dimanche 30 septembre 2012

Predator, Reaper, Global Hawk et autres drones US : Perdre son âme... puis le reste ? (révisé le 18 / 03 / 2015)



Dans mon premier post sur le sujet des drones militaires, je soulignais certains des risques qui peuvent apparaître à vouloir faire une guerre sans risquer de perdre de soldats. 
  • Il semble bien que le souhait des généraux Français de disposer de drones Américains Reaper pour combler certaines de nos difficultés sera bientôt exaucé.
  • Cependant l’achat de ces drones nécessite l’aval du congrès US.
  • Pire, l’emploi de ces drones ne sera pas totalement libre.

Je passe sur le copieux rapport sur l'impact des drones armés a été publié conjointement par l'Université de Stanford et celle de New York et accessible sous le titre "living under drones"

On y décrit par le menu toutes les horreurs vécues par les populations Pakistanaises soumises à l'action des drones armés Américains. 

Pour une grande partie de ces populations, le monde se résumait jusqu'à présent à leur seul univers quotidien. 

Rares étaient les Pakistanais des zones tribales qui connaissaient l'existence des USA avant la guerre en Afghanistan (2001 - ?) mais ceux qui en connaissaient l’existence avaient de la sympathie pour ce pays. 

Maintenant, là bas, après les raids des drones militaires américains, tout le monde connaît les USA. 

Sacré progrès, hein ! 


Pas si sûr : Maintenant, ces gens sont unanimes à crier leur haine de l'action militaire de notre grand allié.

Vous y voyez la main des propagandistes d’Al Qaïda ?

Vous avez entièrement raison, mais toute guerre se fait face à la propagande adverse !


La reconnaissance de cible


L'idée de l'achat de drones Américains 
repose sur le prétexte que nos Harfang n'ont pas de moyens d'imagerie assez précis, mais c'est une vue biaisée

C'est facile à démontrer : Si les drones armés télécommandés depuis le sol US étaient si brillants que cela dans ce domaine, il n'y aurait jamais aucune faute d'identification de cible. 

Or, les fautes de ce genre de système sont légions !


Déjà, en 1942, les USA faisaient grand bruit sur leur fameux viseur Norden monté sur leurs bombardiers B 17 et ils vantaient son extraordinaire précision.

Mais un bombardement des usines Renault de Boulogne-Billancourt avait abouti en grande partie sur le champ de course d’Auteuil, à environ 4 kilomètres à vol d’oiseau ! 

Même en 1943, une erreur de l’ordre de 30° n’était pas acceptable ! 

Le bombardement du centre de Nantes (en particulier la très commerçante et très vivante rue Crébillon, à plus de 500 m de la Loire !) en 1944 fut annoncé comme résultant d’une erreur de navigation, la cible étant, paraît-il, l’écluse fortifiée du port de Saint-Nazaire, à 50 km à vol d’oiseau. Cela fait beaucoup, beaucoup trop…

Mais, contrairement à ce que l’on peut lire sur les forum US centrés sur cette période, l’ensemble de la population Française a considéré les 70 000 morts civils de cette période de 1944 comme une contribution à l’effort de guerre contre l’Allemagne nazie et n’en a pas voulu aux aviateurs US maladroits, au grand dam des administrateurs vichystes.

Cela a fait partie de nos vrais actes de résistance.

Par contre, la méfiance des gens de ma génération reste grande vis à vis de la capacité d'intervention "chirurgicale" des frappes US.


Déjà au niveau du concept de combat BVR (Beyond Visual Range), qui sert essentiellement de publicité pour la vente des bombardiers "furtifs" JSF de Lockheed (ces pauvres F 35, avions dont l’impact militaire ne sera dû qu’à leur seul surnombre), le traitement des images et des autres informations doit encore progresser pour être capable de distinguer un avion ennemi d’un avion neutre ou allié.

Alors, imaginer que des drones soient capables de distinguer deux barbus grisonnants l’un de l’autre à 10 kilomètres de distance et d’abattre le méchant en sauvant le gentil reste du domaine du rêve le plus pur.


Je ne dis pas que, optiquement, on ne soit pas capable de réaliser de brillantes performances dans les conditions optimales de transparence atmosphérique et d’éclairage parfait.

