lundi 27 février 2012

Munich 1938 : Démocratie, Vérité et Défense de la Nation sont indissociables (Enrichi le 20 / 09 /2016)


La Guerre Froide contre Hitler perdue en 1938


En 1938, juste après avoir annexé l'Autriche au IIIème Reich, Hitler décida d'en faire autant avec la Tchéco-Slovaquie. 

Ses sbires firent monter une forte tension au sein des Sudètes, population Germanophone du pays. 

Les discours enflammés d'Hitler auraient dû être vus par tous les Français comme des déclaration de guerre. 

Mais non.

Le 15 Septembre 1938, Mr. Neville Chamberlain, Premier Ministre très Anglais, accourt en Allemagne pour s'entendre avec Hitler qui  veut disposer d'une première colonie Européenne.

La mobilisation est décrétée en Tchéco-Slovaquie mais Benito Mussolini, en proposant une conférence à 4, a éliminé d'un seul coup et la Tchéco-Slovaquie et l'Union Soviétique.

Si notre ministre des Affaires Etrangères avait eu un minimum de capacité de raisonnement, il lui eut été facile d'exiger, donc d'imposer une conférence à 6, avec ces deux puissances.

Dans une fébrilité absolue et dans les pires conditions possibles, cette conférence s'est quand même réunie à Munich le 29 Septembre 1938 pour commencer le démantèlement de cette république, issue des rêveries du président Wilson.

Ces rêveries avaient été avalisés par la naïveté des Français qui avaient oublié que les Etats-Unis d'Amérique n'étaient engagés par un traité que s'il était entériné par le Congrès.

Les décideurs Français


Tout le monde connaît (ou devraient connaître) aujourd'hui ces faits qui font partie des programmes d'Histoire. 

Par contre, aujourd'hui, qui est conscient que ces accords permettaient à Hitler de disposer des excellentes usines d'armement Tchèques de Pilsen ainsi que de la quasi-totalité des fortifications Tchécoslovaque, qui incluaient une bonne partie des originalités de la Ligne Maginot ?

L'instabilité ministérielle névrotique de la IIIème République Française fut en grande partie à l'origine de cet accès de faiblesse où nos pacifistes pleins de "bons sentiments" - et plus myopes que des taupes - ont reçu l'appui empressé des sectateurs Français (si l'on peut dire !) du régime nazi.

Oui, à cette occasion, nos politiciens ont été, on peut bien en convenir, minables.


A leur décharge, vous me direz, et avec raison, qu'ils n'agissaient pas sans avoir pris l'avis de tous les chefs des différentes composantes de l'Armée.

C'est bien exact, mais... qui sont ces chefs ? le général en chef Gamelin, l'amiral Darlan pour la Marine et le général Vuillemin pour l'Aviation.

Tous ont été mis en place par les politiques et pour des raisons politiques.


La Marine


Parmi ces trois chefs, Darlan semble, et il est bien le seul, avoir possédé une vision stratégique. 

Sa marine - la plus coûteuse de nos armées de l'époque - était assez bien entraînée, certains de ses choix étaient pertinents, comme la volonté de disposer d'engins très rapides dont beaucoup survivront aux combats (mais d'autres pas). 

Exemple contraire, la volonté de disposer de cuirassés ruineux qui ne serviront à rien à la place de porte-avions qui eussent vraiment pu servir à quelque chose. 

Autre contre-exemple, la très pauvre DCA comme si la menace aérienne n'existait pas ou encore  la faible défense face aux sous-marins.*



L'Armée de l'Air


Vuillemin, qui, à la mi-1938, commande l'Aviation depuis peu, a été magnifiquement reçu en Allemagne où on lui a servi une désinformation magistrale, ne semble pas un grand travailleur. 

Il n'est peut être pas respecté par ses collègues des autres armes, mais ce qui est frappant, c'est son attitude, à cet instant crucial, lorsqu'il baisse les bras, criant à qui veut l'entendre que notre aviation sera détruite instantanément par la Luftwaffe si nous tenons la parole donnée à nos alliés.

