques sur nos avions, leurs auteurs Français, qui ont beaucoup de talent, ont, il me semble, bien oublié que le meilleur avion Allemand d'assaut est le Henschel 129 B, que sa philosophie d'emploi fut étonnement comparable à celle du Bréguet 693 et qu'il était propulsé par les mêmes moteurs !

C'est une preuve évidente que les Allemands avaient trouvé que les attaques de notre aviation d'assaut leur avaient fait mal !

Il me faut rappeler que, après un premier vol en Mai 1939 et des essais médiocres, les premiers Henshel 129 étaient motorisés avec 2 Argus 410 A1 de 465 Cv tournant dans le même sens. Les pilotes de la Luftwaffe détestèrent immédiatement l'engin, dont, en plus, l'ergonomie était mauvaise. 

Après notre défaite, le constructeur reprit sa copie et lui installa les moteurs du Bréguet 693. 

Certes, le Hs 129 B était bien plus blindé que le Bréguet 693, mais il était considérablement plus lent (405 km/h à 3800 m) et son armement initial était bien moins puissant. 

En effet, pour le même calibre de 20 mm, la vitesse initiale du HS 404 français était de 880 m/s, celle du MG FF n'est que de 580 m/s, ce qui induisait un impact moitié moins puissant à une portée moins grande.

L'avion devenait cependant utilisable et fut encore meilleur quand on remplaça ses canons MG FF à faible vitesse initiale pour des canons plus efficaces.



Pour les esprits chagrins qui croiraient, éventuellement, que le Hs 129 B n'était pas si bon que cela, qu'ils se souviennent que le meilleur avion d'assaut US, le Fairchild A 10 Warthog, a été conçu par un ingénieur Français qui a repris la philosophie du Hs 129 B. 

Par ailleurs, si le Bréguet ou le Potez 633 manquaient de blindage (ou, plutôt, d'épaisseur dans leur blindage), c'est aussi parce que bien peu de généraux de l'Armée de Terre ont pensé que la DCA était utile.


Il y a là un paradoxe surprenant : Nos chefs de l'Infanterie voulaient commander l'Aviation, mais ils ne s'y intéressaient que très peu et n'en avaient pas décelé l'évolution foudroyante.

La défaite a sanctionné leur manque de curiosité en dehors de leur petite sphère d'activité courante et leur totale paresse intellectuelle.


Cliquez ici pour lire le post suivant sur l'Aviation d'Assaut.











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