Par contre, distinguer entre un homme et son frère, par une nuit brumeuse et au sein d’un groupe d’autres personnes, n’a rien de si simple. 

Et c’est pourtant exactement le but à atteindre.

Alors distinguer des insurgés armés habillés en civil de véritables civils transportant des instruments agricoles inhabituels sera probablement possible. 

Je doute totalement qu’on en soit là.

Par contre, certains coups remarquables peuvent être obtenu dès maintenant au moyen de drones aidés par des désignateurs humains bien placés.

Tuer sans pertes : Attention danger !!!


La volonté de faire la guerre sans accepter la moindre perte humaine constitue, à mon humble avis, une grave forme d'incompréhension des autres. 

Déjà, quand je constate que la plupart des attentats au Moyen Orient ne sont revendiqués que des semaines, voire des mois plus tard, je ne peux m’empêcher de penser que ceux qui les ont planifiés, s’ils sont terriblement habiles à distribuer la mort, sont aussi bien peu pressés de faire face à d’éventuelles représailles. 

Il me semble que l'on ne gagnera jamais vraiment une guerre de cette façon.


La notion d’éradication de l’ennemi (tentée par un certain nombres d’ignoble despotes) est non seulement impossible, mais elle est aussi parfaitement stupide.

Bismark, en 1871, en captant l’Alsace et la Lorraine, a créé un ressentiment qui explique parfaitement le comportement hyper héroïque des poilus de Verdun (comme de toute la Grande Guerre).

Oui, il y aura toujours un perdant à la fin de toute guerre. 

Préfère-t-on que ce perdant ne pense qu'à préparer sa vengeance ou qu'il essaye d'établir des liens apaisés avec tous les pays du monde ?

Mais comment établir une véritable paix, ensuite ? 

Cette question est rarement traitée dans les médias, bien évidemment...

Si vous pouvez tuer sans souffrir de pertes, le premier danger est l’addiction.


La mort, catastrophe sans nom pour les familles et les amis, est aussi un mécanisme de régulation pour les décideurs.

Si vous prenez l’habitude de tuer sans aucune perte , alors vous finirez par trouver que c’est sacrément commode.

Où donc vous arrêterez-vous dans cette voie ?


Et là, ce n’est pas seulement des militaires que je parle, mais surtout des politiques qui engagent les militaires.


Un cas très étonnant me fut raconté par mon père. 

Celui d'un capitaine de cavalerie Français, Henri de Bournazel, officier de spahis, qui participa à nombre de combats au Maroc dans les années 20 à 30. 

Il y démontrait un courage effarant et chargeait ses ennemis en étant revêtu d'une tunique rouge.

Il s'en sortait toujours vivant.

Après 11 ans de barouds remarquablement menés, pour un dernier combat, le général Giraud exigea - et il avait raison  - qu'il remplace son vêtement rouge par un vêtement banal. 

Bournazel fut tué le soir même...

Cet épisode ne devait rien au hasard : Ceux que Bournazel combattait admiraient sa folle bravoure. 


Lorsqu'il était vêtu de rouge, ils le regardaient. En fait, ils ne voulaient pas sa mort, le classant comme une sorte de monument historique.

Lorsque son vêtement eut fait de lui un combattant comme les autres, ils ne le reconnurent pas et cherchèrent juste à abattre un de leurs adversaires anonymes.

Bien évidemment, je suis et je serais toujours pour que nos soldats soient le moins détectables possible (voir ce post plus ancien). 

Mais être présent et indétectable, c'est une part du "savoir se battre".

Cette histoire sert juste à montrer que lorsque l'adversaire reconnaît votre courage, il vous respecte parce que votre courage signifie que vous le respectez. 

Mais, si vous voulez faire une guerre depuis un bureau sécurisé à 10000 km de là, quel respect montrez-vous à votre ennemi ? Vous démontrez seulement votre peur...

Il me semble, au contraire, que cela encourage l’ennemi à agir sur votre territoire même.

Par ailleurs, vous devez agir par le truchement de télécommandes passant par satellites géostationnaires.

Vous induisez donc un délai très important entre le moment où vous agissez sur vos commandes et le moment où votre drone répondra, ce qui ne vous apparaîtra que lorsque une nouvelle image tenant compte de votre action arrivera. 