Avec un peu de bon sens, il aurait pu remarquer que lorsque le mois d'Octobre commence chez nous, c'est l'Automne, saison de vents violents et de pluies abondantes, ce n'est pas le moment le plus propice à une offensive aérienne contre la France. 

Nos bombardiers Amiot 143, Farman 222 et les bombardiers Bloch 200 et 210 étaient solides et volaient bien. De nuit, ils étaient parfaits, de jour, tout dépendait de l'escorte fournie et de l'altitude de bombardement.


J'en profite pour tordre le cou à un bobard : Oui, le Bloch 210 avait bien reçu le nom de "cercueil volant" à l'époque de ses débuts, mais cela n'avait rien de fondé. 

Certes, il est malheureusement vrai qu'un certain nombre d'accidents avaient eu lieu et avaient détruit certains de ces avions et tués un nombre trop important de navigants. 

Mais dire qu'une mort est due à l'avion revient à dire que l'on met en cause le constructeur de l'avion sur ce qu'il sait faire, c'est à dire la conception aérodynamique de l'appareil et la solidité de son assemblage.


Ainsi, lorsque l'hydravion de chasse Loire 210 casse en l'air lors de manœuvres de voltige très dures, son aérodynamique n'est pas en cause, mais la réalisation de ses longerons d'aile est trop faible pour les efforts encaissés. 

Le constructeur Loire était responsable.



Par contre, lorsqu'un certain nombre de chasseurs embarqués Dewoitine D.373 ou 376 ont cassé en vol, le constructeur n'y était pour rien, c'était l'ensemble  mal équilibré constitué par moteur / réducteur / hélice - donc Gnome et Rhône - qui induisait des vibrations mortelles pour la structure de l'engin.

C'est exactement de ce même problème qu'a souffert le Bloch 210 (avec les mêmes moteurs !). 

Une fois re-motorisé, il travaillera normalement, en particulier pendant la guerre, ce qui est quand même paradoxal.

Il est aussi possible que cela soit le résultat d'une campagne antisémite, puisque Bloch était issu d'une famille juive Alsacienne qui avait tout quitté en 1871 pour venir en France après l'annexion de l'Alsace par Bismarck.


Cependant, d'autres avions de la même époque - comme le Lioré-Olivier 451 - vont avoir des accidents et ne seront pas baptisés de la sorte, quand bien même 20% (!) d'entre eux disparaîtront par accident avant qu'un "truc" de pilotage permette de réduire - et non d'annuler - l'hécatombe.


Armée de Terre et commandement suprême Français

J'ai gardé pour la bonne bouche le général en chef, Maurice Gamelin. 

Voilà un homme dont la réputation est extraordinaire à l'époque, très bon élève de l'Ecole de Guerre, bien préparé par les éloges dithyrambiques que son maître Joffre lui prodigue dans ses mémoires de guerre. 

C'était sûrement un bon second, on lui avait tissé une réputation d'intellectuel et de stratège hors pair, au point qu'on osera susurrer que c'était lui, le vainqueur de la Marne, et non le génial Gallieni. Quelle désinformation !

Après la guerre de 39-45, certains diront encore de lui qu'il avait la pensée militaire la plus extraordinaire possible. 

Alors là, pardonnez-moi, mais oser écrire cela après qu'il ait été responsable de la plus grande défaite de notre pays est, de la part de ces auteurs, la démonstration d'une absence totale 1) d'esprit critique et 2) de bon sens.

Pardonnez-moi de vous projeter une année plus tard, en 1939 (je vous ramènerai en 1938 dans 5 minutes). 

Lorsque, quelques jours avant l'offensive Allemande contre la Pologne, le pacte d'alliance entre Staline et Hitler est signé, Gamelin - qui doit se croire dans ce que j'appellerais, sûrement à tort, une étude de cas - décide de préparer une offensive de grande envergure. 