C'est probablement la raison qui explique le taux très élevé de crash au sein des unités de drones de combat US.



La France est très concernée par l'Afrique, qu'elle le veuille ou non. Je doute qu'elle puisse changer cela.

Le respect de l'adversaire joue un rôle important sur ce continent.


Alors les drones d'observation : Oui, sans réserve aucune.

Les drones de combat : Oui, pour supprimer des points durs de la défense adverse. 

Mais les acteurs de ces drones doivent être quasiment au contact de nos troupes (comme ce fut le cas jusqu'ici).

Par contre, cela n'a rien à voir avec l'utilisation menée actuellement par les Américains, lors des assassinats ciblés y compris dans des pays amis.
Là, ils agissent comme sergents recruteurs pour l'ennemi.

La tentation Américaine


Nos généraux constituent une élite. 

En tant que tels, leurs collègues US n’ont aucun problème à les traiter très amicalement et même fastueusement. 


Ils n’ont pas le même respect pour nos dirigeants. Cela pose problème.

Lorsque leurs homologues Américains les invitent, ce qu’ils doivent faire souvente, ils leur montrent ce qu'ils ont de mieux (sûrement pas la prison d’Abou Graïb, ni celle de Guantanamo par exemple).

Il y a relativement peu de temps (vers 2010-2011, il me semble), un général Français exprimait sur un remarquable blog militaire que, lorsqu'il était reçu à l’intérieur d’un site de décision US, il avait l'impression d'entrer dans un film de science-fiction.

Traduit en langage normal, cela signifie que rentré en France, il vivait la déception de revenir au moyen âge.

Vous vous demandez où je veux en venir ?



C'est simple : Ce témoignage montre que ce général avait subi une véritable mise en condition par nos alliés, vous pouvez traduire cela par lavage de cerveau.


C'est, consciemment ou inconsciemment, pour ces militaires Américains un excellent moyen de préparer l'esprit de nos grands soldats à demander d'employer du matériel US. 

Déjà en 1975, le général Paul Stehlin voulait supprimer Dassault pour que toute l'Europe achète des F 16. 

Nos amiraux constituèrent même un lobby pour acheter des F18 à la place des Rafale.


Maintenant, nos décideurs sont prêts à acheter des drones US…


Indépendance et Souveraineté Nationales



Les Britanniques, dont le sens de la Souveraineté est bien complexe face à leur ancienne colonie (attention, les colonisés n’étaient pas les Yankees – de simples colons - mais les "peaux-rouges" !), ont déjà sauté le pas.

Leurs équipes de drones sont aux USA en permanence. 

Je ne doute pas un seul instant de leurs qualités professionnelles. 

Mais strictement toutes leurs informations proviennent des USA. 

En 2003, Mr Tony Blair a montré à quel point il était intoxiqué par les fausses informations venues des USA, affirmant que l’Irak de Saddam Hussein était sur le point d’obtenir la bombe nucléaire.

Tout le monde sait depuis longtemps qu’il n’en était rien, que la CIA avait fabriqué de faux documents, et ce fut l’honneur du Président Chirac de refuser d’impliquer notre pays dans cette guerre qui n’en a d’ailleurs toujours pas fini de tuer.


Dans ce cas, où se situe la souveraineté et l’indépendance nationale du royaume Uni ?


Pour ma part, je me sens tout à fait Allié des USA.

Mais je refuse que mon pays devienne un état des USA

On s'ingénie à faire comme si nous étions technologiquement incapables de faire des drones, ce qui n'est certainement pas le cas.

-         L'optronique : L'OSF du Rafale montre que nous savons faire du bon travail.

-         L'optique à haute résolution : Nous disposons de satellites militaires qui observent tous nos petits camarades (ce qui nous a permis de refuser d'entrer dans la guerre Irakienne de GW Bush en 2003).

-         Si on veut nous vendre des systèmes encore plus performants, alors les matériels à acheter doivent être en accès complet. Un client doit pouvoir faire ce qu'il veut de son achat. Accepteriez-vous que celui qui vous a vendu un appartement y ait installer des caméras pour vous y filmer ? Accepteriez-vous que celui qui vous a vendu votre voiture y ait introduit un système vous interdisant de visiter certaines régions ?