Et ceci se fera, non pas contre l'Allemagne qui est en train de détruire sans encombre la Pologne, notre alliée, mais contre l'Union Soviétique avec laquelle nous ne sommes pas en guerre du tout.

Cette guerre, il l'imagine faite de manière uniquement aérienne, en bombardant les puits de pétrole de Bakou, en Azerbaïdjan. 

C'est d'autant plus surprenant qu'il ne s'est jamais battu pour que l'Armée de l'Air soit dotée de crédits corrects.

J'ai du mal à comprendre qu'aucun politicien n'ait eu ni l'intelligence - ou plutôt le bon sens - ni le réflexe de le limoger illico.

Un front à 4 000 km de nos frontières, au moyen de quelques bombardiers Bloch 200 (j'en parle à la fin de ce post). 

Pour quelqu'un qui avait sûrement fait quelques lectures sur la campagne de Russie, qui jugeait que la France ne pouvait pas attaquer l'Allemagne en 1938, la chose est pour le moins surprenante.


Restait la Chasse ennemie. 

Oui, c'est vrai, l'aviation de chasse nazie était la plus impressionnante du monde en cette fin de Septembre 1938, avec ses 600 chasseurs Messerschmitt Bf 109 B, C ou D. 

Mais, en Juillet, 50 % de ces chasseurs étaient cloués au sol pour une raison ou une autre. 

Et leurs pilotes n'étaient pas tous au meilleur niveau.

Nous disposions alors d'au plus 25 avions comparables, c'est vrai.

Oui, mais, d'une part, nos autres avions n'étaient pas désarmés face aux Bf 109 et surtout, ils étaient fiables. 

Quand je dis qu'ils n'étaient pas désarmés, je veux dire que, s'ils étaient nettement plus lents que le Bf 109 B, C ou D, c'est que leur infériorité de vitesse avec les chasseurs Allemands allait de 65 à 90 km/h - c'est beaucoup trop, oui, mais bien moins que ce qui va se passer en 1939, ou le déficit de vitesse allait atteindre 115 km/h !

Tous nos chasseurs "périmés" montaient bien plus vite et bien plus haut (de 2 à 3 000 m de marge) que les monoplaces Germaniques et certains étaient considérablement plus manœuvrants. 

Cela signifie qu'ils avaient tous au moins un domaine de sécurité (voir ce post).


Si le général Vuillemin avait eu la compétence aéronautique qui lui était prêtée à l'époque, il aurait bien sûr compris ces éléments ! 

Je reconnais qu'il a bougé, et même énergiquement, par la suite, mais si tard que nous étions déjà militairement morts.



L'excellent matériel Tchècoslovaque

Par ailleurs, les Tchècoslovaques disposaient de :

  • Leurs fortifications, 
  • 300 très bons chars moyens - les LT vz 35 qui formèrent l'ossature de la 7ème Panzer Division du General Erwin Rommel - 
  • 400 avions de chasse Avia. 


Ces chasseurs Avia 534 avaient une structure en acier entoilé, une masse de 1 440 kg à vide et de 1935 kg au décollage.

Leur longueur était de 8.10 m et leur voilure avait 9.40 m d'envergure et 23.56 m² de surface

Leur charge alaire était donc de de 82 kg/m², gage d'une remarquable agilité.

Les Ailes, dans un entrefilet en bas de la page 5 du numéro sorti le 7 Octobre 1937, leur reconnaissaient une vitesse maximale de 395 km/h à 4000 m et une vitesse de croisière de 345 km/h.

L'autonomie était de 1 heure à la vitesse maximale - donc 395 km - et de 3 heures - donc 835 km - à la vitesse de croisière.

La montée prenait 5' 30" pour 5 000 m et 11' 45" pour 8 000 m.

Le plafond atteignait 10 600 m.

Leurs pilotes se révélèrent, en outre, exceptionnels.



Le nombre des chasseurs AVIA 534 était près de 3 fois plus élevé que celui des PZL 11 C que la Pologne pouvait mettre en ligne. 

Chacun d'entre eux ne perdait que 65 km/h par rapport aux 600 Messerschmitt 109 B, C ou D qui pouvaient leur être opposés.

Par ailleurs, leur capacité ascensionnelle était telle que, lorsque les Bf 109 atteignaient enfin les 6 000 m (en ~10'), ils étaient sur le point d'atteindre les 8000 m.

Par ailleurs, dans le même temps, les bombardiers Allemands étaient nettement moins rapide qu'en 1939...



Tout ceci signifie que face à un stratège moyennement doué, le IIIème Reich aurait vécu une guerre calamiteuse qu'il n'aurait pas manqué de perdre, sauf si la Grande-Bretagne lui avait emboîté le pas, ce que je ne peux quand même pas raisonnablement imaginer.


Par ailleurs, l'URSS avait des moyens aériens et maritimes qui lui permettaient vraiment de bloquer les transferts de fer dans la Baltique.



Le mauvais choix des politiciens Français



Donc, tout le problème réside dans les chefs militaires choisis. 

Nos politiciens n'ont pas choisi ces hommes pour leur compétence militaire mais pour leur aptitude à ne pas leur poser de problème. 

Ils ont osé amuser la galerie en prétextant les risques de bonapartisme. 

Ils ont éliminé les généraux efficaces et même cassé la carrière de ceux qui, comme De Gaulle, étaient géniaux.

D'autres, qui craignaient très sincèrement Hitler (comme Léon Blum), continuaient malgré tout à faire leur campagne électorale en parlant de désarmement...

Hitler était un danger pour le monde entier. 

Pouvait-on encore parler comme s'il voulait la Paix alors qu'il voulait, non seulement la guerre, mais l'anéantissement de notre Nation (et de toutes les Nations Européennes) ?


La Démocratie exige que le peuple soit instruit - mais surtout pas endoctriné - et elle exige aussi que l'on doit lui dire la vérité sur toutes les grandes questions.


Lorsque Blum demanda des crédit pour la Défense Nationale, il ne les obtint pas parce que sa campagne électorale avait été du genre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".

Mais dans sa coalition, il y avait un homme qui a été trop vite blanchi, Georges Bonnet, qui a toujours eu rôle aussi glauque que Lord Hallifax en Grande-Bretagne.

Peut-on parler de républicain et de démocrate à son sujet ? 

Certainement pas, il était juste un allié objectif d'Hitler.

A cause de lui, la France a perdu une part considérable de ses richesses, elle a du vivre l'ignominie de l'occupation. 

Deux millions de ses fils ont perdu cinq années de leur vie en camps de prisonniers.

Il a le sang de nos 660 000 morts sur ses mains (mais, après sa fuite en Suisse à la libération, il a été réélu régulièrement par ses électeurs).



Cliquez ici pour lire la suite

3 commentaires:

  1. Voici la question sensible...
    Qui auriez-vous mis à la tête de nos trois armes à la place de Gamelin, Darlan et Vuillemin ?

    RépondreSupprimer
  2. Le plus faible de tous ces chefs fut indiscutablement Gamelin.
    Il a été écrit dans Histoire de Guerre, il y a plus de 10 ans, qu'en 1937, il avait été écrasé lors d'un Kriegspiel, et comme son collègue Georges, par le général Billotte.

    Donc, je le remplacerais par Billotte.

    Darlan ne pouvait être remplacé que par l'amiral de Laborde, le seul à avoir une réelle expérience aéronavale.

    Vuillemin, c'est plus compliqué. Provisoirement, je choisirait entre Pinsard et d'Astier de la Vigerie...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi, je pensais aussi à billotte. Un partisan des blindés était ce qu'il nous fallait.

      Supprimer