Actuellement, des centaines de clauses secrètes sont imposées par le Congrès Américain.

Le 29  Septembre 2012, le journaliste JM Tanguy poussait un coup de gueule. Le Pentagone ayant décidé de bloquer - pour vérifier que nous n'avions pas touché aux boîtes interdites - la modernisation des Awacs qui sont indispensables pour nous prévenir d'une éventuelle agression aérienne.

Ce retard nous a coûté cher et a ralenti d'une année la mise à niveau de nos avions.


C’est contraire à nos intérêt comme à notre démocratie. C'est pour cela qu'il vaudrait mieux que nous ayons notre part dans la conception et la construction de notre matériel.


De plus, les USA veulent nous imposer du matériel que nous ne pouvons pas ouvrir. 

Il est grand temps de savoir pourquoi. 
    • Serait-ce du matériel qui servirait à nous espionner ? 
    • Serait-ce du matériel extra-terrestre sorti de la zone 51 ;-) ?

Israël voulait modifier les logiciels de leurs futurs F 35. Cela leur fut interdit (mais il semblerait que cette interdiction ait été partiellement levée). 

Par contre, peu de temps après, on a dit que des hackers chinois avaient piraté les ordinateurs de Lockeed-Martin. 

Pourquoi donc ces hackers seraient-ils chinois ?

Quelle intolérable discrimination ! Les Israéliens sont au moins aussi bons comme candidats à ce titre flatteur.


Enfin, les USA démontrent chaque jour leur paranoïa qui les amènent à espionner le monde entier pour pouvoir influer sur la politique des autres. 

Je n'admire pas du tout leur conduite des guerres d'Irak et d'Afghanistan.

Etre Alliés n'implique pas d’être des toutous.







3 commentaires:

  1. Hum... il me semble qu'il y a "confuze" vers la fin de votre article. Il me semble que vous passez du désir de notre AdlA de posséder un drone armé à "l'affaire" de la modernisation des AWACS français.
    "Autre problème, les USA veulent nous imposer du matériel que nous ne pouvons pas ouvrir ?"
    Les USA ne veulent pas nous imposer le matériel mais si on le veut (et c'est le cas) alors il ne désire pas que l'on regarde dans certaines boites. On peut le comprendre à la limite... Cela pose un problème mais il nous en prendre à nous même.

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  2. Nous achetons aux USA du matériel classifié que nous ne fabriquons pas. Nous ne savons rien sur la nature de cette classification. Ce qui est sûr, c’est que l’analyse du respect de cette classification leur prend beaucoup de temps et entraîne un surcoût (1.2%).
    Je lis des hypothèses abracadabrantesques concernant la politique de notre pays dans certains forums US.
    Alors, acheter des drones US sophistiqués (mais pas hors de notre porté) me paraît un risque d’atteinte à notre souveraineté à laquelle je tiens beaucoup.
    Si une union européenne politique se faisait un jour, alors des réductions de souveraineté seraient concevables pour notre bien commun.
    A l’inverse, si, pendant une intervention armée, les p’tits gars du Pentagone – qui sont d’une toute autre nation - décidaient de prendre en main nos drones grâce à une de leurs boites noires pour liquider un de leurs objectifs qui n’est pas le nôtre alors là, je ne serais jamais d’accord.
    La guerre d’Irak m’a laissé un fond de scepticisme sur l’honnêteté… et sur la lucidité de leurs décideurs.

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  3. La France a une politique d'indépendance au niveau de son armement ce dont on peut se féliciter. Néanmoins il nous arrive d'acheter des matériels américains sans remonter aux Crusader nous avons les LRM, les E2 Hawkeye, les E3 AWACS, les missiles AC javelin.
    Alors pourquoi pas un drône ? De ce que j'en comprends nous sommes sensé adapter la liaison satellite du Harfang sur le Predator (à vérifier) ce qui limiterait la capacité à "hacker" le drone par une technologie complètement américaine. De plus je crois qu'actuellement les militaires français ne sont pas chaud pour armer leurs drones.
    Nous n'avons pas investis en France et en Europe sur les drones donc pour aujourd'hui il nous reste que de mauvaises solutions. Pour demain il est possible que l'on s'en sorte au niveau européen.

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